serial killer
Tueur en série : Gary RIDGWAY, analyse !
Le 31/01/2026
Gary Ridgway : Anatomie d'une construction pathologique
Rappel méthodologique de ma méthode DS2C
La méthode Décrypter les Stratégies Comportementales de Communication, c’est analyser l'individu comme un produit d'interactions systémiques où la famille constitue le système primaire qui structure des patterns comportementaux rigides. La méthode intègre une quadruple lecture simultanée grâce à la psychologie évolutionnaire (Darwin), la structure caractérielle (Le Senne), l’économie pulsionnelle et la structure psychique (Freud, Bergeret), et enfin une lecture de la situation (Watzlawick, école de Palo Alto). Ridgway est un cas d'école de co-construction pathologique. Allons-y !
Le système familial Ridgway : matrice de la pathologie
Il y a d'abord le père. Thomas Ridgway, chauffeur de bus, prédicateur baptiste amateur. Un homme qui incarne cette présence-absence paradoxale typique des pères défaillants : physiquement là, émotionnellement inexistant. Il se réfugie dans un surinvestissement religieux compensatoire, probablement alcoolique selon plusieurs sources. Ce qu'il transmet à son fils, c'est un cadre moral rigide, écrasant, mais totalement dépourvu de contenance affective. Une loi sans amour. Un commandement sans lien.
Puis il y a la mère. Mary Rita Steinman. Dominante, intrusive, imprévisible. Les témoignages concordent : elle humiliait Gary publiquement, notamment concernant son énurésie tardive. Mais ce n'est pas tout. Elle incarnait ce que Bateson et Watzlawick ont conceptualisé comme le double bind parfait : séduction et rejet simultanés, injonctions contradictoires dont on ne peut sortir. Viens près de moi, mais tu me dégoûtes. Sois un homme, mais reste mon petit garçon. Deviens autonome, mais je te contrôle dans les moindres détails.
Le couple parental lui-même fonctionnait sur un conflit chronique larvé. Le père se réfugiait dans sa religion, la mère dans le contrôle du fils. Et Gary ? Gary devenait l'objet transitionnel du couple, pas un sujet. Il était la chose entre eux, le territoire de leur guerre froide, jamais une personne.
Événement structurant : la scène primitive ratée
À seize ans, Gary poignarde sa mère avec un couteau de cuisine. Elle sort de la douche. La blessure est superficielle. Ridgway minimisera toujours l'incident, parlera d'accident. Cliniquement, on voit autre chose : un passage à l'acte abortif qui révèle l'impasse structurelle totale.
Regardons ça avec notre prisme DS2C. Sur le plan pulsionnel, il y a effraction de la scène primitive : la mère nue, le corps maternel exposé. Mais l'impossible symbolique du parricide se révèle simultanément parce que le père est inexistant comme tiers séparateur. Il n'y a personne pour s'interposer entre Gary et sa mère, personne pour dire "elle est à moi, pas à toi". Donc le désir-haine se déplace entièrement sur la mère, seul « objet » disponible. Sur le plan systémique, c'est une tentative désespérée de sortir du double bind maternel par élimination pure et simple de l'émettrice du message paradoxal. Tu ne peux pas résoudre le paradoxe ? Supprime celui qui l'énonce. Sur le plan caractériel, on a la confirmation d'une structure non-névrotique : le refoulement a échoué, on bascule dans l'agir direct.
Et voici le plus terrifiant : il n'y a aucune conséquence. Ni familiale, ni judiciaire. L'incident est nié, effacé, comme s'il n'avait jamais existé. Le système familial choisit l'homéostasie pathologique plutôt que la crise restructurante. On préfère continuer la danse macabre que risquer la vérité.
Construction du clivage opérationnel
Gary fait pipi au lit jusqu'à treize ans, peut-être quatorze selon certaines sources. C'est anormalement tardif. Ce n'est pas un simple retard de maturation.
Le corps devient champ de bataille. Rétention et expulsion, contrôle impossible, guerre permanente. C'est une somatisation, bien sûr, mais c'est aussi une communication paradoxale en réponse au double bind maternel : tu dois être propre, mais je te contrôle précisément parce que tu es sale. L'énurésie devient le proto-pattern de toute sa vie future : contamination et souillure comme thématique centrale, obsédante, jamais résolue.
Les humiliations maternelles publiques sont documentées. Elle l'obligeait à laver ses draps devant témoins, devant la famille, devant les voisins. Bergeret parlerait ici de faille narcissique précoce non compensée, d'attaque narcissique primaire qui empêche la constitution d'une image de soi stable. Gary ne peut pas devenir quelqu'un parce qu'on ne lui a jamais permis d'être quelqu'un. Il reste une chose sale, honteuse, contrôlée.
La conséquence caractérielle est inévitable : impossibilité de constituer une identité intégrée. D'où cette oscillation permanente entre le "bon mari" et le "prédateur", deux modes d'existence étanches, sans communication possible entre eux, sans intégration.
Ridgway fréquentait des prostituées plusieurs fois par jour. Pendant son premier mariage. Pendant son deuxième. Pendant qu'il tuait. Après avoir tué. Toujours.
Ce n'est pas du libertinage, soyons clairs. Il ne rapporte aucun plaisir particulier. L'acte est mécanique, compulsif. Il ne peut pas s'arrêter. Et il fait consciemment l'association prostituée-mère lors des interrogatoires. Il le dit explicitement : quand il voit une prostituée, il pense à sa mère.
Voilà la mise en scène répétitive du trauma maternel. La prostituée devient la mère enfin contrôlable, achetable, utilisable. On peut la posséder sans être détruit par elle. On peut la souiller sans être soi-même humilié. Mais ça ne suffit jamais. La compulsion revient, encore et encore, parce que la résolution symbolique est impossible : on ne peut pas tuer symboliquement ce qui n'a jamais été symbolisé. La mère n'a jamais été un objet psychique structuré, elle est restée une présence envahissante, toxique, sans contour.
Passage au meurtre : quand le système implose
Gary a vingt et un ans quand il épouse Claudia Kraig. Elle en a seize. C'est un mariage enfantin, une tentative pathétique de reconstruction familiale normative. On va faire comme les gens normaux font. On va construire une vraie famille. Ça va marcher cette fois.
Évidemment, ça ne marche pas. Claudia le trompe massivement. Gary vit ça comme une répétition exacte de l'humiliation maternelle. Il en parle en termes identiques : contrôle perdu, honte écrasante, rage impuissante. La femme qu'il croyait pouvoir posséder lui échappe complètement et ils divorcent en 1972. La première victime supposée de Ridgway date de 1982. Dix ans après. Que se passe-t-il dans cet intervalle ? Qu'est-ce qui contient la violence pendant une décennie ? Deuxième mariage, de 1973 à 1981, Marcia Winslow. Stabilisation apparente. Huit ans quand même. Puis ils divorcent pour infidélités mutuelles et visites compulsives de Gary aux prostituées.
Mon hypothèse est que tant que le système conjugal reproduit le chaos familial d'origine, conflit permanent, instabilité chronique, Gary reste dans l'homéostasie pathologique qu'il connaît. C'est l'enfer, mais c'est son enfer. Il sait naviguer là-dedans. Le divorce de 1981 représente la perte du contenant névrotique de substitution, aussi négatif soit-il.
En 1982, c’est la bascule avec la désintégration du système de défense. Tout s'effondre en même temps. Le divorce est consommé. Gary se fait licencier de l'usine pour problèmes d'assiduité, probablement liés à ses visites aux prostituées. Et le père meurt, quelque part entre 1981 et 1982, les dates sont imprécises. Le père symbolique, déjà inexistant de son vivant, disparaît physiquement. C'est l'effondrement du dernier étai surmoïque, même fantomatique. Il n'y a plus rien. Plus de cadre, plus de loi, plus de contenant. Juste Gary et sa violence fondamentale non liée.
Juillet 1982. Wendy Coffield, seize ans, prostituée, étranglée, jetée dans la Green River. C'est le début. Il n'y a pas de sadisme élaboré chez Ridgway. Pas de torture sophistiquée comme chez Bundy, pas de rituel nécrophile complexe comme chez Dahmer. Le meurtre est un dispositif fonctionnel, presque industriel.
La strangulation donne le contrôle absolu. C'est la réponse directe au trauma de contrôle maternel. Ses mains autour du cou de la victime, c'est la première fois de sa vie qu'il contrôle vraiment quelque chose. La nécrophilie qui suit n'est pas une perversion sophistiquée, c'est la possession sans résistance, la résolution brutale du double bind : contact sans rejet, proximité sans menace. Les retours sur les corps sont de la répétition compulsive, de la vérification. Est-ce qu'elle est bien morte ? Est-ce qu'elle est bien à moi maintenant ?
Il y a ce détail unique : il plaçait parfois des cailloux dans le vagin des victimes. La symbolique est d'une transparence clinique glaçante. Oblitération de la féminité menaçante, réduction à l'objet inerte, comblement du vide maternel qui l'a avalé toute sa vie.
Le choix des victimes est d’une logique systémique parfaite. Les prostituées sont les mères symboliques idéales pour son économie psychique. Elles sont disponibles, donc pas de rejet possible. Elles sont dévalorisées socialement, ce qui donne une justification surmoïque bancale mais efficace : "je nettoie la ville". Elles sont remplaçables à l'infini, la compulsion peut être satisfaite indéfiniment. Et surtout, elles sont peu recherchées par la police.
Regardons ça d'un point de vue darwinien. Ridgway survit vingt ans parce qu'il sélectionne des victimes dont le système social tolère la disparition. C'est une adaptation parfaite du prédateur à son environnement. Il a trouvé la niche écologique où il peut exercer sa violence avec un risque minimal. C'est terrifiant de pragmatisme (nous reverrons ça lors du prochain article).
Pendant qu'il tue, entre 1982 et 1998, Ridgway mène une vie d'une banalité stupéfiante. Il travaille chez Kenworth Trucks comme peintre. Trente-deux ans d'ancienneté au total. Il se remarie en 1988 avec Judith Mawson. Ce sera son mariage le plus long et le plus stable. Il fréquente assidûment l'église baptiste. Judith raconte qu'il pleurait en regardant des films sentimentaux, qu'il était attentionné, doux même.
C'est le cas d'école du clivage non-psychotique. Deux systèmes comportementaux étanches, aucune perméabilité entre eux. Watzlawick l'a écrit : la pathologie n'est pas dans le message, mais dans l'impossibilité de méta-communiquer sur le message. Ridgway ne peut jamais intégrer ses deux modes d'existence parce qu'il n'a jamais eu accès à un tiers permettant cette intégration. La fonction paternelle a failli complètement.
L'arrêt des meurtres : réorganisation ou épuisement ? Fait troublant : après 1998, plus rien
La dernière victime confirmée date de 1998. Arrestation en 2001. Entre les deux, trois ans de normalité apparente. Pourquoi s'arrête-t-il ?
Il y a plusieurs hypothèses. La stabilisation conjugale d'abord : Judith Mawson serait-elle le premier objet non-clivé ? Elle rapporte une vie sexuelle satisfaisante, de la tendresse réelle. Gary a quarante ans au moment de ce mariage. Une maturation tardive est possible, même à cet âge, même avec cette structure. Bergeret laissait cette porte ouverte.
L'épuisement du pattern ensuite. Quarante-neuf meurtres confirmés, probablement soixante-dix ou quatre-vingt-dix en réalité. Y a-t-il une extinction possible de la compulsion ? Peu probable. Les compulsions ne connaissent pas la satiété. Mais il y a le vieillissement. Cinquante ans en 1999, baisse de testostérone, diminution naturelle de la poussée pulsionnelle.
La peur adaptative aussi. L'ADN devient une technique courante à la fin des années quatre-vingt-dix. Ridgway était-il conscient de la pression policière ? Un calcul risque-bénéfice qui penche enfin vers l'inhibition ? Mais ça suppose un niveau de rationalité qu'on peine à lui attribuer avec un QI de 82.
Mon hypothèse intégrative me semble la plus solide : convergence systémique. Judith plus le vieillissement plus la peur plus une routine meurtrière finalement satisfaite, il a "assez" tué. Tout ça crée un nouveau système homéostatique, pathologique certes, mais non-meurtrier. Le meurtre n'est plus nécessaire au maintien de l'équilibre psychique. Le système a trouvé un autre point d'équilibre.
Le procès : révélation du vide structural
Plusieurs familles de victimes lui parlent au tribunal. Ridgway répond mécaniquement, sans affect approprié. Une mère lui demande : "Pourquoi ma fille ?" Il répond : "Je sais pas. Elle était là. Je cherchais pas quelqu'un en particulier."
Affect plat. Concret. Absence totale d'empathie, mais aussi absence de jubilation perverse comme chez Bundy, absence d'effondrement dépressif. Rien. Le vide.
Lecture caractérielle de Le Senne : structure amorphe. Non-émotif, inactif face au stimulus moral, primarité totale. Incapacité constitutionnelle à l'élaboration secondaire. Il ne peut pas ressentir ce qu'on attend qu'il ressente parce que les circuits neuronaux et psychiques nécessaires ne se sont jamais développés.
Lecture Bergeret : état-limite non-névrotique. Pas psychotique, il a gardé le contact au réel, il n'y a pas de délire. Pas pervers non plus, il n'y a pas de jouissance organisée du mal. Pas névrotique évidemment, aucune angoisse, aucun conflit intrapsychique. On est dans une zone grise structurelle, un no man's land nosographique.
Sa "justification" ? Il déclare au tribunal : "Je tuais les prostituées parce que je les détestais et que je voulais pas payer pour ça." C’est une rationalisation infantile, mais révélatrice d’une économie libidinale archaïque : je veux sans donner. Fixation orale ? Bergeret parlerait de violence fondamentale non liée, jamais intégrée dans une économie libidinale mature. La violence reste brute, non transformée, non symbolisée.
Ridgway est comme un produit systémique
Regardons la séquence complète. Famille dysfonctionnelle d'abord : mère intrusive, père absent, impossibilité de constitution d'un Moi intégré. Trauma non symbolisé ensuite avec les humiliations liées à l'énurésie, la tentative de parricide raté sur la mère, tout ça créant un clivage structural profond. Pattern compulsif prostitutionnel qui constitue une tentative de maîtrise symbolique, tentative qui échoue évidemment. Effondrement du système conjugal de substitution avec le divorce de 1981, décompensation brutale. Et enfin le meurtre comme solution systémique, rétablissement d'un équilibre psychique par destruction pure et simple de l'objet menaçant. Puis arrêt par reconstruction d'un système stable avec Judith et le vieillissement.
Ridgway n'est pas un "monstre", il faut le dire clairement : Ridgway n'est pas un monstre tombé du ciel. C'est un système pathologique ambulant. Il n'a jamais eu les outils structurels pour faire autrement. Le prétendu "choix" du meurtre n'est pas un choix du tout. C'est l'émergence comportementale d'une impasse structurelle totale.
D'un point de vue darwinien, Ridgway est parfaitement adapté à son environnement pathogène. Et cet environnement, c'est nous qui l'avons créé. La famille laissée sans intervention malgré la tentative de meurtre sur la mère. La prostitution maintenue comme zone de non-droit où les victimes restent invisibles. La masculinité toxique validée socialement avec ses impératifs de contrôle et de domination.
Ça n'excuse rien. Absolument rien. Mais ça explique tout
Ridgway constitue un cas paradigmatique de co-construction pathologique familiale et sociale. La méthode DS2C permet de dépasser la fascination morbide du true crime pour comprendre la mécanique structurelle profonde. C'est moins spectaculaire que Bundy avec son charisme et son intelligence, mais cliniquement c'est beaucoup plus riche, beaucoup plus instructif.
Les tueurs en série ne naissent pas. Ils sont fabriqués, pièce par pièce, année après année. Et on a tous les outils théoriques nécessaires, Darwin, Bergeret, Watzlawick, même Freud quand il reste lucide, pour identifier et intervenir sur les systèmes familiaux à risque. On sait repérer les doubles binds, les clivages précoces, les failles narcissiques primaires.
On ne le fait juste pas, voire on les importe. Question de priorités budgétaires, politiques, sociales. Alors on fabrique des Ridgway, et après on s'étonne qu'ils tuent…

Jeffrey Dahmer : la recherche pathologique de contrôle
Le 19/08/2022
Jeffrey Dahmer - "le cannibale de Milwaukee" - est l’un des pires serial killers de l’histoire des États-Unis. Il a avoué avoir assassiné 17 jeunes hommes entre 1978 et 1991. Arrêté en 1991, puis condamné à 957 ans de prison, Dahmer a été assassiné dans sa cellule en 1994.
Issu d’une famille bourgeoise, évoluant dans un environnement aseptisé, Dahmer a déménagé à sept ans pour la ville de Bath Township (Ohio). Sa mère était névrosée et toujours énervée. Son père était pharmacien et passait beaucoup de temps à son travail. Aucun d’entre eux ne s’occupaient réellement de lui, ce qui l’a poussé à avoir des jeux solitaires et des “amis imaginaires”. Ses camarades d’école avaient peur de lui.
C’était un élève intelligent, brillant mais il agissait de façon impulsive. Vers l’âge de huit, la peur des autres et le manque de confiance en lui ont commencé à le perturber suffisamment pour qu’il ne veuille plus aller à l’école. Vers l’âge de 10 ans, son intérêt se porte sur les animaux morts. A 13 ans, il découvre son homosexualité. Sa vie fantasmatique se développe, s’enrichit et prend une tournure pathologique. Dahmer avait un frère plus jeune que lui, David, qui fut l’enjeu du divorce de ses parents, chacun s’en disputant la garde sans se préoccuper de Jeffrey (1978). Sa mère quitta le foyer avec David.
Dahmer a fait face à plusieurs situations potentiellement traumatisantes dans son enfance. L’une d’elles a été son opération d’une double hernie, alors qu’il avait 4 ans. Il était terrifié que son pénis ait été sectionné.
Jeffrey Dahmer : “(...) I wanted to have the person under my complete control.”
Dans cette interview, Dahmer évoque sa volonté de contrôle total sur l’autre. Au moment où il dit cela, il effectue un retrait de sa tête comme pour l’éloigner de ses propres propos. Ce geste traduit une volonté qu’il sait ne pouvoir satisfaire, qui lui échappe, donc qui est hors de contrôle et qui est du ressort psychologique de la pulsion.
Il y a trois principes à la pulsion : un principe de recherche de plaisir (et donc évitement de déplaisir) alors que ce plaisir est toujours satisfait dans le ventre de la mère. Un principe de réalité qui nécessite de s’ajuster au monde extérieur. Il s’agit donc de satisfaire cette pulsion par des voies détournées. Enfin, un principe de constance dans le sens où l’appareil psychique réduit toute excitation au seuil minima (homéostasie), ce qui entraîne par conséquent un passage à l’acte quel qu’il soit. Ce passage à l’acte est ainsi une décharge d’énergie qui va faire baisser la tension psychologique qui vient de l’intérieur de notre organisme (excitation endogène).
L’interviewer : “d’où vient ce besoin de contrôle ?”
Jeffrey Dahmer : “je sentais n’avoir aucun contrôle quand j’étais enfant ou adolescent et ça s’est mélangé à ma sexualité et j’ai fini par faire ce que je faisais, c’était ma façon de me sentir en contrôle total, au moins dans ce cas-là, en créant mon propre monde dans lequel j’avais le dernier mot.”
Cette réponse illustre parfaitement son besoin irrépressible du passage à l’acte, sa motivation. Il aurait pu faire du sport qui, par la technicité nécessaire le mette en confiance et ainsi lui faire apprécier qu’il pouvait avoir un contrôle sur un acte. Cependant, Dahmer n’a pas bénéficié d’une attention sécurisante de la part de ses parents, sa mère en particulier à qui revient en tout premier lieu la mise en sécurité et le réconfort de l’enfant.
Au cours de l’interview, Dahmer évoque à plusieurs reprises ce désir de contrôle et systématiquement, ses propos se terminent par une bouche en huître. C'est-à-dire que ses lèvres sont rentrées dans sa bouche illustrant une volonté de garder ses propos pour lui.
Cette bouche en huître et la façon dont son regard se défocalise consciemment de la relation, c’est-à-dire qu’il y a une rupture volontaire du lien avec l’autre, montrent qu’il se replonge dans ses souvenirs, dans ses actes et qu’il trie/choisit ses mots parce qu’il en a conscience.
0:15 - Bouche en huître lorsqu’il évoque son premier meurtre en 1978 : “j’ai eu l’impression de contrôler ma vie.”
0:33 - Position du buste sur la chaise dans une position de fuite (buste en arrière et penché sur sa gauche). Dahmer fait encore une bouche en huître à l’évocation de son second meurtre en 1984.
2:13 - Dahmer se mord la lèvre inférieure après avoir dit “j’avais l’impression que c’était incontrôlable.”
2:50 - “(...) Leur ethnie n’avait aucune importance, seule leur beauté comptait” dit-il en terminant à nouveau par une bouche en huître.
Lors de l’interview, Dahmer s’exprime essentiellement de sa main gauche, ce qui traduit une certaine spontanéité, une réactivité qui confirme qu’il ne sait pas se contrôler :
0:41 - Dahmer s’exprime avec sa main gauche tandis que sa main droite est simplement posée sur son genou, tenant un gobelet.
1:38 - Micro démangeaison avec son pouce gauche qui vient gratter sa narine droite. Le bras gauche vient donc en travers de son corps, c’est une forme de protection inconsciente. Le fait qu’il ait cette micro démangeaison montre que quelque chose le gêne soit chez son interviewer, soit dans le fait qu’il doive aborder certains évènements et ainsi se dévoiler.
2:23 - Sa main gauche s’active lorsqu’il évoque la place du sexe dans ses passages à l’acte. Ses doigts sont tendus, dressés, bien écartés les uns des autres. Il y a une certaine tension dans ce geste, une tension qui peut aussi s’apparenter à de l’excitation.
Immaturité sexuelle, sexualité perverse, frustration, passivité, la solitude, la peur de ne pas être acceptée par un monde hostile et un mélange de détachement émotionnel sont rencontrés dans la psychopathologie de la personnalité d'un tueur en série.
Souvent, comme dans le cas de Jeffrey Dahmer, son ambivalence quant à sa propre sexualité confuse et ses sentiments de rejet provoquent un comportement sexuel sadique, compulsif et destructeur de l'objet de son attention pseudo-sexuelle, la source détestable de son attirance et de son besoin de pouvoir et de contrôle.
Jeffrey Dahmer était un solitaire dans son enfance, grandissant dans une famille «dysfonctionnelle » en raison de fréquentes disputes entre sa mère et son père conduisant à
sentiments hostiles envers eux. Une mère névrosée et déprimée et un père souvent absent, absorbé par sa carrière, ne lui permettait pas d’identification masculine complète.
Son comportement destructeur et ses souvenirs fétichistes sont l'expression évidente de sa profonde ambivalence vis-à-vis de son propre homosexualité et de sa profonde hostilité/amour mêlés envers les objets de son intérêt. Indépendamment de ses sentiments d'amour exprimés pour elles, ses victimes n'étaient pas traitées comme des personnes mais comme des objets. Il en disposait comme un enfant le fait avec ses jouets, en les démontant pour voir comment ils sont faits mais également pour montrer qui avait le pouvoir, le contrôle de la situation.
Un ultime acte d'affirmation destructrice !
Liens :
(1) Jeffrey Dhamer Interview sous titres FR - YouTube
Jeffrey Dahmer - TUEURS EN SERIE.org
Jeffrey Dahmer: Psychopathy and Neglect (regis.edu)
Destructive Hostility: The Jeffrey Dahmer Case: A Psychiatric and Forensic Study of a Serial Killer (marquette.edu)
