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Le mensonge : ce que vous cherchez au mauvais endroit

Le 25/04/2026

Série "Anatomie du Mensonge"

Permettez-moi de commencer par une confession : pendant des années, j'ai regardé les mains de mes patients, d’amis, de collègues, de proches, d’inconnus. Leurs yeux. Le micro-frémissement de leur lèvre supérieure. Comme beaucoup de professionnels formés dans les années où Paul Ekman régnait en maître incontesté sur la psychologie du mensonge, j'avais intégré l'idée que le corps ne savait pas mentir. Que la vérité se lisait dans la chair, si l'on savait regarder.

C'était une idée séduisante. C'était aussi, pour l'essentiel, une idée fausse. Je m’explique.

 

La grande illusion du détecteur humain

En 2006, Charles Bond et Bella DePaulo publient, dans Psychological Bulletin, une méta-analyse portant sur plus de deux cents études et vingt mille participants. Leur conclusion est d'une sobriété implacable : les êtres humains — y compris les professionnels entraînés, policiers, juges, cliniciens — détectent le mensonge avec une précision de 54%. Le hasard, lui, vous en offre 50. L'écart entre votre formation, votre expérience clinique, votre expérience personnelle et un simple pile ou face tient donc dans quatre maigres points de pourcentage.

Aldrich Ames, agent de la CIA retourné par le KGB pendant neuf ans, a passé des polygraphes plusieurs fois. Il les a réussis. Il livrait des noms d'agents soviétiques travaillant pour les américains pendant que ses évaluateurs notaient consciencieusement la régularité de sa courbe galvanique. Les hommes qu'il trahissait étaient exécutés. Le polygraphe, lui, continuait de valider sa loyauté. Bernie Madoff a maintenu pendant dix-sept ans une fraude pyramidale de soixante-cinq milliards de dollars sous le regard de régulateurs professionnels, d'investisseurs aguerris et de journalistes financiers. Personne n'a vu les "signaux non-verbaux". Personne n'a lu la "dissonance gestuelle". Tout le monde a vu ce qu'il voulait leur montrer.

La détection du mensonge par les comportements observables est une discipline qui a produit beaucoup de livres, beaucoup de formations, beaucoup de certitudes et très peu de résultats réplicables. Ce n'est pas une question d'entraînement insuffisant. C'est une question de paradigme mal posé.

 

Et si la vraie question n'était pas "est-ce qu'il ment ?" mais "comment ment-il ?"

Renverser la question. Ce déplacement n'est pas rhétorique. Il est décisif.

Chercher à détecter le mensonge, c'est traiter le menteur comme un émetteur de signaux qu'il s'agit de décoder — une posture qui transforme l’observateur en polygraphe humain, avec les résultats que l'on vient de décrire. Analyser l'architecture du mensonge, c'est traiter le menteur comme un sujet dont le comportement a une logique, une structure, une fonction et dont la façon de mentir révèle quelque chose de fondamental sur son organisation psychique, son tempérament et sa position dans un système relationnel.

Ce n'est pas la même activité. Ce n'est pas le même niveau de lecture. Et ce n'est, franchement, pas le même intérêt clinique.

Un mensonge ne surgit pas du néant. Il est construit plus ou moins consciemment, plus ou moins habilement, plus ou moins coûteusement. Il mobilise des ressources cognitives, des mécanismes de défense, une économie morale particulière. Il s'inscrit dans une relation, répond à une pression, protège quelque chose. Il porte la signature du sujet qui le produit bien plus clairement que n'importe quel micromouvement facial.

C'est cette signature qui m'intéresse. C'est elle que je vous propose d'apprendre à lire.

Tout le monde ment. Ce n'est pas une accusation. C'est une donnée évolutive.

La capacité à mentir, à maintenir simultanément une représentation vraie de la réalité et une représentation fabriquée destinée à autrui présuppose ce que les cognitivistes appellent la théorie de l'esprit : la capacité à modéliser ce que l'autre croit, pense, anticipe. C'est une compétence cognitive de haut niveau. Les grands primates y accèdent partiellement. Les enfants humains l'acquièrent autour de quatre ans, précisément au moment où leur théorie de l'esprit devient opérationnelle. Ce n'est pas un hasard.

Le mensonge a été sélectionné parce qu'il offre des avantages adaptatifs considérables : évitement de la sanction, accès aux ressources, maintien de la cohésion sociale, protection de l'intimité, régulation des conflits. Dans un environnement ancestral où la survie dépendait de l'appartenance au groupe, savoir gérer l'information, retenir, déformer, construire, était une compétence aussi précieuse que courir vite ou lancer juste.

Traiter le mensonge comme une anomalie morale, c'est ignorer deux millions d'années d'évolution. Traiter le mensonge comme un symptôme à décoder dans les sourcils de son auteur, c'est ignorer cinquante ans de psychologie empirique. Ce que je vous propose, c'est de le traiter comme ce qu'il est réellement : un comportement complexe, stratifié, porteur de sens et analysable à condition d'utiliser les bons instruments.

 

Quatre niveaux pour une anatomie

Le cadre analytique que j'utilise articule quatre niveaux de lecture complémentaires. Non pas comme une checklist à appliquer mécaniquement, mais comme quatre éclairages qui, mis en convergence, produisent une compréhension que chaque niveau pris isolément ne pourrait atteindre.

Le premier niveau est évolutif : à quoi ce mensonge sert-il du point de vue de la survie et de l'adaptation ? Quelle pression, sociale, affective, économique, identitaire, le rend non seulement compréhensible mais, dans sa logique propre, rationnel ?

Le deuxième niveau est tempéramental : comment le caractère du sujet, au sens de René Le Senne, c'est-à-dire sa configuration émotivité-activité-résonance, détermine-t-il le style architectural de son mensonge ? Un même mensonge ne se construit pas de la même façon selon qu'il est produit par un Colérique sous pression, un Sentimental rongé par la culpabilité, ou un Flegmatique qui reconfigure la réalité avec la sérénité d'un architecte révisant des plans.

Le troisième niveau est structural : quelle économie psychique le mensonge mobilise-t-il ? Quelle est la nature de la culpabilité, ou de son absence, qui l'accompagne ? La structure de personnalité au sens de Jean Bergeret, névrotique, état-limite, psychotique, détermine fondamentalement ce que mentir coûte au sujet, ce que ça protège, et si la vérité reste, quelque part, un horizon que le sujet reconnaît comme tel.

Le quatrième niveau est systémique : dans quel contexte relationnel ce mensonge prend-il sens ? À quelle pression répond-il ? Quel équilibre, ou quel déséquilibre, maintient-il dans le système ? Paul Watzlawick nous a appris que la communication ne se comprend pas hors de son contexte interactionnel. Le mensonge non plus. Le menteur solitaire est presque toujours une fiction commode : derrière lui, il y a presque toujours un système qui le produit, le tolère, parfois l'exige.

 

Ce que cette série va faire, et ce qu'elle ne fera pas

Elle ne vous apprendra pas à détecter les menteurs. Non par excès de prudence épistémologique, mais parce que ce serait vous vendre quelque chose qui ne fonctionne pas, et j'ai suffisamment de respect pour votre intelligence pour ne pas le faire.

Elle va vous proposer autre chose : une grille de lecture de l'architecture du mensonge qui, appliquée rigoureusement, vous dit quelque chose de cliniquement précieux sur le sujet qui l'a construit. Pas si ses lèvres bougent d'une certaine façon. Pas si son regard se déplace vers la gauche. Mais comment il organise sa relation à la vérité, à l'autre, à lui-même.

Quatre articles suivront, un par niveau d'analyse. Chacun s'appuiera sur des cas publics documentés, non pour juger rétrospectivement des individus, mais parce que la matière clinique a besoin de chair pour ne pas rester abstraite.

Le mensonge est l'un des comportements humains les plus complexes, les plus stratifiés, les plus révélateurs. Il mérite mieux qu'une checklist de micro-expressions.

Commençons.

Prochain article : Niveau 1 : Darwin, ou pourquoi le mensonge est une solution avant d'être un problème.

Affaire Karine Esquivillon - Michel Pialle

Le 18/04/2026

Une lecture comportementale par la méthode DS2C

Qui abandonnerait son épouse dans un bois, sans l’enterrer, juste posée à même la terre ? L’attitude attendue ne serait-elle pas d’appeler les secours ? Cette question, aussi simple qu’elle paraît, porte en elle l’essentiel de ce qu’il faut comprendre sur Michel Pialle.

Le 27 mars 2023, Karine Esquivillon disparaît de son domicile de Maché, en Vendée. Son mari, Michel Pialle, signale sa disparition le 3 avril, une semaine après, et décrit une fugue volontaire, une femme partie avec de l’argent liquide, des pièces d’or, et le livret de famille. Il multiplie les appels à témoins sur les réseaux sociaux, apparaît sur BFM TV, sur TF1, affirmant n’avoir « rien à se reprocher ». Le 9 avril, le maire de Maché retrouve le téléphone de Karine dans un fossé, dépourvu de sa carte SIM. Trois mois plus tard, confronté aux incohérences de son récit, Michel Pialle avoue. Il a tué sa femme. D’un coup de carabine 22 long rifle équipée d’un silencieux, affirme-t-il, par accident.

Comment un homme, en apparence ordinaire, en vient-il à commettre un tel acte ? La question que tout le monde se pose. Elle appelle une réponse qui dépasse les catégories habituelles du discours médiatique, monstre ou victime de la folie, calcul ou accident. Ce que la méthode DS2C propose, c’est une lecture à quatre niveaux simultanés : le substrat évolutif, le tempérament, la structure inconsciente et le contexte relationnel. Parce que le passage à l’acte ne résulte jamais d’une cause unique. Il est toujours la résultante d’une convergence.

Le premier niveau d’analyse est évolutif. Il ne s’agit pas de justifier le comportement, mais de comprendre sa « logique » profonde : à quoi cet acte sert-il, du point de vue de la survie du sujet ?

Le comportement de Pialle après le décès présente une cohérence adaptative froide : dissimulation du corps à seize kilomètres du domicile, fabrication d’une narrative de fuite volontaire, mobilisation médiatique active pour détourner la pression de l’environnement. Il envoie des messages depuis le téléphone de Karine, évoquant un besoin de partir, avec des photos des dunes du Pilat volées sur Internet. C’est un comportement de leurre, observable dans le règne animal sous des formes analogues.

Ce qui est remarquable ici, c’est l’activation précoce et organisée de cette stratégie. Elle suggère une capacité de contrôle pulsionnel post-acte significative. L’absence d’appel aux secours n’est pas compatible avec la panique d’un accident. Elle est compatible avec la gestion froide d’une conséquence anticipée ou rapidement intégrée. Un sujet réellement sous le choc appelle avant de penser, c’est le système nerveux autonome qui décide, pas le cortex préfrontal. Ici, c’est manifestement le préfrontal qui a pris la main immédiatement.

Le deuxième niveau est tempéramental. Il interroge la manière dont le caractère module l’expression du comportement. Et c’est ici que la cohabitation post-séparation prend toute sa dimension clinique.

Les éléments disponibles dessinent un profil Flegmatique dominant : non-émotif, actif, et surtout secondaire. Ses proches le décrivent comme un père de famille calme, gentil et attentionné, un homme sans histoire. Cette façade de régulation émotionnelle plate, combinée à une capacité de dissimulation prolongée sur plusieurs mois, pointe vers une réactivité émotionnelle très faible en surface, avec une vie intérieure très peu accessible à l’observation externe. L’observation vidéo le confirme : sur BFM TV, il déclare avec un calme apparent « Donc elle est partie volontairement, ça c’est certain. » Ce n’est pas le débit d’un homme en deuil. C’est le débit d’un homme qui gère.

Mais ce qui singularise ce profil, c’est la propriété fondamentale du type secondaire : la tension ne se lit pas en temps réel sur le sujet. Elle se dépose. Le Flegmatique n’explose pas, il accumule avec une patience qui peut facilement être confondue avec de la sérénité. Vivre sous le même toit qu’une femme dont on est séparé, ni dedans, ni dehors, ni ensemble, ni libre, impose une pression chronique à tout sujet. Pour un profil de ce type, cette pression ne signe aucun signal externe perceptible. Elle s’accumule en silence, couche après couche, semaine après semaine. Karine Esquivillon n’a vraisemblablement jamais vu venir ce que ce silence contenait.

L’observation des séquences vidéo de l’interview de Michel Pialle, diffusée ce 15 avril sur W9, dans l’émission « Enquêtes Criminelles », apporte plusieurs confirmations de ce profil. On y voit Pialle échanger avec la journaliste en présentant son hémi visage droit et la tête légèrement penchée sur la gauche trahissent une vigilance active, une attention à l’argumentation : il n’est pas dans la spontanéité, il contrôle. La pièce, entièrement rangée alors que sa femme est absente depuis près de deux mois, dit la même chose. Ce soin du décor est lui-même un acte de contrôle. Et le mot clé, au fond, c’est exactement celui-là : contrôle.

Le troisième niveau est celui de la structure inconsciente. Il interroge la qualité de la régulation psychique : quels mécanismes de défense sont à l’œuvre, et jusqu’à quel point peuvent-ils tenir ?

Un jugement de 2003 décrit Pialle comme « un homme ayant un comportement mythomaniaque capable d’inventer des scénarios rocambolesques ». Neuf condamnations entre 1998 et 2021 pour escroquerie, faux et usage de faux, contrefaçon. Ce n’est pas un sujet qui transgresse occasionnellement sous pression, c’est un sujet dont le rapport à la réalité est structurellement instrumentalisé. La réalité externe n’est pas un donné à respecter : c’est un matériau à façonner selon les besoins du Moi.

Dans la terminologie bergeretienne, cela oriente vers une organisation état-limite avec des aménagements narcissiques marqués. Le clivage entre la façade sociale rassurante, le père attentionné, l’homme calme, et l’activité transgressive chronique est trop stable et trop ancré dans le temps pour être situationnel. Le mécanisme de défense central est le déni : non pas le déni hystérique qui vacille, mais un déni massif et opérationnel qui permet de continuer à fonctionner socialement tout en maintenant une réalité parallèle.

L’observation vidéo livre ici ses signaux les plus décisifs. Sur les mots « juste pour se libérer émotionnellement », une langue sort et rentre très rapidement, ce que la sémiologie des micro-expressions identifie comme une fuite de satisfaction. Ce geste bref, involontaire, post-discursif, n’appartient pas au registre du deuil. Il appartient au registre du triomphe discret. C’est là que le clivage se fissure une fraction de seconde. C’est toujours dans ces interstices que la structure se révèle.

Lorsque Pialle dit : « si elle veut refaire sa vie, qu’elle nous le dise » prononcé tandis que la tête fait NON, contradiction totale entre le message verbal et le message corporel. Peu après, les mains jointes et les sourcils levés qui élargissent le regard créent une posture de supplication apparente : il nous prend pour témoins. Mais cette configuration des mains traduit en réalité un retour sur soi, une volonté inconsciente de se dissocier des faits. « Pardonnez-moi mon Dieu parce que j’ai péché », pas une supplication vers l’extérieur, une absolution demandée.

Le quatrième niveau est contextuel et relationnel. Il interroge la configuration communicationnelle qui a rendu le passage à l’acte possible à ce moment précis.

Au moment des faits, Karine Esquivillon et Michel Pialle étaient séparés mais vivaient encore sous le même toit. C’est une configuration relationnelle à haut potentiel de double contrainte : cohabitation imposée, relation formellement terminée mais spatialement non résolue. Le système est bloqué, ni dedans, ni dehors. La pression communicationnelle d’un tel contexte est chronique et sans issue méta communicationnelle possible.

L’interview révèle une posture relationnelle caractéristique : Pialle n’est pas en position de demande face à la caméra. Il est en position d’émetteur. Les gestes illustratifs des deux bras, nombreux, dissocient le locuteur de son propre discours, comme si le corps racontait une autre histoire que les mots. Il nous prend pour témoins, pas pour interlocuteurs. Ce n’est pas un homme qui supplie : c’est un homme qui adresse.

La formulation « qu’on puisse se libérer émotionnellement » est cliniquement révélatrice. Un conjoint en deuil dit « que je puisse », ou « que les enfants puissent ». Le « on » inclusif efface la dissymétrie réelle : lui sait, elle est morte. Cette confusion pronominale est soit une maladresse révélatrice, soit une manière inconsciente de maintenir Karine dans le système relationnel, comme si elle participait encore à la conversation.

Par ailleurs, les enquêteurs ont mis au jour que Pialle avait pris en charge l’intégralité de la vie administrative d’une famille ukrainienne réfugiée, tout en contrôlant seul l’accès à leur compte bancaire. Le journal Le Parisien évoque des virements vers un compte au Luxembourg. Ce pattern de contrôle relationnel étendu bien au-delà du couple est cliniquement cohérent : Pialle s’insère dans des systèmes vulnérables et s’en empare. Karine, femme casanière ayant cessé de travailler, était probablement dans une position de dépendance analogue. Selon certaines sources, elle aurait découvert les agissements de son mari à l’égard de cette famille et se serait trouvée dans l’impossibilité de les taire. C’est cette menace de dévoilement qui transforme la pression chronique en crise aiguë.

Ce qui frappe dans le cas Pialle, c’est moins la brutalité de l’acte que la longueur silencieuse de ce qui l’a précédé. Les quatre niveaux d’analyse n’ont pas convergé en un instant, ils se sont rejoints au terme de temporalités radicalement différentes, comme plusieurs mèches de longueurs inégales qui atteignent le même détonateur à des vitesses distinctes.

La plus longue de ces mèches brûle depuis vingt-cinq ans : neuf condamnations pour escroquerie, faux, contrefaçon, une trajectoire d’adaptation parasitaire au sens darwinien, stable, efficace, profondément ancrée. Ce niveau-là n’est pas en crise le 27 mars 2023. Il tourne en bruit de fond depuis si longtemps qu’il est devenu invisible, y compris probablement pour Pialle lui-même.

La deuxième mèche est celle du tempérament. Et c’est ici que la cohabitation post-séparation révèle toute sa toxicité structurelle. Pour ce type de profil, la pression chronique d’une cohabitation impossible ne se lit pas sur le visage, ne s’entend pas dans la voix, ne déborde pas dans les comportements. Elle se dépose. Couche après couche, semaine après semaine, sans signal externe, sans soupape. Le profil secondaire ne réagit pas en temps réel, il accumule avec une patience qui peut être confondue avec de la sérénité, jusqu’au moment où le système est saturé depuis longtemps déjà sans que personne autour ne l’ait vu venir.

La troisième mèche est celle de la structure psychique. Un sujet dont l’équilibre repose sur le clivage peut fonctionner indéfiniment tant que personne ne menace cette étanchéité. Or tout indique que Karine était sur le point de faire exactement cela. Pour cette structure, le dévoilement imminent n’est pas un conflit à gérer, c’est une destruction du Moi à conjurer. Cette mèche-là brûlait depuis quelques semaines seulement, mais elle brûlait vite.

Le déclencheur relationnel du 27 mars n’a donc pas eu à faire grand-chose. Il est arrivé sur un système déjà saturé à trois niveaux simultanément. C’est ce que la temporalité différentielle révèle dans ce cas : l’acte n’était pas le produit d’une impulsion soudaine, ni d’un plan froidement élaboré. Il était la résultante mécanique d’une convergence que le sujet lui-même n’a peut-être pas vue venir, ou qu’il a vue venir sans pouvoir, ou sans vouloir, l’arrêter.

L’interview vidéo de Michel Pialle, analysée au prisme des quatre niveaux DS2C, est un document comportemental d’une rare densité. On n’y entend pas de plainte, pas d’urgence, pas d’indignation spontanée. On y voit un homme qui administre sa présentation, qui contrôle le cadre relationnel de l’interview, qui émet plus qu’il ne reçoit.

Mais le corps, lui, parle autrement. La langue qui sort. La tête qui dit non pendant que la bouche dit si. Le regard qui défocalise. Ces signaux ne sont pas des preuves, ils ne prétendent pas l’être. Ils sont des indices structurels, cohérents avec un profil dont la défense centrale est le clivage, et dont le clivage se fissure précisément au moment où il devrait tenir le plus fermement.

La question de l’intentionnalité reste ouverte sur le plan juridique. Mais deux éléments sont difficiles à neutraliser. D’abord, la qualité de la gestion post-acte : un sujet en état de choc réel ne gère pas avec cette efficacité, cette rapidité, cette cohérence narrative. Ensuite, le silencieux monté sur la carabine : une modification technique intentionnelle qui précède le déclencheur relationnel. C’est l’os dans la gorge de la thèse accidentelle, et aucun discours ne le fait disparaitre.

Analyse réalisée par la méthode DS2C (Décrypter les Stratégies de Communication Comportementales), intégrant les niveaux darwinien, caractérologique (Le Senne), structural (Freud/Bergeret) et systémique (Watzlawick). Cette analyse est clinique et ne constitue pas une conclusion judiciaire.

MoiCrédit : W9 - "Enquêtes criminelles"

Est-ce que le temps joue contre nous ?

Le 14/03/2026

La Temporalité du Passage à l'Acte

Résumé du fait divers : Le 4 février 1999, dans le Bronx, Amadou Diallo, 23 ans, est tué de 19 balles sur 41 tirées par quatre officiers de la police new-yorkaise. Il tenait un portefeuille. Cet événement, devenu paradigmatique des violences policières aux États-Unis, est ici analysé non pas sous l'angle de la responsabilité juridique ou du racisme intentionnel, mais sous celui de la mécanique psychologique du passage à l'acte. En articulant trois niveaux — l'héritage évolutif (Darwin), la structure inconsciente et ses défaillances (Freud, Bergeret), et le contexte relationnel pathogène (Watzlawick) — autour de la notion centrale de temporalité de l'action, cet article montre que le tir ne résulte pas d'une décision mais d'une décharge : un effondrement de la médiation symbolique sous pression pulsionnelle, dans un système institutionnel qui en garantissait les conditions.

Le problème de la temporalité

À 12h41 du matin, dans une ruelle du Bronx, tout se joue en moins de cinq secondes. L’officier Carroll crie. Quarante et une balles partent. Dix-neuf impacts. Diallo est mort avant que quiconque ait pu vérifier ce qu'il tenait dans la main.

La question juridique — était-ce légitime ? — est restée sans condamnation. La question politique — est-ce du racisme ? — a alimenté des décennies de débat. Aucune des deux ne touche à ce qui se passe réellement dans ces cinq secondes.

La question clinique est différente : pourquoi le cerveau humain, même entraîné, même professionnel, peut-il déclencher un acte léthal sur une information fausse, sans possibilité de correction en temps réel ? La réponse n'est pas dans l'intention. Elle est dans la temporalité.

Les travaux de Correll et al. (2002, 2007) sur les potentiels évoqués dans la décision de tirer ont mis en évidence trois couches de traitement cognitif qui s'enchaînent dans un délai de 150 à 600 millisecondes : la détection précoce de la menace, l'activation des associations culturelles, et le contrôle exécutif. La thèse centrale de cet article est que lorsque ces trois couches sont soumises à une pression physiologique et systémique suffisante, la troisième — le contrôle — arrive structurellement trop tard. Et que cette mécanique n'est pas un accident individuel, mais la résultante prévisible de trois niveaux d'analyse convergents.

Niveau Darwin — La logique évolutive du tir prématuré

La couche 1 du modèle de Correll — détection de menace à 150-250 ms — correspond neuro biologiquement à la voie thalamo-amygdalienne décrite par LeDoux. Ce circuit court, phylogénétiquement ancien, traite le stimulus en amont de tout décodage cortical. Il ne lit pas une situation : il l'évalue selon une métrique binaire, héritage de millions d'années de pression sélective — menaçant / non menaçant.

Ce mécanisme est d'une efficacité remarquable dans les contextes pour lesquels il a été sélectionné : environnements à prédateurs, territoires disputés, groupes en compétition pour des ressources. Il est catastrophique dans une ruelle du Bronx à minuit, où un homme sort son portefeuille d'une poche intérieure, dans un geste que son architecture neuronale ne distingue pas d'une arme dégainée.

L'organisme n'a pas de cortex lorsqu'il perçoit une menace vitale à 200 millisecondes. Il a une amygdale. Et l'amygdale ne vérifie pas.

La donnée la plus importante apportée par les études récentes sur le biais de tir n'est pas raciale : c'est physiologique. Quand la menace est rendue réelle — via un dispositif expérimental où l'arme factice tire en retour — l'anxiété augmente, les tirs augmentent, et les erreurs augmentent, sans modification de la perception visuelle objective. Le cerveau ne voit pas différemment. Il décide différemment, parce que le substrat pulsionnel est massivement activé.

Du point de vue darwinien, l’officier Carroll et ses collègues ne « font pas d'erreur ». Ils exécutent exactement ce pour quoi leur système nerveux autonome est câblé : éliminer la menace perçue avant que la menace ne les élimine. La tragédie n'est pas dans le dysfonctionnement du mécanisme. Elle est dans son fonctionnement parfait dans un contexte où il n'aurait pas dû s'activer.

Le déclencheur évolutif est l’ambiguïté. Diallo sort un objet de sa poche. Cet objet est ambigu. Or l'ambiguïté, dans un système orienté vers la survie, est toujours résolue en faveur de la menace. C'est ce que les biologistes évolutionnaires nomment le biais de détection de faux positifs — il est préférable, en termes de fitness, de traiter cent non-dangers comme des dangers que de traiter un danger comme un non-danger.

Ce biais est le fondement évolutif du « P200 hypertrophié » mesuré par Correll face aux stimuli racialement saillants : la race n'est pas une cause, elle est un signal contextuel qui, dans un cerveau déjà en alerte maximale, oriente l'inférence de menace dans un délai précoce pré-conscient. Elle accélère la résolution de l'ambiguïté — toujours dans le sens de la menace.

La conséquence est mécanique : sous activation sympathique maximale, la fonction de vérification — qui requiert la mobilisation de ressources corticales disponibles — est simplement hors délai. L'action précède la cognition.

Niveau Freud-Bergeret — L'effondrement de la régulation du Moi

La couche 3 du modèle de Correll — contrôle exécutif à 300-600 ms — correspond au recrutement du cortex préfrontal et du cortex cingulaire antérieur. Dans le modèle freudien, cette instance peut être lue comme l'équivalent fonctionnel du Surmoi opératoire : l'instance qui dit « attends », qui confronte l'impulsion à la réalité, qui introduit un délai entre le stimulus et la réponse.

Bergeret a formalisé la notion de capacité de régulation du Moi comme variable structurelle : selon l'organisation de personnalité — névrotique, état-limite, psychotique — la capacité du Moi à maintenir cette médiation sous pression est différente. Mais les études sur la charge cognitive ajoutent une variable critique : même une structure névrotique bien organisée voit ses capacités de régulation s'effondrer proportionnellement à la pression situationnelle.

Autrement dit, le seuil de défaillance de la couche 3 n'est pas seulement structurellement déterminé — il est aussi situationnellement modulé. Et dans la nuit du 4 février 1999, la pression situationnelle est maximale.

L'élément cliniquement décisif dans le passage à l'acte de Carroll est le cri : « Il a un flingue ! ». Ce n'est pas une communication. C'est l'externalisation d'une conviction qui a précédé toute vérification.

Cliniquement, ce mécanisme est de l'ordre de la projection au sens économique : le sujet projette sur l'objet ambigu la représentation de la menace qui sature son espace psychique. Le portefeuille ne reçoit pas de l'information perceptive — il reçoit la charge d'angoisse que Carroll ne peut plus métaboliser symboliquement. La conviction remplace la perception.

Ce n'est plus « je vois quelque chose qui ressemble à une arme ». C'est « je sais qu'il a une arme » — et ce savoir précède et forclôt toute lecture perceptive ultérieure.

C'est la définition même de l'effondrement de la fonction de réalité décrite par Freud : dans des conditions de menace aiguë dépassant les capacités de liaison psychique, la pensée opératoire se substitue à la pensée représentationnelle. Le Moi ne traite plus l'objet comme une représentation susceptible d'être vérifiée — il le traite comme une certitude mobilisant une réponse motrice (un passage à l’acte) immédiate.

Le tir contagieux — 41 balles tirées par 4 officiers — est la démonstration clinique de ce que Freud appelait la décharge pulsionnelle sans médiation. Une fois que Carroll tire, le signal sonore de la première détonation réactive chez les trois autres officiers le même substrat pulsionnel déjà à saturation, dans un contexte où la couche 3 est structurellement indisponible pour tous.

Il n'y a plus de délibération individuelle. Il y a une décharge collective dont chaque membre du groupe est à la fois acteur et vecteur. Le système nerveux autonome a pris la main. Le cortex préfrontal est en retard de plusieurs centaines de millisecondes sur une action qui a déjà produit ses effets.

Ce phénomène n'est pas de l'ordre de la pathologie individuelle. C'est la régression transitoire d'une structure sous pression — un fonctionnement temporairement état-limite chez des sujets dont l'organisation de base peut être tout à fait névrotique. La situation a forcé une régression fonctionnelle que la structure seule n'aurait peut-être pas produite.

« During sustained stress, the amygdala processes emotional sensory information more rapidly and less accurately, dominates hippocampal function, and disrupts frontocortical function ; we’re more fearful, our thinking is muddled, and we assess risks poorly and act impulsively out of habit, rather than incorporating new data. » - R. Sapolsky, « Behave – the biology of humans at our best and worst ».

Niveau Watzlawick — Le système pathogène comme condition de possibilité

L'Unité des Crimes de Rue de l'NYPD dans les années 1990 opère sous une double contrainte au sens watzlawickien du terme. Elle reçoit deux injonctions simultanées et incompatibles :

« Protège la population. Identifie les menaces. Neutralise les criminels armés. »

« Atteins tes objectifs de saisies d'armes. Montre des résultats. L'agressivité paie. »

Ces deux messages ne sont pas incompatibles au niveau de leur contenu apparent. Ils le deviennent au niveau du méta-message implicite : pour atteindre les quotas informels de saisies, l'officier doit traiter chaque interaction avec un suspect potentiel comme une interaction à risque d'arme — c'est-à-dire maintenir chroniquement un état physiologique de menace élevée. Or cet état est exactement celui qui, selon les données expérimentales, court-circuite la couche 3 et produit des erreurs de tir.

L'institution a donc structurellement produit les conditions neurobiologiques du passage à l'acte, tout en chargeant l'officier individuel de la responsabilité d'un « tir justifié ». C'est la double contrainte classique : quelle que soit la décision prise, une des injonctions est violée.

Watzlawick a montré que les escalades symétriques — où chaque comportement d'un acteur renforce le comportement de l'autre — produisent des systèmes fermés sur leur propre logique. La relation entre l'Unité des Crimes de Rue et le quartier du Bronx dans les années 1990 est un exemple clinique de cette dynamique.

Plus l'unité multiplie les interpellations agressives, plus la méfiance de la population augmente. Plus la méfiance de la population augmente, plus les comportements d'évitement sont interprétés par les officiers comme des signaux de menace. Le cadre interprétatif — « chaque personne dans ce quartier à cette heure est un suspect potentiellement armé » — s'est autonomisé de l'information situationnelle réelle.

La conclusion watzlawickienne est sévère : le passage à l'acte du 4 février 1999 n'est pas une déviance par rapport au système — c'est son produit logique. Un système qui maintient chroniquement ses membres dans un état physiologique de menace élevée, sans former ces membres à la gestion de leur activation sympathique, sans leur donner les outils cognitifs pour renforcer la couche 3 dans des conditions de stress maximal, a créé une machine à transformer l'ambiguïté en violence.

L'incident n'est pas un accident dans le système. Il est la manifestation de ce pour quoi le système est, de facto, organisé — qu'il en ait conscience ou non.

Les études sur l'entraînement au « débiaisage » cognitif confirment cette lecture systémique : il est possible de réduire significativement les erreurs de tir en entraînant spécifiquement le contrôle inhibiteur sous stress, c'est-à-dire en renforçant la couche 3 en conditions dégradées.

Synthèse — Le cognitif contre le pulsionnel : un combat inégal

La mort d'Amadou Diallo illustre avec une précision clinique froide une question qui traverse l'ensemble de la psychologie humaine depuis ses origines : dans quelle mesure le traitement cognitif conscient peut-il prendre le pas sur les processus pulsionnels automatiques ? La réponse, lorsque les conditions sont celles du 4 février 1999, est sans ambiguïté : il ne le peut pas. Non pas par défaillance morale, non pas par pathologie individuelle, mais par une asymétrie fondamentale inscrite dans l'architecture même du système nerveux.

Les trois niveaux d'analyse convergent ici vers une seule démonstration. Darwin établit que le circuit pulsionnel est phylogénétiquement premier — plus rapide, plus économique en ressources, plus fiable dans les conditions pour lesquelles il a été sélectionné. Freud-Bergeret établit que la capacité de régulation du Moi — cette instance médiatrice qui introduit le délai entre stimulus et réponse — est une acquisition secondaire, fragile, conditionnelle à des ressources cognitives disponibles que la pression situationnelle érode systématiquement. Watzlawick établit que le contexte peut être organisé de telle façon qu'il garantit structurellement que ces ressources ne seront pas disponibles au moment décisif.

La temporalité est ici la variable qui révèle tout. Cinq secondes. Dans cet intervalle, la couche 1 — détection de menace, subcorticale, automatique — s'active en 150 à 250 millisecondes. La couche 3 — contrôle exécutif, cortical, délibératif — n'est pleinement opérationnelle qu'à partir de 300 à 600 millisecondes, et seulement si les ressources cognitives sont disponibles. Sous stress maximal, elles ne le sont pas. L'écart entre ces deux délais n'est pas une erreur de conception : c'est le produit d'une évolution qui n'a jamais eu à gérer un officier de police dans le Bronx à minuit.

Le cognitif n'arrive pas trop tard parce que l'individu est défaillant. Il arrive trop tard parce qu'il est humain.

Ce constat a une implication théorique centrale : la régulation cognitive du pulsionnel n'est pas un état stable. C'est un équilibre dynamique, constamment menacé par toute élévation de la pression situationnelle. Ce que Freud avait compris en termes économiques — la lutte entre le principe de plaisir et le principe de réalité — trouve ici sa traduction neurobiologique exacte. Et dans cette lutte, sous stress maximal, le principe de réalité perd. Pas parfois. Structurellement.

L'impossible maîtrise

La question que pose en dernière instance le cas Diallo n'est pas une question de justice. C'est une question d'anthropologie cognitive : est-il possible, en conditions de stress vital aigu, que le traitement symbolique précède la décharge motrice ? Les données expérimentales, relues à travers les trois niveaux d'analyse, suggèrent que non — ou du moins pas sans un travail d'entraînement spécifique qui rende le contrôle inhibiteur suffisamment automatisé pour qu'il n'exige plus de ressources cognitives disponibles.

C'est là le paradoxe fondamental : pour que le cognitif puisse prendre le pas sur le pulsionnel dans des conditions où les ressources cognitives sont épuisées, il faut que la réponse cognitive soit elle-même devenue pulsionnelle — c'est-à-dire automatique, rapide, pré-consciente. L'entraînement au contrôle inhibiteur sous stress vise précisément à déplacer la couche 3 vers la couche 1 : à rendre le « attends, vérifie » aussi réflexe que le « tire ».

Mais cet entraînement est difficile, long, et se heurte à une résistance que Darwin lui-même aurait reconnue : un organisme dont le système de survie fonctionne parfaitement n'a aucune pression évolutive pour le modifier. Tant que tirer vite dans l'ambiguïté produit plus de survivants que réfléchir d'abord, la sélection favorise la décharge. C'est l'héritage que nous portons. Et c'est contre lui que le cognitif, chaque fois, doit se battre — avec des outils lents, dans des situations rapides.

Carroll a tiré parce que son cerveau faisait exactement ce pour quoi il est conçu. La tragédie n'est pas dans la défaillance de l'humain. Elle est dans l'adéquation parfaite d'un mécanisme évolutif à un contexte pour lequel il n'a pas été prévu — et dans l'incapacité structurelle du cognitif à corriger cette inadéquation en temps réel.

Le pulsionnel ne connaît pas le portefeuille. Il connaît la poche, le geste, la nuit, et la menace. Le cognitif, lui, aurait pu faire la différence. Il avait 300 millisecondes de retard.

 

La semaine prochaine, j’aborderai plus précisément cette question de la temporalité du passage à l’acte grâce à l’expérience de Benjamin Libet.

Références

— Correll, J., Park, B., Judd, C. M., & Wittenbrink, B. (2002). The police officer's dilemma: Using ethnicity to disambiguate potentially threatening individuals. Journal of Personality and Social Psychology, 83(6), 1314–1329.

— Correll, J., Urland, G. R., & Ito, T. A. (2006). Event-related potentials and the decision to shoot: The role of threat perception and cognitive control. Journal of Experimental Social Psychology, 42(1), 120–128.

— LeDoux, J. E. (1996). The emotional brain: The mysterious underpinnings of emotional life. Simon & Schuster.

— Freud, S. (1920). Au-delà du principe de plaisir. In Essais de psychanalyse. Payot.

— Bergeret, J. (1974). La personnalité normale et pathologique. Dunod.

— Watzlawick, P., Beavin, J. H., & Jackson, D. D. (1967). Pragmatics of Human Communication. Norton.

— Tomkins, J. L., et al. (2023). Threat perception under physiological stress and shooting decisions in law enforcement: Evidence from ERP and behavioral measures. PubMed / Law and Human Behavior.

— Darwin, C. (1859). On the Origin of Species. John Murray.

— Affaire Amadou Diallo — Bronx, New York, 4 février 1999. Dossier de procédure : State of New York v. Kenneth Boss, Sean Carroll, Edward McMellon, Richard Murphy (2000).

Tueur en série : Gary RIDGWAY, analyse !

Le 31/01/2026

Gary Ridgway : Anatomie d'une construction pathologique

Rappel méthodologique de ma méthode DS2C

La méthode Décrypter les Stratégies Comportementales de Communication, c’est analyser l'individu comme un produit d'interactions systémiques où la famille constitue le système primaire qui structure des patterns comportementaux rigides. La méthode intègre une quadruple lecture simultanée grâce à la psychologie évolutionnaire (Darwin), la structure caractérielle (Le Senne), l’économie pulsionnelle et la structure psychique (Freud, Bergeret), et enfin une lecture de la situation (Watzlawick, école de Palo Alto). Ridgway est un cas d'école de co-construction pathologique. Allons-y !

Le système familial Ridgway : matrice de la pathologie

Il y a d'abord le père. Thomas Ridgway, chauffeur de bus, prédicateur baptiste amateur. Un homme qui incarne cette présence-absence paradoxale typique des pères défaillants : physiquement là, émotionnellement inexistant. Il se réfugie dans un surinvestissement religieux compensatoire, probablement alcoolique selon plusieurs sources. Ce qu'il transmet à son fils, c'est un cadre moral rigide, écrasant, mais totalement dépourvu de contenance affective. Une loi sans amour. Un commandement sans lien.

Puis il y a la mère. Mary Rita Steinman. Dominante, intrusive, imprévisible. Les témoignages concordent : elle humiliait Gary publiquement, notamment concernant son énurésie tardive. Mais ce n'est pas tout. Elle incarnait ce que Bateson et Watzlawick ont conceptualisé comme le double bind parfait : séduction et rejet simultanés, injonctions contradictoires dont on ne peut sortir. Viens près de moi, mais tu me dégoûtes. Sois un homme, mais reste mon petit garçon. Deviens autonome, mais je te contrôle dans les moindres détails.

Le couple parental lui-même fonctionnait sur un conflit chronique larvé. Le père se réfugiait dans sa religion, la mère dans le contrôle du fils. Et Gary ? Gary devenait l'objet transitionnel du couple, pas un sujet. Il était la chose entre eux, le territoire de leur guerre froide, jamais une personne.

Événement structurant : la scène primitive ratée

À seize ans, Gary poignarde sa mère avec un couteau de cuisine. Elle sort de la douche. La blessure est superficielle. Ridgway minimisera toujours l'incident, parlera d'accident. Cliniquement, on voit autre chose : un passage à l'acte abortif qui révèle l'impasse structurelle totale.

Regardons ça avec notre prisme DS2C. Sur le plan pulsionnel, il y a effraction de la scène primitive : la mère nue, le corps maternel exposé. Mais l'impossible symbolique du parricide se révèle simultanément parce que le père est inexistant comme tiers séparateur. Il n'y a personne pour s'interposer entre Gary et sa mère, personne pour dire "elle est à moi, pas à toi". Donc le désir-haine se déplace entièrement sur la mère, seul « objet » disponible. Sur le plan systémique, c'est une tentative désespérée de sortir du double bind maternel par élimination pure et simple de l'émettrice du message paradoxal. Tu ne peux pas résoudre le paradoxe ? Supprime celui qui l'énonce. Sur le plan caractériel, on a la confirmation d'une structure non-névrotique : le refoulement a échoué, on bascule dans l'agir direct.

Et voici le plus terrifiant : il n'y a aucune conséquence. Ni familiale, ni judiciaire. L'incident est nié, effacé, comme s'il n'avait jamais existé. Le système familial choisit l'homéostasie pathologique plutôt que la crise restructurante. On préfère continuer la danse macabre que risquer la vérité.

Construction du clivage opérationnel

Gary fait pipi au lit jusqu'à treize ans, peut-être quatorze selon certaines sources. C'est anormalement tardif. Ce n'est pas un simple retard de maturation.

Le corps devient champ de bataille. Rétention et expulsion, contrôle impossible, guerre permanente. C'est une somatisation, bien sûr, mais c'est aussi une communication paradoxale en réponse au double bind maternel : tu dois être propre, mais je te contrôle précisément parce que tu es sale. L'énurésie devient le proto-pattern de toute sa vie future : contamination et souillure comme thématique centrale, obsédante, jamais résolue.

Les humiliations maternelles publiques sont documentées. Elle l'obligeait à laver ses draps devant témoins, devant la famille, devant les voisins. Bergeret parlerait ici de faille narcissique précoce non compensée, d'attaque narcissique primaire qui empêche la constitution d'une image de soi stable. Gary ne peut pas devenir quelqu'un parce qu'on ne lui a jamais permis d'être quelqu'un. Il reste une chose sale, honteuse, contrôlée.

La conséquence caractérielle est inévitable : impossibilité de constituer une identité intégrée. D'où cette oscillation permanente entre le "bon mari" et le "prédateur", deux modes d'existence étanches, sans communication possible entre eux, sans intégration.

Ridgway fréquentait des prostituées plusieurs fois par jour. Pendant son premier mariage. Pendant son deuxième. Pendant qu'il tuait. Après avoir tué. Toujours.

Ce n'est pas du libertinage, soyons clairs. Il ne rapporte aucun plaisir particulier. L'acte est mécanique, compulsif. Il ne peut pas s'arrêter. Et il fait consciemment l'association prostituée-mère lors des interrogatoires. Il le dit explicitement : quand il voit une prostituée, il pense à sa mère.

Voilà la mise en scène répétitive du trauma maternel. La prostituée devient la mère enfin contrôlable, achetable, utilisable. On peut la posséder sans être détruit par elle. On peut la souiller sans être soi-même humilié. Mais ça ne suffit jamais. La compulsion revient, encore et encore, parce que la résolution symbolique est impossible : on ne peut pas tuer symboliquement ce qui n'a jamais été symbolisé. La mère n'a jamais été un objet psychique structuré, elle est restée une présence envahissante, toxique, sans contour.

Passage au meurtre : quand le système implose

Gary a vingt et un ans quand il épouse Claudia Kraig. Elle en a seize. C'est un mariage enfantin, une tentative pathétique de reconstruction familiale normative. On va faire comme les gens normaux font. On va construire une vraie famille. Ça va marcher cette fois.

Évidemment, ça ne marche pas. Claudia le trompe massivement. Gary vit ça comme une répétition exacte de l'humiliation maternelle. Il en parle en termes identiques : contrôle perdu, honte écrasante, rage impuissante. La femme qu'il croyait pouvoir posséder lui échappe complètement et ils divorcent en 1972. La première victime supposée de Ridgway date de 1982. Dix ans après. Que se passe-t-il dans cet intervalle ? Qu'est-ce qui contient la violence pendant une décennie ? Deuxième mariage, de 1973 à 1981, Marcia Winslow. Stabilisation apparente. Huit ans quand même. Puis ils divorcent pour infidélités mutuelles et visites compulsives de Gary aux prostituées.

Mon hypothèse est que tant que le système conjugal reproduit le chaos familial d'origine, conflit permanent, instabilité chronique, Gary reste dans l'homéostasie pathologique qu'il connaît. C'est l'enfer, mais c'est son enfer. Il sait naviguer là-dedans. Le divorce de 1981 représente la perte du contenant névrotique de substitution, aussi négatif soit-il.

En 1982, c’est la bascule avec la désintégration du système de défense. Tout s'effondre en même temps. Le divorce est consommé. Gary se fait licencier de l'usine pour problèmes d'assiduité, probablement liés à ses visites aux prostituées. Et le père meurt, quelque part entre 1981 et 1982, les dates sont imprécises. Le père symbolique, déjà inexistant de son vivant, disparaît physiquement. C'est l'effondrement du dernier étai surmoïque, même fantomatique. Il n'y a plus rien. Plus de cadre, plus de loi, plus de contenant. Juste Gary et sa violence fondamentale non liée.

Juillet 1982. Wendy Coffield, seize ans, prostituée, étranglée, jetée dans la Green River. C'est le début. Il n'y a pas de sadisme élaboré chez Ridgway. Pas de torture sophistiquée comme chez Bundy, pas de rituel nécrophile complexe comme chez Dahmer. Le meurtre est un dispositif fonctionnel, presque industriel.

La strangulation donne le contrôle absolu. C'est la réponse directe au trauma de contrôle maternel. Ses mains autour du cou de la victime, c'est la première fois de sa vie qu'il contrôle vraiment quelque chose. La nécrophilie qui suit n'est pas une perversion sophistiquée, c'est la possession sans résistance, la résolution brutale du double bind : contact sans rejet, proximité sans menace. Les retours sur les corps sont de la répétition compulsive, de la vérification. Est-ce qu'elle est bien morte ? Est-ce qu'elle est bien à moi maintenant ?

Il y a ce détail unique : il plaçait parfois des cailloux dans le vagin des victimes. La symbolique est d'une transparence clinique glaçante. Oblitération de la féminité menaçante, réduction à l'objet inerte, comblement du vide maternel qui l'a avalé toute sa vie.

Le choix des victimes est d’une logique systémique parfaite. Les prostituées sont les mères symboliques idéales pour son économie psychique. Elles sont disponibles, donc pas de rejet possible. Elles sont dévalorisées socialement, ce qui donne une justification surmoïque bancale mais efficace : "je nettoie la ville". Elles sont remplaçables à l'infini, la compulsion peut être satisfaite indéfiniment. Et surtout, elles sont peu recherchées par la police.

Regardons ça d'un point de vue darwinien. Ridgway survit vingt ans parce qu'il sélectionne des victimes dont le système social tolère la disparition. C'est une adaptation parfaite du prédateur à son environnement. Il a trouvé la niche écologique où il peut exercer sa violence avec un risque minimal. C'est terrifiant de pragmatisme (nous reverrons ça lors du prochain article).

Pendant qu'il tue, entre 1982 et 1998, Ridgway mène une vie d'une banalité stupéfiante. Il travaille chez Kenworth Trucks comme peintre. Trente-deux ans d'ancienneté au total. Il se remarie en 1988 avec Judith Mawson. Ce sera son mariage le plus long et le plus stable. Il fréquente assidûment l'église baptiste. Judith raconte qu'il pleurait en regardant des films sentimentaux, qu'il était attentionné, doux même.

C'est le cas d'école du clivage non-psychotique. Deux systèmes comportementaux étanches, aucune perméabilité entre eux. Watzlawick l'a écrit : la pathologie n'est pas dans le message, mais dans l'impossibilité de méta-communiquer sur le message. Ridgway ne peut jamais intégrer ses deux modes d'existence parce qu'il n'a jamais eu accès à un tiers permettant cette intégration. La fonction paternelle a failli complètement.

L'arrêt des meurtres : réorganisation ou épuisement ? Fait troublant : après 1998, plus rien

La dernière victime confirmée date de 1998. Arrestation en 2001. Entre les deux, trois ans de normalité apparente. Pourquoi s'arrête-t-il ?

Il y a plusieurs hypothèses. La stabilisation conjugale d'abord : Judith Mawson serait-elle le premier objet non-clivé ? Elle rapporte une vie sexuelle satisfaisante, de la tendresse réelle. Gary a quarante ans au moment de ce mariage. Une maturation tardive est possible, même à cet âge, même avec cette structure. Bergeret laissait cette porte ouverte.

L'épuisement du pattern ensuite. Quarante-neuf meurtres confirmés, probablement soixante-dix ou quatre-vingt-dix en réalité. Y a-t-il une extinction possible de la compulsion ? Peu probable. Les compulsions ne connaissent pas la satiété. Mais il y a le vieillissement. Cinquante ans en 1999, baisse de testostérone, diminution naturelle de la poussée pulsionnelle.

La peur adaptative aussi. L'ADN devient une technique courante à la fin des années quatre-vingt-dix. Ridgway était-il conscient de la pression policière ? Un calcul risque-bénéfice qui penche enfin vers l'inhibition ? Mais ça suppose un niveau de rationalité qu'on peine à lui attribuer avec un QI de 82.

Mon hypothèse intégrative me semble la plus solide : convergence systémique. Judith plus le vieillissement plus la peur plus une routine meurtrière finalement satisfaite, il a "assez" tué. Tout ça crée un nouveau système homéostatique, pathologique certes, mais non-meurtrier. Le meurtre n'est plus nécessaire au maintien de l'équilibre psychique. Le système a trouvé un autre point d'équilibre.

Le procès : révélation du vide structural

Plusieurs familles de victimes lui parlent au tribunal. Ridgway répond mécaniquement, sans affect approprié. Une mère lui demande : "Pourquoi ma fille ?" Il répond : "Je sais pas. Elle était là. Je cherchais pas quelqu'un en particulier."

Affect plat. Concret. Absence totale d'empathie, mais aussi absence de jubilation perverse comme chez Bundy, absence d'effondrement dépressif. Rien. Le vide.

Lecture caractérielle de Le Senne : structure amorphe. Non-émotif, inactif face au stimulus moral, primarité totale. Incapacité constitutionnelle à l'élaboration secondaire. Il ne peut pas ressentir ce qu'on attend qu'il ressente parce que les circuits neuronaux et psychiques nécessaires ne se sont jamais développés.

Lecture Bergeret : état-limite non-névrotique. Pas psychotique, il a gardé le contact au réel, il n'y a pas de délire. Pas pervers non plus, il n'y a pas de jouissance organisée du mal. Pas névrotique évidemment, aucune angoisse, aucun conflit intrapsychique. On est dans une zone grise structurelle, un no man's land nosographique.

Sa "justification" ? Il déclare au tribunal : "Je tuais les prostituées parce que je les détestais et que je voulais pas payer pour ça." C’est une rationalisation infantile, mais révélatrice d’une économie libidinale archaïque : je veux sans donner. Fixation orale ? Bergeret parlerait de violence fondamentale non liée, jamais intégrée dans une économie libidinale mature. La violence reste brute, non transformée, non symbolisée.

Ridgway est comme un produit systémique

Regardons la séquence complète. Famille dysfonctionnelle d'abord : mère intrusive, père absent, impossibilité de constitution d'un Moi intégré. Trauma non symbolisé ensuite avec les humiliations liées à l'énurésie, la tentative de parricide raté sur la mère, tout ça créant un clivage structural profond. Pattern compulsif prostitutionnel qui constitue une tentative de maîtrise symbolique, tentative qui échoue évidemment. Effondrement du système conjugal de substitution avec le divorce de 1981, décompensation brutale. Et enfin le meurtre comme solution systémique, rétablissement d'un équilibre psychique par destruction pure et simple de l'objet menaçant. Puis arrêt par reconstruction d'un système stable avec Judith et le vieillissement.

Ridgway n'est pas un "monstre", il faut le dire clairement : Ridgway n'est pas un monstre tombé du ciel. C'est un système pathologique ambulant. Il n'a jamais eu les outils structurels pour faire autrement. Le prétendu "choix" du meurtre n'est pas un choix du tout. C'est l'émergence comportementale d'une impasse structurelle totale.

D'un point de vue darwinien, Ridgway est parfaitement adapté à son environnement pathogène. Et cet environnement, c'est nous qui l'avons créé. La famille laissée sans intervention malgré la tentative de meurtre sur la mère. La prostitution maintenue comme zone de non-droit où les victimes restent invisibles. La masculinité toxique validée socialement avec ses impératifs de contrôle et de domination.

Ça n'excuse rien. Absolument rien. Mais ça explique tout

Ridgway constitue un cas paradigmatique de co-construction pathologique familiale et sociale. La méthode DS2C permet de dépasser la fascination morbide du true crime pour comprendre la mécanique structurelle profonde. C'est moins spectaculaire que Bundy avec son charisme et son intelligence, mais cliniquement c'est beaucoup plus riche, beaucoup plus instructif.

Les tueurs en série ne naissent pas. Ils sont fabriqués, pièce par pièce, année après année. Et on a tous les outils théoriques nécessaires, Darwin, Bergeret, Watzlawick, même Freud quand il reste lucide, pour identifier et intervenir sur les systèmes familiaux à risque. On sait repérer les doubles binds, les clivages précoces, les failles narcissiques primaires.

On ne le fait juste pas, voire on les importe. Question de priorités budgétaires, politiques, sociales. Alors on fabrique des Ridgway, et après on s'étonne qu'ils tuent…

 

Gary ridgway

Les matrices de compatibilité caractérielle sont-elles une impasse ?

Le 05/10/2025

 Précision liminaire

Je pratique une branche de la psychologie - la caractérologie - notamment celle de Le Senne. Mais il faut être clair sur ce qu'elle apporte par rapport aux tests conventionnels de personnalité.

Les tests standardisés (MBTI, Big Five, DISC, etc.) produisent des profils statiques et descriptifs. Ils photographient un état supposé stable, catégorisent, et souvent promettent de prédire les comportements. Leur logique est celle du catalogue : vous êtes ceci, donc vous êtes susceptibles de faire cela.

La caractérologie fonctionne autrement. Elle n'est pas prédictive mais compréhensive.

Elle offre un langage pour saisir les tendances d'une personne – son rapport à l'émotion, à l'action, au temps – non pas pour l'enfermer dans une case, mais pour comprendre comment elle se défend, comment elle entre en relation, comment elle souffre. C'est un outil d'intelligibilité du fonctionnement psychique, pas un verdict.

Surtout, la caractérologie que je pratique n'est jamais isolée du contexte relationnel et systémique. Savoir qu'un sujet est "colérique" ou "sentimental" ne dit rien de sa relation à l'autre tant qu'on n'analyse pas « comment » ces tendances s'actualisent dans l'interaction concrète. C'est une grille de lecture parmi d'autres, pas une vérité finale.

 

L'appel du catalogue

La tentation est compréhensible. Face à un couple en crise ou une équipe dysfonctionnelle, pouvoir consulter une matrice croisant les profils psychologiques pour prédire qui "fonctionne" avec qui procurerait une illusion rassurante de maîtrise. Les tests de personnalité en recrutement, les applications de rencontre basées sur des algorithmes de compatibilité, les conseils conjugaux simplistes oscillant entre "les opposés s'attirent" et "qui se ressemble s'assemble" témoignent de ce fantasme prédictif.

Le marché regorge de ces outils : MBTI, ennéagramme (j’y suis formé moi-même), DISC (j’y suis moi-même certifié), et même des réappropriations sauvages de typologies cliniques comme celle de Le Senne. Tous promettent la même chose : anticiper le fonctionnement relationnel en additionnant des caractéristiques individuelles. C'est séduisant, c'est vendeur, et c'est fondamentalement erroné.

 

Bergeret : la structure se révèle dans le lien

Jean Bergeret nous rappelle que la structure de personnalité n'est pas un objet fixe qu'on "apporterait" dans la relation comme un bagage préexistant. Elle se révèle, se mobilise et se transforme *dans* l'interaction. 

Prenons un exemple : un sujet à fonctionnement obsessionnel ne "sera" pas le même avec un partenaire hystérique qu'avec un autre obsessionnel. Ce n'est pas une simple addition de traits (obsessionnel + hystérique = X). C'est un processus relationnel où chacun convoque chez l'autre certaines défenses, certains modes de fonctionnement plutôt que d'autres.

Avec un partenaire hystérique, l'obsessionnel pourra se rigidifier davantage pour contenir l'émotion débordante de l'autre, ou au contraire découvrir une souplesse insoupçonnée face à la séduction. Avec un autre obsessionnel, il pourra entrer dans une compétition féroce pour le contrôle, ou trouver un confort dans la prévisibilité partagée. Ce qui émerge n'est pas prédictible par une matrice mais par l'analyse du système défensif activé « entre » ces deux personnes-là, dans ce contexte-là.

La personnalité se co-construit dans le lien. Vouloir prédire la relation à partir des individus isolés, c'est comme vouloir prévoir la mélodie en examinant séparément chaque note.

 

Darwin : l'adaptation contextuelle prime

Charles Darwin nous enseigne que la sélection naturelle ne favorise pas « le meilleur » ou le plus « fort » en absolu, mais l'adéquation au milieu. Transposé aux relations humaines : il n'existe pas de combinaison caractérielle universellement fonctionnelle.

Un couple formé de deux sujets "colériques" (au sens de Le Senne : émotifs, actifs, primaires) peut être parfaitement adapté dans un contexte d'adversité nécessitant de l'action rapide et de l'intensité – gérer une entreprise en crise, affronter une maladie grave, traverser une période d'instabilité sociale. Le même couple, placé dans un contexte de stabilité et de routine quotidienne, peut devenir dysfonctionnel par surinvestissement énergétique sans exutoire.

Inversement, deux « flegmatiques » (non-émotifs, actifs, secondaires) excelleront dans la consolidation tranquille d'un projet à long terme mais risquent l'enlisement face à une urgence requérant réactivité émotionnelle.

L'environnement – matériel, social, temporel – détermine quelle configuration relationnelle sera adaptative. Une matrice de compatibilité fige ce qui est par nature évolutif et contextuel. Elle présuppose un essentialisme des caractères là où règne le mouvement adaptatif.

 

Watzlawick : la circularité contre la causalité linéaire

Paul Watzlawick et l'école de Palo Alto démolissent définitivement l'idée qu'on pourrait prédire une interaction en additionnant des caractéristiques individuelles. Leur apport majeur : substituer la causalité circulaire à la causalité linéaire.

La pensée linéaire dit : "A est dominateur, donc B devient soumis". La pensée circulaire dit : "A et B co-créent un pattern complémentaire de domination/soumission, chacun renforçant le comportement de l'autre dans une boucle sans origine assignable". Qui a commencé ? Question absurde. Le système interactionnel précède les positions individuelles.

Les patterns relationnels – complémentaires (différence acceptée) ou symétriques (égalité revendiquée) – émergent de l'interaction. Ils ne préexistent pas dans les "caractères" des protagonistes. Un même individu développera des patterns radicalement différents selon son interlocuteur et le contexte communicationnel.

Le paradoxe devient alors évident : chercher LA bonne combinaison de profils empêche précisément de voir COMMENT fonctionne le système relationnel réel. On cherche la cause dans les individus alors qu'elle réside dans la structure de leur interaction.

Vouloir établir une matrice de compatibilité, c'est comme vouloir prédire une partie d'échecs en examinant séparément les pièces blanches et noires, sans considérer le jeu lui-même.

 

Implications pratiques

En thérapie conjugale

Le couple qui consulte en disant "nous ne sommes pas compatibles" exprime souvent un renoncement à comprendre ce qui se joue entre eux. Le travail thérapeutique consiste alors à déplacer la question : non pas "sommes-nous faits l'un pour l'autre ?" mais "que jouons-nous ensemble et pouvons-nous jouer autrement ?"

Explorer les patterns circulaires, identifier les double-liens, mettre au jour les bénéfices secondaires des dysfonctionnements : voilà le travail clinique. Une matrice de compatibilité court-circuite cette élaboration en offrant un verdict pseudo-scientifique là où il faudrait une analyse.

 

En intervention systémique (équipes, organisations)

En contexte professionnel, l'illusion est encore plus prégnante. Les outils RH promettent de composer "l'équipe idéale" en croisant des profils. Résultat : on constitue des groupes sur le papier harmonieux qui dysfonctionnent dans la réalité, parce que personne n'a pensé à la régulation systémique nécessaire.

Une équipe n'est pas une collection d'individus mais un système avec ses règles implicites, ses coalitions, ses boucs émissaires, ses non-dits. La vraie question n'est pas "qui avec qui ?" mais "quelles régulations mettre en place pour que la diversité devienne ressource plutôt que handicap ?"

Un sujet à structure limite peut être toxique dans une équipe sans cadre, et précieux dans une équipe fortement structurée où son intensité émotionnelle apporte du liant. Un obsessionnel sera paralysant dans un contexte exigeant de la réactivité, et salvateur dans un projet nécessitant rigueur et anticipation.

 

Conclusion : de la carte au territoire

Les outils typologiques – que ce soit Le Senne, le Big Five, le MBTI ou tout autre système classificatoire – ont leur utilité comme « cartes heuristiques » pour penser. Ils permettent de nommer, de différencier, de conceptualiser des tendances caractérielles. Ce sont des instruments d'intelligibilité, pas des GPS prédictifs.

L'erreur catastrophique consiste à les transformer en matrices de compatibilité, c'est-à-dire en instruments prédictifs d'appareillage relationnel. C'est confondre la carte avec le territoire, le concept avec le réel, la typologie avec la clinique.

La vraie expertise du praticien – thérapeute, coach, consultant – ne réside pas dans la maîtrise d'un catalogue de profils, mais dans sa capacité à analyser finement ce qui se joue « ici et maintenant » entre CES personnes-là, dans CE contexte-là. C'est plus exigeant intellectuellement, plus inconfortable pour le praticien/consultant et pour le patient ou client, mais c'est la seule voie cliniquement honnête.

 

Puzzle

Convergences

Le 30/08/2025

Les convergences de Freud, René Le Senne, Jean Bergeret, Charles Darwin et Paul Watzlawick : une lecture croisée de l’humain

L’histoire de la pensée psychologique et scientifique a souvent pris des chemins divergents. D’un côté, la psychanalyse freudienne, marquée par l’exploration des profondeurs de l’inconscient et des conflits psychiques. De l’autre, la caractérologie de René Le Senne, cherchant à décrire les structures fondamentales de la personnalité. À côté encore, la clinique de Jean Bergeret, attentive aux pathologies de la relation et aux modes d’organisation de la vie psychique. Mais également, l’évolutionnisme de Charles Darwin, qui replace l’homme dans la continuité biologique du vivant. Enfin, la théorie de la communication de Paul Watzlawick, ancrée dans une lecture interactionnelle et systémique.

À première vue, ces cinq penseurs n’ont pas grand-chose en commun. Freud s’intéressait aux rêves, Darwin aux pinsons des Galápagos, Le Senne à la typologie des caractères, Bergeret aux cliniques borderline et Watzlawick aux paradoxes de la communication humaine. Pourtant, si l’on gratte la surface, on découvre un faisceau de points de rencontre, qui dessinent une vision cohérente de l’homme : un être déterminé, contraint, traversé par des tensions internes et externes, fondamentalement relationnel, limité dans sa liberté mais inscrit dans une dynamique évolutive.

Je vous propose d’explorer ces convergences. Non pas pour les forcer artificiellement, mais parce qu’elles révèlent une manière commune d’aborder l’humain : non pas comme un individu souverain, mais comme un être façonné par des structures qui le dépassent.

Nous suivrons cinq fils directeurs : les structures qui déterminent l’homme, les conflits qui l’animent, la centralité du lien à l’autre, les limites de sa liberté, et enfin la dimension évolutive qui traverse sa condition.

 

L’homme déterminé par ses structures

Freud, Darwin, Le Senne, Bergeret et Watzlawick partagent une conviction fondamentale : l’homme ne se définit pas d’abord par sa liberté, mais par des structures qui le déterminent.

Freud : la tyrannie de l’inconscient

Freud a montré que l’homme est gouverné par des forces inconscientes. Le « ça », réservoir pulsionnel, agit en dehors de toute volonté consciente. Le « moi » tente de composer avec la réalité, tandis que le « surmoi » impose ses interdits. Loin d’être libre, l’homme est ainsi travaillé par des instances psychiques contradictoires. Les rêves, les lapsus, les symptômes névrotiques montrent la puissance de cet inconscient structuré.

René Le Senne : la structure caractérologique

René Le Senne a proposé une approche caractérologique fondée sur trois dimensions stables : l’émotivité, l’activité et le retentissement (primaire ou secondaire). Ces paramètres dessinent une « structure » relativement fixe, qui conditionne la manière d’être au monde. Un émotif primaire ne réagira pas comme un non-émotif secondaire : la liberté se trouve encadrée par cette trame.

Darwin : l’héritage de l’évolution

Pour Darwin, l’homme est avant tout un animal. Son comportement, ses instincts, ses émotions trouvent leur origine dans des processus évolutifs. La peur, la jalousie, la coopération, la tendance à protéger sa descendance : autant de traits qui s’expliquent par la sélection naturelle. L’individu ne choisit pas ces dispositions, il les reçoit en héritage.

Bergeret : les organisations de la personnalité

Jean Bergeret a montré que la personnalité se structure selon des organisations – névrotique, psychotique, limite – qui orientent la manière de gérer les conflits internes et externes. Ces organisations ne sont pas des choix conscients, mais des adaptations précoces à des environnements affectifs et relationnels.

Watzlawick : la prison de la communication

Pour Paul Watzlawick, l’homme est pris dans des systèmes de communication dont il ne peut sortir. « On ne peut pas ne pas communiquer » : même le silence est un message. Les relations imposent des codes et des significations qui échappent souvent au contrôle individuel.

Point commun : tous ces penseurs montrent que l’homme est déterminé par des structures – inconscientes, caractérologiques, biologiques, organisationnelles ou communicationnelles.

 

Conflits et tensions comme moteur

L’homme n’est pas seulement structuré : il est traversé par des tensions. Ces conflits constituent le moteur même de son fonctionnement psychique et social.

Freud : les conflits pulsionnels

La psychanalyse repose sur l’idée que l’homme est travaillé par des pulsions contradictoires : Eros (vie, sexualité, lien) et Thanatos (mort, destruction). Le principe de plaisir se heurte au principe de réalité. Les symptômes naissent de ces tensions jamais complètement résolues.

Bergeret : les conflits psychiques organisateurs

Bergeret a décrit comment chaque organisation de la personnalité gère les conflits. Le névrotique vit dans le conflit intrapsychique (désir vs interdit). Le psychotique gère la menace d’effondrement de l’identité. Le borderline oscille entre ces deux pôles, avec un conflit constant autour de l’abandon et de la dépendance.

Le Senne : la tension caractère/situation

Le Senne insistait sur la confrontation entre structure caractérologique et circonstances. Un caractère rigide se heurte à une situation exigeant de la souplesse, et naît alors un conflit intérieur qui oriente le comportement.

Darwin : la lutte pour l’existence

L’évolution repose sur la tension entre individus pour la survie et la reproduction. La nature est une scène de conflits permanents : prédateur et proie, individus concurrents, espèces en compétition.

Watzlawick : les paradoxes de la communication

La double contrainte (double bind) illustre la conflictualité relationnelle : « sois spontané ! », injonction contradictoire qui piège l’individu. Les relations humaines sont traversées de paradoxes inévitables.

Point commun : chez tous, l’homme est un être de contradiction, son équilibre dépend de la manière dont il gère ses conflits.

 

L’importance du lien à l’autre

Aucun de ces auteurs ne pense l’homme isolément. Tous soulignent la dimension fondamentale de la relation.

Freud : le transfert et l’amour

Freud a montré que le rapport à l’autre est fondateur : le sujet se constitue dans le regard et le désir de l’autre. Le transfert en psychanalyse révèle combien les relations passées continuent de structurer les relations présentes.

Bergeret : pathologies relationnelles

Pour Bergeret, les troubles de la personnalité sont avant tout des troubles du lien. Les borderline, par exemple, oscillent entre fusion et rejet, dépendance et haine de l’autre.

Watzlawick : les axiomes de la communication

La communication est constitutive du lien humain. On ne peut pas ne pas communiquer, chaque message porte un contenu et une dimension relationnelle, et toute interaction est ponctuée différemment selon les acteurs.

Darwin : l’origine de la coopération

Darwin voyait dans la coopération et la solidarité des instincts sociaux favorisés par l’évolution. Les groupes capables d’entraide avaient plus de chances de survie.

Le Senne : compatibilités caractérologiques

La caractérologie éclaire les affinités et les incompatibilités : certains caractères se complètent, d’autres s’affrontent. La relation dépend de ces structures profondes.

Point commun : l’homme est un être de relation, le lien à l’autre conditionne son existence.

 

Les limites de la liberté et de la conscience

Tous ces penseurs convergent sur un point dérangeant : la liberté humaine est très relative.

Pour Freud, nous croyons décider, mais c’est l’inconscient qui gouverne.

Pour Le Senne, nous croyons choisir, mais c’est le caractère qui fixe nos marges.

Pour Bergeret, nous croyons être autonomes, mais notre histoire affective nous détermine.

Pour Darwin, nous croyons être supérieurs, mais nous restons soumis aux lois biologiques.

Pour Watzlawick, nous croyons être libres, mais nous sommes pris dans des systèmes communicationnels dont nous ne maîtrisons pas les règles.

Point commun : l’homme est limité, sa liberté est un mythe réconfortant plus qu’une réalité.

 

Une vision dynamique et évolutive de l’humain

Malgré ces contraintes, ces penseurs ne décrivent pas un homme figé. Au contraire, tous insistent sur la dimension dynamique de l’humain.

Freud : l’appareil psychique est un champ de forces en perpétuel mouvement.

Darwin : l’évolution est un processus continu, qui façonne encore nos comportements.

Bergeret : les organisations psychiques sont des adaptations dynamiques à l’environnement relationnel.

Le Senne : le caractère est stable, mais il se module selon les expériences.

Watzlawick : la communication est un système vivant, toujours en réorganisation.

Point commun : l’homme est un processus, pas une essence.

 

En conclusion

Freud, Le Senne, Bergeret, Darwin et Watzlawick appartiennent à des traditions intellectuelles très différentes. Pourtant, leurs pensées se rejoignent sur plusieurs points :

L’homme est déterminé par des structures qui le dépassent.

Son existence est traversée de conflits et de contradictions.

Le lien à l’autre est fondamental.

Sa liberté est limitée.

Il est un être en mouvement, inscrit dans une dynamique évolutive.

En croisant ces perspectives, on obtient une image de l’humain bien plus complexe qu’une vision naïve de l’individu libre et rationnel. L’homme est un être paradoxal : contraint mais dynamique, limité mais créatif, toujours pris entre des déterminismes et des possibles.

Cette lecture croisée permet d’éclairer nos comportements contemporains. Face aux nouvelles pathologies du lien, aux illusions de liberté entretenues par les réseaux sociaux, ou encore aux tensions identitaires, les enseignements de Freud, Le Senne, Bergeret, Darwin et Watzlawick demeurent d’une actualité brûlante.

Narcisse ou Don Juan ? Perversion ou perversité ?

Le 30/12/2023

Nous sommes tous, à un moment donné, dans une dynamique de séduction avec l’autre et quelque soit l’environnement, le contexte et c’est normal, c’est bien, c’est la vie, c’est le jeu des relations sociales. Une fois cet apophtegme, ce précepte posé, il est important de ne pas sombrer dans l’excès. 

Savoir analyser et reconnaître lorsqu’il y a un excès dans ce fonctionnement va vous permettre une meilleure maîtrise de la situation. 

Voyons cela…

Une personnalité narcissique devient pathologique lorsque les traits du comportement altèrent le quotidien. Elle se classe en deux catégories : 

  • par excès d’amour de soi (mégalomanie),
  • par insuffisance d’amour de soi.

Le narcissisme pathologique se caractérise par le besoin d’être admiré par les autres pour réparer une carence de son amour pour soi. Donc besoin de séduire l’autre mais ce qui ne veut pas forcément dire passage à l’acte, d’où la différence entre Narcisse et Don Juan. 

Il y a donc une érotisation de l’autre d’un côté et une sexualisation de l’autre d’un autre côté. Narcisse est la duplication de l’image de soi dans l’autre pour se rassurer alors que Dom Juan accepte de passer par l’acte pseudo-sexuel pour satisfaire son besoin de maîtrise. 

Cependant, ni l’un ni l’autre ne peuvent supporter l’idée que l’autre les asservisse à son propre narcissisme à elle. Ils veulent avoir la main sur l’autre, garder le contrôle.

A la suite de cette séduction narcissique, la personne “objet” peut être triple : 

- la personne séduite n’a aucune “originalité” et peut se contenter d’une relation pseudo amoureuse. Elle ne tient pas plus que ça à cette relation et sait y mettre un terme le moment venu, laissant le séducteur libre de répéter son schéma avec une autre personne “objet”.

- la personne séduite est, elle aussi, une carencée narcissique. Lorsque la magie de la rencontre opère et qu’elle aura contenté les deux Narcisses alors chacun pourra reprendre son chemin. Mais chacun est aussi libre de conduire le même schéma parallèlement à la relation.

- enfin, il se peut que la personne séduite ait l’espoir d’une pleine relation et devienne ainsi exigeante d’un point de vue investissement personnel.

 

La personnalité pathologique narcissique se croit unique, spéciale, et a un besoin excessif d’être admirée et croit que tout lui est dû. Elle entretient des fantasmes irréalistes et idéalisés de pouvoir, de succès, d’amour ou de beauté.

Pour distinguer ces deux personnalités - lorsqu’elles sont à un niveau pathologique, j’insiste - et faire la différence entre la maladie (perversion) et le vice (perversité), il est nécessaire d’effectuer un examen complet de l’individu (anamnèse) et du mobile de son comportement. La recherche de cette différence est fondamentale en matière judiciaire parce qu’elle permet l’imputation des responsabilités. Seuls les professionnels de la santé mentale sont capables de le faire.

Mais brièvement, la perversité renvoie au plaisir de manipuler l’autre pour avoir une emprise. Il n’y a pas de satisfaction sexuelle dans la perversité.

La perversion, quant à elle, fait référence à une pathologie nommée paraphilie. Il s’agit d’une structure de la personnalité qui renvoie classiquement à des conduites sexuelles déviantes (je vous laisse le soin de rechercher ce qu’est une conduite sexuelle déviante).

Il est important pour tout à chacun d’avoir conscience du rôle qu’il joue dans sa relation avec l’autre et que l’autre joue avec soi. Analyser froidement la situation, en mettant de côté ses émotions, va permettre une meilleure authenticité et surtout de mener sa barque comme VOUS l’entendez.

 

A vous de jouer… 

 

Gerard depardieu

Je passe PAR l'acte !

Le 29/10/2023

La question de la responsabilité du criminel est centrale dans l’action judiciaire. L’article 64 de l’ancien Code pénal dit : « il n’y a ni crime ni délit lorsque l’accusé était en état de démence au moment de l’action ».

Les travaux de psychanalyse mettent l’accent sur les motivations inconscientes du crime et les processus psychiques qui le sous-tendent. Ils postulent qu’il existe un lien entre le crime et le développement de la vie psychique de l’individu (Freud, 1916, « quelques types de caractères dégagés par la psychanalyse » ; Bonaparte, 1927, « le cas de Mme Lefebvre » ; Lagache, 1947, « Contribution à la psychologie de la conduite criminelle. Commentaire psychanalytique d’une expertise d’homicide »).

D’un point de vue phénoménologie clinique, le passage à l’acte est un fait d’expérience et d’une défaillance de la relation sociale.

Qu’est-ce qui peut nous permettre de distinguer un délinquant/criminel d’un individu lambda ? Selon Pinatel (1975, « traité de criminologie ») il existe des traits récurrents de personnalité qui forment une base. L’égocentrisme, la labilité, l’agressivité et l’indifférence affective. Précision importante, il s’agit d’une différence de degré pour chacun de ces traits. Ils sont présents chez chacun d’entre nous mais plus ou moins prononcés.

Selon Freud, c’est bien la pulsion qui est à l’origine de la violence. C’est elle qui représente le trait d’union, le point de rencontre entre la psyché (l’inconscient, les idéalisations, les envies, les peurs…) et la transformation en acte physique (la force motrice). Il y a donc une translation entre ce que pense l’individu et ce qu’il matérialise physiquement. La pulsion se définit selon la poussée (son élément moteur), son but (là où elle doit se réaliser, se purger), son objet (le moyen de la purger) et sa source (organe du corps d’où provient l’excitation).

Ainsi, la pulsion purgée de façon inadéquate, incontrôlée est une preuve d’immaturité émotionnelle et d’un déficit d’introjection. C’est-à-dire que l’individu n’est tout simplement pas capable de gérer ses émotions – parce qu’il n’a pas appris à le faire du fait d’un environnement familial inadapté et insécurisant – ni capable de « retravailler » les faits, les vécus pour les légitimer, les conscientiser, les symboliser, les rendre plus acceptables et surtout, savoir s’adapter. La réalisation de la pulsion permet à l’individu de « remettre les compteurs à zéro », d’abaisser le niveau d’insatisfaction, de frustration à un niveau plus acceptable pour lui. Mais la réalisation de la pulsion par un acte est une façon de « dire » en actes ce qu’il ne peut « dire » à haute voix.

Les travaux de Balier (1988, Psychanalyse des comportements violents, 1996, Psychanalyse des comportements sexuels violents) demeurent incontournables. Son expérience clinique en milieu carcéral auprès des auteurs d’agirs criminels le conduit à élaborer une métapsychologie du fonctionnement psychique violent. Balier relève chez ces sujets une pauvreté dans le sens de l’agressivité et de la destruction. Sa théorisation de la violence s’appuie sur un moi facilement débordé par des pulsions agressives désintriquées qui vont se tourner vers l’utilisation et la possession de l’objet externe comme solution économique à ce débordement. Les processus de déliaison, responsables d’une « agressivité libre », créent une tension et appellent à la décharge. L’agressivité libre est le résultat de la désintrication des pulsions, « aucune tension ne peut être contenue (…), la moindre frustration déclenche une décharge de colère avec des gestes agressifs contre des objets, des personnes, ou soi-même. Dans ces conditions, l’acte se substitue entièrement à la pensée dont les contenus sont particulièrement pauvres (Manuel de psycho-criminologie clinique, S. Harrati, D. Vavassori, Dunod, 2022).

Il est donc important de considérer l’individu selon 3 axes : l’individu auteur, l’individu victime et le contexte situationnel.

Voici un exemple intéressant de profils de délinquants qui vient illustrer mon propos.

Selon la « mission d’analyse des profils et motivations des délinquants interpellés à l’occasion de l’épisode de violences urbaines (27/6 au 7/7/23 en France), voici le profil général des 395 individus définitivement condamnés au 31/7/23 :

91% sont des hommes dont 75% sont nés en France et issus de l’immigration (algérien, tunisien).

23 ans de moyenne d’âge pour les hommes, 24 ans pour les femmes.

Les 18-22 ans sont concernés pour 70% des atteintes aux biens publics et 63% des atteintes à l’ordre public.

87% sont célibataires, sans enfant à charge, hébergés à titre gratuit essentiellement chez leurs parents.

29% ne détiennent aucun diplôme, 38% sont titulaires d’un diplôme inférieur au baccalauréat, 23% ont le baccalauréat, 4% ont bac+2, 0,5% ont un niveau supérieur à bac+2.

18% sont étudiants, 30% sont employés, 9% sont ouvriers, 14% sont chômeurs et 25% se déclarent inactifs.

57% n’ont aucun antécédent judiciaire.

Pour les individus non encore identifiés et ceux qui seront jugés ultérieurement, ce sont des délinquants plus chevronnés ayant commis des infractions plus graves.

Le crime est un acte humain

Le 14/10/2023

« Le crime est un acte humain. Il engage la personnalité du coupable, il en révèle certaines intentions. Mais la collectivité ne peut rester indifférente, devant cet acte qui constitue, en même temps qu’un fait personnel, un fait social. Ce sont là des données évidentes du problème criminel, celles que les sociétés les plus primitives aussi bien que les plus évoluées perçoivent clairement » (E. Degreef, Introduction à la criminologie, 1946).

Mesurer la témébilité d’un individu, sa redoutabilité ou sa périculosité (danger représenté) c’est-à-dire la capacité d’un délinquant à tirer profit de l’expérience, notamment de sanctions pénales, c’est analyser sa capacité à s’adapter aux exigences de la vie sociale, ce qui induit la prise en compte de sa responsabilité.

Il s’agit donc de décrypter le fonctionnement historique de l’individu, son vécu, son passé qui l’a amené à devenir un être antisocial, à devenir un délinquant voire un criminel.

Mais cette analyse doit être portée par la société et non par la psychiatrie qui ne doit qu’accompagner si nécessaire. Pour De Greef, « il importe de se débarrasser de l’insoluble question de la responsabilité en n’en parlant plus et en supprimant l’expertise mentale qui, (…), oblige le médecin à prendre une décision dont les conséquences sont extrêmement graves et dont la brutalité contraste avec les difficultés et les hésitations du diagnostic. »

L’erreur est d’imaginer que la pathologie se traduit par un passage à l’acte alors qu’il est le résultat d’un choix délibéré commis par son auteur.

Cet acte repose, éventuellement, sur une réalité faussée, biaisée. Il n’en demeure pas moins que l’acte est commis et que les conséquences doivent être assumées par son auteur et non par la société civile. De Greef ajoute que « toute tare qu’elle soit héréditaire ou qu’elle soit accidentelle, reste soumise au jeu de la personnalité du coupable, et par l’intermédiaire de cette personnalité, reste capable d’être ou bien renforcée par l’ambiance ou inhibée par l’atmosphère dans laquelle il vit » (Pathologie et criminalité, 1937).

Dans la droite ligne de De Greef, l’individu est soumis à une pression sociétale ainsi qu’à une pression individuelle instinctive qui implique désir, peur et pulsion. La pression sociétale, de par ses lois, joue un rôle de cadrage afin de forcer l’individu à restreindre et à contraindre ses instincts. Le besoin d’identification finit de manipuler cette personnalité fragile et labile. Cette éternelle pulsion qui pousse à l’inclusion à n’importe quel prix force à adopter des valeurs qui, à la base, ne sont pas les autres. Le temps faisant son affaire, la personnalité manipulable en oubli ses propres valeurs au profit de celle du groupe, et tant pis si c’est au détriment des autres. Après tout, s’ils sont étrangers à nos valeurs, ils sont nos ennemis, et que faisons-nous à nos ennemis…

Nous pouvons donc considérer qu’un individu aux prises avec ses instincts puisse résister un temps, mais si cette lutte égocentrée devait s’éterniser ou s’accentuer du fait d’éléments extérieurs, la résistance serait sapée et les fonctions de défense voleraient en éclats avec pour conséquence le passage à l’acte.  Pour Platon, le criminel est souvent un malade ; il doit être guéri ou éduqué si possible ; expulsé du pays ou supprimé s'il est incurable.

Le milieu est souvent criminogène mais en tout état de cause, les dégâts commis par un délinquant et un criminel doivent être réparés, qu'il soit responsable ou non.

La société civile se doit de lutter, de maintenir ou de placer ce type de personnes dans des endroits fermés qui ont pour fonction de contraindre l’individu. Cela ne veut pas dire que celui-ci ne doive pas bénéficier d’un accompagnement spécifique et pluridisciplinaire pour l’aider à lutter contre ses pulsions, voire à se réintégrer au terme de sa sentence. Au contraire, ainsi cloîtré, confiné, il sera engagé dans un processus réducteur et contraint qui évitera toute conséquence sur la société. Faire sa peine du début à la fin lui permettra de prendre conscience de ses actes. Il va s’en dire que dans un milieu fermé, il y a nécessité de le séparer de son groupe de référence afin qu’il ne retrouve pas à l’intérieur ceux pour qui il s’est battu à l’extérieur.

En France en 2023, il y a 79 maisons d’arrêts, 39 établissements pour peines, 54 centres pénitentiaires, 6 centres pénitentiaires pour mineurs (source : Statista). Les centres éducatifs fermés pour mineur n’en ont que le nom puisque c’est la parole du juge plus que les murs de l’établissements qui fonde la privation de liberté. Ces centres dépendent de la catégorie des établissements sociaux et médico-sociaux, et non celles des établissements pénitentiaires (source : rapport d’information du Sénat n°759 (2010-2011), Enfermer et éduquer : quel bilan pour les centres éducatifs fermés et les établissements pénitentiaires pour mineurs ?). Cette mission d’information a rédigé 25 propositions très intéressantes (ont-elles été suivies ?). Combien existe-t-il de casernes ou de bâtisses abandonnées à réhabiliter. Peut-être serait-ce une solution que d’employer ces détenus à reconstruire.

Chaque pays possède son droit pénal dont l'origine remonte à Mathusalem, se continuant avec des coutumes et des usages non écrits et en perpétuelle transformation en lien avec tous les soubresauts culturels du moment. « Il est raisonnable de supposer qu'au moment où les premières codifications eurent lieu, une évolution s'était déjà opérée et que ces premiers codes représentaient déjà une sélection de comportements possibles devant l’activité antisociale. » Expulser d’un groupe (ou d’un pays) une personne qui ne souhaite pas se soustraire à ses lois, qui ne souhaite pas s’intégrer en apportant une compétence ou qui ne souhaite pas acquérir une compétence, est ce que fait tout groupe animal depuis la nuit des temps. Il est primordial, et même vital pour le groupe, de ne pas laisser quelques étourdis fanatiques de politique sociale naïve interférer. Comme il est incompréhensible qu’un détenu ne fasse pas entièrement sa peine.  

On ne sait pas encore lequel des termes : redoutabilité, témébilité ou périculosité l'emportera dans l'avenir. Ce sont les termes par lesquels, parlant d'un délinquant ou d’un criminel, on s'efforce de traduire le danger social qu'il représente. Ce sont aussi les termes par lesquels on veut exprimer la mesure dans laquelle la société pour avoir à s'occuper légitimement de lui et s’en préserver. Si la peine de mort, abolie le 9 octobre 1981, ne peut revenir dans le débat national – encore que pour certains crimes (attentats, actes de barbarie), cette sanction devrait être à nouveau réfléchie – il est important que les peines soient réellement effectuées et sans remise possible, dans des lieux fermés et accompagnés, cadrés, loin de leur groupe de référence.

Asile

Pourquoi le passage à l'acte délictueux ?

Le 21/02/2023

"L'avenir n'est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire." Henri Bergson, philosophe français (1859-1941).

Les statistiques de l’insécurité et de la délinquance en France pour 2022 (vs 2021) viennent d’être publiées, et elles ne sont pas bonnes (source : Insécurité et délinquance : les premiers chiffres 2022 | vie-publique.fr) :

  • Coups et blessures volontaires sur personnes de 15 ans ou plus : +15%
  • Vols sans violence contre des personnes : +14%
  • Usage de stupéfiants : +13%
  • Violences sexuelles : +11%

J’ai précédemment abordé l’importance de l’environnement et de l’éducation parentale. La préoccupation parentale n’est jamais mise sur le devant de la scène depuis Dolto et son “enfant est un sujet à part entière.” Malheureusement, les parents post 1968 ont gardé ce qui les arrangeait dans la théorie novatrice de Dolto. Ils ont omis la partie “l’enfant est un être en construction, mais qui ne peut pas se développer sans l’éducation des adultes - donc sans leur autorité” mais ont gardé la partie “enfant roi.” 

Ce qui vaut pour les parents post 1968 vaut également pour les familles qui ont un fonctionnement de type clanique. “Le projet parental a une importance majeure pour la construction du destin d’un enfant. Il passe par une attention prêtée aux devoirs et aux résultats scolaires même si les parents n’ont pas pu faire d’étude (Rapport Dr M. Berger, 2021).” Ce défaut éducatif va avoir des conséquences importantes sur le développement psychologique de l’enfant. Absence d’empathie, construction d’un monde où il se voit omnipotent, pauvreté imaginaire, insensibilité, impulsivité, absence de sens critique.

Dans l’analyse comportementale, cet aspect environnemental est très important à analyser parce que c’est dans la petite enfance que se construit le faux-self (faux-soi). Selon D. Winnicott, le vrai self désigne l’image que le sujet se fait de lui-même et qui correspond effectivement à ce qu’il est et perçoit à travers une réaction adaptée.

Le faux-self désigne une instance psychologique et comportementale qui se sont constituées pour s’adapter à une situation plus ou moins contraignante. L’image de soi est alors défensive et fonction des réactions inadaptées de l’environnement. 

Observer un groupe d’individus c’est prendre de la hauteur sur la situation, sur les interactions mais sans faire de focus sur une seule personne. 

Axer son observation sur une personne serait une erreur car l’acte intentionnel n’est qu’une partie du comportement, ce n’est pas la cause. Il est donc nécessaire d’analyser l’environnement, le contexte pour apprendre à prévoir les comportements sur la base des informations que fournit le contexte et non pas seulement à partir de l’intention inférée des individus. C’est ce que fait d’ailleurs, de façon inconsciente, chaque membre d’un même groupe d’individus. Il analyse l’interaction au regard des règles sociales induites de ce même groupe de façon à prévoir à très court terme le prochain mouvement, la prochaine parole, le prochain geste, la prochaine réaction…

Une interaction ne se résume pas à un échange d’actions et de réactions entre deux ou plusieurs personnes, c’est aussi un moment d’échange de règles sociales et chacun vient avec les règles qu’il a apprises, avec toutes les différences que cela induit également (culturelles, statut socio-économique, familiales…). Ce moment d’échange revêt un aspect subliminal et seule l’information de faits nouveaux fait l’objet d’un processus autoréflexif.

Si nous identifions les conditions du passage à l’acte en général et criminel en particulier, il est alors possible de recenser les faisceaux d’éléments qui doivent nous alerter sur la probabilité d’un passage à l’acte délictueux.

Le passage à l’acte est la partie visible de l'iceberg de par sa soudaineté. C'est un long cheminement quotidien, souvent inconscient du criminel, et d’une conjonction de circonstances qui, mises bout à bout, aboutissent à un acte délictuel. « Le crime est la réponse d’une personnalité à une situation ». Égocentrisme, labilité, agressivité, indifférence affective, tels sont les quatre caractères fondamentaux de la personnalité qui sous-tendent le passage à l’acte (Pinatel).

Les criminologues font une distinction entre le « milieu du développement », qui influence la formation et l’évolution de la personnalité (la famille, les groupes sociaux, etc.) et le « milieu du fait », c’est-à-dire les situations dans lesquelles est placé le délinquant au moment de son crime. Ce "milieu du fait " est un facteur important dans le déclenchement du passage à l’acte.

Le processus qui conduit à l’accomplissement de l’acte comporte 4 phases (De Greef): 

  • la phase de l’assentiment inefficace, 
  • la phase de l’assentiment formulé, 
  • la phase de la crise, 
  • la phase du dénouement. 

"L’étape initiale de l’assentiment inefficace est l’aboutissement d’un lent travail inconscient. Une occasion quelconque révèle au sujet « un état souterrain préexistant » : un rêve, la lecture d’un fait divers, une conversation, un film ou toute autre circonstance lui fait entrevoir par une sorte d’association d’idées ce que, sans le savoir encore clairement, il souhaitait vaguement depuis quelque temps, par exemple la disparition de son conjoint, dont il est las. Il accepte alors l’idée de cette disparition possible. Mais la mort de son conjoint est représentée dans son esprit comme un phénomène objectif dans lequel il ne prend personnellement aucune part. (...) Il imagine qu’elle puisse résulter de la nature des choses, d’un accident de la route, d’une maladie, d’un cataclysme, d’un suicide... Mais il envisage cette possibilité sans déplaisir : acquiescement encore inefficace, puisque le sujet ne se représente pas encore en tant qu’auteur de ce drame. Dans la plupart des cas, la velléité homicide très indirecte et très détournée s’arrête là, car l’équilibre est vite rétabli par une réaction morale. Mais quelquefois cela va plus loin. 

L’assentiment devient ensuite un acquiescement formulé. Tout en continuant à s’efforcer de penser que la disparition pourra s’accomplir sans son concours, le sujet commence à se mettre lui-même en scène en tant qu’adjuvant de l’œuvre destructrice. Mais la progression de cette idée passe par des hauts et des bas. Le travail de dévalorisation de la victime alterne avec l’examen des inconvénients du crime. A ce stade, « un rien peut faire accomplir un bond prodigieux en avant ou susciter une fuite éperdue ». Le crime peut même survenir prématurément au cours de cette période, alors que la préparation du criminel n’est pas complète ou qu’il n’a pas eu le temps ou la hardiesse « de se regarder lui-même ». Une ivresse, une discussion, un événement hors série, une occasion exceptionnelle offerte par le hasard précipitent les choses. C’est ici que pourront se situer des actes mal exécutés ou dont l’éclosion apparemment soudaine trompera la justice sur leur véritable signification (De Greef). Mais, souvent, le dénouement est précédé d’une crise.

La crise est le signe que l’homme « marche à reculons » vers un acte aussi avilissant qu’un crime. Il ne s’y détermine qu’après une véritable agonie morale. Il faut qu’il se mette d’accord avec lui-même, qu’il légitime son acte. Plus il est « stabilisé dans des pratiques morales lui enjoignant la réprobation d’un tel acte, et plus il lui faudra de temps pour s’adapter à cette déchéance ». Quelques criminels cependant, pour surmonter cette pénible crise, s’imposent à eux-mêmes un processus avilissant « en se créant une personnalité pour que le crime ne soit plus une chose grave et tabou ».

Après le dénouement, on constate généralement un changement d’attitude. Le délinquant, qui se trouvait auparavant dans un état d’émotivité anormale, va manifester, selon les cas, un soulagement, des regrets, de la joie ou de l’indifférence. « Toute la personnalité du criminel se trouve condensée à ce moment-là. »

La réaction d’indifférence ou de désengagement se rencontre chez les criminels qui, ayant longuement vécu la préparation psychologique de leur acte, considèrent le résultat comme une conclusion logique de leur projet. Ils ont fait ce qu’ils voulaient accomplir et ils n’éprouvent pas le besoin de dramatiser davantage. 

Pour aller plus loin : https://www.lesswrong.com/posts/CYN7swrefEss4e3Qe/childhoods-of-exceptional-people

Angelo Hesnard, Psychologie du Crime, La bibliothèque des introuvables, 2003.

Crédit photo : Depositphoto

Sang
 

Qui est l'auteur de violences conjugales ?

Le 14/01/2023

Immature, égocentré, paranoïaque, mégalomaniaque, instable, agressif, dysharmonie du caractère, jaloux, peur de l’abandon, conduites addictives, enfance dans un foyer insécure, tel est le profil de l’auteur de violences conjugales.

Vendredi, aux alentours de 18 heures, la gérante d’un bar a été tuée de trois coups de feu, à deux pas des Champs-Elysées. Samedi, le site du « Parisien » a confirmé que son compagnon avait été arrêté par la brigade anticriminalité (BAC). Les officiers de la BAC étaient en effet en patrouille avenue de la Grande-Armée, à Paris, lorsqu’ils ont vu un homme sortir du bar-restaurant L’aiglon avec une arme à feu. La femme de 41 ans assassinée quelques secondes avant était en fait la compagne de l’homme. Selon le site du « Parisien », l’homme de 45 ans était sous l’effet de l’alcool lorsqu’il a été arrêté, et il répétait sans arrêt qu’il avait tué sa femme. « La gérante a été prise pour cible alors qu'elle se trouvait derrière le comptoir de son établissement. L'auteur présumé des faits n'a pas opposé de résistance au moment de son interpellation », a confirmé Christophe Crépin, porte-parole du syndicat de police Unsa. 

La gérante de ce bar était une femme sympathique, toujours disponible et qui bossait dur »,  a témoigné auprès du « Parisien » une commerçante de l'avenue de la Grande-Armée. La victime était une mère de famille : elle avait quatre enfants, dont plusieurs en bas âge. La fleuriste a par ailleurs affirmé que la gérante du bar était « en instance de séparation et que son divorce s’annonçait difficile ».  D’après le quotidien, le compagnon de la victime était connu des services de police pour « violences conjugales ». (source : Laura Boudoux, www.elle.fr)

Statistiques des féminicides en France en 2022 (source : www.feminicides.fr)

  • par (ex)compagnons : 110 (+16 tiers dont 10 enfants)

* 94 tuées chez elles, 15 ailleurs, 1 non connue

* 58 en contexte de séparation et/ou de violences connues (peu renseigné)

* 69 étaient mères (dont 6 tuées avec leurs enfants) + 2 enceintes (5 mois et 8 mois)

  • pas toujours renseigné

* 143 orphelins dont 38 témoins (34 présence, 4 découverte).

* 31 suicides du tueur + 12 tentatives + 2 en fuite

  • par compagne : 0 (0 suicide, 0 tentative)
  • par non conjugaux : 12 (dont 4 relations avec le tueur non renseignées, dont 0 personne trans,  dont 1 féminicide prostitutionnel)

Selon une étude menée sur 558 articles, se rapportant à 337 crimes, ont été collectés et analysés, il ressort que 263 ont été commis par des hommes (78%) et 74 par des femmes. Ces crimes ont fait 458 victimes, dont 295 femmes, 149 hommes, 14 enfants. (source : “Psychosociologie du crime passionnel”, Houel, Mercader, Sobota, puf 2008)

Le rapport Coutanceau (source : VIOLENCES CONJUGALES (haut-conseil-egalite.gouv.fr) annonce qu’une femme tous les quatre jours et un homme tous les seize jours, en France, meurent victimes de leur conjoint et/ou à la suite de violences conjugales. Ce même rapport précise que la moitié de ces femmes subissent déjà des violences, qu’un décès sur dix résulte de coups portés sans intention de donner la mort, mais que là encore la violence préexistait dans deux cas sur trois. 

A l’inverse, un homme meurt tous les seize jours et, dans la moitié des ces cas, la femme auteur de l’acte subissait des violences de sa part.

“Les modèles sociétaux, politiques, régissant les relations entre hommes et femmes sont intimement mêlés au sexual. Dans notre développement en tant qu’individu, nous sommes obligés de composer avec trois éléments à la fois : 

  • une différence des sexes réelle, à laquelle, dans les années les plus fondamentales de la construction de notre psyché, nous ne comprenons pas grand-chose, que nous interprétons en fonction de perceptions incomplètes et colorées par les mouvements affectifs qui nous traversent,
  • l’interprétation politique de cette différence, inscrite dans les institutions, les discours et les pratiques de l’univers social où nous baignons et qui l’investit affectivement et sexuellement,
  • et enfin la place que nos parents, dès leur enfance, nous ont préparée dans leur monde inconscient, sur la base de la façon dont eux-mêmes ont été exposés à la différence anatomique et à la distinction politique. 

Le point nodal de ces processus est donc la famille : c’est là que nous intériorisons et actualisons les normes sociales qui régissent notre vie intime.”

Les psychiatres experts concluent assez systématiquement à la pathologie du narcissisme, sans démence au moment des faits. De façon générale, la comparaison entre le criminel passionnel et le tueur sexuel s’arrête sur la problématique de l’objet ; le ou la criminel(le) passionnel(le) a un objet, est en relation avec lui, avec celui qui est tué ; le pervers n’a pas cette reconnaissance de l’altérité, son acte étant tout entier négation de l’autre.

On retrouve très fréquemment une association d’emprise, d’autoritarisme rigide souvent, et de négligence, d’abandon, voire de maltraitances graves, qui peut effectivement conduire l’enfant ou l’adolescente à craindre pour sa vie physique et entraver gravement sa vie psychique. Ce sont des familles où l’on ne se parle pas.

Les capacités de symbolisation sont marquées par la socialisation sexuée du côté des hommes et mise à mal par la nécessité dans laquelle ils sont d’obéir aux canons de la virilité. Impossible accès à la culture, autoritarisme, vécu de danger qu’entraîne l’exposition aux violences paternelles subies notamment par la mère (mais aussi par l’enfant), la place donnée au travail qui vient comme colmater le déficit d’expression des affects, la relégation des femmes à la sphère domestique. 

Avoir une femme, au sens le plus cru de l’appropriation, est le seul accès à une identité virile, et  plus profondément à un sentiment d’existence : posséder “sa” femme est une question de vie ou de mort. Côté homme, c’est l’attachement extrême aux valeurs traditionnelles comme un mouvement défensif lié à l’angoisse de castration. La virilité mascarade peut se dévoyer en machisme, c’est à dire la terreur d’être assimilé à une femme, puisque le féminin ne peut être entendu que comme l’équivalent de “châtré”. 

L’abandon associé à l’impensable de la séparation constitue le noyau central du processus à l'œuvre dans cette criminalité passionnelle. La perspective d’une rupture est synonyme d’anéantissement. Ce qui est menaçant, c’est l’objet prenant existence, du fait même du risque de le perdre. 

Feminicides 2022

 

Pourquoi je mens ?

Le 23/06/2022

Sherri papini

 

 

Le 24 novembre 2016, dans la nuit, Sherri Papini est retrouvée au bord d’une route de Californie. Cette jeune femme est portée disparue depuis plus de 20 jours. Nez cassé, cheveux coupés, marquée par des brûlures, portant une camisole de force. Sherri Papini dit avoir été enfermée dans un placard durant tout ce temps et battue quotidiennement par deux femmes de type sud américain. 

On est à Redding, Californie, USA.

Au cours de l’enquête, des doutes apparaissent dans le récit de la jeune femme. Mère de famille, mariée, deux enfants, elle part faire un jogging le 2 novembre et disparaît. Son mari, parti à sa recherche, ne retrouve que son téléphone avec ses oreillettes, des cheveux posés à côté. 

Les enquêteurs ont l’intime conviction qu’il s’agit d’une mise en scène. 

Une cagnotte en ligne est ouverte pour aider à trouver une piste qui permettrait de mener jusqu’à la jeune femme. Un site internet est ouvert et 24h après sa fermeture, Sherri Papini réapparaît. Elle ne donnera pas l’ombre d’une explication ce qui augmentera la suspicion. 

Internet est un outil puissant et il existe une grande communauté d’internautes qui savent en tirer partie pour creuser, pour enquêter bien plus rapidement que les autorités. 

Certains éléments vont desservir la jeune femme comme le fait que statistiquement, les enlèvements réalisés par des femmes sont rarissimes. On apprend que la mère de Sherri a décrit sa fille, lors d’un appel passé aux autorités en 2003, comme une mythomane qui a besoin d’être hospitalisée. A l’époque, elle se mutilait pour faire chanter sa mère. 

En 2017, une nouvelle analyse ADN sur ses vêtements portées lors de l’enlèvement révèle un profil masculin, qui  s’avèrera être le complice de Sherri Papini. 

Le scénario machiavélique est avoué par la jeune femme, ses blessures elle se les ait infligées avec son complice... Son procès se tiendra cet été. 

Après investigation auprès d’un expert psychiatrique - Dr Ian Lamoureux - Sherri Papini s’avère souffrir d’un désordre de la personnalité narcissique.

Pourquoi inventer des mensonges aussi énormes ? Le mensonge est un signe de détresse qu’envoie le menteur à celui qu’il veut berner. Mais pour quelles raisons ? 

Le mensonge participe à l’organisation psychologique de l’enfant, ça le structure et il contribue (c’est contre intuitif) à faire le lien entre l’enfant et l’autre. Selon Winnicott, les enfants qui s’attendent à être persécutés tentent de résoudre leur problème par un mensonge subtil consistant à se plaindre sans que cette plainte soit l’objectif réel. 

Lorsque l’enfant n’a pas pleinement profité du stade transitionnel, c’est-à-dire qu’il n’a pas su construire efficacement un espace psychique entre le dedans et le dehors. Cet espace transitionnel est là pour rappeler à l’enfant que la personne qui prend soin de lui est près de lui, quelque part, et ça le rassure. Ça fonctionne très bien avec le fameux ours en peluche, le doudou…

Sans cet espace transitionnel efficient, l’enfant conçoit le mensonge comme un facteur d’espoir. En mentant, il oblige l’environnement à le prendre en main pour le rassurer, lui montrer tout l’amour qu’il en attend, dont il a besoin impérieusement. Le mensonge a pour objectif de reconstruire l’aire transitionnelle. Le fait que l’autre tombe dans le panneau va créer le lien narcissique réparateur, ça va rassurer l’enfant menteur (ou l’adulte).

En réalité, c’est un jeu très enfantin comme Winnicott le décrit. C’est la nécessité paradoxale de se cacher pour être trouvé. 

La question qui reste en suspens pour ma part est : quelle enfance Sherri Papini a-t-elle eue ?

 

Macron vraiment méprisant ?

Le 24/04/2022

“Posture familière, (...) surprenante, très sage du bon élève, (...) son attitude révèle un certain mépris pour la candidate, (...) cette position se mue en celle d’un professeur, (...) l’index sur sa bouche intime l’ordre de se taire, (...) désinvolture” sont autant de qualificatifs qui teintent, qui confèrent à l’analyse de la gestuelle d’Emmanuel Macron une certaine subjectivité.

Les quelques analyses que j’ai lues et entendues à propos de la gestuelle d’Emmanuel Macron, suite à son débat face à Marine Le Pen, m’interpellent. Soit elles sont très évasives, dans le ressenti, soit elles vont dans le sens du ressenti commun et retranscrites par les médias c’est-à-dire qu’Emmanuel Macron affichait une attitude méprisante. Mais c’est omettre un peu facilement le contexte, le profil et l’histoire de chacun. Il est nécessaire de qualifier les gestes avec des mots suffisamment précis et neutres pour ne pas céder au ressenti.

Dans ce que j’ai vu durant les trois heures de débat et en tenant compte du contexte… Emmanuel Macron a de l’expérience dans l’exercice du pouvoir. Il a du gérer la crise des gilets jaunes, le COVID, la guerre en Ukraine. Il connaît donc très bien les rouages et la technicité de son statut, que ce soit au niveau national qu’à l’international. Qu’il ait été très précis et très technique dans ses propos ne peut être qu’une évidence. Emmanuel Macron a un profil de dominant, analytique, pragmatique. Il a largement démontré qu’il aimait les échanges avec des personnes partageant ses opinions mais également ceux qui viennent l’interpeller de façon plus âpre. C’est un lettré, il connaît très bien l’économie, il aime expliquer, démontrer, convaincre. Il a été l’ami et l’assistant de Paul Ricoeur (!) ce qui lui donne une assise intellectuelle qui n’est pas à omettre.

Marine Le Pen quant à elle vient avec toute la charge psychologique qu’à imprimé son précédent débat avec Emmanuel Macron. Elle a envie de plaire, elle a un profil plus politique, elle est influente, démonstrative, instinctive, expansive mais elle est aussi la fille de Jean-Marie Le Pen… une personne dominante, imposante, envahissante, impulsive, égotique avec laquelle Marine Le Pen a dû se construire. Il est évident qu’elle ne possède pas les mêmes connaissances opérationnelles qu’Emmanuel Macron. Donc il est aussi normal qu’elle fut plus hésitante, plus approximative.

Durant le débat, le retrait du buste d’Emmanuel Macron avec les bras croisés et les gestes d’auto-contacts ont été largement commentés et phantasmés alors qu’ils participaient à une gestuelle analytique. Il écoutait et analysait les propos de Marine Le Pen et avancait à nouveau son buste pour contre-argumenter. 

Je rejoins l’analyse d’Elodie Mielczarek (cf interview d’Apolline de Malherbe) pour qui, Marine Le Pen était comme prostrée face au danger, incapable de réagir. Elle avait une gestuelle de stress de fuite, bougeant beaucoup sur sa chaise, coupant la parole avec une voix montant dans les aigus. Elle a subi à la fois au niveau de la posture mais également dans la syntaxe de ses phrases. 

L’arrogance est brandie en accusation devant l’impossibilité de réfuter des arguments difficilement opposables par la raison. Il y a un glissement sémantique de la réflexion vers l’émotion. Le contexte et l’histoire de chacun sont des éléments sur lesquels il faut compter et à ne surtout pas oublier tant ils sont la base d’une interprétation plus froide et plus juste.

 

Lepen macron 2
Crédits : Charles Platiau, Julien de Rosa - AFP

Qui est Vladimir Poutine ?

Le 11/03/2022

Vladimir Poutine n’est pas un autiste - sa fréquence de clignements d’yeux est conventionnelle, il n’est pas non plus un psychopathe - son corps est mobile et en lien avec l'autre.

Il a un corps qui traduit une personnalité antisociale, assurément, et un fonctionnement comportemental de type “conquérant”. Sa tête est peu mobile lors des interviews et il affiche une posture assez rigide. Il fait peu de gestes inutiles. 

Entre 2002 et 2022, en visionnant plusieurs interviews, on peut se rendre compte que sa posture ne varie pas. Son axe de tête est irrémédiablement le même, sur un axe latéral neutre, ou bien penché sur sa gauche avec son hémi visage gauche souvent plus visible que celui de droite laissant entrer les informations, à l’écoute, il fait preuve d’empathie cognitive. Il est dans une logique froide.

Ses coudes sont très souvent posés sur la table, le buste en avant illustre sa présence au niveau du discours et du lien, l’ego s’avance vers l’autre par intérêt.
Sa main gauche est posée sur sa main droite montrant ainsi qu’il se retient mais qu’il pourrait faire preuve de plus de spontanéité. 
Souvent son sourcil gauche le place à distance des autres en s’élevant. D’ailleurs, on s’aperçoit qu’en 2002 le corps de Vladimir Poutine était plus mobile qu’aujourd’hui, plus souriant se prêtant au jeu social. Ce qui n’est plus le cas depuis quelques années.

VP ne fait pas preuve d'empathie émotionnelle, il est intransigeant, déterminé et n’affiche aucune culpabilité, aucun remord. Le mensonge fait bien sûr partie de son mode de communication tout comme l’intimidation. Il affiche une totale cohérence dans sa façon de faire, de gérer les conflits depuis qu'il est au pouvoir (exemple la prise d’otages dans un théâtre en 2002). 

Le trouble de la personnalité antisociale se caractérise par un motif persistant de mépris pour les conséquences et les droits des autres. 
Je trouve assez léger que certains semblent ne le découvrir qu'aujourd'hui.

Science décalée : on peut détecter un psychopathe grâce aux mouvements de sa tête (futura-sciences.com)
Trouble de la personnalité antisociale - Troubles psychiatriques - Édition professionnelle du Manuel MSD (msdmanuals.com)

 

Vladimir poutine

Forcenés par imitation !

Le 03/06/2021

La “décharge à violence” ne cesse de se remplir. Forcenés, violences conjugales, féminicides… Comment expliquer cette violence au quotidien ? L’Etat régalien est-il impuissant ? La France s’ensauvage-t-elle ?

Le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales définit le forcené comme un trait physique ou psychologique qui rend une personne très violente. Selon M Réty, patron du GIGN, le profil des forcenés est bien connu et fait apparaître des problèmes familiaux, financiers, sociaux, d’addiction, passage à l’acte lié à l’impact de la crise du COVID-19 qui crée de l’anxiété dû au confinement. Le passage à l’acte ferait suite à une décompensation qui est une rupture de la structure physique. C’est une désorganisation d’un système qui n’arrive plus à rester en équilibre, à s’autoréguler par ses modes habituels de défense. 

Je ne partage pas cet avis pour l’ensemble de ces violences abjectes qui ne cessent de s’additionner sans montrer de signe de faiblesse, d'infléchissement, pour la simple raison que tous ces individus qui passent à l’acte sont déjà dans un système personnel violent, depuis des années. Il n’y a pas à proprement parler d'événement déclencheur, c’est leur trait de caractère, leur fonctionnement. Ce sont des récidivistes de fait ! 

Le profil de ces individus est simple : ils aiment les armes (quelles qu’elles soient), sont peu empathiques, ils ont une faible résistance à la frustration, leurs valeurs sont très manichéennes, simplifiées, sans nuance et évidemment patriarcales jusqu’à l’excès ! Ils agissent par opportunisme et ne sont jamais sortis des clivages que fait vivre l'adolescence.

La faute à qui ?

Je vais tenter de simplifier ma vision des choses : violences intrafamiliales dans l’enfance (dans toute l’acception du terme) + intolérance à la frustration + immaturité + mauvaise gestion des émotions + manque de confiance en soi + environnement direct en vase clos + réactance + contribution des médias mainstream = passage à l’acte violent probable.

Je m’arrête sur la réactance

“On suppose que si la liberté de comportement d’une personne est restreinte ou réduite, cela déclenche une réactivité émotionnelle. Celle-ci va engendrer une motivation à défendre sa liberté. La peur de perdre de nouvelles libertés peut déclencher cette réactivité et motiver la personne à transgresser l’interdit pour rétablir sa liberté. Cet état de révolte comportemental est appelé “réactance psychologique”. (...) La théorie de la réactance suppose qu’il existe des “comportements libres” que les individus perçoivent et auxquels ils peuvent prendre part à tout moment. Pour qu’un comportement soit libre, l’individu doit avoir les capacités physiques et psychologiques pertinentes pour y participer et doit savoir qu’il peut s’y engager en ce moment ou dans un avenir proche. Le “comportement” comprend tout action, et inclut les comportements cognitifs (prises de décisions internes, et planification).

Il n’est pas toujours clair, pour un observateur ou pour les individus eux-mêmes, s’ils détiennent une liberté particulière de s’engager dans un comportement donné. Lorsqu’une personne souhaite accomplir un comportement perçu comme libre, elle est susceptible de ressentir une réactance chaque fois que ce comportement est restreint, éliminé ou interdit avec élimination. Plus un comportement libre est important pour un certain individu, plus l’amplitude de la réactance sera grande. La suppression d’une liberté pouvant déclencher la peur de perdre d’autres libertés, c’est la perte de liberté imaginée (et non réelle) qui prédit le degré de réactance de l’individu.”

La réactance est donc une tendance à se rebeller qui peut se poursuivre tout au long de la vie, même si c’est bien à l’adolescence que cette tendance est la plus marquée. Lorsqu’une séparation se passe difficilement et que l’un des deux ex-conjoints a refait sa vie, l’autre ne peut intégrer ni accepter cette nouvelle situation. Il va nourrir du ressentiment et considérer qu’il est privé de sa liberté de disposer de l’autre, voire de ses enfants. Chaque élément qui viendra renforcer cette impression sera un biais de confirmation pour l’individu qui nourrira cette passion destructrice. Plus il y a de pression autour d’une séparation, d’un divorce, plus ce ressentiment, cette réactance grossie. 

Quand la liberté se trouve limitée dans un certain domaine, l’individu ressent un désir accru d’obtenir les objets qui lui sont devenus inaccessibles. On peut retrouver cette défense en éthologie canine où la protection des ressources est une importante source de motivation - nourriture, progéniture, reproduction, groupe. L’attention est tellement concentrée sur cette ressource que la conscience, le champ de vision s’en trouve étriqué. Lorsque le psychisme est emprunt à une agitation, à une préoccupation, à une frustration, il doit trouver une voie de décharge qui passera par un passage à l’acte. Alors au lieu d’aller taper dans un ballon ou dans un sac de frappe, ces individus immatures et incapables de gérer leurs débordements vont s’en prendre à l’objet (dans son acception psychologique) perdu.

 

Le rôle des médias

Je reprends un article de Bollen en 1974, qui a donné lieu à différentes études à propos des vagues de suicides qui font toujours suite, jusqu’à 10 jours après, à ceux rapportés par les médias. Cette étude appelle ces passages à l’acte : suicides par imitation. 

Aujourd’hui, le parallèle avec notre actualité semble évident. Les histoires bien viriles - selon les radicalisés - relayées par les médias fournissent des exemples, un élan, une dynamique motivant les individus au bord de la rupture. Ils ne sont que des opportunistes et agissent comme tels.

Est-il possible de modifier l’approche de l’actualité dans les médias ?

Le profil de ces individus violents, criminels, est le même que les radicalisés islamistes, sauf qu’on ne traite la radicalisation en France que du point de vue de l’islamisme… 

En prenant enfin en compte les violences sur conjoint - sur les femmes clairement - nous pourrions anticiper des passages à l’acte quels qu’ils soient.

Si en plus une autre solution plus restrictive, et plus sérieuse, que celle des bracelets électroniques était mise en œuvre...


 

Gign

Références : 

cnrtl.fr

The behavioural immune system and the psychology of human sociality - Mark Schaller - Published :12 December 2011https://doi.org/10.1098/rstb.2011.0029

Cévennes, Dordogne: pourquoi les faits divers impliquant des forcenés se multiplient en France (bfmtv.com)

Déconfinement : le spectre d’une décompensation individuelle et sociétale – Libération (liberation.fr)

Théorie de la réactance - Institut Pi|Psy (pi-psy.org)

Brehm, J. W. (1966). A theory of psychological reactance. Academic Press.

Brehm, S. S., & Brehm, J. W. (1981). Psychological Reactance: A Theory of Freedom and Control. Academic Press.

Driscoll et al. (1972).

Imitative Suicides: A National Study of the Effects of Television News Stories - Kenneth A. Bollen and David P. Phillips, American Sociological Review, Vol. 47, No. 6 (Dec., 1982), pp. 802-809 (8 pages), Published By: American Sociological Association

 

Affaire DAVAL : rappel de mon analyse comportementale

Le 20/11/2020

Je pense qu'il est intéressant de reposter mon article qui date de l'époque des faits. Article dans lequel j'analysais la gestuelle de l'accusé en mettant en exergue certains items non verbaux. Mon analyse était complétée par des éléments psychologiques qui aujourd'hui trouvent un fort écho par les révélations de l'accusé.

Je poste également les derniers échanges entre JD et sa belle-mère, Isabelle Fouillot, fait rarissime dans un procès. JD confirme la détresse psychologique dans laquelle il était, la force de caractère d'Alexia, la situation conflictuelle autour d'un couple en perdition, un enfant désiré par l'une et non par l'autre et malheureusement, la cocotte minute qui explose.

 

Le gendre idéal : Jonathann Daval !

 Le 03/02/2018

Comment le gendre idéal a-t-il pu berner tout le monde ?

La question aurait pu se poser autrement : comment Jonathann Daval a-t-il pu mentir à tout le monde ? Mais d’ailleurs, a-t-il vraiment menti ? A-t-il caché une partie de la vérité ? A-t-il joué une sombre et cynique comédie ?

Se pose alors la question de l’authenticité et des signes qui permettent de la reconnaître. Lorsqu’une personne montre une émotion qu’elle ressent réellement, on s’attend à voir des épaules hypotoniques ou hypertoniques comme dans la tristesse ou la colère. On s’attend à une augmentation des clignements des paupières, des mouvements de bouche mais également à des gestes effectués avec les mains plus ou moins proches du corps.

Dans le cas de JD, seul le visage (d’après les vidéos que j’ai visionnées) nous apporte des éléments de réponse. Et au final, et évidemment renforcé par ses aveux, il s’agit d’un « mensonge vigilant », c’est-à-dire que JD doit en dire le moins possible afin que le peu d’informations verbales et non verbales extériorisées ne puissent lui être retournées. Il est donc confronté à une double contrainte : laisser s’extérioriser sa tristesse mais en en montrant le moins possible.

Avant d’analyser la vidéo et de vérifier s’il y a une émotion sous-jacente, il est important de rappeler les éléments connus.

 

Quels sont les éléments contextuels ?

D’abord JD affiche un physique petit, fluet, quelques rides sur le front, des sourcils peu mobiles, une coiffure branchée. JD apparaît comme une personne timide voire introvertie, il est informaticien, il est supporté par le père de sa femme lors des différentes sorties filmées. Il est à mille lieux d’un physique à la Charlton Heston et apparaît même efféminé…

JD a rencontré sa femme au lycée et il dit qu’ « elle a changé sa vie (…), qu’elle est une complice délicieuse » (Ouest-France). Elle avait 29 ans, était employée de banque, joggeuse donc active et énergique.

L’enquête a révélé une relation conflictuelle depuis quelques temps, avec des disputes que les voisins qualifient de crises hystériques, puis des échanges de SMS qui révèlent des propos violents de la part d’Alexia et enfin, une difficulté à concevoir un enfant (ce qui ne manque pas de créer des tensions, voire de les exacerber si elles étaient déjà existantes).

 

Meurtrier et triste à la fois ?

A l’analyse de la vidéo, il n’est vraiment pas aisé de se rendre compte que JD est l’auteur de ce crime sordide, cependant, quelques items peuvent être sujets à caution.

JD est authentique parce qu’il ne feint pas la tristesse. Elle est lisible sur toutes les images quand son hémi visage gauche est plus crispé que le droit (4 min. 05), avec les bords extérieurs de la bouche tombants, le menton qui se « froisse », ce ne sont pas des mimiques que l’on peut feindre facilement. Ses larmes sont bien là aussi. Les épaules sont hypotoniques, aucune des deux épaules n’est plus haute que l’autre donc il n’y a pas d’enjeu personnel, pas d’envie de performer. Les clignements d’yeux sont biens présents et même très (trop ?) appuyés, le chagrin éprouvé nécessite même l’ouverture de la bouche pour une meilleure oxygénation, on voit JD souffler souvent pour évacuer cette profonde tristesse. Son regard défocalise souvent mais de manière passive (4 min. 17 ; 4 min. 40 ; 5 min. 32), ce qui va dans le sens d’une authenticité. Par contre, nous ne voyons jamais de mouvement ni des bras, ni des mains, aucune micro démangeaison… mais JD est une personnalité timide et introvertie, voyez sa bouche souvent fermée (4 min. 17), son regard se baisse pour rentrer dans sa bulle (4 min. 44) ce qui est cohérent avec sa gestuelle économe.

 

Cependant, quelques items viennent parasiter le message…

A 4 min. 41, la bouche de JD se ferme en « huître » signifiant que des propos sont retenus, ce qui semble anachronique, d’autant que la langue sort pour rentrer immédiatement confirmant cette envie de ne pas dire.

A 5 min. 47, JD a une déglutition marquée alors que je n’en ai pas vu précédemment et à nouveau sa langue qui sort pour rentrer immédiatement.

Enfin, et c’est pour moi le moment « clé » de ces items, à 5 min. 48, JD a une moue d’agacement, de circonspection avec une mise à distance des autres sur la phrase prononcée par sa belle-mère : « cette marche que nous souhaitons silencieuse… ».

 

Comment expliquer ce hiatus ?

Je me permets une ou deux remarques qui pourront jouer un rôle dans l’explication. Le couple formé par JD et AD ressemble fortement à celui des parents d’AD. La mère est sur le devant de la scène, c’est elle qui parle, elle occupe une fonction de conseillère municipale, c’est donc une femme de pouvoir, alors que le père ne parle pas, il est effacé et soutient physiquement son gendre.

Le couple JD / AD habite dans la maison des grands-parents d’AD, ce n’est pas un bien acquis en commun (et alors me direz-vous ? J’y viens…).

JD a connu sa femme très jeune, au lycée, il dit qu’elle a changé sa vie, il est ainsi entré dans un processus d’idéalisation de sa femme, objet de son surinvestissement émotionnel. Le but étant de réparer évidemment un ego en berne, non valorisé et une faible estime de soi.

Cette idéalisation permet d’éviter la dépression mais qu’en est-il lorsque l’objet idéalisé souhaite vous quitter ? Si cela se réalisait, JD se serait retrouvé sans maison, sans femme, sans enfant promis et surtout, seul face à son narcissisme blessé et donc anéanti dans le sens le plus complet.

Malheureusement statistiquement, les hommes ont une fâcheuse tendance à passer à l’acte contre celle qui les menace de partir.

 

L’idéalisation fixe le couple dans un système non viable à terme, qui ne peut qu’imploser dès lors qu’un élément perturbateur vient mettre son grain de sable dans la machine d’un équilibre précaire. En particulier ici, le désir d’avoir un enfant est une difficulté dont, on peut facilement l’imaginer, chacun peut reprocher le tort à l’autre (je vous rappelle que AD est plutôt affirmée alors que JD est efféminé) et là, à chacun sa méthode… c’est ce qu’attestent les crises d’hystérie relatées par les voisins.

 

A mon humble avis, et là où JD ne pourra pas faire croire à la thèse de l’accident (un étranglement ne prend rarement que quelques secondes…), c’est qu’il avait conscience de ses actes et que le déni affiché lors de la conférence de presse et lors de la marche blanche n’a pas tenu face à la cruelle et sordide réalité.

 

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Lien vers l'article du Figaro : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/tu-ne-l-entendras-plus-tu-as-gagne-elle-s-est-tue-a-jamais-le-dialogue-surrealiste-entre-jonathann-daval-et-la-mere-d-alexia-20201120?utm_source=CRM&utm_medium=email&utm_campaign

 

«Je te souhaite un bon séjour en prison. Adieu» : les mots de la mère d'Alexia à Jonathann Daval

SUIVI D'AUDIENCE - Le président de la cour d'assises a laissé Isabelle Fouillot s'adresser directement à l'accusé.

Par Aude Bariéty

 

Le Figaro retranscrit le dialogue qui a eu lieu ce vendredi 20 novembre devant la cour d'assises de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort, qui juge Jonathann Daval pour le meurtre de son épouse. Isabelle Fouillot, la mère d'Alexia, a longuement questionné son gendre. Un moment rarissime, les parties civiles ne s'adressant normalement pas directement à l'accusé lors d'une audience.

Isabelle Fouillot : Tu as regardé les images [de la confrontation, NDLR] ?

Jonathann Daval : Pas tout le temps.

Isabelle Fouillot : Pourquoi tu ne les as pas regardées ?

Jonathann Daval : Ça fait très mal.

Isabelle Fouillot :Tu as dit que tu as tout perdu, c'est quoi «tout perdu» ?

Jonathann Daval : Alexia, vous, mes parents, ma vie…

Isabelle Fouillot : T'avais peur qu'Alexia te quitte ?

Jonathann Daval : Non.

Isabelle Fouillot : Alors pourquoi t'es pas venu nous voir nous dire «Ça va pas» ? On aurait pu faire quelque chose, on n'était au courant de rien.

Jonathann Daval : J'en ai parlé à personne. On ne pouvait pas parler de nos problèmes de couple.

Isabelle Fouillot : On était là pour vous deux de toute façon, j'arrive pas à comprendre encore aujourd'hui. On a encore que des bribes de vérité, s'il te plaît aujourd'hui lâche toi, s'il te plaît, tu sais que c'est la dernière fois que je te vois, qu'on se parle tous les deux. Écris-le moi si tu veux, mais j'ai besoin de savoir, tu peux comprendre ça, j'ai besoin d'avoir la vérité.

Jonathann Daval : C'est une dispute, la dispute de trop, les mots de trop… Les reproches, tout ce qui est accumulé…

Isabelle Fouillot : Alexia te demandait de revenir vers elle, c'était des appels au secours qu'elle te lançait.

Jonathann Daval : J'ai pas compris tous ses messages.

Isabelle Fouillot : On a l'impression que tu veux tout mettre sur Alexia!

Jonathann Daval : Non j'ai eu mes torts aussi.

Isabelle Fouillot : Dis nous la vérité !

Jonathann Daval : Eviter les conflits, éviter les disputes…

Isabelle Fouillot : Elle te demandait juste de parler !

Jonathann Daval : Il y avait des reproches, plein de choses.

Isabelle Fouillot : Tu te rends compte que tu nous as pris Alexia, que nous on t'a donné notre amour, on t'a toujours aimé et tu nous as tout pris, tu nous as accusés de meurtre. Pourquoi ? Pourquoi t'as fait ça ?

Jonathann Daval : Je voulais fuir la situation, encore fuir.

Isabelle Fouillot : Tu te fichais d'Alexia ?

Jonathann Daval : Non on s'aimait, je l'aimais...

Isabelle Fouillot : Ne me dis pas que tu l'as tuée pour quelques mots, c'est pas possible ?

Jonathann Daval : Elle m'a retenu, j'ai pas pu partir, j'ai pas pu m'enfuir, j'ai perdu pied.

Isabelle Fouillot : Un être raisonné aurait repris ses esprits après un premier coup…

Jonathann Daval : Tout est ressorti, ces années de colère, tout ce que j'ai emmagasiné...

Isabelle Fouillot : C'était quoi la finalité de la tuer ?

Jonathann Daval : Qu'elle se taise.

Isabelle Fouillot : T'es heureux maintenant qu'elle se soit tue ?

Jonathann Daval : Non.

Isabelle Fouillot : Tu ne l'entendras plus, tu as gagné. Elle s'est tue à jamais. Il y a une petite fille dans la famille maintenant, qui ne connaîtra jamais sa tata. Quel gâchis...

Jonathann Daval : J'ai tout détruit.

Isabelle Fouillot : Je voudrais la raison!

Jonathann Daval : C'est une dispute Isabelle, il faut le croire.

Isabelle Fouillot : Pourquoi vous avez pas divorcé?

Jonathann Daval : C'était pas concevable, on n'en a jamais parlé.

Isabelle Fouillot : Est ce que t'as quelque chose à me dire?

Jonathann Daval : Je suis désolé pour tout.

Isabelle Fouillot : C'est bien peu, Jonathann, j'en attendais plus... Je te souhaite un bon séjour en prison. Adieu.

 

Affaire daval

Monde virtuel, hyper nihiliste et violences urbaines

Le 23/08/2020

Le constat quotidien depuis des années est éloquent : des actes de violences sont de plus en plus commis contre les personnes, les institutions avec cette espèce d’impunité et d’irrespect qui semblent animer leurs auteurs. 

Comment, dans une société laïque et démocratique, une telle situation s’impose et semble faire tâche d’huile ?

 

Statistiques selon l’INSEE (source : “les statistiques de la délinquance”, Aubusson-Lalam-Padieu-Zamora, France, Portrait social 2002/2003)

Tout d’abord, les “infractions avec victimes sans violence” (vols sans violence) reculent pour passer de 87% en 1975 à 82% en 2000. Cependant, les “faits constatés” étaient de 1 300 000 en 1975 et sont de 3 000 000 en 2000. En nombre, ils restent significatifs.

Les “majeurs mis en cause” étaient 200 000 en 1975 et sont 250 000 en 2000. L’augmentation n’est pas énorme.

Les “mineurs mis en cause” étaient 60 000 en 1975 puis 100 000 en 2000 avec une nette augmentation en 1993… nous y reviendrons plus loin.

Ensuite, les “victimes directes avec violence” (atteintes physiques caractérisées, agressions sexuelles, vol avec violence) sont passées de 6% du total des faits constatés en 1975 à 10% en 2000 avec une augmentation significative en 1988, et encore plus sensible pour les “mineurs mis en cause” à partir de 1995… Ils étaient 15 000 en 1975 sur 240 000 faits constatés contre 40 000 (+37%) en 2000 sur 400 000 faits constatés (+60%). L’INSEE donne une interprétation en page 8/18.

Enfin, les victimes les plus exposées sont les plus jeunes et celles qui habitent dans les grands ensembles ou un tissu urbain composé d’immeubles collectifs. Près d’1 victime sur 2 a subi au moins 1 agression durant les 2 années précédentes et 1 sur 3 au moins 2 autres (survictimisation). 

Sur 4 600 000 affaires traitées par les Parquets, seules 28% réunissent une infraction constituée et un auteur présumé dont 19% feront l’objet de mesures alternatives aux poursuites (médiation, réparation, rappel à la loi).

Sur les 9 premiers mois de 2019, 14% d’augmentation des violences faites à l’encontre des policiers, une centaine de faits par jour (source : France Info, 4/11/2019, “violences : hausse des agressions contre les policiers”).

“Au sein du couple en 2018 : 121 femmes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire, 28 hommes ont été tués par leur partenaire ou ex-partenaire, 21 enfants mineurs sont décédés, tués par un de leurs parents dans un contexte de violences au sein du couple.

81 % des morts au sein du couple sont des femmes. Parmi les femmes tuées par leur conjoint, 39 % étaient victimes de violences antérieures de la part de leur compagnon. Par ailleurs, parmi les 31 femmes auteures d’homicide, 15 d’entre elles avaient déjà été victimes de violences de la part de leur partenaire, soit 48 %.” (Source : « Etude nationale sur les morts violentes au sein du couple. Année 2018 », ministère de l’Intérieur, Délégation aux victimes)

 

Impatience + éducation sans cadre = violence potentielle

L’équation paraît simpliste mais regardons quand même un peu plus dans le détail.

L’impatience aujourd’hui est générée par internet, l’immédiateté, une intelligence émotionnelle faible ainsi qu’une faible tolérance à la frustration.

L’éducation sans cadre tient de l’échec de la mixité sociale, d’un regroupement ethnique avec une différenciation entre pratiquant et non-pratiquant d’une religion, d’un mode d’éducation parallèle et non formel dont les résultats ne sont pas ceux escomptés, avec un abandon prématuré de la scolarité qui débouche sur une éducation non formelle, l’école de la rue (source : unilim.fr).

Il y a un regroupement entre ethnies parce qu’elles partagent des facteurs de cohésion qui ne sont pas sans rappeler celles des tribus. Facteurs socio affectifs parce qu’elles confèrent au groupe toute son attractivité, ses valeurs, ses motivations, ses émotions, ses valeurs communes. Facteurs opératoires et fonctionnels parce qu’ils permettent au groupe de satisfaire ses propres besoins et de poursuivre ses buts (source : “la dynamique des groupes”, Jean Maisonneuve).

 

Que dit l'évolution des jeux FPS aujourd’hui TPS (third person shooter) ?

Pour mémoire, voyons quelques dates du jeu vidéo dans lequel une personne a la possibilité d’en tuer une autre :

1973, 1er first shoot person (fps) “Maze War”,

1983, “3 demons”,

1991, “Catacomb 3D”,

1992, “Wolfenstein 3D”,

1993, “Doom” avec un mode multijoueurs type deathmatch qui permettait à chacun d’affronter 3 autres joueurs (source : dailygeekshow.com),

1994, internet est utilisé par le grand public en France… vous pouvez relire maintenant les statistiques concernant les mineurs impliqués dans les faits d’agressions avec violence…

1997, le fameux “Grand Theft Auto” (littéralement : vol de voitures) dans lequel le personnage principal peut tout se permettre, même tuer un policier.

Cette évolution montre qu’il y a une perméabilité entre l’utilisation du monde virtuel et le monde réel. Il y a un rapport évident entre l’Avatarisation© (cf. Nadine Touzeau), la zone transverse© (cf. Nadine Touzeau) et ce qu’il se passe dans le monde réel. 

L’Avatarisation© c’est la personne qui se crée un profil sur n’importe quel site internet. Vous et moi, mais aussi biensûr l’auteur de faits de violences et c’est bien lui qui nous intéresse. Il n’assume pas qui il est dans la vie réelle mais il assume son avatar parce qu’il ressemble à l’image qu’il se fait de lui-même. C’est une transposition de son Moi idéal, il a développé un faux self hyper puissant et il est incapable de la moindre remise en question. Il le rend réel  au travers de son avatar, ce qui va aussi modifier son comportement dans le monde réel en fonction de ce qu’il va vivre dans son espace virtuel. Augmentation de sa confiance, de son assurance suite à la reconnaissance par l’objet de son avatar et par l’échange avec sa communauté qui va le conforter dans ses actes et ses comportements.

 

La Zone transverse© est ce qui correspond à la sphère d’intimité selon Edward T. Hall et sa théorie de la proxémie. La transposition des actes de violences effectués dans la sphère virtuelle dans la vie réelle est une importation des comportements liés à l’avatar. Ce qui est novateur, c’est que cette zone transverse© se transpose dans la réalité dès lors qu’il y a utilisation d’un objet connecté. Cela induit une importation des comportements relatifs à la zone virtuelle dans la vie sociale réelle. Comportements que les personnes n’avaient pas sans l’utilisation d’objets connectés. Comportements plus osés, plus risqués issus d’une zone virtuelle hors du temps, malléable, modifiable, adaptable et mobile, répétés dans une zone réelle, sociale, régie par des lois et donc par essence : pouvant générer des frustrations.

 

Il faut considérer le monde réel en lien étroit avec le monde virtuel. Dans le monde réel, nous avons pu observer une éducation permissive de toute une génération d’enfants roi, immatures, incapables de gérer la frustration, impatients et égoïstes dans les relations professionnelles et sociales, ne sachant absolument pas accepter qu’on leur dise “non”, mais sachant parfaitement le dire. Ils sont revendicatifs et sûrs de leur bon droit.

 

Concomitamment, la société est régie par un ensemble de règles, de lois qui apparaît comme un carcan institutionnel à l’opposé de l’éducation reçue qui elle, trouve écho dans le monde virtuel régi par aucune règle. Dans celui-ci, les auteurs de faits de violence volontaire, imbus de leur avatar, retrouvent un comportement hyper nihiliste dans un environnement créé pour eux.

 

Ainsi, l’éducation permissive, l’éducation non formelle (de la rue), le regroupement tribal et le caractère immature vont être le terreau des comportements virtuels répétés dans le monde réel, en toute occasion. Le clivage entre ces avatars-hyper-nihilistes-importés (des fakes en vrai) et les citoyens dits classiques ne cesse de se creuser… jusqu’où ?

 

Anonymous

Redouane Faïd condamné à 28 ans de réclusion : retour sur mon analyse

Le 14/08/2020

Le vendredi 13 mars dernier, le braqueur multirécidiviste Redouane Faïd a été condamné à 28 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises du Pas de Calais. L’occasion pour moi aujourd’hui de revenir sur l’analyse que j’avais faite en 07/2018, dans laquelle je pointais quelques marqueurs gestuels révélants son caractère manipulateur. 

Ce même mois de juillet, Redouane Faïd s’était évadé de façon spectaculaire de la prison de Réau (77) par hélicoptère. Il ne fut arrêté qu’en octobre suivant.

 

Rappel de mon analyse du 05/07/2018 :

Analyse Flash : Redouane Faïd, braqueur un jour, braqueur toujours !

 

3 images simples pour illustrer qui est Redouane Faid, l’enfant qu’il a été et le braqueur qu’il sera toujours.

« Je me suis toujours gardé de véhiculer une aura et une légende en disant que c’est bien de faire ça… »

Il le scande comme un mantra mais il énonce simplement le symbole qui le guide lui, et vers ce à quoi il veut tendre : être plus le plus reconnu de tous les braqueurs !

Les propos sont dits posément, sans agressivité qui elle, est lisible sur son corps. Sa langue sort de sa bouche pour y rentrer rapidement, une image presque imperceptible mais dont le sens est : je ravale mes propos.

Axe de tête latéral droit ajouté à un axe de tête rotatif droit, lesquels sont renforcés par un axe sagital supérieur. Il se croit et se place au-dessus des autres, guidé par l’ambition et la quête de reconnaissance : il se voit comme un rebelle et le dit avec le sourire.

La position du buste en arrière et vers sa droite montre qu’il est dans une posture analytique, réfléchie. Son sourcil gauche est relevé par rapport au droit, ce qui le met à distance des autres. Il se veut à part, différent.

« Quand vous grandissez dans une cité, on fait pas attention à vous… »

Le voilà son point de départ d’adaptation sociale, son T0 qui motive son ambition. C’est ce que je tente de clamer, de relayer haut et fort que l’enfant a besoin d’attention, de bienveillance et d’inclusion. Le cas échéant, nul ne peut prédire les voies créatives qu’il peut emprunter pour arriver à exister.

Son menton est froncé en une moue de regret, de dépit qui transmet au fond une tristesse ressentie et contrebalancé par un sourire ironique qui revient très souvent tout au long de ses interviews. Il nous rit au nez ! Sa tristesse est domestiquée et surmontée à grand renfort de clivage bien versus mal, vision pour le moins binaire et enfantine du monde vu par un petit gars de la cité (rien de péjoratif dans mes propos, je vous rassure). C’est malheureusement trop souvent la loi de la débrouillardise et du plus fort qui l’emporte dans cet environnement.

« Je me suis fait arrêter et ça m’a servi à stopper tout ça… »

Aller, pour un peu on pourrait y croire… Non ? Non, pas une once de vérité dans tout cela. Comment serait-ce possible lorsque la tête se désaxe tellement pour venir se placer à l’opposé de ce que les yeux regardent ?! Ses paroles vont dans un sens, ce qu’il pense réellement va dans l’autre sens.

Criminel un jour, criminel toujours !

 

Redouane faid

Liens :

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/13/le-braqueur-multirecidiviste-redoine-faid-condamne-en-appel-a-vingt-huit-ans-de-reclusion_6033004_3224.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9doine_Fa%C3%AFd

https://www.youtube.com/watch?v=_WJytJmlOqs

http://www.ds2c.fr/blog/analyse-flash-redouane-faid-braqueur-un-jour-braqueur-toujours.html

Crédit photo : Redoine Faïd - Brightcove

Ancien combattant de l'EI : analyse comportementale !

Le 10/02/2019

Ils sont un nombre important de jeunes adultes et d’adultes à avoir souffert d’une non-reconnaissance de la société. Que ce soit pour des raisons de cellule familiale défectueuse ou d’une situation économique précaire, ils n’ont pas su investir leur déception/désillusion/rancune vers des voies socialement plus acceptables. Pourquoi ? Parce qu’ils tiennent les institutions pour responsables de leur situation et que, le cerveau étant un adepte de l’économie d’énergie psychique, la victimisation les renforce dans leur comportement.

Donc la voie la plus rapide à emprunter pour la reconnaissance de leurs pairs, et la plus rémunératrice dans un temps très court, c’est la délinquance. Et la voie la plus simple et aussi la plus rapide pour conforter leurs valeurs patriarcales, archaïques et machistes, c’est le salafisme.

Lorsque l’Etat Islamique entre en guerre, c’est alors la solution toute trouvée qui s’offre à eux. Mais aujourd’hui, ces guerriers opportunistes ont été faits prisonniers par les kurdes et ce n’est pas la même chanson, ce qui les poussent à vouloir demander, avec une espèce d’évidence, à retourner dans le pays (qu’ils ont combattu soit dit en passant).

 

Pour quelles raisons ? Ont-ils soudainement retrouvé le chemin des valeurs démocratiques et républicaines ? Envisagent-ils réellement que la femme est l’égale de l’homme ? Que la laïcité passe avant la religion ?

Dans ce témoignage, nous pouvons voir l’ancien combattant islamique assis naturellement sur sa chaise, bien appuyé contre le dossier. Nous n’observons aucune tension musculaire dans les épaules, il est donc apparemment détendu, sûr de lui et de son discours, de ses intentions. Ses mains sont confortablement posées sur ses cuisses, les doigts entrelacés toujours sans raideur. Notons que ses jambes sont largement écartées illustrant une posture archaïque du « dominant » et une estime de soi très affirmée. Comprenez « dominant » dans le sens animal du terme bien sûr !

A 28 sec., il parle de ses anciens amis mais les places à sa droite avec sa tête, donc en dehors de son cercle intime. Il parle de la religion qu’il place à sa gauche, c’est donc toujours un élément fondamental dans sa vie. L’injustice est également une valeur importante pour lui, ses pouces s’élèvent lorsqu’il l’évoque à 41 sec. avec un léger sourire ironique/sarcastique/cynique. Dans ces échanges, l’ancien combattant de Daech est dans le lien tout en gardant un certain sens critique, sa tête penche sur sa gauche mais il parle avec l’hémi visage droit, le menton bien relevé confirmant la haute estime qu’il se porte. C’est un homme fier.

 

Ça se gâte…

« Vous avez tué des gens pendant que vous étiez combattant ? » L’axe de tête de l’homme passe de gauche à droite, ce qui traduit un changement émotionnel… là, il y a matière à creuser la question ! Toujours avec sa tête, il confirme le « non » mais en débutant le mouvement par sa droite, c’est un « non » pour faire plaisir, empathique.

A nouveau, lorsque le journaliste lui demande : « comment on fait pour être combattant et ne jamais tirer sur des gens ? » Le regard se baisse sur sa gauche, se remémorant certains événements, puis « pourquoi tu veux tirer sur des gens ? (…) J’ai tué personne » avec un « non » empathique et sa main gauche qui recouvre sa main droite, signifiant que si le sujet l’implique bien personnellement, il ne doit pas céder à la spontanéité. C’est aussi une question à approfondir : quelle a été sa réelle implication en tant que combattant dans les rangs de Daech ?

 

Un peu de sincérité

Parce qu’il y en a à la question : « aujourd’hui, regrettez-vous d’avoir rejoint les rangs de Daech ? » le « oui » effectué avec le mouvement de tête est sincère, cependant les raisons de ce regret ne sont pas celles que l’on pourrait croire, c’est-à-dire la recherche d’un Etat où la religion est au-dessus de tout. D’autant qu’à 2 min. 44, sur comment va se sentir sa femme sans lui, c’est bien avec l’avant-bras gauche élevé qu’il assène : « elles sont faibles les femmes ! »

Par ce nouveau témoignage et de ce que j’en ai encore observé, lorsque certaines valeurs, certains comportements sont si profondément ancrés   dans la personnalité, il est vain de vouloir changer les choses. Malgré la communication qui est faite, le corps ne ment jamais, il est alors temps que la justice passe.

 

Lien vers la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=8dwxl7kiVlM

 

Ancien daech

 

Analyse de la gestuelle du Président Macron - voeux 2019

Le 01/01/2019

Les vœux du Président Emmanuel Macron étaient très attendus, s’inscrivant dans un contexte particulier pour lui et certainement pas à son avantage. Cependant, il ne faut pas oublier que c’est un exercice qu’il affectionne, pour autant qu’il délaisse certains mauvais conseils de communication.

Le corps parle bien avant que les mots ne le fassent. Alors quels ont été son attitude, son style ?  

Déterminé et combattif

La détermination ne peut être feinte si elle est enrichie de gestes qui marquent son engagement. En dépit de toutes les critiques que ses opposants pourront faire au Président Macron sur le contenu de son discours, ses gestes d’affirmation de soi assurés, voire agressifs attestent de son investissement.

Regardez ses gestes fréquents et simultanés effectués avec ses 2 mains. Ils traduisent un désir d’unir mais ce qui est plus intéressant encore, ce sont les pouces qui se lèvent, qui l’affirment dans sa fonction mais également dans sa détermination à titre personnel.

Cet investissement est également perceptible lorsque ses mots s’accompagnent de mouvements de sa main gauche, alors que la droite reste en retrait. C’est bien lui, à titre personnel, en tant qu’individu, qui s’affirme.

A 1 minute 45 : « pour changer en profondeur les règles d’indemnisation du chômage, afin d’inciter davantage à reprendre le travail », ça lui tient à cœur.

A 2 minutes 49 : « notre pays veut bâtir un avenir meilleur reposant sur notre capacité à inventer de nouvelles manières de faire et d’être ensemble », ses doigts sont en pince (l’extrémité de l’index et du pouce se touchent) relevant ainsi son désir de précision, de justesse, d’importance. Ce geste reviendra souvent dans le dernier tiers de l’allocution.

La détermination s’illustre encore davantage lorsque le Président Macron pointe le sol avec ses 2 index pour souligner l’urgence à agir immédiatement : « alors même qu’il nous faut bâtir aujourd’hui de nouvelles réponses à ce phénomène. (…) Je suis intimement convaincu que nous avons à inventer une réponse, un projet, profondément français et européen (à 3 minutes 50). »

Enfin à 8 minutes 31, la détermination peut tourner à une marque d’agressivité lorsqu’il frappe sa paume droite de son poing gauche, geste qu’il exécutera plus d’une fois sur le dernier tiers de son discours : « on peut débattre de tout mais débattre du faux peut nous égarer, surtout lorsque c’est sous l’impulsion d’intérêts particuliers. »

Dynamique et authentique

Le Président Macron use d’une gestuelle économe, simple, pas trop stéréotypée mais plus dans un souci de ne pas trop en faire.

Comme vu plus haut, les mouvements de sa main gauche attestent de son implication personnelle. C’est bien le cas à l’évocation des « victoires sportives », de la « célébration de l’armistice. » C’est également le cas à son axe de tête qui tend légèrement sur sa gauche et qui n’a d’autre objectif que celui d’adoucir son discours. Il se veut empathique. Ses mains restent très majoritairement à l’horizontal, il se met au même niveau que son public. Ses doigts ne montrent pas de tension particulière, ses sourcils s’élèvent régulièrement pour marquer certains mots.

Le Président peut également se montrer agacé en tirant subrepticement sa langue, comme c’est le cas sur la « colère contre les changements profonds » (à 2 minute 49), ironique par certains petits sourires en coin qu’il affectionne, ou encore chafouin lorsqu’il tire rapidement une langue de délectation avant d’aborder son 3ème vœu, celui de la vérité.

Froideur et distance

Certaine personne ont cette faculté à mettre une distance entre eux et les autres. Ça tient à peu de choses, peu de gestes, cependant le ressenti est bien là. Certains vont la nommer snobisme, sentiment de supériorité, alors que pour d’autres ce sera de la pudeur. En tous les cas, il s’agit bien d’une adaptation comportementale pour se protéger du monde extérieur, perçu comme trop agressif.

Son illustration est très simple, c’est la main droite qui vient couvrir la main gauche pendant le discours, c’est mettre en avant son hémi visage droit pendant qu’on parle.

Voyez Laurence Ferrari qui présentait le journal avec le même hémi visage face caméra. Elle garde une image froide alors que Claire Chazal qui présente systématiquement son hémi visage gauche est bien plus dans le lien avec les téléspectateurs. Ca fait toute la différence et ça ne se contrôle pas, sauf à prendre des cours de théâtre pour se réconcilier avec son corps et apprendre à laisser sortir ses émotions.

Les gestes sont révélateurs de l’état émotionnel sur l’instant, du degré d’implication de la personne et si les mots qui viennent suppléer ces gestes sont concordants, alors la communication est réussie. De ce point de vue, c’est bien le cas.

Lien vers la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=iIS9JatcYeU

 

President macron