psychologie

La théorie de la contrainte non choisie, où : pourquoi dire "non" ?

Le 09/05/2024

Il existe un lien de cause à effet entre ne pas savoir dire « non » et le harcèlement moral et affectif.

Ce lien, nous le subissons tous mais à divers degrés. C’est pour cela que certaines personnes sont plus affectées que d’autres.

Ce lien est subtil, implicite, ténu voire malsain. C’est ce que j’appelle la théorie de la contrainte non-choisie. C’est le fait d’imposer à l’autre une tâche, un service alors qu’il existe d’autres possibilités. C’est rendre l’autre redevable pour se déresponsabiliser et se placer en position de dominant, pour avoir un ascendant sur l'autre.

Par exemple, un petit groupe de personnes reviennent d’un café et l’une d’elles (personne A) demande à une autre (personne B) de lui déposer son téléphone et son gobelet de boisson à son bureau, le temps qu’elle se rende aux toilettes. Ça s’apparente à un service tout à fait banal, mais l’autre possibilité eut été que la personne A dépose elle-même ses affaires à son bureau pour aller ensuite aux toilettes, sans avoir à solliciter la personne B.

Si la personne B accepte de rendre ce service, elle accepte alors implicitement une relation de subordination qui se répètera forcément parce qu’elle sera vue comme serviable. Sauf que si ce type de services se multiplie, cela provoquera un stress chez la personne A qui pourrait devenir délétère à la longue. 

Autre exemple avec les aventuriers de Koh-Lanta, lorsqu’au moment des nominations l’un des aventuriers dit à un autre : « j’ai éliminé 2 amis à moi alors que ça me déchirait le cœur. Là, je te demande simplement aujourd’hui de faire la même chose avec untel. »

Ce type de demande crée un lien de subordination insidieux qui vous place en position de devoir effectivement réaliser ce service pour l’autre. Mais comme vous pouvez vous en apercevoir, l’autre n’est pas démuni d’un intérêt personnel, d’une intention qui est manipulatrice pour autant qu’elle n’ait pas d’autre solution que de vous solliciter.

La racine du mot « contrainte » est CONSTRINGERE qui désigne ce qui est enserré par des liens, enchaîné, entravé, dominé. Une contrainte, ce sont des règles attribuées auxquelles le sujet doit se conformer, qui lui indiquent ce qu’il doit ou ne doit pas faire. « La notion de contrainte implicite met l’accent sur les inférences du sujet à partir d’une activité de compréhension des contraintes explicitent (cairn.info). »

Une contrainte choisie rend la personne qui l’accepte actrice de son choix, c’est intentionnel. L’inverse lui confère un rôle passif, de soumission car ce sera un choix non intentionnel.

C’est facilement compréhensible lorsque vous devez signer un contrat de travail ou un prêt financier.

Savoir dire « non » vous permet de ne pas accepter le stress inhérent et possiblement les conséquences qui peuvent en résulter. C’est vous protéger.

 

Maillon brise

 

Comprendre et traiter l'inhibition

Le 07/04/2024

Comprendre l’inhibition et ses mécanismes

L'inhibition, en psychologie, fait référence à un processus mental qui consiste à supprimer ou à restreindre une pensée, un comportement ou une émotion. Cela peut se produire de différentes manières, telles que l'inhibition cognitive, émotionnelle ou comportementale. L'inhibition peut être à la fois bénéfique et nuisible, en fonction du contexte et de la manière dont elle est utilisée.

L'inhibition cognitive, par exemple, peut être utile pour se concentrer sur une tâche spécifique en ignorant les distractions. Cependant, une inhibition excessive peut également entraver la créativité et la flexibilité mentale. De même, l'inhibition émotionnelle peut être nécessaire pour contrôler ses réactions dans des situations sociales, mais elle peut également conduire à une suppression excessive des émotions, ce qui peut être préjudiciable à long terme.

En psychologie, l'étude de l'inhibition est importante pour comprendre comment les individus régulent leur comportement et leurs émotions. Les chercheurs s'intéressent également à la manière dont l'inhibition peut être perturbée dans des troubles tels que l'anxiété, la dépression ou le trouble de stress post-traumatique.

 

Comment l'inhibition, en psychologie, peut-elle être perturbée par des troubles comme l'anxiété et la dépression ?

L'inhibition peut être perturbée par des troubles tels que l'anxiété et la dépression de plusieurs manières.

Dans le cas de l'anxiété, une inhibition excessive peut se produire en raison d'une hyperactivation du système de réponse au stress. Cela peut entraîner une inhibition cognitive, où les pensées négatives et les préoccupations anxieuses dominent l'esprit, entravant la capacité à se concentrer sur des tâches importantes.

De plus, l'anxiété peut également entraîner une inhibition émotionnelle, où les émotions sont refoulées ou supprimées pour éviter les situations stressantes, ce qui peut conduire à une détresse émotionnelle accrue à long terme.

En ce qui concerne la dépression, l'inhibition peut être perturbée par une diminution de la motivation et de l'énergie, ce qui peut entraîner une inhibition comportementale. Les individus déprimés peuvent avoir du mal à initier des actions ou à s'engager dans des activités sociales, ce qui peut renforcer le sentiment de désespoir et d'isolement.

De plus, la dépression peut également entraîner une inhibition émotionnelle, où les émotions positives sont supprimées ou atténuées, ce qui peut contribuer à un sentiment général de vide et de détachement.

En conclusion, l'inhibition est un processus complexe et multifacette qui joue un rôle crucial dans la régulation du comportement et des émotions. L'anxiété et la dépression peuvent perturber l'inhibition en modifiant la manière dont les individus régulent leurs pensées, leurs émotions et leurs comportements.

Comprendre ces mécanismes peut être crucial pour développer des interventions efficaces pour traiter ces troubles et améliorer le bien-être mental des individus concernés.

Narcisse ou Don Juan ? Perversion ou perversité ?

Le 30/12/2023

Nous sommes tous, à un moment donné, dans une dynamique de séduction avec l’autre et quelque soit l’environnement, le contexte et c’est normal, c’est bien, c’est la vie, c’est le jeu des relations sociales. Une fois cet apophtegme, ce précepte posé, il est important de ne pas sombrer dans l’excès. 

Savoir analyser et reconnaître lorsqu’il y a un excès dans ce fonctionnement va vous permettre une meilleure maîtrise de la situation. 

Voyons cela…

Une personnalité narcissique devient pathologique lorsque les traits du comportement altèrent le quotidien. Elle se classe en deux catégories : 

  • par excès d’amour de soi (mégalomanie),
  • par insuffisance d’amour de soi.

Le narcissisme pathologique se caractérise par le besoin d’être admiré par les autres pour réparer une carence de son amour pour soi. Donc besoin de séduire l’autre mais ce qui ne veut pas forcément dire passage à l’acte, d’où la différence entre Narcisse et Don Juan. 

Il y a donc une érotisation de l’autre d’un côté et une sexualisation de l’autre d’un autre côté. Narcisse est la duplication de l’image de soi dans l’autre pour se rassurer alors que Dom Juan accepte de passer par l’acte pseudo-sexuel pour satisfaire son besoin de maîtrise. 

Cependant, ni l’un ni l’autre ne peuvent supporter l’idée que l’autre les asservisse à son propre narcissisme à elle. Ils veulent avoir la main sur l’autre, garder le contrôle.

A la suite de cette séduction narcissique, la personne “objet” peut être triple : 

- la personne séduite n’a aucune “originalité” et peut se contenter d’une relation pseudo amoureuse. Elle ne tient pas plus que ça à cette relation et sait y mettre un terme le moment venu, laissant le séducteur libre de répéter son schéma avec une autre personne “objet”.

- la personne séduite est, elle aussi, une carencée narcissique. Lorsque la magie de la rencontre opère et qu’elle aura contenté les deux Narcisses alors chacun pourra reprendre son chemin. Mais chacun est aussi libre de conduire le même schéma parallèlement à la relation.

- enfin, il se peut que la personne séduite ait l’espoir d’une pleine relation et devienne ainsi exigeante d’un point de vue investissement personnel.

 

La personnalité pathologique narcissique se croit unique, spéciale, et a un besoin excessif d’être admirée et croit que tout lui est dû. Elle entretient des fantasmes irréalistes et idéalisés de pouvoir, de succès, d’amour ou de beauté.

Pour distinguer ces deux personnalités - lorsqu’elles sont à un niveau pathologique, j’insiste - et faire la différence entre la maladie (perversion) et le vice (perversité), il est nécessaire d’effectuer un examen complet de l’individu (anamnèse) et du mobile de son comportement. La recherche de cette différence est fondamentale en matière judiciaire parce qu’elle permet l’imputation des responsabilités. Seuls les professionnels de la santé mentale sont capables de le faire.

Mais brièvement, la perversité renvoie au plaisir de manipuler l’autre pour avoir une emprise. Il n’y a pas de satisfaction sexuelle dans la perversité.

La perversion, quant à elle, fait référence à une pathologie nommée paraphilie. Il s’agit d’une structure de la personnalité qui renvoie classiquement à des conduites sexuelles déviantes (je vous laisse le soin de rechercher ce qu’est une conduite sexuelle déviante).

Il est important pour tout à chacun d’avoir conscience du rôle qu’il joue dans sa relation avec l’autre et que l’autre joue avec soi. Analyser froidement la situation, en mettant de côté ses émotions, va permettre une meilleure authenticité et surtout de mener sa barque comme VOUS l’entendez.

 

A vous de jouer… 

 

Gerard depardieu

Je passe PAR l'acte !

Le 29/10/2023

La question de la responsabilité du criminel est centrale dans l’action judiciaire. L’article 64 de l’ancien Code pénal dit : « il n’y a ni crime ni délit lorsque l’accusé était en état de démence au moment de l’action ».

Les travaux de psychanalyse mettent l’accent sur les motivations inconscientes du crime et les processus psychiques qui le sous-tendent. Ils postulent qu’il existe un lien entre le crime et le développement de la vie psychique de l’individu (Freud, 1916, « quelques types de caractères dégagés par la psychanalyse » ; Bonaparte, 1927, « le cas de Mme Lefebvre » ; Lagache, 1947, « Contribution à la psychologie de la conduite criminelle. Commentaire psychanalytique d’une expertise d’homicide »).

D’un point de vue phénoménologie clinique, le passage à l’acte est un fait d’expérience et d’une défaillance de la relation sociale.

Qu’est-ce qui peut nous permettre de distinguer un délinquant/criminel d’un individu lambda ? Selon Pinatel (1975, « traité de criminologie ») il existe des traits récurrents de personnalité qui forment une base. L’égocentrisme, la labilité, l’agressivité et l’indifférence affective. Précision importante, il s’agit d’une différence de degré pour chacun de ces traits. Ils sont présents chez chacun d’entre nous mais plus ou moins prononcés.

Selon Freud, c’est bien la pulsion qui est à l’origine de la violence. C’est elle qui représente le trait d’union, le point de rencontre entre la psyché (l’inconscient, les idéalisations, les envies, les peurs…) et la transformation en acte physique (la force motrice). Il y a donc une translation entre ce que pense l’individu et ce qu’il matérialise physiquement. La pulsion se définit selon la poussée (son élément moteur), son but (là où elle doit se réaliser, se purger), son objet (le moyen de la purger) et sa source (organe du corps d’où provient l’excitation).

Ainsi, la pulsion purgée de façon inadéquate, incontrôlée est une preuve d’immaturité émotionnelle et d’un déficit d’introjection. C’est-à-dire que l’individu n’est tout simplement pas capable de gérer ses émotions – parce qu’il n’a pas appris à le faire du fait d’un environnement familial inadapté et insécurisant – ni capable de « retravailler » les faits, les vécus pour les légitimer, les conscientiser, les symboliser, les rendre plus acceptables et surtout, savoir s’adapter. La réalisation de la pulsion permet à l’individu de « remettre les compteurs à zéro », d’abaisser le niveau d’insatisfaction, de frustration à un niveau plus acceptable pour lui. Mais la réalisation de la pulsion par un acte est une façon de « dire » en actes ce qu’il ne peut « dire » à haute voix.

Les travaux de Balier (1988, Psychanalyse des comportements violents, 1996, Psychanalyse des comportements sexuels violents) demeurent incontournables. Son expérience clinique en milieu carcéral auprès des auteurs d’agirs criminels le conduit à élaborer une métapsychologie du fonctionnement psychique violent. Balier relève chez ces sujets une pauvreté dans le sens de l’agressivité et de la destruction. Sa théorisation de la violence s’appuie sur un moi facilement débordé par des pulsions agressives désintriquées qui vont se tourner vers l’utilisation et la possession de l’objet externe comme solution économique à ce débordement. Les processus de déliaison, responsables d’une « agressivité libre », créent une tension et appellent à la décharge. L’agressivité libre est le résultat de la désintrication des pulsions, « aucune tension ne peut être contenue (…), la moindre frustration déclenche une décharge de colère avec des gestes agressifs contre des objets, des personnes, ou soi-même. Dans ces conditions, l’acte se substitue entièrement à la pensée dont les contenus sont particulièrement pauvres (Manuel de psycho-criminologie clinique, S. Harrati, D. Vavassori, Dunod, 2022).

Il est donc important de considérer l’individu selon 3 axes : l’individu auteur, l’individu victime et le contexte situationnel.

Voici un exemple intéressant de profils de délinquants qui vient illustrer mon propos.

Selon la « mission d’analyse des profils et motivations des délinquants interpellés à l’occasion de l’épisode de violences urbaines (27/6 au 7/7/23 en France), voici le profil général des 395 individus définitivement condamnés au 31/7/23 :

91% sont des hommes dont 75% sont nés en France et issus de l’immigration (algérien, tunisien).

23 ans de moyenne d’âge pour les hommes, 24 ans pour les femmes.

Les 18-22 ans sont concernés pour 70% des atteintes aux biens publics et 63% des atteintes à l’ordre public.

87% sont célibataires, sans enfant à charge, hébergés à titre gratuit essentiellement chez leurs parents.

29% ne détiennent aucun diplôme, 38% sont titulaires d’un diplôme inférieur au baccalauréat, 23% ont le baccalauréat, 4% ont bac+2, 0,5% ont un niveau supérieur à bac+2.

18% sont étudiants, 30% sont employés, 9% sont ouvriers, 14% sont chômeurs et 25% se déclarent inactifs.

57% n’ont aucun antécédent judiciaire.

Pour les individus non encore identifiés et ceux qui seront jugés ultérieurement, ce sont des délinquants plus chevronnés ayant commis des infractions plus graves.

Le crime est un acte humain

Le 14/10/2023

« Le crime est un acte humain. Il engage la personnalité du coupable, il en révèle certaines intentions. Mais la collectivité ne peut rester indifférente, devant cet acte qui constitue, en même temps qu’un fait personnel, un fait social. Ce sont là des données évidentes du problème criminel, celles que les sociétés les plus primitives aussi bien que les plus évoluées perçoivent clairement » (E. Degreef, Introduction à la criminologie, 1946).

Mesurer la témébilité d’un individu, sa redoutabilité ou sa périculosité (danger représenté) c’est-à-dire la capacité d’un délinquant à tirer profit de l’expérience, notamment de sanctions pénales, c’est analyser sa capacité à s’adapter aux exigences de la vie sociale, ce qui induit la prise en compte de sa responsabilité.

Il s’agit donc de décrypter le fonctionnement historique de l’individu, son vécu, son passé qui l’a amené à devenir un être antisocial, à devenir un délinquant voire un criminel.

Mais cette analyse doit être portée par la société et non par la psychiatrie qui ne doit qu’accompagner si nécessaire. Pour De Greef, « il importe de se débarrasser de l’insoluble question de la responsabilité en n’en parlant plus et en supprimant l’expertise mentale qui, (…), oblige le médecin à prendre une décision dont les conséquences sont extrêmement graves et dont la brutalité contraste avec les difficultés et les hésitations du diagnostic. »

L’erreur est d’imaginer que la pathologie se traduit par un passage à l’acte alors qu’il est le résultat d’un choix délibéré commis par son auteur.

Cet acte repose, éventuellement, sur une réalité faussée, biaisée. Il n’en demeure pas moins que l’acte est commis et que les conséquences doivent être assumées par son auteur et non par la société civile. De Greef ajoute que « toute tare qu’elle soit héréditaire ou qu’elle soit accidentelle, reste soumise au jeu de la personnalité du coupable, et par l’intermédiaire de cette personnalité, reste capable d’être ou bien renforcée par l’ambiance ou inhibée par l’atmosphère dans laquelle il vit » (Pathologie et criminalité, 1937).

Dans la droite ligne de De Greef, l’individu est soumis à une pression sociétale ainsi qu’à une pression individuelle instinctive qui implique désir, peur et pulsion. La pression sociétale, de par ses lois, joue un rôle de cadrage afin de forcer l’individu à restreindre et à contraindre ses instincts. Le besoin d’identification finit de manipuler cette personnalité fragile et labile. Cette éternelle pulsion qui pousse à l’inclusion à n’importe quel prix force à adopter des valeurs qui, à la base, ne sont pas les autres. Le temps faisant son affaire, la personnalité manipulable en oubli ses propres valeurs au profit de celle du groupe, et tant pis si c’est au détriment des autres. Après tout, s’ils sont étrangers à nos valeurs, ils sont nos ennemis, et que faisons-nous à nos ennemis…

Nous pouvons donc considérer qu’un individu aux prises avec ses instincts puisse résister un temps, mais si cette lutte égocentrée devait s’éterniser ou s’accentuer du fait d’éléments extérieurs, la résistance serait sapée et les fonctions de défense voleraient en éclats avec pour conséquence le passage à l’acte.  Pour Platon, le criminel est souvent un malade ; il doit être guéri ou éduqué si possible ; expulsé du pays ou supprimé s'il est incurable.

Le milieu est souvent criminogène mais en tout état de cause, les dégâts commis par un délinquant et un criminel doivent être réparés, qu'il soit responsable ou non.

La société civile se doit de lutter, de maintenir ou de placer ce type de personnes dans des endroits fermés qui ont pour fonction de contraindre l’individu. Cela ne veut pas dire que celui-ci ne doive pas bénéficier d’un accompagnement spécifique et pluridisciplinaire pour l’aider à lutter contre ses pulsions, voire à se réintégrer au terme de sa sentence. Au contraire, ainsi cloîtré, confiné, il sera engagé dans un processus réducteur et contraint qui évitera toute conséquence sur la société. Faire sa peine du début à la fin lui permettra de prendre conscience de ses actes. Il va s’en dire que dans un milieu fermé, il y a nécessité de le séparer de son groupe de référence afin qu’il ne retrouve pas à l’intérieur ceux pour qui il s’est battu à l’extérieur.

En France en 2023, il y a 79 maisons d’arrêts, 39 établissements pour peines, 54 centres pénitentiaires, 6 centres pénitentiaires pour mineurs (source : Statista). Les centres éducatifs fermés pour mineur n’en ont que le nom puisque c’est la parole du juge plus que les murs de l’établissements qui fonde la privation de liberté. Ces centres dépendent de la catégorie des établissements sociaux et médico-sociaux, et non celles des établissements pénitentiaires (source : rapport d’information du Sénat n°759 (2010-2011), Enfermer et éduquer : quel bilan pour les centres éducatifs fermés et les établissements pénitentiaires pour mineurs ?). Cette mission d’information a rédigé 25 propositions très intéressantes (ont-elles été suivies ?). Combien existe-t-il de casernes ou de bâtisses abandonnées à réhabiliter. Peut-être serait-ce une solution que d’employer ces détenus à reconstruire.

Chaque pays possède son droit pénal dont l'origine remonte à Mathusalem, se continuant avec des coutumes et des usages non écrits et en perpétuelle transformation en lien avec tous les soubresauts culturels du moment. « Il est raisonnable de supposer qu'au moment où les premières codifications eurent lieu, une évolution s'était déjà opérée et que ces premiers codes représentaient déjà une sélection de comportements possibles devant l’activité antisociale. » Expulser d’un groupe (ou d’un pays) une personne qui ne souhaite pas se soustraire à ses lois, qui ne souhaite pas s’intégrer en apportant une compétence ou qui ne souhaite pas acquérir une compétence, est ce que fait tout groupe animal depuis la nuit des temps. Il est primordial, et même vital pour le groupe, de ne pas laisser quelques étourdis fanatiques de politique sociale naïve interférer. Comme il est incompréhensible qu’un détenu ne fasse pas entièrement sa peine.  

On ne sait pas encore lequel des termes : redoutabilité, témébilité ou périculosité l'emportera dans l'avenir. Ce sont les termes par lesquels, parlant d'un délinquant ou d’un criminel, on s'efforce de traduire le danger social qu'il représente. Ce sont aussi les termes par lesquels on veut exprimer la mesure dans laquelle la société pour avoir à s'occuper légitimement de lui et s’en préserver. Si la peine de mort, abolie le 9 octobre 1981, ne peut revenir dans le débat national – encore que pour certains crimes (attentats, actes de barbarie), cette sanction devrait être à nouveau réfléchie – il est important que les peines soient réellement effectuées et sans remise possible, dans des lieux fermés et accompagnés, cadrés, loin de leur groupe de référence.

Asile

Je suis un psychopathe endormi !

Le 29/09/2023

Le sociopathe se caractérise par l’inobservation des obligations sociales, l’indifférence pour autrui, une violence intuitive ou une froide insensibilité. Le comportement est peu modifiable par l’expérience, y compris suite à des sanctions. Les sujets de ce type sont souvent inaffectifs et peuvent être anormalement agressifs ou irréfléchis. Ils supportent mal les frustrations, accusent les autres ou fournissent des explications spécieuses pour les actes qui les mettent en conflit avec la société. La caractéristique essentielle est l’existence de conduites antisociales répétées, apparues avant l’âge de 15 ans et persistant à l’âge adulte, avec une incapacité à conserver une insertion professionnelle régulière, en dehors de tout contexte schizophrénique, maniaque ou déficitaire (retard mental).

Une méta-analyse de 16 études (entre 1985 et 2017) vise à vérifier qu’on retrouverait plus de gauchers chez les personnes atteintes de schizophrénie et de dépression. Il en est de même pour le faible poids et les complications à la naissance, un stress prénatal, ce qui suggère que la non-droitisation pourrait être liée à une perturbation du développement cérébral pré et périnatal.

Pour le sujet qui nous intéresse, même si l’origine des troubles mentaux n’est pas entièrement claire, les psychopathes devraient donc être majoritairement non-droitiers si leur problème venait principalement d’un trouble mental, selon les chercheurs. Dans le cas contraire, ils sont considérés comme neurologiquement sains et la perspective de stratégie adaptative est privilégiée.

Les chercheurs ont examiné l’association entre la psychopathie et le fait d’être droitier pour un total de 1818 participants. En fin de compte, il n’y avait pas de différence dans les taux de non-droitier entre les participants à haut et bas niveau de psychopathie, et entre les patients psychopathes et non psychopathes. En revanche, les auteurs ont noté une tendance pour les délinquants ayant un score plus élevé dans la dimension comportementale de la psychopathie à être davantage non-droitiers ; c’est l’inverse pour les délinquants ayant un score plus élevé dans la dimension interpersonnelle/affective de la psychopathie.

La dimension comportementale de la psychopathie peut être « conceptuellement plus proche du trouble de la personnalité antisociale », rapportent les chercheurs. La psychopathie a toujours été considérée comme un trouble mental, mais de plus en plus d'éléments indiquent qu'il pourrait s'agir d'une stratégie adaptative conçue par la sélection naturelle.

Pourquoi les sociopathes sont présents dans notre société alors que la sélection naturelle aurait dû les éliminer ?

Tout d’abord, la société sait faire avec ceux qui ne respectent pas les règles, les lois. Ils sont arrêtés, jugés voire emprisonnés selon le délit, le crime. 60% des prisonniers de sexe masculin montrent des signes de personnalités antisociale (Moran, 1999). Nos ancêtres ne plaisantaient pas, la mort, la torture, l’exil, le bannissement prévalaient et c’est toujours le cas chez d’autres animaux comme les lions et les loups.

Dans notre société, « punir » un antisocial, un psychopathe est un facteur favorisant la coopération au sein du groupe. C’est une réponse au service de la survie et de la reproduction par le biais de la coopération.

Ensuite, l’antisocial est un membre à part entière de la société, du groupe, il n’est pas vu comme un étranger. Comme il s’agit d’un membre intra groupe, il sera jugé comme tel.

Enfin, le sociopathe ne peut pas agir différemment, il ne changera pas quoiqu’on fasse ! Il y a 2 critères importants dans le passage à l’acte : la capacité à tromper autrui, ce qui demande maîtrise de soi et anticipation ; et l’impulsivité qui est une incapacité à planifier à long terme.

La sélection naturelle, au niveau du groupe, a autorisé l’expression du comportement antisocial à la condition que l’impulsivité restreigne la capacité à tricher. On peut penser aussi que ceux qui ne sont pas impulsifs vont demeurer toute leur vie non découverts (Mc Guire & Troisi, 1998) tant qu’ils ne cèdent pas à l’impulsivité.

Les antisociaux, les psychopathes ne sont pas prêts de ne plus exister dans notre société dans la mesure où les impulsifs sont arrêtés, jugés et emprisonnés, et que les non impulsifs en tirent parti et transmettent leurs gênes (parce qu’ils ne sont pas pris ou qu’ils ne commettent pas de délis). Pour nos ancêtres, être rejetés du groupe s’avérait être fatal, c’était la mort assurée puisque plus de moyen de subsistance. Donc certains ont appris à s’adapter en se contrôlant et ont transmis leur patrimoine génétique.

Que serait une société sans psychopathe ?

Ce serait une société extrêmement coopérative au point d’être exploitée jusqu’à la lie par une autre société qui n’aurait pas le même comportement coopératif. Alors que la présence d’un psychopathe pousse le groupe à s’adapter en trouvant des solutions pour s’en protéger. La sociopathie est un ensemble simple et assez bien défini de comportements caractérisés par une incapacité à participer honnêtement aux différentes interactions sociales.

Axelrod concluait que la réciprocité et ce qu’il a appelé la « gentillesse » étaient généralement des stratégies nécessaires et requises pour les acteurs sociaux. Pour rappel, le dilemme du prisonnier caractérise une situation dans laquelle des acteurs économiques concurrents, qui ne communiquent pas entre eux, prennent des décisions rationnelles basées sur la recherche de leur propre intérêt mais qui, ce faisant, desservent l’intérêt collectif.

En revanche, ce qu’Axelrod n’a pas souligné, c’est que la tricherie, la non-réciprocité est une stratégie gagnante pour les personnes qui ne s’engagent pas dans de longues interactions et qui privilégient la stratégie r. Une stratégie dont l’environnement est variable ou perturbé, une stratégie d’opportunisme.

Les tricheurs ne reculent jamais, minimisant ainsi leur risque immédiat de rencontrer le même partenaire deux fois de suite, ils changent de groupe régulièrement ce qui génère un coût pour lui puisqu’il est obligé de changer régulièrement d’environnement social pour pouvoir mentir et profiter d’un nouveau groupe. Plus un tricheur interagit avec le même groupe de congénères, plus il est susceptible d’être confondu par le groupe. De ce fait, ils ne sont pas détectables par des instruments (verbal, non verbal…) couramment disponibles à ses congénères.

Les tricheurs sont des bonimenteurs ou doués d’empathie cognitive, c’est-à-dire la capacité à comprendre les états mentaux de l’autre, sa façon de réfléchir, ses inflexions.

Les antisociaux, les psychopathes n’ont-ils pas d’empathie ?

Une caractéristique également fréquemment admise comme faisant partie du tableau clinique de base du psychopathe est le manque d’empathie. Ce concept est souvent utilisé de façon superficielle. L’empathie est à la compréhension et la connaissance ce que la sympathie est à la compassion et l’attention au bien-être de l’autre. La connaissance issue du processus empathique est intuitive et implicite.

Posons la question différemment : est-ce que les autistes ont de l’empathie ?

Dans une étude de 2022, les perceptions au sein d’un groupe de participants avec Trouble du Spectre Autistique ont été comparées à celles d’un groupe témoin reflétant la population générale. Cette approche inédite reposait sur un questionnaire photographique en ligne incluant divers organismes allant des plantes aux êtres humains. Des paires de photographies d’organismes étaient tirées au sort

et présentées aux participants qui devaient alors désigner celle pour laquelle ils pensaient être le mieux à même de comprendre les émotions.

À partir de ces nombreux « matchs » entre paires de photographies, il a été possible d’attribuer un score d’empathie à chaque espèce. Les résultats obtenus ont montré que si les perceptions au sein du groupe de participants avec TSA sont globalement similaires à celle de la population générale, le score de compréhension empathique qu’ils attribuent à l’être humain est étonnamment faible.

Ces résultats indiquent que les difficultés empathiques des personnes avec TSA seraient propres aux relations interhumaines. Celles-ci pourraient donc ne pas tant résulter de l’altération de la perception ou de la lecture d’expressions émotionnelles fondamentales, que de difficultés à leur donner du sens dans un contexte global. Percevoir une expression émotionnelle (reconnaître ou être affecté par un rire, un pleur ou un froncement de sourcils…) n’implique pas nécessairement une compréhension correcte de l’état mental qui en est la cause : hors contexte, ces signaux peuvent être déconcertants ou trompeurs (par exemple, des larmes de joie ou des rires nerveux).

Avec ou sans TSA, les perceptions empathiques des deux groupes de participants sont très similaires pour la majorité des espèces, à une exception près : les scores de compréhension empathique que les personnes avec TSA attribuent à notre espèce sont très faibles.

Les particularités empathiques des personnes avec TSA pourraient s’expliquer par le fait que si les autres espèces peuvent sembler moins expressives et plus difficiles à interpréter intuitivement, leur expression émotionnelle est en revanche plus déterministe, spontanée et stéréotypée. L’état mental d’un animal pourrait donc être perçu par les personnes avec TSA comme relativement transparent, pour peu d’être attentif à leurs signaux comportementaux et d’avoir appris à les interpréter.

Au contraire, dans bien des situations, les humains sont habitués à feindre, à détourner ou à contenir

leur expression émotionnelle, qu’il s’agisse de préserver leur intimité, de se conformer aux conventions sociales, par stratégie de bluff ou par comédie. Ils pourraient donc, d’une certaine façon, être considérés comme étant bien plus complexe à comprendre à que d’autres animaux. Suite à ces résultats, nous pouvons arguer que les antisociaux, les psychopathes sont bien pourvus d’empathie au moins cognitive.

L’empathie implicite, en tant que faculté intuitive de se représenter le vécu d’autrui (que ce soit au niveau émotionnel, sentimental ou cognitif), lorsqu’elle est défaillante, indique plutôt un diagnostic de psychose que de psychopathie. En revanche, nous pouvons parler d’un « trouble de la sympathie ». Le psychopathe n’a pas de difficulté à identifier le vécu d’autrui, il n’accorde aucune importance à ce vécu en termes de bien-être pour autrui. L’analyse d’autrui et de son vécu est strictement utilitaire et n’est pas source de préoccupation ou d’attention. Un psychopathe peut par exemple décrire la souffrance de ses victimes (il fait alors preuve d’empathie) et peut expliquer que cela lui importe peu (il n’éprouve pas de sympathie).

Le psychopathe présente un trouble de la sympathie, c’est-à-dire qu’il a la faculté de se représenter l’éprouvé émotionnel de l’autre sans en être affecté, grâce à une gestion « froide » de l’émotion. Cette logique a foncièrement une dimension adaptative dans des circonstances extrêmes. Considérer que la psychopathie présente une dimension adaptative implique qu’il soit cohérent de retrouver ce fonctionnement psychologique en dehors du parcours judiciaire. Cette dimension adaptative révélée par la « froideur émotionnelle » est évidente dans de nombreuses situations de notre société économique moderne. On peut également penser que, lors d’une invasion ennemie en temps de guerre, il est bien plus adapté de présenter des conduites de chosification de l’alter ego, une absence de sympathie tout en conservant une compréhension empathique de l’autre, que d’être foncièrement bienveillant et altruiste.

Les antisociaux, les psychopathes sont donc un mal nécessaire… peut-être en côtoyez-vous sans le savoir…

New blood dexter

Sources :

https://doi.org/10.1177/14747049211040447

Psychiatrie, Guelfi, Boyer, Consoli, Olivier-Martin – puf Fondamental

Moran P (1999). The epidemiology of antisocial personality disorder. Social Psychiatrie and Psychiatric Epidemiology, 34 : 231 – 242

Mc Guire & Troisi (1998). Darwinian Psychiatry. Oxford University Press. New York, Oxford.

Is Psychopathy a Mental Disorder or an Adaptation ? Evidence From a Meta-Analysis of the Association Between Psychopathy and Handedness, Lesleigh E. PullmanNabhan Refaie[…], and DB Krupp

Troubles de personnalité & évolution. Dragoslav Miric, Mardaga, 2012.

The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Self-perceived empathic abilities of people with autism towards living beings mostly differs for

Humans

MacArthurRand WilsonEO. (1967). The Theory of Island BiogeographyPrinceton University Press (2001 reprint), ISBN 0-691-08836-5

Miralles A., Grandgeorge M., Raymond M. - Scientific Reports volume 12, Article number: 6300 (15

April 2022)

Showtime – New Blood : Dexter

La jalousie vue par la psychologie évolutionniste

Le 11/08/2023

La jalousie est une forme d’adaptation, une solution développée au fil du temps en réponse à un problème récurrent qui menace la pérennité de l’espèce. Elle nous pousse à tenir éloigné nos rivaux à distance. Elle empêche notre partenaire de s’éloigner grâce à une vigilance constante ou à un maximum d’affection. Elle induit l’idée d’engagement à un partenaire hésitant (jalousie hors pathologie évidemment).

Mais il faut faire la distinction entre la jalousie sexuelle et sentimentale. Les hommes sont plus enclins à s’imaginer faire l’amour à plusieurs partenaires mais sans engagement, alors que les femmes s’engagent dans une relation physique généralement lorsqu’elles ressentent des sentiments.

C’est une lapalissade que de dire que les femmes ont besoin de 9 mois pour produire un enfant, alors que les hommes n’ont besoin que de quelques minutes pour produire ce même enfant. L’investissement parental est donc biaisé dès le départ. « Un gouffre sépare donc l’effort consenti par les hommes des neufs mois que consacrent les femmes à l’éclosion d’une nouvelle vie » (Buss).

La stratégie d’unions occasionnelles est donc plus profitable, a priori, aux hommes qu’aux femmes sur le long terme, dans le but de multiplier ses gènes. Tout au moins pour ceux qui séduisent le plus grand nombre de partenaires plutôt que ceux qui ont un nombre limité de partenaires.

Pour celles qui choisissent néanmoins d’avoir plusieurs partenaires, le bénéfice perçu doit être suffisamment important pour justifier la prise de risque et ses conséquences.

Un premier avantage est le gain de ressources fourni par ses partenaires occasionnels (diners, cadeaux, sorties, voyages…).

Un second avantage est un bénéfice génétique. Les femmes choisissent généralement pour amant des hommes plutôt symétriques et en bonne santé, gage de transmission de patrimoine génétique sain. Les femmes qui ont aussi des amants sont aussi celles qui sont susceptibles de produire des enfants avec une plus grande diversité génétique.

Un troisième avantage est ce que David Buss appelle l’« assurance partenaire ». C’est-à-dire la possibilité de se remettre avec quelqu’un rapidement en cas de défaillance du premier (maladie, décès, guerre, séparation…). Baher et Bellis (« Human sperm competition », 1995) ont montré que les femmes infidèles ont tendance à faire coïncider leurs aventures extra conjugales avec leur période d’ovulation, alors que les relations sexuelles avec leur mari le sont en dehors de cette période. Il a été également constaté que la rétention du sperme est plus importante avec l’amant que le mari.

Pour quelles raisons avoir une relation extra conjugale ?

Avant d’apporter une réponse Darwinienne, replaçons le couple à notre époque individualiste. Hommes et femmes vont voir ailleurs parce que les uns comme les autres ne trouvent pas leur compte dans leurs relations sexuelles. Ce peut être en termes de quantité, en termes de qualité, de désir ou encore dans l’éventail des positions et/ou des pratiques acceptées, toute paraphilie mise de côté. Lorsque l’un ou l’autre se trouve lésé ou non contenté, il peut gérer la frustration jusqu’à un certain seuil au-delà duquel il y a un risque potentiel. Il est donc important d’être à l’écoute de l’autre et de son plaisir.

Suite aux divers travaux de David Buss et ses collègues, les stratégies reproductrices reposent sur le court terme et sur le long terme. Pour le court terme, les hommes veulent une variété de matrices pour multiplier les possibilités de produire des enfants (en plus de la diversité recherchée des pratiques sexuelles). Pour les femmes, c’est la possibilité de multiplier la variété génétique (en plus de la diversité des pratiques sexuelles).

Les critères de préférence dans le choix d’un partenaire pour le long terme sont pour les femmes le statut social, la capacité de travail et les perspectives financières. Il est donc plus profitable pour une femme d’épouser un homme moins beau que la moyenne mais qui saura lui apporter une stabilité émotionnelle, financière et qui saura prendre soin de leur progéniture.

Pour les hommes, c’est l’attrait physique qui compte et ce sont des critères universels, nonobstant quelques variations culturelles pour des critères comme le poids, la couleur des cheveux et la taille (Ford et Beach, 1951, « patterns of sexual behaviour », New York).

Mais pour qu’une relation dure, il faut des signes d’engagement, accorder du temps et des efforts, de l’attention de la part des deux partenaires. Après la fiabilité (critère partagé par l’homme et la femme), c’est celui de la maturité émotive qui est attendu avec un bon caractère (Buss et col., n = 9474 issus de 37 cultures différentes, 1990, « international preferences in selecting mates : a study of 37 cultures », Journal of psychology, 21, 5-47).

Une femme peut également se servir d’une liaison pour rompre avec son mari. Grâce à une estime de soi reboostée, un gain de confiance, une sensation de pouvoir encore séduire et jouir. Ce sera le premier pas vers l’autonomie.

Pourquoi la femme n’épouse-t-elle pas l’homme qu’elle a eu pour amant ?

Parce que dans le long terme, il n’est pas pourvoyeur de ressources stables, son investissement parental serait moins optimal que celui de son mari. D’autant que la décision de se mettre en couple est toujours une incertitude et que certains hommes profitent de cette incertitude pour multiplier les conquêtes et potentiellement un nombre important de « matrices ».

Les personnes jalouses se montrent très sensibles aux changements comportementaux et physiques, tout autant qu’aux indices laissés involontairement ici et là. La jalousie se déclenche souvent par des circonstances qui signalent une menace bien réelle pesant sur le couple. Lorsqu’on se pose la question, c’est qu’il y a déjà des signes avant-coureurs. Ça ne veut pas dire que la tromperie a été réalisée, mais l’envie et le désir sont là.

Daly et Wilson (Université de McMaster – Ontario) définissent la jalousie comme un « état déclenché par la perception d’une menace pesant sur une relation ou une position importante et qui motive un comportement destiné à contrer cette menace. »

Une émotion peut être vue comme une adaptation qui sert à identifier une menace. Cette émotion attire notre attention sur l’origine de la menace et stocke l’information dans notre mémoire, ainsi que le comportement qui s’ensuit.

Shackelford, Buss et Bennett (1999, « sex differences in responses to a partner’s infidelity ») ont montré que les hommes se sentent plus en détresse psychologique face à une infidélité sexuelle, alors que les femmes le seront face à une infidélité affective. L’homme se montrera plus agressif pour stopper la tromperie (33 féminicides depuis le début de l’année, 208 000 victimes en 2021, 87% de femmes) et la croyance de tromperie, la femme sera plus dans le déni, dans le rendu coup pour coup, ou dans l’acceptation du fait du coût de l’investissement.

La jalousie est donc un moyen de défense contre la tromperie et l’abandon. Il y a toujours de fausses alertes mais statistiquement, l’histoire nous montre que les signes précurseurs étaient déjà présents. Si l’on se montre à l’écoute de l’autre intellectuellement, émotionnellement et sexuellement, il n’y a pas de raison pour que l’on aille voir ailleurs. Mais cela suppose de l’abnégation et des efforts.

Jalousie femme homme Jalousie homme femme

Une distance analytique

Le 23/07/2023

Un certain nombre de personnes m’ont souvent reproché d’être peu investi émotionnellement, d’être trop froid, de ne pas pouvoir « être lu », d’être trop distant. Alors au-delà du fait qu’il est difficile pour ces personnes d’échanger avec des arguments et de manière contradictoire, au-delà de ma particularité de « haut potentiel » teinté d’un trait autistique (C'est quoi un zèbre ? - Suivez le Zèbre (suivezlezebre.com), je me suis posé cette question :

Que signifie prendre de la distance par rapport aux évènements, à une situation ? Que ce soit dans un contexte familial ou professionnel en tant que psy par exemple.

Prendre de la distance c’est analyser froidement la situation, l’enchaînement des faits, des réactions, en mettant de côté les émotions. C’est imaginer toutes les options possibles sans se mettre de barrières. Barrières relatives à notre vécu, notre expérience qui nous a confrontés aux mêmes situations. C’est appliquer de la distanciation entre soi et la réalité afin d’aborder les choses avec objectivité, dénué d’affect, c’est considéré avec détachement pour apprécier de façon impartiale.

Sauf que nous n’avons vécu que NOS situations en relation avec NOTRE environnement direct, notre foyer, nos parents, nos amis… ce sont donc nos références, pas celles des autres. Notre expérience ne signifie rien chez l’autre qui a ses propres valeurs, qui a fait ses propres expériences. Ses réactions peuvent donc être totalement différentes des nôtres dans un même contexte, elles peuvent même être contradictoires avec les nôtres.

C’est ça qu’il faut garder à l’esprit, être ouvert et se dire que tout est possible, que la nature humaine peut être très créative en matière de fonctionnement et de réactions aux situations rencontrées.

Cette compétence de distanciation peut être consciente ou inconsciente mais elle est plus prégnante chez certains. C’est de l’empathie cognitive (Economie du sadisme ordinaire (ds2c.fr)), de la tempérance (Vers la tempérance... (ds2c.fr)), une lecture purement analytique et comportementaliste, dénué de jugement de valeur. C’est avoir la capacité de relativiser et de replacer toute chose dans son contexte. Mais c’est aussi vouloir se protéger de l’afflux d’informations, des émotions parce qu’on les perçoit plus finement que les autres.  C’est rester dans un équilibre émotionnel qui donne la possibilité d’analyser la situation de façon plus distanciée et de pouvoir décider de façon plus efficiente.

Après tout ça, je suis un pur produit de John Broadus Watson, un neo behavioriste freudien !

 

Distanciation

Pourquoi je me touche la barbe ?

Le 17/06/2023

Que se cache-t-il derrière la barbe ? Si je la caresse, la tire ou la gratte, qu’est-ce que ça veut bien dire ?

J’avais analysé les aspects sociaux et psycho évolutionnistes dans un précédent article consacré à cet attribut. En substance, pour ce qui est de son rôle social, la barbe est essentiellement un élément fort d’inclusion, c'est-à-dire du désir d’appartenance à un groupe, à une communauté (hippie, hipster, crossfit, religieuse…).

Si le groupe de référence auquel je souhaite appartenir et m’identifier se différencie des autres par le port de la barbe, je vais vouloir également la porter pour être reconnu et intégré à ce groupe dans lequel je me reconnais. Je vais personnifier ce groupe, j’en serai un digne représentant et mes valeurs seront alors visibles au premier coup d'œil.

Donc, si nous raisonnons par rapport à l’impact que nous souhaitons avoir auprès des autres, le port de la barbe est un indicateur fort et fiable d’appartenance.

Maintenant, la barbe cache une partie du visage et en particulier la bouche. La bouche est très importante pour communiquer des émotions, même si la personne ne parle pas. Elle s’étire, se crispe, ses lèvres rentrent dans la bouche, se mordillent, s’entrouvrent… Elle nous en dit long sur nos intentions.

Porter la barbe sert aussi à cacher des intentions que la personne n’assume pas réellement, ou qui ne veut pas les exprimer.

Par exemple, si une personne est timide mais physiquement athlétique, pour équilibrer son état d’esprit et ce que son corps renvoie comme image, la barbe peut être un bon moyen pour qu’elle se sente plus assurée.

A contrario, si une personne est a un caractère assertif mais physiquement frêle ou en surpoids, la barbe peut être un moyen pour se doter d’une image plus représentative de son caractère.

En psychologie évolutionniste, la barbe est un caractère sexuel secondaire qui joue un rôle majeur dans la compétition sexuelle (intra et inter).

“La sélection sexuelle est reconnue pour opérer principalement de deux façons. D’une part, avec la sélection intersexuelle, les femelles et les mâles cherchent le partenaire aux attributs les plus attirants. Cet attribut peut être physique (la queue du paon) ou comportemental (les danses nuptiales). 

Et d’autre part, la sélection intrasexuelle qui favorise une compétition entre les individus de même sexe. Ce sont par exemple les mâles qui vont se battre entre eux pour l’obtention d’une femelle. C’est aussi les hiérarchies de dominance qui s’établissent chez plusieurs espèces et qui donnent un accès prioritaire aux individus du sexe opposé.”

Le port de la barbe est un outil d’aide pour améliorer, renforcer, la posture, l’assurance, le charisme.

Dans son livre "Evolution of human threat display organs" (1970), R. D. Guthrie a émis l'hypothèse que la barbe pouvait être utilisée pour intimider les rivaux masculins en augmentant la perception de la taille de la mâchoire et en renforçant les comportements agressifs. Des recherches ont révélé que les gens reconnaissent plus rapidement les expressions de colère sur un visage barbu que sur un visage rasé, mais qu'ils sont plus lents à reconnaître les expressions de bonheur ou de tristesse.

Les systèmes visuels humains ont évolué pour extraire des informations de l’environnement des informations pertinentes. En psycho évolutionniste, il est vital qu’un individu identifie très rapidement un ennemi potentiel. Logiquement, le visage, dans sa tâche de recherche visuelle au sein de la foule, est plus orienté à reconnaître la colère.

Dans 3 études (N = 419), des chercheurs ont testé si la pilosité faciale guidait l'attention dans la recherche visuelle et si elle influençait la vitesse de détection des expressions faciales de colère et de joie.

Dans la première étude, les participants étaient plus rapides à chercher, dans une foule rasée, à détecter des cibles barbues qu'à chercher dans une foule barbue et à détecter des cibles rasées.

Dans la seconde étude, les cibles étaient des visages en colère et des visages heureux présentés sur un fond neutre. La pilosité faciale des visages cibles a également été manipulée. Un effet de supériorité de la colère est apparu et a été renforcé par la présence d'une pilosité faciale, ce qui était dû à la détection plus lente de la joie sur les visages barbus.

Dans la troisième étude, les cibles étaient des visages heureux et en colère présentés sur des arrière-plans barbus ou rasés de près. La pilosité des visages de l'arrière-plan a également été systématiquement manipulée. Un effet significatif de supériorité de la colère a été révélé, bien qu'il n'ait pas été modéré par la pilosité faciale de la cible. Au contraire, l'effet de supériorité de la colère était plus important sur les visages rasés que sur les visages barbus.

L'ensemble des résultats suggère que la pilosité faciale influence la détection des expressions émotionnelles dans la recherche visuelle. Cependant, plutôt que de faciliter l'effet de supériorité de la colère en tant que système potentiel de détection des menaces, la pilosité faciale peut réduire la détection des visages heureux dans la foule.

La barbe joue un rôle important, mais nuancé, dans l'allocation de l'attention dédiée aux visages. Elle peut faciliter l'allocation de l'attention à une cible et ralentir la recherche visuelle lorsque les visages en arrière-plan sont barbus.

Les recherches actuelles présentent certaines limites importantes. Par exemple, un biais attentionnel peut se produire en faveur des stimuli émotionnels désagréables par rapport aux stimuli émotionnels agréables. La colère est une émotion à forte intensité négative qui vise à induire la soumission chez les autres, alors que le bonheur est une émotion à forte intensité positive, mais prosociale. Les effets de la barbe sur les taux de détection des expressions faciales menaçantes par rapport aux expressions prosociales peuvent refléter un biais attentionnel envers les stimuli désagréables.

Maintenant, abordons ce que la triturer veut dire, en tirer les poils, la caresser ou poser simplement sa main dessus.

Tout d’abord, la zone de contact est importante quant à la signification. Elle peut avoir un rapport avec un problème connu ou à résoudre (zone de la moustache), nous pouvons nous sentir concerné par les informations qui nous sont communiquées (zone de la joue, de la mâchoire), nous pouvons également nous sentir flattés (zone du menton) voir être tout à fait satisfait (zone sous la mâchoire).

Mais un geste d’auto-contact est avant tout un moyen pour rééquilibrer notre psyché, ce sont des gestes “contraphobiques”, ils nous aident à gérer notre stress.

Pour un profil psychologique du type “dominant” dont la préoccupation principale est le résultat, se gratter la barbe permettrait la réflexion pour une éventuelle riposte.

Pour un profil orienté vers la communication, ce geste permettrait de susciter l’imagination, la création.

Pour un profil plus analytique, ce serait un moyen de comprendre ce qui est dit.

Enfin, pour un profil plus relationnel, dont la préoccupation est l’équilibre avec les autres, ce serait un moyen de gérer le stress.

Le plus souvent, ce sont des micros-caresses que nous faisons sur la barbe (66%), puis loin derrière les micro-tractions (16%) et les micros-fixations (13%).

Concernant les micros-tractions, selon JP Brechon (synergologue) : “ce comportement serait un toc nommé la trichotillomanie et intéresse les profanes comme les scientifiques. Ce toc dont les causes sont peu connues viendrait de traumatismes provoquant des angoisses à répétitions mais la cause la plus certaine serait le stress d’où l’expression populaire (« avoir envie de s’arracher les cheveux ») mais l’angoisse et l’ennui peuvent également causer ce comportement. Ce n’est donc pas tout à fait un trouble obsessionnel compulsif mais plutôt un comportement procurant du plaisir, activant le circuit de la récompense dans le cortex préfrontal.”

Concernant les micros-fixations, “aucune référence scientifique nous permet d’expliquer, à ce stade, pourquoi les sujets fixent leurs mains sur leurs visages. Seules les associations d’items et le sens de l’observation nous permettent de déterminer que la plupart des sujets sont soit en attente de quelque chose lorsqu’ils sont émetteurs silencieux, soit ils lancent « un pavé dans la mare » afin de voir qu’elle sera la réaction de leur interlocuteur, soit ils réfléchissent à un sujet et attendent la fin de leur réflexion avant de parler.”

Enfin, la micro-caresse est le geste qui est le plus souvent effectué sur la barbe. Elle permettrait de se calmer, de se recentrer sur la conversation.

Vous ne regarderez plus un barbu de la même façon maintenant et tout un tas de questions émergeront !

 

Barbu 1

 

Réf. :

Dixson, B.J.W., Spiers, T., Miller, P.A. et al. Facial hair may slow detection of happy facial expressions in the face in the crowd paradigm. Sci Rep 12, 5911 (2022). https://doi.org/10.1038/s41598-022-09397-1

Craig, B. M., Nelson, N. L., & Dixson, B. J. W. (2019). Sexual Selection, Agonistic Signaling, and the Effect of Beards on Recognition of Men’s Anger Displays. Psychological Science, 30(5), 728–738. https://doi.org/10.1177/0956797619834876

La mimésis vocale comme stratégie comportementale

Le 01/03/2023

Définir ce qu’est une stratégie comportementale 

Les stratégies comportementales (…) regroupent l’ensemble des comportements observables utilisés par l’espèce pour s’adapter aux conditions d’un environnement afin d’assurer sa survie et sa reproduction. Cette définition réfère à celle des principes d’adaptation et d’évolution tels qu’observés, documentés et décrits par Darwin et se rattache également à la biologie comportementale.

Les stratégies comportementales humaines deviennent psychosociales lorsqu’elles sont plus spécifiques à leur induction par la société. L’espèce humaine est adaptée à son environnement social et y développe des comportements pour s’y adapter et y survivre en interaction avec les autres individus et en fonction des concepts et mécanismes en place dans cet environnement.

Lorsque nous sommes confrontés à des demandes intenses, tant sur le plan physique que psychologique, nous devons y répondre par des stratégies comportementales et cognitives qui nous impliquent, en nous confrontant à la situation ou en la fuyant. Ces stratégies répondent donc à un besoin et ont des objectifs différents selon la nécessité et les individus.

L’objectif peut être l’inclusion dans un groupe, la recherche de reconnaissance, le besoin d’opulence, la séduction… et les moyens mis en œuvre peuvent être cognitifs ou gestuels.

Plus globalement, dans toute interaction avec un ou des autres individus, il y a un dialogue vocal qui se crée dans notre tête qui va nous permettre d’intégrer les informations liées à l’environnement et à la personne, de les interpréter et de réaliser le passage à l’acte.

Ce dialogue vocal est appelé la mimésis vocale, elle fait partie intégrante du discours et concerne chacun d’entre nous. Nous entendons tous des voix dans notre tête et ce n’est pas pathologique pour autant que nous ne perdions pas pieds avec la réalité. « Dans le concert des voix orchestrées dans le langage (Perrin 2006) d’où émane le sens, les voix que tout énoncé rencontre inévitablement dans son processus de production ne sont pas que des métaphores des discours autres, ces voix ont également une consistance matérielle » (Barkat-Defradas, Dufour, 2007). C’est ce que Demers (2003) appelle la « voix sociale. » Elle a comme caractéristiques la voix physiologique en tant que tel, mais aussi la hauteur de voix, la modulation, l’intensité, le timbre et chacun de ces éléments apportent des informations quant au genre, à l’appartenance sociale, à la culture, l’origine géographique… la voix constitue notre identité sociale et identifie notre endogroupe.

Quel rapport avec une quelconque stratégie ?

Avec un dialogue vocal, être conscient de cette mimésis vocale intérieure nous permet de moduler notre voix, notre façon de parler, notre façon d’être tel que nous voulons être perçus, reconnus.

Une mère interagit avec son bébé, ses enfants, en adoptant une voix enfantine, maternelle. Un parent va recadrer son enfant en prenant une voix affirmée, sèche, lorsqu’on veut amadouer l’autre... Ainsi, nous adoptons certains éléments phoniques marqués à des fins de soumission, de dominance ou de marquage identitaire.

Quelques exemples de stratégies comportementales vocales ?

L’imitation est un bon exemple de mimésis vocale dans la mesure où l’imitateur intègre toutes les caractéristiques de la personne qu’il souhaite imiter. Il se crée alors un dialogue intérieur en amont de l’imitation proprement dite. Dans cette production parodique, il est facile de discerner les deux voix différentes.

L’échoïsation ou convergence vocale qui correspond à l’alignement progressif des éléments vocaux au cours d’une conversation (théorie d’accommodation communicative, Giles & Coupland 1991). « Dans une étude s’intéressant à ce phénomène au niveau segmental (consonnes et voyelles) et supra-segmental (prosodie et intonation), Pardo (2006) observe que la similarité phonétique augmente au fur et à mesure du déroulement des interactions. » Cet effet s’observe également dans un groupe ou, plus ou moins consciemment, une et/ou plusieurs personnes vont adapter leur façon de parler en fonction de celle du groupe dominant à des fins d’inclusion (Labov, 1966). « La parole du locuteur socialement inférieur va s’adapter à celle du locuteur socialement supérieur » (Gregory et al. 2001 : 39). J’ai, à titre personnel, très souvent constaté ce phénomène à l’école (collège, lycée), où certaines personnes désireuses d’appartenir à un clan plus affirmé, se sont mises à parler de la même façon, c’est-à-dire avec un accent de banlieue qu’ils n’avaient évidemment pas à l’origine.

« En 1992, Smith a mis en évidence que les femmes japonaises en position d’autorité troquent leur voix naturelle pour une voix sociale claquée sur le modèle masculin. »

Quelles en sont les limites ?

L’effet négatif est la limitation de la créativité, de l’innovation et de la diversité. Cette stratégie peut renforcer les écarts (rétroaction positive en cybernétique).

Imitation 

Sources :

IRASD / SSARI « Institut de recherche en architecture de société durable / Sustainable Society Architecture Research Institute (wordpress.com)

Smith, J. S. – 1992, « women in charge: politeness and directives in the speech of Japanese women”, Language and Society, vol. 21, 59-82.

M. Barkat-Defradas, F. Dufour – 2007, “la mimésis vocale : un phénomène dialogique ? », Cahiers de praxématique [En ligne], 49, document 2 – DOI : 10.4000/praxématique.934

 

Pourquoi le passage à l'acte délictueux ?

Le 21/02/2023

"L'avenir n'est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire." Henri Bergson, philosophe français (1859-1941).

Les statistiques de l’insécurité et de la délinquance en France pour 2022 (vs 2021) viennent d’être publiées, et elles ne sont pas bonnes (source : Insécurité et délinquance : les premiers chiffres 2022 | vie-publique.fr) :

  • Coups et blessures volontaires sur personnes de 15 ans ou plus : +15%
  • Vols sans violence contre des personnes : +14%
  • Usage de stupéfiants : +13%
  • Violences sexuelles : +11%

J’ai précédemment abordé l’importance de l’environnement et de l’éducation parentale. La préoccupation parentale n’est jamais mise sur le devant de la scène depuis Dolto et son “enfant est un sujet à part entière.” Malheureusement, les parents post 1968 ont gardé ce qui les arrangeait dans la théorie novatrice de Dolto. Ils ont omis la partie “l’enfant est un être en construction, mais qui ne peut pas se développer sans l’éducation des adultes - donc sans leur autorité” mais ont gardé la partie “enfant roi.” 

Ce qui vaut pour les parents post 1968 vaut également pour les familles qui ont un fonctionnement de type clanique. “Le projet parental a une importance majeure pour la construction du destin d’un enfant. Il passe par une attention prêtée aux devoirs et aux résultats scolaires même si les parents n’ont pas pu faire d’étude (Rapport Dr M. Berger, 2021).” Ce défaut éducatif va avoir des conséquences importantes sur le développement psychologique de l’enfant. Absence d’empathie, construction d’un monde où il se voit omnipotent, pauvreté imaginaire, insensibilité, impulsivité, absence de sens critique.

Dans l’analyse comportementale, cet aspect environnemental est très important à analyser parce que c’est dans la petite enfance que se construit le faux-self (faux-soi). Selon D. Winnicott, le vrai self désigne l’image que le sujet se fait de lui-même et qui correspond effectivement à ce qu’il est et perçoit à travers une réaction adaptée.

Le faux-self désigne une instance psychologique et comportementale qui se sont constituées pour s’adapter à une situation plus ou moins contraignante. L’image de soi est alors défensive et fonction des réactions inadaptées de l’environnement. 

Observer un groupe d’individus c’est prendre de la hauteur sur la situation, sur les interactions mais sans faire de focus sur une seule personne. 

Axer son observation sur une personne serait une erreur car l’acte intentionnel n’est qu’une partie du comportement, ce n’est pas la cause. Il est donc nécessaire d’analyser l’environnement, le contexte pour apprendre à prévoir les comportements sur la base des informations que fournit le contexte et non pas seulement à partir de l’intention inférée des individus. C’est ce que fait d’ailleurs, de façon inconsciente, chaque membre d’un même groupe d’individus. Il analyse l’interaction au regard des règles sociales induites de ce même groupe de façon à prévoir à très court terme le prochain mouvement, la prochaine parole, le prochain geste, la prochaine réaction…

Une interaction ne se résume pas à un échange d’actions et de réactions entre deux ou plusieurs personnes, c’est aussi un moment d’échange de règles sociales et chacun vient avec les règles qu’il a apprises, avec toutes les différences que cela induit également (culturelles, statut socio-économique, familiales…). Ce moment d’échange revêt un aspect subliminal et seule l’information de faits nouveaux fait l’objet d’un processus autoréflexif.

Si nous identifions les conditions du passage à l’acte en général et criminel en particulier, il est alors possible de recenser les faisceaux d’éléments qui doivent nous alerter sur la probabilité d’un passage à l’acte délictueux.

Le passage à l’acte est la partie visible de l'iceberg de par sa soudaineté. C'est un long cheminement quotidien, souvent inconscient du criminel, et d’une conjonction de circonstances qui, mises bout à bout, aboutissent à un acte délictuel. « Le crime est la réponse d’une personnalité à une situation ». Égocentrisme, labilité, agressivité, indifférence affective, tels sont les quatre caractères fondamentaux de la personnalité qui sous-tendent le passage à l’acte (Pinatel).

Les criminologues font une distinction entre le « milieu du développement », qui influence la formation et l’évolution de la personnalité (la famille, les groupes sociaux, etc.) et le « milieu du fait », c’est-à-dire les situations dans lesquelles est placé le délinquant au moment de son crime. Ce "milieu du fait " est un facteur important dans le déclenchement du passage à l’acte.

Le processus qui conduit à l’accomplissement de l’acte comporte 4 phases (De Greef): 

  • la phase de l’assentiment inefficace, 
  • la phase de l’assentiment formulé, 
  • la phase de la crise, 
  • la phase du dénouement. 

"L’étape initiale de l’assentiment inefficace est l’aboutissement d’un lent travail inconscient. Une occasion quelconque révèle au sujet « un état souterrain préexistant » : un rêve, la lecture d’un fait divers, une conversation, un film ou toute autre circonstance lui fait entrevoir par une sorte d’association d’idées ce que, sans le savoir encore clairement, il souhaitait vaguement depuis quelque temps, par exemple la disparition de son conjoint, dont il est las. Il accepte alors l’idée de cette disparition possible. Mais la mort de son conjoint est représentée dans son esprit comme un phénomène objectif dans lequel il ne prend personnellement aucune part. (...) Il imagine qu’elle puisse résulter de la nature des choses, d’un accident de la route, d’une maladie, d’un cataclysme, d’un suicide... Mais il envisage cette possibilité sans déplaisir : acquiescement encore inefficace, puisque le sujet ne se représente pas encore en tant qu’auteur de ce drame. Dans la plupart des cas, la velléité homicide très indirecte et très détournée s’arrête là, car l’équilibre est vite rétabli par une réaction morale. Mais quelquefois cela va plus loin. 

L’assentiment devient ensuite un acquiescement formulé. Tout en continuant à s’efforcer de penser que la disparition pourra s’accomplir sans son concours, le sujet commence à se mettre lui-même en scène en tant qu’adjuvant de l’œuvre destructrice. Mais la progression de cette idée passe par des hauts et des bas. Le travail de dévalorisation de la victime alterne avec l’examen des inconvénients du crime. A ce stade, « un rien peut faire accomplir un bond prodigieux en avant ou susciter une fuite éperdue ». Le crime peut même survenir prématurément au cours de cette période, alors que la préparation du criminel n’est pas complète ou qu’il n’a pas eu le temps ou la hardiesse « de se regarder lui-même ». Une ivresse, une discussion, un événement hors série, une occasion exceptionnelle offerte par le hasard précipitent les choses. C’est ici que pourront se situer des actes mal exécutés ou dont l’éclosion apparemment soudaine trompera la justice sur leur véritable signification (De Greef). Mais, souvent, le dénouement est précédé d’une crise.

La crise est le signe que l’homme « marche à reculons » vers un acte aussi avilissant qu’un crime. Il ne s’y détermine qu’après une véritable agonie morale. Il faut qu’il se mette d’accord avec lui-même, qu’il légitime son acte. Plus il est « stabilisé dans des pratiques morales lui enjoignant la réprobation d’un tel acte, et plus il lui faudra de temps pour s’adapter à cette déchéance ». Quelques criminels cependant, pour surmonter cette pénible crise, s’imposent à eux-mêmes un processus avilissant « en se créant une personnalité pour que le crime ne soit plus une chose grave et tabou ».

Après le dénouement, on constate généralement un changement d’attitude. Le délinquant, qui se trouvait auparavant dans un état d’émotivité anormale, va manifester, selon les cas, un soulagement, des regrets, de la joie ou de l’indifférence. « Toute la personnalité du criminel se trouve condensée à ce moment-là. »

La réaction d’indifférence ou de désengagement se rencontre chez les criminels qui, ayant longuement vécu la préparation psychologique de leur acte, considèrent le résultat comme une conclusion logique de leur projet. Ils ont fait ce qu’ils voulaient accomplir et ils n’éprouvent pas le besoin de dramatiser davantage. 

Pour aller plus loin : https://www.lesswrong.com/posts/CYN7swrefEss4e3Qe/childhoods-of-exceptional-people

Angelo Hesnard, Psychologie du Crime, La bibliothèque des introuvables, 2003.

Crédit photo : Depositphoto

Sang
 

Qui est l'auteur de violences conjugales ?

Le 14/01/2023

Immature, égocentré, paranoïaque, mégalomaniaque, instable, agressif, dysharmonie du caractère, jaloux, peur de l’abandon, conduites addictives, enfance dans un foyer insécure, tel est le profil de l’auteur de violences conjugales.

Vendredi, aux alentours de 18 heures, la gérante d’un bar a été tuée de trois coups de feu, à deux pas des Champs-Elysées. Samedi, le site du « Parisien » a confirmé que son compagnon avait été arrêté par la brigade anticriminalité (BAC). Les officiers de la BAC étaient en effet en patrouille avenue de la Grande-Armée, à Paris, lorsqu’ils ont vu un homme sortir du bar-restaurant L’aiglon avec une arme à feu. La femme de 41 ans assassinée quelques secondes avant était en fait la compagne de l’homme. Selon le site du « Parisien », l’homme de 45 ans était sous l’effet de l’alcool lorsqu’il a été arrêté, et il répétait sans arrêt qu’il avait tué sa femme. « La gérante a été prise pour cible alors qu'elle se trouvait derrière le comptoir de son établissement. L'auteur présumé des faits n'a pas opposé de résistance au moment de son interpellation », a confirmé Christophe Crépin, porte-parole du syndicat de police Unsa. 

La gérante de ce bar était une femme sympathique, toujours disponible et qui bossait dur »,  a témoigné auprès du « Parisien » une commerçante de l'avenue de la Grande-Armée. La victime était une mère de famille : elle avait quatre enfants, dont plusieurs en bas âge. La fleuriste a par ailleurs affirmé que la gérante du bar était « en instance de séparation et que son divorce s’annonçait difficile ».  D’après le quotidien, le compagnon de la victime était connu des services de police pour « violences conjugales ». (source : Laura Boudoux, www.elle.fr)

Statistiques des féminicides en France en 2022 (source : www.feminicides.fr)

  • par (ex)compagnons : 110 (+16 tiers dont 10 enfants)

* 94 tuées chez elles, 15 ailleurs, 1 non connue

* 58 en contexte de séparation et/ou de violences connues (peu renseigné)

* 69 étaient mères (dont 6 tuées avec leurs enfants) + 2 enceintes (5 mois et 8 mois)

  • pas toujours renseigné

* 143 orphelins dont 38 témoins (34 présence, 4 découverte).

* 31 suicides du tueur + 12 tentatives + 2 en fuite

  • par compagne : 0 (0 suicide, 0 tentative)
  • par non conjugaux : 12 (dont 4 relations avec le tueur non renseignées, dont 0 personne trans,  dont 1 féminicide prostitutionnel)

Selon une étude menée sur 558 articles, se rapportant à 337 crimes, ont été collectés et analysés, il ressort que 263 ont été commis par des hommes (78%) et 74 par des femmes. Ces crimes ont fait 458 victimes, dont 295 femmes, 149 hommes, 14 enfants. (source : “Psychosociologie du crime passionnel”, Houel, Mercader, Sobota, puf 2008)

Le rapport Coutanceau (source : VIOLENCES CONJUGALES (haut-conseil-egalite.gouv.fr) annonce qu’une femme tous les quatre jours et un homme tous les seize jours, en France, meurent victimes de leur conjoint et/ou à la suite de violences conjugales. Ce même rapport précise que la moitié de ces femmes subissent déjà des violences, qu’un décès sur dix résulte de coups portés sans intention de donner la mort, mais que là encore la violence préexistait dans deux cas sur trois. 

A l’inverse, un homme meurt tous les seize jours et, dans la moitié des ces cas, la femme auteur de l’acte subissait des violences de sa part.

“Les modèles sociétaux, politiques, régissant les relations entre hommes et femmes sont intimement mêlés au sexual. Dans notre développement en tant qu’individu, nous sommes obligés de composer avec trois éléments à la fois : 

  • une différence des sexes réelle, à laquelle, dans les années les plus fondamentales de la construction de notre psyché, nous ne comprenons pas grand-chose, que nous interprétons en fonction de perceptions incomplètes et colorées par les mouvements affectifs qui nous traversent,
  • l’interprétation politique de cette différence, inscrite dans les institutions, les discours et les pratiques de l’univers social où nous baignons et qui l’investit affectivement et sexuellement,
  • et enfin la place que nos parents, dès leur enfance, nous ont préparée dans leur monde inconscient, sur la base de la façon dont eux-mêmes ont été exposés à la différence anatomique et à la distinction politique. 

Le point nodal de ces processus est donc la famille : c’est là que nous intériorisons et actualisons les normes sociales qui régissent notre vie intime.”

Les psychiatres experts concluent assez systématiquement à la pathologie du narcissisme, sans démence au moment des faits. De façon générale, la comparaison entre le criminel passionnel et le tueur sexuel s’arrête sur la problématique de l’objet ; le ou la criminel(le) passionnel(le) a un objet, est en relation avec lui, avec celui qui est tué ; le pervers n’a pas cette reconnaissance de l’altérité, son acte étant tout entier négation de l’autre.

On retrouve très fréquemment une association d’emprise, d’autoritarisme rigide souvent, et de négligence, d’abandon, voire de maltraitances graves, qui peut effectivement conduire l’enfant ou l’adolescente à craindre pour sa vie physique et entraver gravement sa vie psychique. Ce sont des familles où l’on ne se parle pas.

Les capacités de symbolisation sont marquées par la socialisation sexuée du côté des hommes et mise à mal par la nécessité dans laquelle ils sont d’obéir aux canons de la virilité. Impossible accès à la culture, autoritarisme, vécu de danger qu’entraîne l’exposition aux violences paternelles subies notamment par la mère (mais aussi par l’enfant), la place donnée au travail qui vient comme colmater le déficit d’expression des affects, la relégation des femmes à la sphère domestique. 

Avoir une femme, au sens le plus cru de l’appropriation, est le seul accès à une identité virile, et  plus profondément à un sentiment d’existence : posséder “sa” femme est une question de vie ou de mort. Côté homme, c’est l’attachement extrême aux valeurs traditionnelles comme un mouvement défensif lié à l’angoisse de castration. La virilité mascarade peut se dévoyer en machisme, c’est à dire la terreur d’être assimilé à une femme, puisque le féminin ne peut être entendu que comme l’équivalent de “châtré”. 

L’abandon associé à l’impensable de la séparation constitue le noyau central du processus à l'œuvre dans cette criminalité passionnelle. La perspective d’une rupture est synonyme d’anéantissement. Ce qui est menaçant, c’est l’objet prenant existence, du fait même du risque de le perdre. 

Feminicides 2022

 

Les 4 phases de la tendance

Le 24/12/2022

Franz BRENTANO, philosophe et psychologue autrichien (fin XIXème, début XXème), est connu pour avoir développé le concept d’intentionnalité. Parmi ses élèves, nous retrouvons notamment Husserl, le père de la phénoménologie, rien de moins… Brentano  avait mis au cœur de son programme philosophique une théorie des quatre phases de l’histoire de la philosophie.

Cette théorie prend son point de départ dans l’observation de certaines régularités dans le cours de l’histoire de la philosophie et elle repose sur l’hypothèse que l’on peut identifier, au sein de chacune des trois grandes périodes de son histoire, c’est-à-dire l’Antiquité, le Moyen Age et la Modernité, quatre phases ou moments, la première étant ascendante, et les trois trois dernières marquant son déclin” (D. Fisette).

Ce qui est intéressant avec cette théorie est qu’elle peut également expliquer et mettre en lumière l’évolution d’une tendance. Qu’elle soit vestimentaire, capillaire, verbale ou comportementale, les quatre phases expliquent le chemin parcouru de l’ascension jusqu’à son remplacement par une autre tendance. Je dis “tendance”, mais ces phases fonctionnent avec à peu près tout, y compris les stratégies comportementales basées sur les émotions et sur les comportements qu’il est de bon ton d’adopter lorsque tel sujet est abordé (social, politique, religieux, économique, humanitaire…).

L’ascendance

Au départ, l’intérêt pour une coupe de cheveux, une façon de marcher, de parler et de s’habiller naît au sein d’un groupe identitaire. 

Ce fut le cas pour la grosse moustache chez les homosexuels des 80’s, des blousons anglais “harrington” avec polo Fred Perry chez les skinheads, la démarche des rappeurs et le pan de pantalon remonté sur le mollet, la coupe de cheveux de Presnel Kimpembé… et je ne parle pas des tics de langage (“wesh”, “du coup”...) mais c’est encore plus prégnant avec la mode du tatouage.

Chacun de ces tics, chacune de ces tendances est née au sein d’une tribu, d’un groupe spécifique, identitaire puis ont été repris et démocratisés chez les tout-venants.

L’affaiblissement

L’intérêt pour le tic, la tendance, s’affaiblit au sein du groupe identitaire qui va se mettre à la recherche inconsciemment d’un autre signe distinctif. Lorsque le groupe voit que ses signes distinctifs sont un peu trop généralisés, la nécessité de se réaffirmer et de se reconnaître revient.

Évidemment, le précédent tic a été remarqué par le plus grand nombre, démocratisé, d’où une perte de rigueur et de précision quant à sa réelle définition, sa mise en pratique, sa spécificité. Il a perdu de sa substantifique moelle, comme un mot qui sonne creux, vide de sens.

Le tic est tombé dans le tout-venant par l’intermédiaire des réseaux sociaux, les influenceurs (le paroxysme du vide, je ris pardon, peu sont divertissants mais ceux-là s'inscrivent justement dans une démarche de création) et autres manifestations propres à chaque groupe.

La construction de dogmes

C’est à dire une proposition théorique établie comme une vérité indiscutable, autoritaire et normative, par l’autorité qui régit une certaine communauté ou groupe. Le tout-venant s’accapare ces tendances, ces tics et leurs inventent une nouvelle légitimité et paternité. Il spolie en quelque sorte le groupe initial. Chacun peut revendiquer d’être à l’origine du tic, de la tendance.

La dégénérescence

C'est-à-dire la perte des qualités intrinsèques et naturelles des caractéristiques initiales. L’intérêt tombe en désuétude pour le tout-venant qui cherche une autre façon d’exister, de se démarquer, de combler les vides de sa propre existence en reprenant à son compte d’autres expressions, d’autres coupes de cheveux qu’un authentique créatif aura lui, fait naître.

Voilà les quatre phases qui fonctionnent avec TOUTES les tendances dans la plus stricte tradition mercantile, c’est du business pour ceux qui surfent sur la vague ; c’est du social pour ceux qui s’y reconnaissent réellement. Le truc encore plus sophistiqué, mais les marques de cosmétique, de prêt à porter (entre autres) l’ont déjà bien compris, c’est de créer une pseudo-valeur identitaire autour de leur propre marque ou d’une tendance. 

Si vous avez un ardent désir de vous reconnaître une identité, c’est légitime, essayez déjà de connaître vos valeurs propres. Il y a un effort d’introspection à faire. 

Ensuite il est possible de rechercher quel groupe a en commun vos valeurs. Mon opinion est que trop souvent les individus cèdent à la facilité et ne cherchent pas à se connaître. Ils épousent donc un tic qui semble plaire au plus grand nombre et qu’en soi, ce doit être bon pour eux, pour leur ego… ce sont en réalité de faux-semblants ou biais de conformité.

Mais ce n'est que mon opinion ;-)  

 Point commun

 

Que cache la barbe ?

Le 13/10/2022

Voici quelques idées préconçues à propos de la barbe sur lesquelles je ne vais absolument pas m'appesantir tellement ça n’a aucun intérêt - hormis celui de rechercher du clic :

- la barbe ça fait sale (je nettoie la mienne chaque jour avec un shampoing dédié…),

- la barbe ça n’est pas présentable (vous auriez dû me voir à mon mariage…),

- la barbe ça fait peur (quelle mauvaise expérience avez-vous eu avec un barbu ?),

- la barbe c’est incompatible avec le travail (peignée elle passe très bien),

- la barbe ça prend du temps à entretenir (le temps est une donnée relative),

- la barbe ça n’attire pas (l’attirance ne se commande pas).

 

Ce qui est plus intéressant en revanche, c’est d’analyser les aspects plus sociaux, psycho et psycho évo !

Pour ce qui est de son rôle social, la barbe est essentiellement un élément fort d’inclusion, c'est-à-dire du désir d’appartenance à un groupe, à une communauté.

Si le groupe de référence auquel je souhaite appartenir et m’identifier se différencie par le port de la barbe, je vais vouloir également la porter pour être reconnu et intégré à ce groupe. Je vais personnifier ce groupe, j’en serai un digne représentant et mes valeurs seront alors visibles au premier coup d'œil.

Par exemple, les beatniks (seconde moitié des années 1960) étaient des jeunes anticonformistes qui s’opposaient au pouvoir bourgeois de l’époque et à la société de consommation. Le port de la barbe était un élément de révolte.

Un peu plus tard, les hippies (1970) qui s’opposaient également à la société de consommation, prônant la liberté des mœurs et la non-violence, portaient des barbes bien fournies. L’image de la marguerite dans la barbe s’impose à votre cerveau.

Je peux évoquer également la mode hipster qui reprend des codes vestimentaires des années 30/40, anticonformistes (a priori) également, les hipsters ont démocratisé sérieusement le port de la barbe sous toutes ses formes. Là où dans les années 90 la barbe était mal perçue, sournoise, l’adopter devient alors très tendance et c’est encore le cas aujourd’hui. C’est la cool attitude. 

Enfin, le port de barbe concerne également les communautés religieuses. Quelque soit les religions, les différents styles de barbes portés donnent des indications sur la tendance adoptée. Si je suis simple sympathisant, ma barbe pourra être moins fournie que si j’étais rigoriste voire ultra conservateur.

Donc si nous raisonnons par rapport à l’impact que nous souhaitons avoir auprès des autres, d’un groupe, le port de barbe est un indicateur important et fiable d’inclusion et d’appartenance.

 

Maintenant, la barbe (fournie ou non) cache une bonne partie du visage et en particulier la bouche. La bouche est très importante pour communiquer des intentions, même si la personne ne parle pas. Elle s’étire, se crispe, ses lèvres rentrent dans la bouche, se mordillent, s’entrouvrent… Elle nous en dit long. 

Porter la barbe sert à cacher au premier abord des intentions. Je dis au premier abord car pour les plus téméraires ou les plus curieux, l’obstacle de la barbe passé, l’échange peut s’avérer très fructueux, plaisant, amusant… la barbe sert à faire un tri a priori des personnes qui ne nous semblent sans intérêts. 

Ainsi, la barbe sert à cacher une énergie psychologique que la personne qui la porte n’assume pas réellement mais qui représente une valeur importante ou au contraire qui souhaite l’amplifier.

Par exemple, si je suis une personne très timide mais que physiquement je suis athlétique, pour équilibrer mon état d’esprit et ce que mon corps renvoie comme image, la barbe peut être un bon moyen pour moi, une aide, pour me sentir plus assuré.

A contrario, si je suis doté d’un caractère assertif mais que je suis une personne physiquement frêle ou en surpoids, la barbe peut être un moyen pour me doter d’une image plus représentative de mon caractère.

Ce ne sont que des exemples et tous les cas sont imaginables bien entendu.

 

En psychologie évolutionniste, la barbe est un caractère sexuel secondaire jouant un rôle majeur dans la compétition sexuelle (intra et inter).

“La sélection sexuelle est reconnue pour opérer principalement de deux façons. D’une part, avec la sélection intersexuelle, les femelles et les mâles cherchent le partenaire aux attributs les plus attirants. Cet attribut peut être physique (la queue du paon) ou comportemental (les danses nuptiales). 

Et d’autre part, la sélection intrasexuelle qui favorise une compétition entre les individus de même sexe. Ce sont par exemple les mâles qui vont se battre entre eux pour l’obtention d’une femelle. C’est aussi les hiérarchies de dominance qui s’établissent chez plusieurs espèces et qui donnent un accès prioritaire aux individus du sexe opposé.”

 

En conclusion, le port de la barbe est un outil d’aide pour améliorer, renforcer, notre posture, notre assurance, notre charisme, notre inclusion mais elle sert également à véhiculer des valeurs et à attirer la gente féminine (Capsule outil: La sélection sexuelle et la théorie de l’investissement parental (mcgill.ca).

 

Barbu

 

La pyramide de l'esprit critique

Le 19/09/2022

 

A plus d’un titre, il est intéressant d’identifier le profil d’une personne, de savoir comment elle fonctionne. Est-elle active ? Est-elle réfléchie ? A-t-elle confiance en elle ? Est-t-elle créative, sociale, dominante ou analytique ? Quelles sont ses forces et ses limites et ainsi ajuster sa communication et faire en sorte que la personne puisse donner le meilleur d’elle-même que ce soit en individuel ou au sein d’une équipe.

Identifier comment une personne fonctionne cognitivement peut permettre également de connaître son degré de compétence en termes d’esprit critique.

Pour le Larousse, l’esprit critique se définit comme étant une méthode qui a pour objet de discerner les qualités et les défauts d’une œuvre, la valeur, l’exactitude ou l’authenticité d’un texte, d’une déclaration, d’un fait, etc…

Avoir cette compétence permet de s’extraire de tous les complots faciles, d’être factuel, pragmatique et de ne pas être dans la réaction. A coup sûr, notre décision est biaisée par nos croyances, nos projections et encore plus par les innombrables biais cognitifs qui existent.

Pour y voir plus clair, John A. List (Université de Chicago et économiste américain spécialiste d’économie expérimentale, chercheur associé au National Bureau of Economic Research) a créé une classification très simple mais logique inspirée de la pyramide de Maslow.

Cette classification aide clairement à structurer notre analyse et la voici :  

Au 4ème degré, le plus abouti, les grands penseurs : des penseurs de haut niveau qui comprennent et corrigent leurs propres préjugés et lacunes ainsi que ceux des autres ; l’égocentrisme est complètement mis à l’écart et ils ont une théorie de l’esprit supérieure ; ils réexaminent constamment les hypothèses de pensées et de méthodes pour détecter les faiblesses de la logique ou les préjugés ; ils ne se soucient pas et ils apprécient même la confrontation intellectuelle parce qu’ils sont leur pire critique.

Au 3ème degré, les penseurs habiles : ils commencent à remettre en question de manière critique ; ils comprennent que leur propre pensée a des angles morts et développent des compétences pour y remédier ; ils mettent la plupart de l’égocentrisme sur la touche ; ils comprennent la causalité et divers biais cognitifs et essayent de les éviter ; comprennent la théorie de l’esprit mais ils font quelques erreurs dans son application et ils cherchent à améliorer leur propre théorie de l’esprit.

Au 2nd degré, les penseurs néophytes : ils comprennent l’importance de la pensée mais ils remettent en question les incohérences les plus évidentes ; ils commencent à apprécier la valeur de l’empirisme mais confondent souvent corrélation et causalité ; ils restent largement égocentriques, sujets à divers biais de recherche et de pensée, ils ont peu ou pas de théorie de l’esprit.

Au 1er degré, les penseurs modal : ils font des choix et ils ont des opinions basés sur des idées préconçues, des préjugés, non basés sur la raison ou des faits. Les préjugés et leurs croyances imprègnent leurs recherches (biais du statu quo, biais de confirmation…) car ils acceptent volontiers ce qui est conforme à leurs idées fausses sans poser de questions. 

Mais comment passer d’un état mental à un autre ? Pour certain(e) ça ne se fera jamais parce qu’il faut une bonne dose de remise en question et avoir un ego bien placé. 

Pour les autres, il est nécessaire de procéder de manière “scientifique”.

Kahneman décrit dans son livre “Thinking fast and slow” l’importance de prendre le temps de penser. Nous évitons ainsi les nombreux biais cognitifs qui se glissent dans nos prises de décisions.

John A. List a créé une formation dans laquelle il a listé 6 principes de bases à appliquer pour privilégier une pensée plus efficiente. Il dispense ces principes à ses étudiants afin qu’ils développent leur esprit critique :

  1. Énoncer, expliquer et clarifier la ou les questions,
  2. Réfléchir à la ou aux questions à partir de plusieurs points de vue, en exprimant leurs propres a priori et en utilisant la pensée logique,
  3. Rassembler, organiser, assimiler des informations et des données,
  4. Identifier les hypothèses, les lacunes et les implications du processus de génération de données,
  5. Mettre à jour les priorités et considérer comment les différents points de vue des autres pourraient changer,
  6. Expliquer et appliquer ce qu’ils apprennent, en reliant ce qu’ils viennent d’apprendre à d’autres concepts et/ou à leur vie quotidienne.

Pour info, la théorie de l’esprit est la capacité cognitive qui permet de se représenter les états mentaux d’autres personnes et d’utiliser ces représentations afin d’expliquer ou de prédire leurs comportements. L’émotion n’entre pas en jeu, sinon ce serait de l’empathie.

 

Critical thinking hierarchy

Source : “Enhancing Critical Thinking Skill Formation : Getting Fast Thinkers to Slow Down”, John A. List, 2021.

 

Jeffrey Dahmer : la recherche pathologique de contrôle

Le 19/08/2022

Jeffrey Dahmer - "le cannibale de Milwaukee" - est l’un des pires serial killers de l’histoire des États-Unis. Il a avoué avoir assassiné 17 jeunes hommes entre 1978 et 1991. Arrêté en 1991, puis condamné à 957 ans de prison, Dahmer a été assassiné dans sa cellule en 1994.

Issu d’une famille bourgeoise, évoluant dans un environnement aseptisé, Dahmer a déménagé à sept ans pour la ville de Bath Township (Ohio). Sa mère était névrosée et toujours énervée. Son père était pharmacien et passait beaucoup de temps à son travail. Aucun d’entre eux ne s’occupaient réellement de lui, ce qui l’a poussé à avoir des jeux solitaires et des “amis imaginaires”. Ses camarades d’école avaient peur de lui. 

C’était un élève intelligent, brillant mais il agissait de façon impulsive. Vers l’âge de huit, la peur des autres et le manque de confiance en lui ont commencé à le perturber suffisamment pour qu’il ne veuille plus aller à l’école. Vers l’âge de 10 ans, son intérêt se porte sur les animaux morts. A 13 ans, il découvre son homosexualité. Sa vie fantasmatique se développe, s’enrichit et prend une tournure pathologique. Dahmer avait un frère plus jeune que lui, David, qui fut l’enjeu du divorce de ses parents, chacun s’en disputant la garde sans se préoccuper de Jeffrey (1978). Sa mère quitta le foyer avec David.

Dahmer a fait face à plusieurs situations potentiellement traumatisantes dans son enfance. L’une d’elles a été son opération d’une double hernie, alors qu’il avait 4 ans. Il était terrifié que son pénis ait été sectionné. 

Jeffrey Dahmer : “(...) I wanted to have the person under my complete control.

Dans cette interview, Dahmer évoque sa volonté de contrôle total sur l’autre. Au moment où il dit cela, il effectue un retrait de sa tête comme pour l’éloigner de ses propres propos. Ce geste traduit une volonté qu’il sait ne pouvoir satisfaire, qui lui échappe, donc qui est hors de contrôle et qui est du ressort psychologique de la pulsion.

Il y a trois principes à la pulsion : un principe de recherche de plaisir (et donc évitement de déplaisir) alors que ce plaisir est toujours satisfait dans le ventre de la mère. Un principe de réalité qui nécessite de s’ajuster au monde extérieur. Il s’agit donc de satisfaire cette pulsion par des voies détournées. Enfin, un principe de constance dans le sens où l’appareil psychique réduit toute excitation au seuil minima (homéostasie), ce qui entraîne par conséquent un passage à l’acte quel qu’il soit. Ce passage à l’acte est ainsi une décharge d’énergie qui va faire baisser la tension psychologique qui vient de l’intérieur de notre organisme (excitation endogène). 

L’interviewer : “d’où vient ce besoin de contrôle ?
Jeffrey Dahmer : “je sentais n’avoir aucun contrôle quand j’étais enfant ou adolescent et ça s’est mélangé à ma sexualité et j’ai fini par faire ce que je faisais, c’était ma façon de me sentir en contrôle total, au moins dans ce cas-là, en créant mon propre monde dans lequel j’avais le dernier mot.

Cette réponse illustre parfaitement son besoin irrépressible du passage à l’acte, sa motivation. Il aurait pu faire du sport qui, par la technicité nécessaire le mette en confiance et ainsi lui faire apprécier qu’il pouvait avoir un contrôle sur un acte. Cependant, Dahmer n’a pas bénéficié d’une attention sécurisante de la part de ses parents, sa mère en particulier à qui revient en tout premier lieu la mise en sécurité et le réconfort de l’enfant.

Au cours de l’interview, Dahmer évoque à plusieurs reprises ce désir de contrôle et systématiquement, ses propos se terminent par une bouche en huître. C'est-à-dire que ses lèvres sont rentrées dans sa bouche illustrant une volonté de garder ses propos pour lui. 
Cette bouche en huître et la façon dont son regard se défocalise consciemment de la relation, c’est-à-dire qu’il y a une rupture volontaire du lien avec l’autre, montrent qu’il se replonge dans ses souvenirs, dans ses actes et qu’il trie/choisit ses mots parce qu’il en a conscience.

0:15 - Bouche en huître lorsqu’il évoque son premier meurtre en 1978 : “j’ai eu l’impression de contrôler ma vie.
0:33 - Position du buste sur la chaise dans une position de fuite (buste en arrière et penché sur sa gauche). Dahmer fait encore une bouche en huître à l’évocation de son second meurtre en 1984.
2:13 - Dahmer se mord la lèvre inférieure après avoir dit “j’avais l’impression que c’était incontrôlable.” 
2:50 - “(...) Leur ethnie n’avait aucune importance, seule leur beauté comptait” dit-il en terminant à nouveau par une bouche en huître.

Lors de l’interview, Dahmer s’exprime essentiellement de sa main gauche, ce qui traduit une certaine spontanéité, une réactivité qui confirme qu’il ne sait pas se contrôler :

0:41 - Dahmer s’exprime avec sa main gauche tandis que sa main droite est simplement posée sur son genou, tenant un gobelet.
1:38 - Micro démangeaison avec son pouce gauche qui vient gratter sa narine droite. Le bras gauche vient donc en travers de son corps, c’est une forme de protection inconsciente. Le fait qu’il ait cette micro démangeaison montre que quelque chose le gêne soit chez son interviewer, soit dans le fait qu’il doive aborder certains évènements et ainsi se dévoiler.
2:23 - Sa main gauche s’active lorsqu’il évoque la place du sexe dans ses passages à l’acte. Ses doigts sont tendus, dressés, bien écartés les uns des autres. Il y a une certaine tension dans ce geste, une tension qui peut aussi s’apparenter à de l’excitation. 

Immaturité sexuelle, sexualité perverse, frustration, passivité, la solitude, la peur de ne pas être acceptée par un monde hostile et un mélange de détachement émotionnel sont rencontrés dans la psychopathologie de la personnalité d'un tueur en série. 
Souvent, comme dans le cas de Jeffrey Dahmer, son ambivalence quant à sa propre sexualité confuse et ses sentiments de rejet provoquent un comportement sexuel sadique, compulsif et destructeur de l'objet de son attention pseudo-sexuelle, la source détestable de son attirance et de son besoin de pouvoir et de contrôle. 

Jeffrey Dahmer était un solitaire dans son enfance, grandissant dans une famille «dysfonctionnelle » en raison de fréquentes disputes entre sa mère et son père conduisant à
sentiments hostiles envers eux. Une mère névrosée et déprimée et un père souvent absent, absorbé par sa carrière, ne lui permettait pas d’identification masculine complète.

Son comportement destructeur et ses souvenirs fétichistes sont l'expression évidente de sa profonde ambivalence vis-à-vis de son propre homosexualité et de sa profonde hostilité/amour mêlés envers les objets de son intérêt. Indépendamment de ses sentiments d'amour exprimés pour elles, ses victimes n'étaient pas traitées comme des personnes mais comme des objets. Il en disposait comme un enfant le fait avec ses jouets, en les démontant pour voir comment ils sont faits mais également pour montrer qui avait le pouvoir, le contrôle de la situation. 

Un ultime acte d'affirmation destructrice !
 


Liens :
(1) Jeffrey Dhamer Interview sous titres FR - YouTube
Jeffrey Dahmer - TUEURS EN SERIE.org
Jeffrey Dahmer: Psychopathy and Neglect (regis.edu)
Destructive Hostility: The Jeffrey Dahmer Case: A Psychiatric and Forensic Study of a Serial Killer (marquette.edu)

 

Jeffrey dahmer

Pourquoi les femmes sont-elles sous-représentées dans les actes de violence ?

Le 08/08/2022

Sur toutes les images échangées sur les réseaux sociaux, la télévision, les médias en général, un grand nombre concerne des actes de violences. Pas un jour sans une attaque au couteau, attaque en bande organisée, attaque d’un individu contre un autre, manifestation qui dégénère… à y regarder de plus près, ce sont majoritairement des hommes qui sont impliqués, peu voire pas de femme.

Alors pourquoi les femmes sont-elles sous-représentées dans des actes de violence ?

Pour répondre à cette question, il est nécessaire de se pencher sur nos cousins les chimpanzés, les singes araignées et les bonobos. 

Globalement, nous apprenons que ces attaques sont toujours perpétrées contre des personnes vulnérables. Si si, un cordon de CRS en statique avec pour ordre de ne pas charger peut être considéré comme vulnérable. Seulement, pour nos cousins les singes, la motivation n’est pas d’ordre idéologique mais plutôt une compétition sexuelle ou intraspécifique de dominance. Il s’agit plutôt d’explorer d’autres territoires en quête de nourriture ou d’aller tester sa capacité de combattant  contre des étrangers - tout comme le font un grand nombre de mineurs étrangers qui sont tout sauf mineurs ou encore les zonards de certaines cités.

Exactement comme nos cousins les singes donc, ces raids violents apparaissent très préparés, très coordonnés avec une stratégie qui semble avoir été réfléchie au préalable. Le parallèle peut se poursuivre dans la mesure où nous vivons tous socialement de la même façon, avec la même organisation en groupes sociaux qui constituent de plus grands groupes. Cette organisation permet à plusieurs mâles de groupes différents de faire campagne ensemble contre un autre groupe de congénères.

Très rarement des femmes se joignent à eux. En France, le taux de féminisation est de 11,2% pour l’armée de Terre, 15,8% pour la Marine, 23,2% pour l’Air et l’Espace et 19% pour la gendarmerie (selon le Rapport Social Unique, 2021). En 2016, elles représentaient 8% de tous les Marines enrôlés actifs (selon Wikipédia), l’armée russe 6,5% en 2016 (selon OPEX360). Ces données ne rapportent pas le taux de femmes qui prennent part directement aux combats. Pour les espèces dont les parents investissent dans leur progéniture, celui qui y contribue le plus sera celui qui aurait le plus à perdre s’il devait se blesser ou mourir lors d’un de ces raids (stratégies r et K). Et bingo, ce rôle tenu dans l’investissement parental, dans le but de transmission des gènes et du microbiome, c’est la femelle qui s’y colle ! Et pour couronner le tout, ces raids violents arrivent après une longue période d’inactivité sexuelle. Il ne faut surtout pas minimiser le rôle fort des femmes dans le maintien de l’ordre social, chez les bonobos, elles sont même co-dominantes. Les femelles ont le statut social le plus élevé du groupe grâce à l’association et la coalition entre femelles. Ce sont les femelles qui initient les interactions sexuelles, les bonobos ne montrent rien de comparable à la forte dominance avec soumission imposée par la violence qui caractérise les chimpanzés (et certains mâles humains ?). 

Le paradoxe norvérgien ! Selon P. Gouillou, “Harald Eia avait réalisé un superbe documentaire pour présenter les différentes approches pour expliquer pourquoi plus d’égalité (en droit) des sexes entraîne plus de différences sexuelles en comportement. (...) Au travers de l’interview de nombreux chercheurs connus, (il) avait montré qu’on y retrouve le résultat d’une interaction entre le biologique et le culturel : quand chaque sexe est socialement plus libre de faire ce qu’il lui plaît, il aura plus tendance à s’orienter vers ce qui correspond à son orientation biologique”. 

 

Evo

Sources :

Latest news from the bonobos: Pan paniscus myths and realities (openedition.org)

Les stéréotypes de genre peuvent expliquer le paradoxe de l’égalité des sexes | CNRS

(PDF) Raiding parties of male spider monkeys: Insights into human warfare? (researchgate.net)

Edward O. Wilson, “la sociobiologie”

 

Pourquoi je mens ?

Le 23/06/2022

Sherri papini

 

 

Le 24 novembre 2016, dans la nuit, Sherri Papini est retrouvée au bord d’une route de Californie. Cette jeune femme est portée disparue depuis plus de 20 jours. Nez cassé, cheveux coupés, marquée par des brûlures, portant une camisole de force. Sherri Papini dit avoir été enfermée dans un placard durant tout ce temps et battue quotidiennement par deux femmes de type sud américain. 

On est à Redding, Californie, USA.

Au cours de l’enquête, des doutes apparaissent dans le récit de la jeune femme. Mère de famille, mariée, deux enfants, elle part faire un jogging le 2 novembre et disparaît. Son mari, parti à sa recherche, ne retrouve que son téléphone avec ses oreillettes, des cheveux posés à côté. 

Les enquêteurs ont l’intime conviction qu’il s’agit d’une mise en scène. 

Une cagnotte en ligne est ouverte pour aider à trouver une piste qui permettrait de mener jusqu’à la jeune femme. Un site internet est ouvert et 24h après sa fermeture, Sherri Papini réapparaît. Elle ne donnera pas l’ombre d’une explication ce qui augmentera la suspicion. 

Internet est un outil puissant et il existe une grande communauté d’internautes qui savent en tirer partie pour creuser, pour enquêter bien plus rapidement que les autorités. 

Certains éléments vont desservir la jeune femme comme le fait que statistiquement, les enlèvements réalisés par des femmes sont rarissimes. On apprend que la mère de Sherri a décrit sa fille, lors d’un appel passé aux autorités en 2003, comme une mythomane qui a besoin d’être hospitalisée. A l’époque, elle se mutilait pour faire chanter sa mère. 

En 2017, une nouvelle analyse ADN sur ses vêtements portées lors de l’enlèvement révèle un profil masculin, qui  s’avèrera être le complice de Sherri Papini. 

Le scénario machiavélique est avoué par la jeune femme, ses blessures elle se les ait infligées avec son complice... Son procès se tiendra cet été. 

Après investigation auprès d’un expert psychiatrique - Dr Ian Lamoureux - Sherri Papini s’avère souffrir d’un désordre de la personnalité narcissique.

Pourquoi inventer des mensonges aussi énormes ? Le mensonge est un signe de détresse qu’envoie le menteur à celui qu’il veut berner. Mais pour quelles raisons ? 

Le mensonge participe à l’organisation psychologique de l’enfant, ça le structure et il contribue (c’est contre intuitif) à faire le lien entre l’enfant et l’autre. Selon Winnicott, les enfants qui s’attendent à être persécutés tentent de résoudre leur problème par un mensonge subtil consistant à se plaindre sans que cette plainte soit l’objectif réel. 

Lorsque l’enfant n’a pas pleinement profité du stade transitionnel, c’est-à-dire qu’il n’a pas su construire efficacement un espace psychique entre le dedans et le dehors. Cet espace transitionnel est là pour rappeler à l’enfant que la personne qui prend soin de lui est près de lui, quelque part, et ça le rassure. Ça fonctionne très bien avec le fameux ours en peluche, le doudou…

Sans cet espace transitionnel efficient, l’enfant conçoit le mensonge comme un facteur d’espoir. En mentant, il oblige l’environnement à le prendre en main pour le rassurer, lui montrer tout l’amour qu’il en attend, dont il a besoin impérieusement. Le mensonge a pour objectif de reconstruire l’aire transitionnelle. Le fait que l’autre tombe dans le panneau va créer le lien narcissique réparateur, ça va rassurer l’enfant menteur (ou l’adulte).

En réalité, c’est un jeu très enfantin comme Winnicott le décrit. C’est la nécessité paradoxale de se cacher pour être trouvé. 

La question qui reste en suspens pour ma part est : quelle enfance Sherri Papini a-t-elle eue ?

 

Pourquoi favoriser l'intention dans les actes ?

Le 17/04/2022

Vouloir c'est décider en raison, se mouvoir physiquement et consentir moralement.

L'intentionnalité c'est penser à une chose, à un objet, dans son entièreté et à l'ensemble des sensations/images qu'elle suscite en nous et surtout, tout en étant conscient de ce processus (phénoménologie selon Husserl).

Mettre de l’intention dans ses actes c’est s’investir dans ceux-ci, c’est être volontaire, c’est montrer aux autres qu’on se donne les moyens de faire, c’est être dans l’action, c’est être actif.

Décryptons ce mécanisme psychologique. Vous manifestez une volonté de réaliser un acte, une action, un mouvement. Le cerveau crée une intention préalable pour la traduire en intention motrice ensuite. Pour cela, il crée une copie neuronale de l’intention qu’on appelle une “copie d’efférence”. Sur cette base, il anticipe les résultats de l’action souhaitée avant même que les muscles ne se mettent en mouvement. C’est exactement ce que font les élites des groupes d’interventions de la gendarmerie, du raid, des pilotes d’avion ou de voiture. Ils mentalisent l’action avant la mise en place.

La “copie d'efférence” remplit trois rôles indissociables : d'abord, elle permet à l’agent d’une action de corriger son mouvement en cours s’il constate la moindre erreur. Ensuite, elle est la source du sentiment dit d’”agentivité” qu’éprouve l’agent d’être l’acteur des mouvements qui composent son action. Enfin, grâce à la copie d’efférence de son intention motrice d’agir, un agent, à la différence d’un observateur de l’action, peut prévoir les conséquences sensorielles de son acte (Pierre Jacob).

Lorsque l’acte est réalisé de façon involontaire, le cerveau n’anticipe pas les conséquences,  il a donc besoin d’un temps pour s’ajuster en live.

L’intention, la volonté est prépondérante dans la mesure où elle introduit un lien causal entre l’action et les conséquences. L’effet d’anticipation ainsi généré permet au cerveau de s’approprier ses actes. C’est le propre de l’agentivité. C’est ce qui permet d’être plus efficient, plus efficace, de sortir d’un mode attentiste/victimaire pour un mode plus actif où on se donne les moyens de nos ambitions. 

A contrario, tout comportement est automatique s’il est réalisé sans se baser sur l’expérience et sans conscience. Agir de façon automatique, sans réfléchir, c’est se priver d’esprit critique, apporter une vision différente qui se confronte à celle en cours avec une argumentation réfléchie, documentée, sourcée.

Agir de façon automatique, hors actions simples qui ne requiert pas de concentration ni d’attention particulière, c’est afficher sa volonté de ne pas s’investir dans l’action, dans l’activité. C’est éviter de se remettre en question, d’accepter une autre façon de faire peut être plus efficiente. C’est ce en quoi il faut lutter dans une équipe quelle qu’elle soit.

 

L’absence de volonté peut se rencontrer en dépression. 

L'aboulie se caractérise par un manque de volonté. Il faut distinguer le manque d'entrain occasionnel d'une personne qui est fatiguée ou surmenée et qui n'arrive pas à faire face à ses obligations de façon momentanée, de la pathologie qui s'étend dans le temps, entraîne un manque de volonté et une incapacité permanente à prendre des décisions et à se fixer des objectifs.

Le sujet est dans l’incapacité à faire et en a plus ou moins conscience mais ne peut rien y faire. Il a tendance à la procrastination, il n'arrive pas à se fixer des objectifs ou à prendre des décisions. Il est également difficile pour lui d'avoir une vie sociale et professionnelle équilibrée, car il n'arrive pas à se fixer d’horaire. La moindre action étant pour lui source de pénibilité, il mettra par exemple un temps fou à se préparer le matin et il arrivera systématiquement en retard. Il est souvent submergé de toutes sortes de pensées parasitaires et ne peut passer à l'action même lorsque cela est nécessaire. 

Pierre Janet définit l'aboulie comme « une altération de tous les phénomènes qui dépendent de la volonté : les résolutions, les actes volontaires, les efforts d'attention ».

L’absence de volonté se rencontre également dans la psychasthénie ou l’apragmatisme. Il s’agit d’une incapacité à effectuer complètement des actions nécessitant une certaine coordination, alors qu'elles peuvent être conçues et qu'aucune lésion neurologique n'est décelée. Ce trouble majeur de l'activité volontaire réalise une inertie dans les conduites sociales avec désintérêt pour les nécessités quotidiennes et potentiellement d’une désinsertion socioprofessionnelle. Il s'observe fréquemment dans les états schizophréniques (source : cilf.fr).

La psychasthénie est un trouble de la personnalité qui se traduit par une appréhension forte et une intense fatigue. Elle est parfois appelée névrose obsessionnelle et se caractérise par une baisse importante de la volonté, elle a des retentissements dans tous les domaines de la vie quotidienne. 

 

Depuis des années, je travaille à comprendre et à développer l’intentionnalité parce que je suis convaincu qu’être conscient de ses actes permet de favoriser l’atteinte de ses objectifs, de lutter contre l’obscurantisme, de développer la curiosité et l’esprit critique. 

Pourquoi certaines personnes sont plus volontaires et conscientes que d’autres ? Est-il possible d’en identifier la frontière ? Peut-on aider une personne à être dans cette dynamique afin qu’elle puisse se donner toutes les chances de réussir ? Dans un monde professionnel et personnel si changeants aujourd’hui, il est juste primordial de s’inscrire dans cette démarche agile !

 

Faire un pas

 

L'effet IKEA pour le management

Le 13/03/2022

Une série de 4 études menées avec des personnes qui devaient construire des objets en Lego, faire des origamis ou encore assembler des boîtes Ikea et donner de la valeur à leur réalisation, a permis de montrer ce qu'est l'"effet IKEA". Plus les personnes consacrent du temps et de l'énergie à faire eux-mêmes, plus ils y accordent de la valeur.

Pour que cela fonctionne, il est nécessaire que les personnes participent activement et qu'ils puissent constater le résultat fini (Shapiro, 2004) grâce à l'effort déployé, couplé au sentiment positif et bénéfique du travail achevé et du feedback positif (Dittmar 1992, Furby 1991), sans oublier la croyance d'efficacité personnelle (Rotter, 1954 ; Bandura, 2003). L'effet Ikea est supprimé par la destruction et réduit si la tâche est partiellement remplie.

Les implications pour les managers sont importantes dans un objectif d'inclusion, de développement du sentiment d'appartenance ou encore de l'intentionnalité parce que nous donnons plus d'importance à ce que l'on fait. Donc co-construire un projet d'équipe avec un objectif subdivisé en sous-objectifs fixés dans le temps et atteignables (objectifs proximaux - Galand et Vanlede, 2004) ; communiquer aux autres sur ce projet et exposer les résultats obtenus permet de stimuler la créativité, le processus attentionnel (Moray, 1967 ; Wickens 1984) et motivationnel (Fenouillet, 2003), de renforcer le sentiment d'appartenance et de valoriser la personne et son sentiment d'efficacité (Thill, 1989), la prise d'initiative et l'échange.

CITATION : 

Norton, Michael I., Daniel Mochon, and Dan Ariely. "The IKEA Effect: When Labor Leads to Love." Journal of Consumer Psychology 22, no. 3 (July 2012): 453–460.

 

Effet ikea