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Instant popcorn : analyse comportementale de Jean-François, prétendant dans l'Amour est dans le pré 2018

Pourquoi Jean-François vous semble bizarre ?

Je me suis étonné de façon candide que Jean-François, prétendant dans l’émission « l’amour est dans le pré » (2018), vous apparaisse bizarre voire limite psychopathe. A-t-il eu une attitude si déroutante et peu engageante au speed dating ? Pas pour tous puisque Aurélia a choisi de le revoir :

https://www.programme.tv/news/tele-realite/202893-lamour-est-dans-le-pre-2018-aurelia-en-pincait-deja-pour-jean-francois-avant-de-le-rencontrer/

Avant d’analyser rapidement ces quelques instants éprouvants pour le candidat, je pense important de repréciser les définitions du stress, de la peur et de l’angoisse.

 

Le stress

C’est une réaction d’adaptation de l’organisme qui sert à maintenir l’équilibre physiologique et psychologique d’un individu qui se trouve confronté à un élément/situation/évènement stresseur. Le stress devient un risque pour la santé lorsqu’il est éprouvé dans la durée.

 

La peur

C’est un sentiment éprouvé en présence ou à la pensée d’un danger, d’une menace réel ou supposé. Elle est immédiate et spontanée.

 

L’angoisse

C’est un sentiment de l’ordre du vécu mais sans objet face à laquelle il semble ne pas y avoir de solution. L’esprit se fige, l’individu a l’impression de ne pas pouvoir la maîtriser (vs l’anxiété).

 

Une fois ce rappel fait, penchons-nous sur la situation !

L’émission diffusée sur M6 connait un certain succès. Les candidats sont mis en situation dans le cadre de rencontres scénarisées. Sur le plateau ou en extérieur, ce sont des caméras omniprésentes, des sources de lumière pour mettre en valeur les candidats et un certain nombre de techniciens également présents. Nous pouvons donc dire qu’il s’agit d’une situation qui n’est pas habituelle pour chacun d’entre nous. Ainsi, face à une situation exceptionnelle et inconnue, le corps et l’esprit doivent s’y adapter pour faire redescendre le niveau de stress à un niveau acceptable.

Je précise que chaque personne possède un niveau d’acceptabilité qui lui est propre. Un individu peut très mal gérer son stress tandis qu’une autre saura le transformer en un stimulant.

 

Le prétendant

Jean-François, la 30aine, ébéniste vivant chez sa mère avec laquelle il a tissé des liens « indestructibles » depuis la mort de son père lorsqu’il était âgé de 14 ans.

Il n’a pas connu ses grands-parents.

 

Qu’observons-nous factuellement ?

Lors du visionnage de la scène, au cours du speed dating qui dure environs 1 minute 30, nous pouvons mettre en exergue plusieurs marqueurs gestuels qui ont tous un horizon de sens spécifique.

La position assise est dite neutre. Il est au milieu de son siège et semble indécis sur l’attitude, la position à tenir. Il y a donc une certaine ambiguïté qui est déjà observable. Nous pouvons déjà dire qu’il y a un « conflit » intra psychique qui tient de l’ordre de l’intentionnalité : « dois-je y aller et m’investir, ce qui revient à me découvrir dans cet environnement inconnu et donc potentiellement hostile ? »

Nous observons également que ses mains sont jointes, doigts repliés, entre ses jambes et sous la table. Elles sont en position basse, ce qui traduit d’emblée une émotion négative. Cette position des mains marque un retour sur soi, une certaine protection face à un danger potentiel et ainsi, une implication mesurée dans la scène.

Nous constatons que Jean-François frotte ses mains paumes contre paumes, comme s’il se les lavait. Ce geste traduit un mal être, un malaise. En psychologie, nous dirions qu’il s’agit d’un geste contra phobique, c’est-à-dire qu’il vient atténuer l’angoisse ressentie (en Synergologie, nous pouvons faire un parallèle avec la goutte de malaise).

JF souffle fort à plusieurs reprises pour se donner du temps, pour améliorer aussi physiologiquement l’apport en oxygène. En psychothérapie, pour gérer son stress, je vais vous inviter à inspirer sur 4 temps et à expirer sur 6 temps de façon à solliciter le système parasympathique qui vous aidera à vous relaxer : http://www.psychomedia.qc.ca/neurologie/2009-07-26/qu-est-ce-que-les-systemes-nerveux-sympathique-et-parasympathique

 

Il se mord également la lèvre inférieure, un geste qui ne se fait que dans des situations anxiogènes, pour ensuite se gratter de la main gauche le côté gauche de sa tête, puis enfin le côté gauche de sa nuque. Ces gestes illustrent la réflexion mais également que quelque chose énerve la personne qui fait tout pour tenter de maîtriser la situation mais sans trop savoir comment communiquer.

Nous pouvons observer ses jambes qui remuent, signe d’un désir de se mettre en marche/en action, signe que la personne subit la situation mais qu’il serait très mal interprété de partir sur le champ.

Enfin, avant dernier marqueur gestuel qui traduit l’authenticité, c’est la défocalisation passive du regard. C’est-à-dire que JF, à certains moments, laisse partir son regard dans le vague de façon inconsciente.

Mais quel est ce marqueur gestuel qui vous semble inquiétant ?

Finalement, c’est bien là la question. Pourquoi, après cette analyse froide et distanciée, optez-vous pour la crainte de lui ? Vous n’aimeriez pas le croiser dans la rue !

 

C’est le regard et les clignements des yeux !

 

Jean-François est victime de son anatomie. Il a des petits yeux noirs enfoncés dans ses orbites, ce qui donne une certaine étrangeté/importance à ses arcades sourcilières.

Il a de plus des lèvres fines, ce qui, dans l’inconscient collectif, est une caractéristique physique des gens nerveux, impulsifs.

En psychologie évolutionniste, nous dirions que ce sont des traits qui représentent un danger potentiel qu’il vaut mieux fuir.

Ensuite, il ne cligne des paupières que lorsque sa tête bouge. On dit qu’il a des clignements psychomoteurs, c’est-à-dire qui ne véhiculent pas d’émotion. Ce qui renforce cette perception de danger potentiel.

Dès lors que vous observez un trait que vous assimilez à un danger, même s’il est minime, c’est bien lui qui donnera la teinte du rapport interindividuel. Ce n’est que dans la discussion que vous vous apercevrez que finalement, le doute du danger potentiel peut être levé… ou pas !

Ainsi, Jean-François est angoissé par la situation, vite débordé par le trac, hypersensible et empathique, il ne sait pas comment gérer ses émotions.

PS : merci à Stéphanie pour la vidéo et à vous, faites attention au biais de confirmation et à votre première impression.

 

L amour est dans le pre 2018 jean francois

Affaire Maël Combier : application au schéma intégratif de la motivation

Pour faire suite à mon schéma intégratif de la motivation, voici un cas appliqué à un comportement criminel : l’affaire Maël Combier.

Petit rappel emprunté à TéléStar :

« Ce 25 février 2011, Samira Ben Saad et Maël Combier vivent une relation passionnée. Ils se sont rencontrés en boîte de nuit l'été précédent. Elle vit à Crest, une petite ville du département de la Drôme, elle a 20 ans, pose pour des photos et rêve de devenir mannequin. Il en a 22, travaille à Valence pour une entreprise de travaux d'étanchéité, il aime le football et plaît beaucoup aux filles. Leurs disputes sont fréquentes et, inlassablement, leurs retrouvailles sont enflammées. Mais le jour où Samira apprend que celui qu'elle aime à la folie est déjà marié et bientôt père de famille, elle rentre dans une colère noire, le menace et lui promet l'enfer pour s'être moqué d'elle. Aussi, lorsque Maël lui propose de l'emmener en week-end romantique en Italie, la jeune femme se méfie. Mais elle espère tellement voir leur histoire prendre une nouvelle dimension qu'elle accepte de le suivre. Or Maël a bien autre chose en tête qu'une promesse d'avenir. Dans son blouson, il dissimule un revolver et, au détour d'un chemin boisé, il sort son arme et tire. »

Je reprends individuellement chaque item de mon schéma en l’illustrant des éléments de cette affaire. Pour une meilleure compréhension, Maël Combier sera l’Agent 1 et Samira Ben Saad sera l’Agent 2.

L’objectif de cet exercice est de comprendre comment une passion amoureuse en est arrivée à devenir une tragédie. L'utilisation du schéma intégratif de la motivation permet une première analyse pratique/pragmatique pour bien comprendre la situation.

Environnement

C’est un environnement construit, A1 et A2 sont actifs professionnellement et dans leur sphère privée.

Agent 1

Cognitif : une intelligence que je qualifierais de moyenne, par défaut et parce que rien dans les articles que j’ai pu lire ne me fait penser qu’il est un débile profond ou d’une intelligence supérieure. Il occupe un poste professionnel qui demande certaines qualifications et aptitudes intellectuelles.

Affectif : immature, séducteur, menteur, gestion des émotions difficile.

Biologique : néant selon les articles lus, ni sur le plan psychopathologique.

Agent 2

Cognitif : une intelligence que je qualifierais de moyenne basse au vue des interviews que j’ai pu regarder et de sa capacité de réfléxivité, de prise de distance par rapport à la situation.

Affectif : immature également, séductrice elle aussi, gestion des émotions difficile encore et un brin utopiste négative.

Biologique : néant selon les articles lus, ni sur le plan psychopathologique.

Les deux amants sont plutôt orientés vers une stratégie de vie de type « r » (J. P. Rushton), c’est-à-dire avec une stratégie de vie à court terme, aucune anticipation, l’effort est porté sur la reproduction (en terme évolutionniste), impulsivité, hypersexualité.

Intentionnalité

Agent 1 : il use de séduction et multiplie les partenaires tout en essayant, en parallèle, de maintenir un semblant d’équilibre familial qui lui donne bonne conscience et seul gage de stabilité.

Agent 2 : séductrice, elle souhaite trouver à tout prix celui qui la sortira de sa condition sociale qu’elle juge non valorisante (utopie négative) et qui lui fera accéder à son idéal du Moi.

Pensée anticipatrice

Agent 1 : il doit gérer la tension psychologique générée par une situation antagoniste ; d’un côté le désir de stabilité, de l’autre ses pulsions sexuelles. Il suit des buts exclusivement proximaux, assez facile à atteindre.

Agent 2 : elle voit l’Agent 1 comme son sauveur, comme son avenir qu’elle fantasme prometteur. Elle suit des buts distaux, plus difficiles à rendre concrets et donc atteignables.

Auto-Réactivité

Pour les deux Agents, nous voyons très bien, au-travers de leur passion, que l’autorégulation n’est pas leur point fort. La réflexivité est un mot, une compétence dont ils ignorent tout. Ils ont tous deux un fonctionnement auto centré à ceci près que l’Agent 1 est dans un mode « proactif » pour préserver à tout prix son équilibre. Alors que l’Agent 2 est dans un mode « inhibiteur ». Elle rêve de vivre avec l’Agent 1 et elle a très mal réagi lorsqu’elle a appris que l’Agent 1 était marié et allait devenir père. Elle a donc des valeurs intrinsèques fortes et reconnues socialement.

Conclusion

En termes de coping et de mécanismes de défense adaptative, l’Agent 1 est un sujet au fonctionnement mental dysfonctionnel. Lorsqu’il perçoit une menace, ses défenses immatures en font une évaluation erronée et la représentation mentale s’en trouve déformée. Ainsi, la réalité est altérée, mal évaluée et le coping est inapproprié. Parce que la détresse est surévaluée, la contrôlabilité perçue quant à elle est sous-évaluée. Les évènements ne manqueront pas de se répéter. Malheureusement, si des éléments extérieurs viennent à renforcer la menace – comme des proches qui menacent physiquement la personne ou encore être harcelé avec 150 appels téléphoniques par jour – il est fort probable qu’il y ait passage à l’acte pour tenter d’annuler, de déplacer ou d’amoindrir la menace.

Maël Combier a été condamné à 13 ans de réclusion criminelle, par la Cour d’Assises de la Drôme, reconnu coupable de tentative d’assassinat avec préméditation sur la personne de Samira Ben Saad.

 

Mael combier

Schéma intégratif de la "motivation"

La recherche d’un schéma intégratif de la « motivation » ainsi que la notion d’ « introjection » sont les 2 sujets que j’ai à cœur et qui me font office de guide line, de fil rouge.

Ce sont des sujets pour lesquels je n’ai de cesse de lire, de me documenter et de m’enrichir.

En ce qui concerne le sujet de la motivation, il est essentiel de répondre à cette question : qu’est-ce qui fait que certaines personnes sont dans l’agir, structurés, pendant que d’autres sont passifs et incapables d'organiser ni de structurer leurs pensées pour tendre vers un objectif ?

Mon souhait était de pouvoir visualiser et de conceptualiser le processus motivationnel, quelques soient l’environnement, l’activité, le domaine. « Intégratif » parce qu’il se veut global et reprend différentes notions de certaines branches de la psychologie.

Aujourd’hui, on ne peut plus se restreindre à défendre sa paroisse sans tenir compte des avancées des autres. Ainsi, un behavioriste ne peut balayer d’un revers de main la psychologie Freudienne et ses 2 topiques, ni les récentes découvertes en matières de neurosciences, la psychologie sociale, la psychopédagogie, la psychologie développementale, la psychologie des organisations, la psychologie familiale, l’éthologie et encore moins les avancées que nous offrent la Synergologie dans la connaissance de la compréhension des gestes.

Ce schéma peut s’appliquer à toute situation pour tenter d’en comprendre les mécanismes (vie quotidienne, sportive, criminelle, management, terroriste…). Même s’il reste à parfaire, il peut être un cependant un bon guide.

 

Description sommaire du schéma

Tout d’abord, la « motivation » part d’un « agent » dans un environnement imposé, choisi ou construit. Un « agent » est une personne qui fait en sorte que les choses arrivent par son action propre et intentionnelle, il est donc acteur de son comportement (vs passif) ! Ce qui ne veut pas nécessairement dire qu'il a les capacités de structurer un plan d'action... mais ça ne veut pas dire non plus qu'il ne peut pas acquérir ces capacités. La visualisation que je propose permet d'identifier l'axe ou les axes à améliorer, mais aussi ceux sur lesquels l'agent peut s'appuyer pour se développer.

Le comportement de cet agent est dépendant d’une causalité triadique réciproque, c’est-à-dire de 3 facteurs de régulations : cognitif (causalité cognitive descendante), affectif (influence de la sensorialité ascendante) et biologique (il existe une corrélation positive entre optimisme et résolution de problème, recherche de soutien social et accent mis sur les aspects positifs de la situation stressante versus pessimisme qui entraîne déni et distanciation).

 

Ainsi peut naître la « motivation » qui se caractérise par 4 critères bien spécifiques :

  1. L’intentionnalité

    C’est avoir la capacité de se représenter une action future (planifier/prévoir).

  2. La pensée anticipatrice

    Les évènements futurs représentés cognitivement vont être des motivateurs mais également des régulateurs du comportement. Plus les objectifs à atteindre sont proximaux et projetés, plus les résultats peuvent être anticipés (versus objectifs distaux).

  3. L’auto-réactivité

    C’est autrement dit l’autorégulation de la motivation, de l’affect et de l’action. Pour se faire, il est nécessaire de faire preuve de réflexivité, c’est-à-dire d’avoir cette capacité à s’intégrer dans le champ de l’observation (auto observation, auto guidance de la performance, auto réaction correctrice). A cela, il existe un mode inhibiteur, garant de l’éthique personnelle, et un mode proactif qui désengage la fonction inhibitrice en déshumanisant la victime, en rendant moralement acceptable une conduite nocive et/ou en déplaçant la responsabilité pour préserver son intégrité.

  4. L’auto réflexion

    C’est la croyance en son efficacité personnelle en termes de défis, d’efforts, de persévérance, de réussites et d’échecs.

    En voici l’illustration :

    Schema integratif motivation

    Sources : "L'imagerie mentale" de Xavier Lameyre - PUF ; "Traité de psychologie de la motivation" sous la direction de Philippe Carré et Fabien Fenouillet - DUNOD ; "Mécanismes de défense et coping" de Henri Chabrol et Stacey Callahan - DUNOD 3ème éd.

 

Instant popcorn : analyse comportementale de Mathieu, invité à « c’est mon choix : je suis un monstre en amour »

Entrée en matière…

Ce cher Mathieu, puisqu’il s’agit de lui, arbore une chemise bleue ciel assez ouverte pour laisser entrevoir un torse… glabre, tatoué… mais pas musclé. Un ego… presque affirmé, pas totalement parce qu’atténué par le tatouage sur son avant-bras droit (il n’y en a pas sur son bras gauche, ce qui aurait véhiculé des valeurs d’identification aux tatouages, de personnification, de symbolisation et qui aurait rendu l’acte plus authentique). C’est un endroit sur le corps qui traduit un désir de protection face à une possible agression extérieure teintée d’un désir d’être un individu dans l’action (vs passivité).

Une ambivalence que nous retrouvons avec les 2 boucles d’oreilles portées, bien que cela soit un attribut plutôt féminin à la base (qu’on le veuille ou non) et les gesticulations pseudo machistes servant – peu ou prou – à l’illustration d’un discours spectaculaire. C’est un sketch… Les coudes sont placés largement loin du tronc (un « i » comme dirait l’autre) avec ce désir inconscient d’occuper le plus d’espace possible (expego : expansion de l’ego). Une attitude d’acteur singée qui surligne de façon outrancière ce qui devrait représenter la masculinité.

Constatons également que ce cher Mathieu est assis en arrière, sur sa droite. Attitude typique de l’esprit qui analyse de façon critique le discours de l’autre afin de pouvoir contre argumenter. Nous sommes bien loin d’une attitude d’Alpha qui serait planté sur ses jambes bien ancrées au sol, les coudes reposant sur ses genoux et le torse bien en avant pour affronter l’adversaire… l’autre.

 

Mais qu’en est-il ?

Au lieu de cela, le jeune-adulte-père-immature à sa jambe droite pliée à 90° et posée sur la gauche, formant ainsi un bouclier sensé le protéger des agressions verbales extérieures.

Attitude défensive donc, voire agressive aussi, lorsque le dos de sa main vient se placer contre sa mâchoire droite.

 

Que devrions-nous attendre d’un Alpha ?

Hormis l’attitude précédemment décrite, nous devrions observer un menton relevé, une personne qui vous parle en vous regardant de façon prédominante avec sa face droite, des sourcils mobiles, des gestes figuratifs et hauts, un discours spectaculaire ou encore un corps tonique et souple.

Nous avons finalement un corps tendu, sur la défensive avec une façon de regarder (son axe de tête donc…) qui traduit tantôt l’esprit critique, tantôt la soumission. Son attitude corporelle illustre un mal être vécu à l’encontre de la gente féminine.

 

Base du profil de Mathieu ?

C’est un orgueilleux immature  qui souffre d’un complexe d’infériorité. Il se place « en-dessous » de la relation avec la femme, si bien qu’il fuit et évite tout conflit en mettant un terme à la relation en premier (fuite et évitement en termes psy). Mathieu a peur de reconnaître ses propres besoins, il veut éviter la banalité et les conflits.

 

Quelle stratégie adopter face à lui ?

Dans une attitude de séduction, le plus simple est de le fuir, de l’éviter ou de ne pas lui accorder le moindre regard. Il faut l’ignorer et faire comme s’il n’existait pas. Ce qui va le pousser à s’interroger sur sa façon de faire et sur son pseudo pouvoir de séduction.

Mais si vous souhaitez néanmoins aller plus loin (chacun ses motivations après tout…), vous devez le faire parler, s’expliquer afin qu’il se dévoile. Ne pas la laisser parler uniquement de vous et de ce que vous espérez.

Bon après, il y a une question de valeurs personnelles qui sont transmises par l’éducation, il y a la maturité… 2 éléments qui lui font crassement défaut ! Quant au fait que ce genre de gars arrive à faire des collections, disons qu’il y a toujours quelque chose qui m’échappe !

 

Le prochain article traitera certainement de la modélisation du comportement, les motivations et ses facteurs…

Bonnes vacances et portez-vous bien !

Lien vers la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=7ipFJHTrup0

 

Mathieu c est mon choix

Etre visible pour exister !

Un changement de paradigme sociétal violent

Les nouvelles technologies ont imprégné les dernières générations qui ont elles-mêmes contaminées leurs parents toujours plus désireux de revivre leur enfance.

La thérapie « spectacle »  a pris le pas sur la thérapie par la parole parce que les résultats peuvent être appréciés quasi instantanément – le besoin d’être a supplanté celui de l’écoute. C’est plus économique psychologiquement. L’existence se théâtralise, elle se met en scène. Chaque individu peut s’octroyer le rôle qu’il souhaite, même si le costume est trop grand.

A bas l’anonymat !

Constatons que la société de l’instantanéité fait fi des repères spatiaux et temporels, alors qu’ils sont des éléments structurants la personnalité. Cette béance spatiale et temporelle induit une pression constante d’une nécessité d’accélération avec un besoin pathologique de résultats. Cette confrontation au stress devient alors récurrente alors que chacun n’y réagit pas de la même façon.

Etre visible, c’est s’imposer de se montrer, de se dévoiler, de livrer au monde son espace intime. La conséquence directe est le développement d’un faux self par lequel l’individu semble s’épanouir et qui devient sa référence comportementale – mais c’est un faux semblant. Un peu comme un comique sur scène s’efforce aussi d’être comique lors d’une interview, d’une émission, parce que c’est le rôle que les autres attendent de lui. Pourquoi ne pas être… lui-même au lieu de répondre à cette injonction paradoxale ? Ce qui n’enlèverait rien à sa prestation scénique bien sûr. Ça pourrait même lui donner plus de densité, de consistance et donc d’intérêt au regard des autres. Vivre sur son faux self, c’est s’enfoncer toujours un peu plus dans les sables mouvants de son angoisse.

L’éducation trop permissive contribue au règne de l’enfant roi qui deviendra un adulte omniscient dans une société immature. Un peu beaucoup comme dans la publicité « à ma guise » : https://www.youtube.com/watch?v=9BEHYi_3N9E

Etre visible, c’est être « tendance », « hypermoderne », c’est absolument devoir appartenir à un groupe et ça passe par des superlatifs, parce qu’être bon ne suffit pas. Il faut être le meilleur et le plus rapide. Un comportement individuel qui fait tâche d’encre et qui se meut en une norme collective (par définition). C’est ubuesque et abscons.

Se démarquer, chercher le buzz et les likes pour trouver une certaine singularité et être reconnu de tous comme tel. Tant pis si cela entraîne des dérives identitaires. Si l’individu est omniscient et se vautre dans l’extimité (versus intimité) qui n’existe que pour tenter de réparer une blessure narcissique. La frontière entre la sphère publique/professionnelle/privée en devient poreuse, voire inexistante.

Pour quels résultats ?

Lorsque ce système de fonctionnement de la personnalité, préconsciente voire consciente, cette adaptation à l’angoisse est créatrice, alors elle est vertueuse. Ca fait naître des émotions, ça cultive et présente un vrai intérêt pour s’enrichir intellectuellement.

Lorsque l’individu s’accommode mal de cette adaptation, qu’elle se trouve forcée, l’angoisse trouve là un terrain fertile. Prenons l’exemple de 2 adolescents dont l’un possède une capacité vocale au-dessus de la moyenne, et l’autre qui aimerait être doté d’une telle faculté. Si le 1er publie une vidéo sur youtube, il est certain qu’il emportera l’adhésion d’un grand nombre d’internaute. Si le 2nd publie une vidéo sur youtube, il est certain qu’il sera pris à partie dans les commentaires de ces mêmes internautes. Le résultat psychologique est facile à prédire et il peut être dévastateur. Vous pouvez faire une translation de cet exemple dans le monde de l’entreprise et du management en particulier. Comme vu plus haut, la gestion du stress est une affaire individuelle. Une personne stressée par la pression (du résultat ou un autre facteur) peut la transformer en stress positif si elle en a les capacités. Le cas échéant, elle fera un burn out ou elle se montrera autoritaire et peu dans le lien avec les autres. Que la personne soit en haut de la pyramide ou à la base, c’est le même processus.

Le burn out systémique ou l’avènement du syndrome post traumatique

Il ne faut pas se voiler la face. La vérité est que les entreprises n’ont pas pris toute la mesure du burn out. Si vous êtes en arrêt de travail, le médecin du travail a pour rôle de statuer sur votre capacité à reprendre l’activité ou non. Si vous pensez que votre employeur va organiser votre retour dans les meilleures conditions, c’est que vous n’avez pas encore fait votre deuil d’utopie positive professionnelle. La société vous le démontre tous les jours, il n’existe qu’un seul temps : celui de l’immédiateté.

Si le burn out est une adaptation face à un stress, il fonctionne de la même façon que le syndrome post traumatique : troubles du sommeil, troubles de l’appétit, reviviscences, pensées intrusives, perte de repères temporels, altération de la personnalité, troubles de l’humeur, culpabilité, honte, dissociation, évitement, repli social… je continue ?

Si la Green Revolution est en marche, alors il serait temps de repenser le système des valeurs actuel.

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A la recherche de l'intentionnalité et de l'engagement

La thérapie d’aujourd’hui doit être pragmatique en plus de répondre à un besoin d’écoute du patient. Pragmatique veut dire que le patient vient non seulement pour un échange, mais qu’il  attend également des solutions rapides à mettre en place pour qu’il puisse voir les résultats rapidement. Est-ce que ça veut dire que la thérapie se doit d’être brève ? La mise en œuvre des solutions doit en tous les cas être rapide et un début de résultat visible sur le court terme.

Il est donc primordial de décrypter et d’analyser rapidement la personne, que ce soit dans un contexte thérapeutique que personnel et même professionnel. Que ce soit pour un patient, un manager, un dirigeant de société, un enquêteur de la police/gendarmerie, un professionnel quel qu’il soit, votre conjoint ou votre adolescent. Identifier la motivation grégaire d’une personne va permettre de la faire grandir, de lui donner de la reconnaissance, de la valoriser, de l’aider à atteindre son but en lui faisant adapter ses stratégies comportementales ou son coping face aux évènements stressants.

Ce qui fait la différence dans l’analyse comportementale, à mon sens, c’est la recherche systématique et fondamentale sur ce qui est au commencement de l’action face à un évènement.

Pour ma part, ma démarche consiste à identifier des marqueurs gestuels et psychologiques pour tenter de remonter jusqu’à la source, consciente ou inconsciente, de l’action. Quels gestes la personne fait lorsqu’elle est dans telle interaction ou lorsqu’elle parle d’un sujet spécifique ? Quels sont les mots qu’elle emploie ? L’ensemble de ces interrogations génère un questionnement socratique que j’aurais avec la personne.

Pour arriver à cette identification de la motivation grégaire, l’intention et l’engagement sont les deux déterminants incontournables de l’action. Ils peuvent être inconscients, on parle de mécanismes de défense, ou conscients, on parle alors de coping. « Les mécanismes de défense sont considérés comme des traits de personnalité et les processus de coping comme des états liés à la situation. » Les mécanismes de défense sont principalement mis en œuvre pour lutter contre les pulsions, leurs représentations et leurs affects. Le coping est la cognition derrière les moyens utilisés pour faire face à une situation.    

Gardons à l’esprit, pour mener à bien cette quête du « vrai self », de l’authenticité, c’est que les individus prennent en considération les implications de leurs actions avant de s’engager dans un comportement donné, que ce soit conscient ou inconscient (et j’insiste exprès).

En psychologie, l’intentionnalité se définit comme une « relation active de la conscience à un objet existant, adapté à un projet. » La conscience est la capacité à se représenter mentalement un objet et de pouvoir le restituer verbalement. L’objet peut être interne ou externe. Interne, c’est la représentation intériorisée que la personne se fait de son environnement, qui lui est qualifié d’objet externe. « Environnement » dans le sens large puisqu’il peut s’agir d’une personne ou de toute chose inanimée. Ce qui est primordial dans cette définition parce que ça qualifie le sens donné à l’intention, c’est la notion de « projet ». Il fait écho fatalement à un manque, à un besoin grégaire, primaire, originel.

Pour bien appréhender ce qu’est le comportement, nous pouvons dire qu’il est la conséquence de trois facteurs :

  • L’intentionnalité,
  • L’habitude,
  • La présence de conditions qui facilitent ou qui empêchent le comportement.

Pour ces deux derniers facteurs, il n’est pas nécessaire que je développe. En revanche, l’intention se définit par quatre facteurs très clairs et qui sont d’une importance capitale dans la quête du projet que l’individu porte, en passant ou non à l’action :

  • Une composante cognitive et affective qui génère une analyse subjective des avantages et des inconvénients de l’adoption du comportement, mais également à la prise en compte de la réponse émotionnelle inhérent à l’adoption du comportement,
  • Des croyances normatives qui renvoient aux attentes que la personne a, par rapport à un groupe de personnes référentes, ou une seule personne référente, qui approuveront ou non l’adoption du comportement,
  • Des croyances aux rôles sociaux, c’est-à-dire le degré auquel la personne perçoit qu’il est opportun ou approprié de réaliser le comportement au regard des personnes qui ont une position sociale similaire,
  • Les convictions personnelles.

Ce dernier facteur a également son importance dans la mesure où il fait appel à l’intensité de l’engagement que l’on mettre dans l’adoption du comportement. Qu’est-ce que l’engagement si ce n’est de se reconnaître libre ou non de faire quelque chose et d’en assumer la signification ?

Plus le projet derrière le comportement est important, que ce soit en termes de besoins/manques que de conséquences et de coûts, plus l’engagement sera important.

Plus le comportement sera visible socialement, plus l’engagement sera important.

Toutes les raisons motivationnelles externes désengagent, comme faire miroiter une récompense ou menacer d’une punition ne fonctionnent pas ! Ce ne sera que du renforcement positif ou négatif mais jamais la personne ne sera engagée de manière intensive (avis aux managers et aux parents…).

En revanche, la moindre raison intrinsèque a un pouvoir intense d’engager la personne à adopter un comportement, quel qu’il soit, dans la mesure où la personne nourrit un besoin de reconnaissance et d’inclusion. C’est le cas lorsque la personne est convaincue que si elle se transforme en bombe humaine, elle recevra l’Amour éternel de Dieu. C’est aussi le cas lorsqu’un parent explique à son enfant que l’effort est souvent récompensé et vient enrichir l’image de soi.

Analyser les comportements, c’est qualifier l’intention et l’intensité de l’engagement que l’on met à adopter un comportement. Cela a un impact significatif quant à la responsabilité d’une personne dans n’importe quel contexte professionnel ou personnel.  Mais cela a aussi le privilège de rendre la communication interpersonnelle plus fluide, plus authentique et certainement plus bienveillante (bien que ce mot commence à être galvaudé). Enfin, analyser les comportements permet de se donner assez de recul face à une situation pour pouvoir en anticiper les conséquences.

 

Strategie

Références :

« Mécanismes de défense et coping » - Chabrol et Callahan – Dunod, 3ème éd.

« La soumission librement consentie » - Joule et Beauvois – PUF 2009.

« De l’acte à la pensée » - Henri Wallon – Flammarion 1970.

« Stratégie de la thérapie brève » - Watzlawick et Nardone – Seuil 2000.

Que nous apprend Milgram sur l'obéissance ?

L’obéissance à l’autorité (Milgram, expériences effectuées entre 1950 et 1963)

 

Découverte : La propension extrême des adultes, hommes ou femmes, à la soumission quasi inconditionnelle aux ordres de l’autorité. Son point de départ se situe à l’apparition de la division du travail (début 20ème).

57% des sujets obéissent s’ils ne sont pas en contact avec la victime.

30% des sujets obéissent s’ils sont en contact avec la victime.

L’obéissance à l’autorité, souvent prônée comme une vertu, revêt un aspect bien différent quand elle est au service d’une cause néfaste.

Ceux qui ont administré des chocs électriques à la victime l’ont fait, non pour assouvir des tendances agressives, mais parce que l’idée qu’ils avaient de leur obligation les y contraignaient moralement. Rares sont ceux qui possèdent les ressources intérieures nécessaires pour lui résister, parce que toute une gamme d’inhibition s’oppose à une éventuelle révolte.

 

Qu’est-ce qui contraint le sujet à rester à l’état de soumission (agentique) ?

  • Désir de tenir sa promesse, la politesse, l’engagement moral pris,
  • Préserver la relation, désir de se montrer à la hauteur qui s’accompagne d’une diminution sensible de la préoccupation de l’éthique morale,
  • Se concentrer sur les caractéristiques techniques immédiats pour perdre de vue les conséquences lointaines,
  • La normalisation de l’acte par sa continuité.

Ainsi, chaque sujet inhibe son fonctionnement autonome et il devient alors un autre individu qui accepte le contrôle total d’une personne ayant un statut plus élevé.

 

Quel est le processus de l’obéissance ?

  • Elle est transmise par l’éducation,
  • Les agents sociétaux, dès que l’enfant sort du cocon familial, il est transféré dans un système d’autorité institutionnel dans lequel la soumission est indispensable, explicite ou implicite à une entité impersonnelle,
  • La structure de récompense/châtiment,
  • La perception de l’autorité qui doit être « légitime »,
  • « L’idéologie » de la situation,
  • La responsabilité redirigée. Le sujet se sent engagé vis-à-vis de l’autorité mais pas responsable du contenu des actes que celle-ci lui prescrit.

 

Comment expliquer la baisse de l’obéissance à mesure que la victime se rapproche ?

  • L’empathie du sujet envers sa victime,
  • Agrandissement du champ cognitif, il est plus difficile de faire abstraction de la victime,
  • La proximité génère une inhibition passive, de la honte et de la culpabilité, contrairement à l’éloignement qui provoque un rapprochement entre le sujet et la personne représentant l’autorité,
  • Conscientisation des causes et des conséquences.

Le seul danger qui menace le fonctionnement d’un système hiérarchisé, c’est la possibilité que la défection d’un de ses éléments en entraîne d’autres, d’où la nécessité de l’isoler et de la punir sévèrement.

 

Faire la différence entre « obéissance » et « conformisme »

L’obéissance survient à l’intérieur d’une structure hiérarchisée alors que le conformisme détermine la conduite parmi des gens de statuts égal (avec souvent une pression implicite du groupe).

"Leaving Neverland" : témoignages authentiques ?

Cet article porte sur « Leaving Neverland » que M6 diffusera le 21 mars prochain.

A l’origine, j’aurais dû livrer les résultats de mon analyse lors de l’émission sur C8 : « balance ton post », cependant pour des raisons de ligne éditoriale, il n’en a pas été ainsi. Je vous la partage, elle porte sur la structure du langage corporel des victimes présumées Wade Robson et James Safechuck.

Aujourd’hui, les 2 victimes présumées ont compris qu’elles avaient été abusées sexuellement et manipulées psychologiquement par celui qu’elles idolâtraient. C’est le même processus que nous retrouvons dans le syndrome post traumatique et qui explique pourquoi, au bout de plusieurs dizaines d’années, les victimes finissent par tout révéler.

Que ressentent Wade et James ? Leur témoignage peut-il être qualifié d’authentique alors que leurs détracteurs leur opposent l’appât du gain ?

Avant de répondre à cette question, je souhaite rappeler quels sont les marqueurs gestuels que nous retrouvons lorsqu’une victime témoigne.

Tout d’abord, il y a l’emploi du « je » qui confère une responsabilité à celui qui l’emploie, responsabilité dans le sens où le témoin s’associe pleinement au discours, ce qui n’est pas le cas lorsqu’un mensonge est dit. Wade et James l’emploient systématiquement.

Les clignements de paupières plus nombreux témoignent d’une émotion fortement ressentie et dans le cas présent, c’est de la tristesse. C’est le cas lorsque la « masturbation » est évoquée et le fait que cela doive rester un secret. Le clignement de paupières est même bien plus long qu’à la normale. C’est encore le cas lorsque Wade évoque les abus sexuels subis dès les premiers jours et c’est toujours le cas lorsque James témoigne avec la boîte à bijoux dans ses mains.

Les gestes projectifs sont également un élément important de la véracité d’un discours. Ce sont des gestes faits plutôt près du corps, plutôt arrondi, paumes des mains tournées vers soi et qui permettent  de s’associer à son discours. Ces gestes projectifs sont nombreux dans les 2 témoignages, notamment lorsque James parle d’un matin où il se réveille et que MJ n’est pas à ses côtés.

Ce qu’on appelle les gestes de cognition incarnée ou située,  sont des gestes qui reproduisent l’espace et l’emplacement d’objets, de personnes pour vous faire visualiser la scène. C’est exactement ce que fait Wade lorsqu’il évoque la scène avec MJ ou encore lorsque Wade parle des masturbations subies ou des caresses lors de leur routine sexuelle.

Et puis il y a les autres gestes… les nombreuses mises à distance lorsque Wade et James élèvent leur sourcil droit, les émotions composites comme la tristesse qui se lit dans les yeux de Wade à l’évocation des masturbations, alors que sa bouche trahit son mépris pour l’acte. Les genoux qui sont systématiquement mis en protection, une jambe sur l’autre pour les 2 victimes présumées. C’est aussi lorsque James évoque « a film park in someone tales» et qu’il nous en fait comprendre toute l’ironie par son index gauche qui vient faire un mouvement de rejet, en se déplaçant de la base du nez vers le haut. C’est aussi la vive colère qui se manifeste sur le visage de Wade lorsqu’il se rappelle la sensation de ses mains dans les cheveux de MJ ou encore quand Wade se mord l’intérieur de la lèvre gauche, signe d’une forte émotion négative ou enfin lorsque James refait ce geste de rejet avec son index sur son nez lorsqu’il termine par « I was 7 ».

Alors ceux qui ont l’habitude d’observer les gestes se disent que c’est quand même bizarre que, si souvent, Wade et James placent leur regard sur leur droite (les images ne sont pas inversées), en futur cognitif ou émotionnel ce qui voudrait dire qu’ils cherchent comment orienter leur discours, qu’ils cherchent leurs mots, voire qu’ils inventent en même temps qu’ils relatent.

Mais là, ils se trompent, leur regard fuit l’image qu’ils se représentaient de leur idole. Ils placent MJ à l’extérieur de leur bulle, ils le mettent à distance, ils le chassent.

Que ressentent Wade et James, les 2 victimes présumées de MJ ? Leur témoignage est-il authentique ?

Ils aiment et idolâtrent un artiste de génie mais qui par ses manipulations et ses abus leur a causé un traumatisme psychologique dont ils mesurent aujourd’hui les dégâts. Lorsqu’ils étaient enfants, ils n’avaient pas le discernement nécessaire pour s’opposer à leur Dieu, ils voulaient juste lui faire plaisir pour que Dieu les estime et les aime. Leur témoignage peut-il être qualifié d'authentique ? Il en contient tous les marqueurs gestuels. Et les familles ? A minima, elles sont coupables d’une naïveté criminelle… un adulte ne dort pas avec un enfant.

 

Doc leaving neverland

Retour sur "Ethologie, biologie du comportement"

Dans cet article, je reprends quelques idées marquantes largement développées dans « Ethologie, biologie du comportement » d’Irenäus Eibl-Eibesfeldt (éd. Naturalia et biologia, 3ème édition). J’ai regroupé ces idées en 3 parties, certaines phrases peuvent être reprises telles quelles, je l’assume pleinement. L’objectif de cet article est d’éclairer celles et ceux qui aimeraient lire le livre, mais également celles et ceux qui souhaitent disposer de l’information sans pour autant le lire. Ce qui est intéressant, c’est que le contenu trouve un large écho dans notre société contemporaine, également dans la discipline de la Synergologie quant à son approche.

L’auteur autrichien (1928-2018) a été le fondateur de l’éthologie humaine et fut le premier à appliquer la méthode d’observation et de raisonnement de l’éthologie au comportement humain (wikipédia). C’est évidemment ce qui m’a attiré dans cette bible éthologique extrêmement bien documentée, qui fait suite aux travaux de Konrad Lorenz, grâce à laquelle nous pouvons faire des extrapolations avec nos comportements humains.

L’observation des comportements dans leur milieu

Le comportementaliste, l’éthologue, observe un animal au cours d’une activité déterminée et se demande pourquoi il agit ainsi et pas autrement. Il observe l’animal aussi bien dans son milieu naturel qu’au cours d’expériences qui visent une activité spécifique. C’est d’ailleurs ce que nous faisons en Synergologie lorsque nous voulons trouver un sens à un ou plusieurs gestes. Nous codons ce geste, nous l’observons en milieu naturel et dans des conditions recréées puis nous en déduisons un horizon de sens. « L’apparition d’un signe, d’un geste, dans le champ de perception d’un sujet provoque toujours une réponse qui annule les effets du signe perçu, ce qui met fin à l’action. C’est par exemple le cas lorsque le message porteur de signes est du domaine alimentaire, il est annulé en étant dévoré, sinon il est anéanti car lorsque la satiété intervient, les récepteurs sensoriels cessent de le percevoir. » Dès que la réaction au signe s’est produite, le cycle (l’action) a été accompli et s’éteint. Le cas échéant, le cycle reste en quelque sorte en suspens, créant ainsi une frustration qui ne demandera qu’à se décharger et tant qu’elle ne le sera pas, elle enflera.

L’éthologue a créé l’éthogramme comme un inventaire des comportements dont chacun doit rendre compte de chaque détail de l’action. Pour qu’il soit le plus complet possible, l’analyse s’effectue sur vidéo visionnée au ralenti ou en accéléré donnant des renseignements que l’observation directe n’est pas capable de fournir (c’est exactement le même procédé que nous réalisons en Synergologie).

Les comportements pour communiquer ?

Entre membres d’une même espèce, il existe des forces qui peuvent agir aussi bien dans le sens de l’attraction que dans la répulsion. Les individus sont souvent porteurs de signaux évocateurs agressifs, opposant une barrière perceptible, inconsciemment ou consciemment, à toute approche. Cette barrière devra être levée à un moment donné pour la bonne gestion du groupe, la cohésion sociale, l’organisation des différentes tâches. Une abondance de types de comportements et de signaux joue le rôle de tampon, aussi bien lors des nouvelles prises de contact que dans le maintien de la continuité de ces relations. Ceux des signaux qui règlent les actions intra spécifiques, servant au maintien de l’isolement de l’espèce, sont en général tellement spécifiques qu’ils peuvent être compris que par les membres de l’espèce. Là, j’attire votre attention sur le parallèle évident à faire avec les humains en termes de communautarisme. Chaque groupe d’individus possède son langage verbal et non verbal, ses valeurs qu’il va défendre bec et ongles contre d’autres groupes perçus comme une menace et les exemples ne manquent malheureusement pas aujourd’hui (gilets jaunes, extrémisme, djihadisme, communautarisme, féminisme…).

Pour prendre l’exemple des corbeaux, les sons appris leur servent à la communication avec d’autres espèces. Cependant, lorsqu’une situation critique/vitale apparaît, les appels émis ne peuvent pas être remplacés par ceux qui ont été appris. Ce sont les comportements instinctifs propres à un système, à un groupe ou une espèce qui vont s’exprimer naturellement en premier. Par extrapolation, si une personne d’un naturel peureux se forme à un système d’autodéfense, en cas de situation vitale engagée il est probable que sa peur grégaire dicte sa réaction face à l’agresseur (fuite ou immobilité) nonobstant ce qu’elle a appris, sauf si elle s’est confrontée à cette situation de façon répétitive et dans des conditions proches de la réalité (et donc pas en dilettante).

Par ailleurs et parce que l’agressivité sous toutes ses formes régit la survie de l’espèce, le rire est une cérémonie d’accueil dérivée d’un mouvement de menace, ce qui est rendu possible par le fait de montrer les dents (Lorenz). N. Bolwig l’interprète comme une morsure ritualisée parce que l’extériorisation rythmique de la voix fait penser à celle des sons similaires produits par un groupe de primates quand ils menacent un ennemi à l’unisson. Le rire, par ce qu’il véhicule inconsciemment comme possibilité de défense et donc d’agression, permet de faire descendre la tension lors d’une confrontation (le rire voire le sourire et pas la moquerie qui elle génèrera une réaction agressive).

Agressivité et rire pour moduler les relations mais parfois, une situation stimulante est telle que différentes appétences sont activées simultanément, comme par exemple les désirs d’attaquer et de fuir. De tels types de comportements directement opposés entrent en conflit les uns les autres, et le résultat peut prendre différentes tournures. On peut parler d’ambivalence simultanée dans lesquels les deux systèmes activés l’emportent simultanément. On parle de masquage si un comportement en supprime un autre, sans pour autant les empêcher d’apparaître tous les deux ensembles. En psychologie, on parle de somatisation, en Synergologie ce hïatus de communication est connu comme étant une chimère.

Chez les animaux comme chez les humains, ce flux d’excitation antagoniste est déchargé sous forme de gestes comme la recherche d’appui, se frotter, s’essuyer, se gratter avec la main, les yeux, la bouche, de passer la main sur la barbe (présente ou pas). Ces mouvements de dérivation ne se produisent pas seulement quand les conduites antagonistes sont activées mais également quand le « but » d’un comportement est atteint trop vite. C’est le cas lorsque le rival, avec lequel l’animal est engagé dans un combat, s’enfuit trop rapidement ou quand un stimulus attendu ne se manifeste pas. Ce moment-là est particulièrement intéressant à décrypter, à analyser pour comprendre ce qui l’a provoqué.

Les comportements : éléments essentiels à la survie de l’espèce ?

Selon Lorenz, le comportement des individus dépend beaucoup plus des composantes innées qu’apprises. "L’exemple est flagrant de l’homme par la disproportion entre ses énormes succès dans la domination de son environnement et son incapacité à résoudre les problèmes inhérents à son espèce."

C’est également le cas pour ce qui est de l’agression dont le comportement est toujours le résultat de frustrations (Dollard et coll., 1939). De ce point de vue, l’agression est donc réactionnelle et non l’expression d’une pulsion spontanée. Cependant, ce concept s’oppose à l’instinct dynamique d’agression que défendent Freud et Lorenz qui pour eux, serait la production d’excitations endogènes et le comportement appétitif correspondant. Pour une bonne inclusion et nous l’avons précédemment évoqué, il existe des voies de décharges de cette agressivité, comme de proférer des insultes ou de regarder des films au contenu agressif. Toutefois, la diminution de l’intensité des pulsions agressives n’est que temporaire parce qu’à terme, la régularité de la possibilité de décharge occasionne une sorte d’entraînement à l’agression. Ainsi, cette pulsion tend à se normaliser si elle n’est pas maîtrisée et le passage à l’acte devient probable.

Il existe une différence entre l’agression interspécifique et l’agression intraspécifique. Un carnivore combat différemment ses semblables et ses proies. Il est rare que les animaux, avec la force ou les armes naturelles dont certains sont dotés, les utilisent contre un congénère sans qu’il y ait inhibition. « L’existence des combats ritualisés fait ressortir la force de pression sélective du comportement agressif. Faute de quoi, dans les espèces qui, par leur comportement agressif, sont capables d’endommager leurs congénères, il y aurait eu une contre-sélection ; en fait, les techniques de combat les plus compliquées se sont développées en vue de permettre que les combats tiennent lieu de mécanismes d’espacement. » Cette notion d’espace, de territoire, est primordiale. Notons que l’habitude d’attaques émerge graduellement au cours du développement infantile, quand les animaux font l’expérience de la douleur au travers de la compétition pour la nourriture, mais aussi dans les jeux.

La cause du comportement agressif est la désorganisation sociale, parce qu’à l’intérieur d’un groupe, l’agression est souvent neutralisée par le développement d’une hiérarchie. D’autre part, la conscience de groupe dans une société bien organisée augmente l’agressivité contre les étrangers (H D Schmidt, 1960). La hiérarchisation ne suppose pas seulement que quelques membres du groupe gagnent leur autorité, soit par des combats ou par des performances particulières, mais aussi que les subordonnés reconnaissent et acceptent cette hiérarchie. Seule cette faculté avec la disposition à la subordination rend possible la formation de sociétés stables.

Voilà ce que je pouvais rapporter comme informations sur ce livre, mais il y en a tant d’autres encore. Sans organisation sociale, pas de société stable, donc une évolution compromise. Les rapports sociaux sont gérés par l’agressivité à différents curseurs et leurs substituts. Reconnaître et comprendre les comportements permettent de donner de l’information et d’aider les personnes à y voir plus clair, à s’adapter, à vivre mieux si possible.

Le rapport aux autres est aujourd’hui violent, l’individualité et le communautarisme sont plébiscités. Ce sont des valeurs refuges parce qu’ils permettent de se rassurer, ce qui n’est pas la solution à moyen/long terme. Alors je me pose la question : le communautarisme est-il si gênant ? La réponse est « oui » tant que les membres d’une même communauté n’auront de cesse de vouloir s’étendre et diffuser LEUR bonne parole.

Que faut-il combattre hormis la sécularisation qui fonctionne de pair avec le prosélytisme ?

D’un point de vue purement psy, à la base est le traumatisme de la naissance (Otto Rank) mais ça, c’est une autre histoire…

 

Bonobo 2

Ancien combattant de l'EI : analyse comportementale !

Ils sont un nombre important de jeunes adultes et d’adultes à avoir souffert d’une non-reconnaissance de la société. Que ce soit pour des raisons de cellule familiale défectueuse ou d’une situation économique précaire, ils n’ont pas su investir leur déception/désillusion/rancune vers des voies socialement plus acceptables. Pourquoi ? Parce qu’ils tiennent les institutions pour responsables de leur situation et que, le cerveau étant un adepte de l’économie d’énergie psychique, la victimisation les renforce dans leur comportement.

Donc la voie la plus rapide à emprunter pour la reconnaissance de leurs pairs, et la plus rémunératrice dans un temps très court, c’est la délinquance. Et la voie la plus simple et aussi la plus rapide pour conforter leurs valeurs patriarcales, archaïques et machistes, c’est le salafisme.

Lorsque l’Etat Islamique entre en guerre, c’est alors la solution toute trouvée qui s’offre à eux. Mais aujourd’hui, ces guerriers opportunistes ont été faits prisonniers par les kurdes et ce n’est pas la même chanson, ce qui les poussent à vouloir demander, avec une espèce d’évidence, à retourner dans le pays (qu’ils ont combattu soit dit en passant).

 

Pour quelles raisons ? Ont-ils soudainement retrouvé le chemin des valeurs démocratiques et républicaines ? Envisagent-ils réellement que la femme est l’égale de l’homme ? Que la laïcité passe avant la religion ?

Dans ce témoignage, nous pouvons voir l’ancien combattant islamique assis naturellement sur sa chaise, bien appuyé contre le dossier. Nous n’observons aucune tension musculaire dans les épaules, il est donc apparemment détendu, sûr de lui et de son discours, de ses intentions. Ses mains sont confortablement posées sur ses cuisses, les doigts entrelacés toujours sans raideur. Notons que ses jambes sont largement écartées illustrant une posture archaïque du « dominant » et une estime de soi très affirmée. Comprenez « dominant » dans le sens animal du terme bien sûr !

A 28 sec., il parle de ses anciens amis mais les places à sa droite avec sa tête, donc en dehors de son cercle intime. Il parle de la religion qu’il place à sa gauche, c’est donc toujours un élément fondamental dans sa vie. L’injustice est également une valeur importante pour lui, ses pouces s’élèvent lorsqu’il l’évoque à 41 sec. avec un léger sourire ironique/sarcastique/cynique. Dans ces échanges, l’ancien combattant de Daech est dans le lien tout en gardant un certain sens critique, sa tête penche sur sa gauche mais il parle avec l’hémi visage droit, le menton bien relevé confirmant la haute estime qu’il se porte. C’est un homme fier.

 

Ça se gâte…

« Vous avez tué des gens pendant que vous étiez combattant ? » L’axe de tête de l’homme passe de gauche à droite, ce qui traduit un changement émotionnel… là, il y a matière à creuser la question ! Toujours avec sa tête, il confirme le « non » mais en débutant le mouvement par sa droite, c’est un « non » pour faire plaisir, empathique.

A nouveau, lorsque le journaliste lui demande : « comment on fait pour être combattant et ne jamais tirer sur des gens ? » Le regard se baisse sur sa gauche, se remémorant certains événements, puis « pourquoi tu veux tirer sur des gens ? (…) J’ai tué personne » avec un « non » empathique et sa main gauche qui recouvre sa main droite, signifiant que si le sujet l’implique bien personnellement, il ne doit pas céder à la spontanéité. C’est aussi une question à approfondir : quelle a été sa réelle implication en tant que combattant dans les rangs de Daech ?

 

Un peu de sincérité

Parce qu’il y en a à la question : « aujourd’hui, regrettez-vous d’avoir rejoint les rangs de Daech ? » le « oui » effectué avec le mouvement de tête est sincère, cependant les raisons de ce regret ne sont pas celles que l’on pourrait croire, c’est-à-dire la recherche d’un Etat où la religion est au-dessus de tout. D’autant qu’à 2 min. 44, sur comment va se sentir sa femme sans lui, c’est bien avec l’avant-bras gauche élevé qu’il assène : « elles sont faibles les femmes ! »

Par ce nouveau témoignage et de ce que j’en ai encore observé, lorsque certaines valeurs, certains comportements sont si profondément ancrés   dans la personnalité, il est vain de vouloir changer les choses. Malgré la communication qui est faite, le corps ne ment jamais, il est alors temps que la justice passe.

 

Lien vers la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=8dwxl7kiVlM

 

Ancien daech

 

Le regard vaut tous les mots !

Certains témoignages nous interpellent sans que l’on ne sache vraiment pourquoi. Ils nous touchent par le processus identificatoire, par la véracité et l’intensité de l’émotion qu’ils véhiculent.

Aujourd’hui dans les médias, la publicité est interdite. Dès lors, certaines images peuvent être inversées, ce qui rend la perception de la situation, de l’émotion, différente. En quoi est-ce réellement important ? Eh bien parler de sa main gauche implique l’activation d’un hémisphère du cerveau différent de celui de la main droite. L’incidence quant au rapport de la personne à l’événement est grande. Soit l’individu est concerné à titre personnel, soit il pose une distance, ce qui implique une volonté de contrôle de son discours. Et donc, la perception que l’on aura du témoignage sera différente.

C’est la même chose avec le regard. Par exemple, lorsque vous vous remémorez un souvenir, votre regard s’oriente immédiatement vers la gauche. Alors que si vous cherchez des arguments, il partira vers la droite. Cependant, certains ressentis, certaines émotions, certains rejets sont si forts que le regard de la personne contredit la logique précédemment décrite… Voyons cela plus en détails avec le témoignage d’Ivo Magalhaes, le pompiste qui a été braqué par les frères Kouachi.

Dans celui-ci et au premier visionnage, j’ai été interpellé par certains regards qui partaient sur sa droite, bien qu’il évoquait des souvenirs. J’ai demandé confirmation au journaliste concerné si certaines images avaient été inversées, ce qui n’était pas le cas. Il me fallait donc reprendre séquence par séquence…

Tout d’abord, ce qui apparaît d’Ivo Magalhaes, c’est son regard hébété, les yeux grands ouverts avec des clignements de paupières appuyés. Dès les 1ères secondes, je constate une mise à distance de l’événement par l’élévation de son sourcil droit, puis gauche.

A 33 sec., son œil droit cligne très rapidement 3 fois lorsqu’il évoque « qu’il reste encore des douleurs internes. » Cligner 2 voire 3 fois très rapidement sur le même temps se fait lorsque la personne parle d’un sujet négatif.

Plusieurs fois au long de l’entretien, Ivo Magalhaes lève sa lèvre supérieure droite, ce qui traduit un réel mal être lié à un évènement extérieur : « tous les matins je me réveille, je pense à ça, j’ai les images qui me reviennent tous les jours. »

A 49 sec., lorsque la journaliste lui demande de quelles images il s’agit, le regard d’Ivo Magalhaes part sur sa droite, ce qui peut paraître totalement incohérent, sauf si on considère qu’il rejette ces images traumatisantes pour lui. Son regard les revoit, les fixe et les saisit pour les rejeter à l’extérieur de sa bulle, donc sur sa droite. D’ailleurs, 10 sec. plus tard, Ivo Magalhaes cherche ses arguments pour justifier le délai de 4 ans pour se décider à écrire un livre. Là, son regard part bien à droite mais dans un futur cognitif, il cherche ce qu’il va dire.

Ce rejet constaté par ce marqueur gestuel qu’est le regard, est systématiquement sur tous les termes qui concernent le braquage dont il a été victime : « il n’ a pas eu véritablement de suivi (1min. 54) » ; « l’aide qu’on aurait pu m’apporter pour la reconstruction, sans avoir certains déclics que j’ai prononcé dans le livre (2min. 06) ; « j’ai été livré à moi-même, je me suis retrouvé seul, même pour partir des lieux, il fallait que je bifurque… des chemins de traverses (2min. 47). »

Puis à partir de 5min. 23sec. jusqu’à 6min. 11sec., ce ne sont pas moins de 15 regards rapides jetés sur sa droite, sur des mots tels que « douleur » ou « ressenti. »

 

Un hémivisage gauche inexpressif, un regard exorbité qui rejette hors de sa bulle chaque mot/image qui ont un rapport au braquage : le trauma est toujours vif !

 

Ivo magalhaes

Lien vers la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=EulxShVgkNo

 

Analyse de la gestuelle du Président Macron - voeux 2019

Les vœux du Président Emmanuel Macron étaient très attendus, s’inscrivant dans un contexte particulier pour lui et certainement pas à son avantage. Cependant, il ne faut pas oublier que c’est un exercice qu’il affectionne, pour autant qu’il délaisse certains mauvais conseils de communication.

Le corps parle bien avant que les mots ne le fassent. Alors quels ont été son attitude, son style ?  

Déterminé et combattif

La détermination ne peut être feinte si elle est enrichie de gestes qui marquent son engagement. En dépit de toutes les critiques que ses opposants pourront faire au Président Macron sur le contenu de son discours, ses gestes d’affirmation de soi assurés, voire agressifs attestent de son investissement.

Regardez ses gestes fréquents et simultanés effectués avec ses 2 mains. Ils traduisent un désir d’unir mais ce qui est plus intéressant encore, ce sont les pouces qui se lèvent, qui l’affirment dans sa fonction mais également dans sa détermination à titre personnel.

Cet investissement est également perceptible lorsque ses mots s’accompagnent de mouvements de sa main gauche, alors que la droite reste en retrait. C’est bien lui, à titre personnel, en tant qu’individu, qui s’affirme.

A 1 minute 45 : « pour changer en profondeur les règles d’indemnisation du chômage, afin d’inciter davantage à reprendre le travail », ça lui tient à cœur.

A 2 minutes 49 : « notre pays veut bâtir un avenir meilleur reposant sur notre capacité à inventer de nouvelles manières de faire et d’être ensemble », ses doigts sont en pince (l’extrémité de l’index et du pouce se touchent) relevant ainsi son désir de précision, de justesse, d’importance. Ce geste reviendra souvent dans le dernier tiers de l’allocution.

La détermination s’illustre encore davantage lorsque le Président Macron pointe le sol avec ses 2 index pour souligner l’urgence à agir immédiatement : « alors même qu’il nous faut bâtir aujourd’hui de nouvelles réponses à ce phénomène. (…) Je suis intimement convaincu que nous avons à inventer une réponse, un projet, profondément français et européen (à 3 minutes 50). »

Enfin à 8 minutes 31, la détermination peut tourner à une marque d’agressivité lorsqu’il frappe sa paume droite de son poing gauche, geste qu’il exécutera plus d’une fois sur le dernier tiers de son discours : « on peut débattre de tout mais débattre du faux peut nous égarer, surtout lorsque c’est sous l’impulsion d’intérêts particuliers. »

Dynamique et authentique

Le Président Macron use d’une gestuelle économe, simple, pas trop stéréotypée mais plus dans un souci de ne pas trop en faire.

Comme vu plus haut, les mouvements de sa main gauche attestent de son implication personnelle. C’est bien le cas à l’évocation des « victoires sportives », de la « célébration de l’armistice. » C’est également le cas à son axe de tête qui tend légèrement sur sa gauche et qui n’a d’autre objectif que celui d’adoucir son discours. Il se veut empathique. Ses mains restent très majoritairement à l’horizontal, il se met au même niveau que son public. Ses doigts ne montrent pas de tension particulière, ses sourcils s’élèvent régulièrement pour marquer certains mots.

Le Président peut également se montrer agacé en tirant subrepticement sa langue, comme c’est le cas sur la « colère contre les changements profonds » (à 2 minute 49), ironique par certains petits sourires en coin qu’il affectionne, ou encore chafouin lorsqu’il tire rapidement une langue de délectation avant d’aborder son 3ème vœu, celui de la vérité.

Froideur et distance

Certaine personne ont cette faculté à mettre une distance entre eux et les autres. Ça tient à peu de choses, peu de gestes, cependant le ressenti est bien là. Certains vont la nommer snobisme, sentiment de supériorité, alors que pour d’autres ce sera de la pudeur. En tous les cas, il s’agit bien d’une adaptation comportementale pour se protéger du monde extérieur, perçu comme trop agressif.

Son illustration est très simple, c’est la main droite qui vient couvrir la main gauche pendant le discours, c’est mettre en avant son hémi visage droit pendant qu’on parle.

Voyez Laurence Ferrari qui présentait le journal avec le même hémi visage face caméra. Elle garde une image froide alors que Claire Chazal qui présente systématiquement son hémi visage gauche est bien plus dans le lien avec les téléspectateurs. Ca fait toute la différence et ça ne se contrôle pas, sauf à prendre des cours de théâtre pour se réconcilier avec son corps et apprendre à laisser sortir ses émotions.

Les gestes sont révélateurs de l’état émotionnel sur l’instant, du degré d’implication de la personne et si les mots qui viennent suppléer ces gestes sont concordants, alors la communication est réussie. De ce point de vue, c’est bien le cas.

Lien vers la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=iIS9JatcYeU

 

President macron

Relation de causalité entre la frustration et l'agression

L’agression. Une des réponses possibles à la frustration qui prend toutes sortes de formes, de l’homicide à l’insulte. Active ou passive, physique ou verbale, directe ou indirecte, elle est un « comportement destiné à blesser intentionnellement un autre individu, ce dernier étant motivé à en éviter les effets supposés aversifs (Barn et Richardson, 1994). » Elle peut être déplacée d’un objet à un autre, dans le sens psychanalytique du terme, c’est-à-dire qu’elle vise une personne en particulier mais elle est produite sur une autre.

Sa fonction est double. Hostile, donc impulsive, ou instrumentale, donc réfléchie. Hostile dans la mesure où elle est destinée à faire du mal sous l’émotion de la colère. Instrumentale parce qu’elle est produite sur une personne mais dans l’unique but d’acquérir un objet, un bien ou un gain.

Dès la petite enfance, les enfants agresseurs sont rejetés par les autres enfants (Kupersmidt, Burchinal et Patterson, 1995). Ce rejet anticipe de futurs comportements hostiles qui nuiraient à la cohésion du groupe. Malheureusement, ce n’est pas sans conséquences pour les tumultueux parce qu’en les ostracisant, cela va renforcer leurs frustrations et nourrir leur colère (prophétie auto réalisatrice).

De surcroît, ce comportement agressif, s’il vient à perdurer, aura un impact sur l’implication éducative des parents. Ils se montreront moins attachés (Patterson, Capaldi et Bank, 1991). Ce qui aura également pour effet de renforcer le caractère agressif de leur progéniture (Rohner, 1975). La renonciation des parents dans l’éducation de leurs rejetons est aussi la conséquence de faits de vie et de facteurs socio-économiques (chômage, décès, dépendance à l’alcool, à la drogue…).

Ensuite, dans une optique d’inclusion et de reconnaissance, les enfants agressifs vont se rapprocher d’autres qui auront un profil semblable, chacun s’influençant. Ils finiront par constituer un groupe dont la dynamique ne sera pas développée ici, mais leur individualité se perdra au profit de l’identité du groupe.

L’explication de ce comportement agressif est à trouver dans l’intensité proportionnelle de la relation de cause à effet, entre la frustration et l’agression. Plus la frustration est grande, plus l’agression le sera. La frustration est nécessaire à la vie en société. Robert Merton (1957) a établi que le comportement d’agression est la conséquence d’expériences sociales frustrantes. Il y a eu un écart significatif entre l’envie, le désir et le but qui n’a pas été atteint. Cela tient aux barrières psychologiques (manque de ressource), aux barrières physiques (mauvaise auto régulation des émotions), au manque de reconnaissance, aux échecs subis, aux humiliations ou encore à la confrontation à des facteurs environnementaux (comme le bruit, vétusté de l’habitat, pauvreté…). Des chercheurs ont également montré que des personnes qui jouent à un jeu vidéo violent, avec un faux pistolet au lieu d’une simple manette, sont plus agressives par la suite (Barlett, 2008).

Quelles solutions alors ? J’en vois 3…

Tout d’abord le renforcement positif par des félicitations, des récompenses, de la motivation, de l’accompagnement.

Mais c’est également punir quand cela est nécessaire afin d’inhiber le comportement agressif. La punition doit être expliquée, mesurée, avec une date de fin. Elle ne doit pas mettre en jeu l’intégrité de l’enfant, elle ne doit pas être avilissante ni humiliante.

Il est aussi fondamental de développer les fonctions exécutives de l’enfant afin de développer sa capacité d’attention, de concentration, de curiosité et de créativité tout en veillant - autant que possible - d’éviter l’injustice.

Cette guidance va contribuer à mettre en place et développer l’autorégulation émotionnelle nécessaire à une bonne socialisation, une bonne estime de soi, une meilleure perception de soi et l’empathie. Avant Dolto, l’enfant n’était pas considéré, il devait s’adapter. Après Dolto, nous avons compris que l’enfant était une personne à part entière mais nous sommes tombés dans l’excès inverse en termes d’éducation. A trop laisser l’enfant faire, il est devenu un roi incapable de gérer ses frustrations. L’immédiateté, l’instantanéité peuvent être une bonne chose pour autant qu’elles ne soient pas systématiques. Tout est une question de curseur.  

Mais gardons bien à l’esprit qu’en tant qu’agresseur, victime, parent ou tierce personne, c’est la personnalité qui domine la situation, le choix existe mais il peut être gourmand en énergie psychologique, cognitive et émotionnelle.

 

Kid with gun

Réf. :

"L'agression humaine", L. Bègue, éd. Dunod

"L'éthologie humaine", JD de Lannoy, éd. PUF

"Pulsions et destins des pulsions", S. Freud, éd. PBP classiques

Crédit photo : inconnu

 

 

L’influence sociale dans le suicide de l’adolescent…

Il n’est pas admissible qu’un(e) adolescent(e) se suicide après avoir été victime de harcèlement de la part d’un groupe d’élèves ou d’une seule personne ! Le harcèlement débute à l’école, pourchasse jusque dans la sphère publique pour acculer et triompher dans la sphère privée.

Les harceleurs utilisent aussi bien les réseaux sociaux que l’intimidation physique et verbale.

S’il est important de comprendre le cheminement psychologique de la victime, il est aussi vraiment nécessaire que les parents en général, ceux des harceleurs en particulier, se posent les bonnes questions. Mais comment savoir si mon enfant est victime ou bourreau ? Clairement, tout parent est à même de distinguer le caractère de son enfant, intro/extraverti, aime montrer qu’il domine, réservé… Il est impératif de se poser quelques questions factuelles : comment mon enfant utilise son portable ? Quelle est la qualité de ses relations sociales ? Quelle est son attitude, son comportement en groupe ? Ce n’est pas l’affaire de l’école, c’est bien au sein de la famille que tout commence, qu’elle soit reconstituée, monoparentale ou avec les parents d’origine. Ce qui est sûr, c’est qu’aussi bien du côté du harceleur que du côté du harcelé, les parents doivent s’interroger.

Les statistiques sont certes en baisse depuis 2003 mais en 2014, ce sont 8 885 suicides en France alors que les décès liés aux accidents de la route sont de 3 384… c’est la 2ème cause de mortalité chez les 15-24 ans. La pendaison est la méthode la plus utilisée, 6 cas sur 10 ! Lorsqu’on y réfléchit un instant, le harcèlement confine, étouffe de la même manière qu’un nœud coulant vient comprimer la trachée et provoque la suffocation, la mort. Les tentatives de suicide sont 20 fois plus nombreuses que le nombre de suicides. Les causes évoquées ? La solitude, la dépression, la maladie physique, les problèmes de couple ou de famille.

Le suicide est un fait social déterminé par ce qui relève de l’intime et du relationnel, la religion et la famille protègent du suicide parce qu’elles l’interdisent et fédèrent les personnes autour d’un enjeu collectif qui suscite un profond sentiment d’appartenance. Le sentiment d’appartenance/d’inclusion est ainsi un élément déterminant dans le passage à l’acte.

Selon Durkheim, et même si cela a été sujet à controverse, il existe 4 catégories de suicides :

- le suicide égoïste qui fait suite à un défaut d’intégration, comme une personne célibataire qui s’est complètement isolée et se sent exclue de la société,

- le suicide altruiste qui fait suite à un excès d’intégration, comme les fanatiques,

- le suicide anomique qui fait suite à un défaut de régulation, de normes, de règles,

- le suicide fataliste qui fait suite à un excès de règles qui viennent empêcher toute expression individuelle.

Pragmatiquement, si on garde à l’esprit la relation étroite entretenue par l’individu et son environnement, cette catégorisation fait sens.

La personne qui se suicide est guidée par des raisons, des causes qui ne sont pas les bonnes d’un point de vue extérieur. Elle est donc dans un état psychologique confus, poussée par des justifications collectives qu’elle a intériorisé dans un désir de reconnaissance absolu, « à tout prix ».

Que l’on retienne cette classification ou non, on peut faire une seule distinction, le suicide impulsif et le réfléchi. Ce qui pousse au suicide ce sont des faits, des circonstances, des sentiments ou des pensées qui isolent la personne des autres.

La mélancolie ! Selon Freud, le suicide est une dépression profonde et douloureuse, une suspension de l’intérêt pour le monde extérieur, la perte de la capacité d’aimer, l’inhibition de toute activité et la diminution du sentiment d’estime de soi (1958).

La mélancolie est l’acmé de l’état dépressif, la situation sociale est déterminante pour le passage à l’acte. C’est le cas lors d’un deuil ou d’un évènement traumatique où la personne va ressentir un profond désespoir et ne va pas en parler à son entourage.

Le suicide résulte d’un deuil inabouti. Deuil de la reconnaissance dont le point de départ est le groupe auquel la victime s’était identifiée. Il servait à étayer son Moi et son narcissisme. La perte c’est l’exclusion,  le rejet ou encore l’humiliation. Elle est vécue comme un effondrement psychologique.

Bien entendu, toute mélancolie ne mène pas au suicide ni à une tentative de suicide, cependant la personne connait des phases où l’idée suicidaire est prégnante. L’idée est là !

La mélancolie, ce profond sentiment de solitude, de ne pas être écouté, ni entendu. On observe que nos proches ne sont pas attentifs à notre comportement alors que nous sommes intimement/viscéralement convaincus qu’ils devraient l’être. C’est ça qui plonge la personne dans un gouffre de désespoir sans fond. Et si elle en parle, le risque est que le proche minimise le fait, « c’est pas si grave »… « tu te fais des idées »… « sois moins nombriliste »… alors le gamin se replie sur lui-même, se renferme. Il a la boule au ventre le matin en partant à l’école avec la peur qui devient son fidèle ami. Le gamin anticipe les conséquences sur ses parents, sur sa famille… alors il fait mine le soir que tout va bien.

Alors comment identifier cette tristesse, cet abattement, ce comportement à la limite du passage à l’acte ? En observant les réactions de l’enfant lorsqu’on discute avec lui. Il est important de garder à l’esprit que 2 comportements sont possibles : un repli sur soi avec une attitude hypotonique (c’est-à-dire sans tension musculaire), le menton relevé ou baissé ; ou un comportement faussement extraverti avec une attitude tonique et un regard qui soutient le vôtre. Il est également important d’observer si la personne cligne des paupières ou très peu. Si ce n’est pas le cas, cela traduit une « absence », la personne semble être présente alors que seul son corps est là, son esprit est perdu ailleurs et elle n’intègre pas les informations qui lui parviennent de l’extérieur.

Dans le cas où le parent a pu observer ces signes précurseurs mais qu’il les a niés, c’est qu’il a subi l’influence sociale pour vérifier et valider son ressenti. Si les autres personnes de la fratrie, de la famille ou même du cercle social proche, n’ont eux-mêmes pas observé ces signes, alors le parent se range de leur côté et infirme ses observations. « S’agissant d’une réalité sociale aussi bien que physique (Festinger, 1950), le principe fondamental guidant cette épistémologie de sens commun (…) serait donc celui du consensus. Si l’heuristique du grand nombre (Chaiken, 1987) semble dominer le processus de validation subjective, il faut cependant envisager que celle-ci puisse aussi reposer sur un autre principe épistémologique, celui de la coordination des points de vue (Mugny, Huguet, Perez – Influence sociale et processus de décentration – bulletin de psychologie, 1992, vol. 45, n°405, p. 155 à 163). »

Mais le parent a aussi pu passer à côté de ces signes précurseurs en préférant, inconsciemment, les éluder, les éviter. L’évitement et le déni sont une fuite émotionnelle. C’est comme vouloir revenir au moment précédent les évènements pour ne pas s’y confronter, c’est nier la réalité qui ne manquerait pas de nous placer en déséquilibre psychique. Se confronter à la réalité provoquerait un nécessaire changement si couteux émotionnellement. Il s’agit là d’un renforcement négatif, en termes comportementaliste : « j’ai peur, j’évite/je fuis, je n’ai plus peur… » pour autant, le problème reste entier. Se confronter à la réalité, c’est devoir faire un choix qui entrainera inévitablement un renoncement et renoncer, c’est perdre quelque chose et en faire le deuil.

Il n’est pas admissible de laisser la violence physique et morale s’étendre, se développer au sein des écoles et des familles. Il n’est pas admissible de laisser les enfants se débrouiller seuls trop tôt dans une société où l’avoir prime sur l’être. Il appartient à chacun de se questionner, de se positionner en tant que parent responsable, garant des limites qui sont là pour la cohésion sociale autant que pour rassurer. Comprendre le processus suicidaire permet d’en appréhender sa complexité. C’est aussi se donner la possibilité d’agir et de lutter contre ce sentiment d’impuissance qui transpire de cet acte.

« Je qualifie la violence dont je parle de fondamentale car je pense qu’elle touche aux fondations de toute structure de la personnalité, quelle que puisse être cette structure. La violence dont il est question ici correspond étymologiquement à une force vitale présente dès l’origine de la vie (Bergeret). »

Sources :

Cairn.info / logique des homicides dits altruistes

DE LARA – Le mélancolique et le risque suicidaire

Georges GENIL-PERRIN

Charles VALLON

Le Monde.fr – Alexandre POUCHARD – 09/02/2016

Le Monde.fr – François BEGUIN – 05/05/2018

Mucchielli, Renneville – Les causes du suicide : pathologie individuelle ou sociale ? Durkheim, Halbwachs et les psychiatres de leur temps (1830-1930).

cps-le-faubourg.org/wp-content/uploads/Les-phases-du-processus-suicidaire.pdf

https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/charente-maritime/suicide-au-lycee-saintes-notre-fille-etait-harcelee-c-est-cela-qu-elle-s-est-pendue-1485247.html

 

Noeud de pendu

 

 

Le Comportementalisme pour les Nuls !

Le comportementalisme (ou encore le behaviorisme) est né à la fin du 19ème siècle, début du 20ème.

Son paradigme originel est que le comportement d’un individu est conditionné par une réponse réflexe à un stimulus, puis il a évolué avec l’introduction de l’interaction avec l’environnement.

L’objectif du comportementalisme est la prédiction et le contrôle du comportement, en faisant abstraction de l’économie psychique de l’individu. C’est donc se doter d’un pouvoir prédictif et d’une possibilité de modifier le comportement, de  l’induire.

Aujourd’hui, dans sa forme évoluée, ce sont les Thérapies Comportementales et Cognitives. A titre personnel, j’ajouterais que l’apport de l’outil de la Synergologie est une option forte pour affiner l’analyse du comportement.

Pour ma part, je situe les débuts du comportementalisme dans l’établissement de Jacques Belhomme, fin 18ème. Un lieu où sont regroupés les aliénés et les criminels, sans distinction et sans objectif thérapeutique. Ils vivent dans des conditions insalubres, ils sont maltraités et enchaînés et surtout, il faut qu’ils restent à la marge de la société. Ce type d’établissements se posait comme régulateurs sociaux.

C’est dans ces lieux que Philippe PINEL, s’appuyant sur l’expérience d’un surveillant – Jean-Baptiste PUSSIN, va intervenir pour développer ce qui sera le précurseur de la psychothérapie. PINEL considère que les aliénés peuvent être compris et soignés, et ça doit commencer par leur ôter leurs chaînes.

Le comportementalisme passe par les travaux d’Edward THORNDIKE (théorie connexionniste), d’Ivan PAVLOV (conditionnement répondant), de John Broadus WATSON (behaviorisme radical) et de Burrhus Frédéric SKINNER (conditionnement opérant).

SKINNER apporte les bases d’un conditionnement opérant, plus complexe que le conditionnement répondant Pavlovien. Il montre que les conditions qui entourent une action ont des conséquences sur celle-ci, et inversement. Les actions du conditionnement répondant sont en fait des réflexes, alors que celles du conditionnement opérant sont des conduites complexes qui interagissent avec leur milieu.

L’occurrence d’une réponse à un stimulus et à ses effets sur l’environnement accroît la probabilité qu’elle se renouvelle. C’est donc un ensemble de conditions et de conséquences qui déterminent le renouvellement du comportement et le renforce en tant que réponse adaptative.

Par exemple, l’agressivité, l’angoisse, la peur, le besoin compulsif d’ «avoir» se développent parce que l’environnement direct les a renforcés en y répondant favorablement. Il les a donc encouragés à se reproduire.

Ce qui est intéressant lorsqu’on ajoute à l’analyse comportementale le facteur « économie psychique », c’est que les mécanismes de défense que sont le refoulement et la sublimation revêtent la fonction de régulation et de transformation des pulsions en des voies plus acceptables socialement.

Ainsi, en agissant sur le comportement d’un individu, son système (en tant qu’environnement direct) et ses mécanismes de défense, le comportementaliste a la possibilité de ramener une personne dans un équilibre psychologique plus efficient.

J’observe aujourd’hui que les neurosciences travaillent à vouloir localiser dans le cerveau sa partie incriminée dans un comportement adapté et  inadapté. Les applications sont nombreuses, comme dans le domaine de la psychiatrie, de l’éducation… Cependant, le public profane pourrait croire que les neurosciences font l’impasse sur tout ce que nous avons vu plus haut et de surcroît, à cause d’une surmédiatisation des travaux réalisés et de leur vulgarisation, cela peut contribuer à diffuser des informations qui peuvent être mal interprétées par le public profane. Les projets développés sont passionnants, néanmoins je pense que l’individu peut en profiter pour se dédouaner de toute responsabilité quant à ses actes… mais ça, c’est un autre débat !

 

Comportementalisme

Liens :

http://cogimage.dsi.cnrs.fr/projets/dyco/index.htm

http://cogimage.dsi.cnrs.fr/projets/nemesis/index.htm

https://www.youtube.com/watch?v=QMJzZB2oQSA

https://www.youtube.com/watch?v=sFiPTGQnE08

https://www.revmed.ch/RMS/2006/RMS-82/31342

https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/autisme

http://www.blog-lecerveau.org/blog/2014/05/19/deux-perles-de-vulgarisation-scientifique/

http://www.slate.fr/story/108511/mefiez-vous-neurosciences-education

 

http://www.psychologies.com/Dico-Psycho/Comportementalisme

http://www.synergologie.org/

http://psy-enfant.fr/comportementalisme-behaviorisme-tcc/

 

 

 

 

Portes Ouvertes des Artistes de Ménilmontant

Du 27 au 30 septembre, de 14h à 20h (nocturne jusqu'à 22h le 28), les Artistes de Ménilmontant organisent des Portes Ouvertes !

Je vous invite à venir découvrir les différentes activités qui y sont pratiquées, notamment le CERCE.

Le CERCE est un collectif regroupant 3 artistes art-thérapeutes, Véronique TAT (violoncelliste concertiste, enseignante et musicothérapeute) - Alessandra LANEVE (peintre, art-plastique, calligraphe japonaise, graphiste et art-thérapeute) - Patrick LAURIN (peintre, art-thérapeute, formateur et superviseur en art-thérapie) qui ont la gentillesse de m'accueillir pour débuter mon activité de psy en libéral dès le mois d'octobre.

La complémentarité entre la psychothérapie et l'art-thérapie n'est plus à démontrer... lorsqu'en plus cela se pratique dans un cadre doté d'une âme bienveillante !

 

Venez donc nombreux nous rencontrer et nous nous ferons un plaisir de vous présenter nos activités.

 

Po menilmontant

 

https://ateliersdemenilmontant.org/adm/portes_ouvertes/portes_ouvertes.htm

https://cerce-collectif.org/

 

 

La force d’un témoignage investi et authentique !

Article qui aurait également pu s’intituler : « Reconnaître le dysfonctionnement du lien mère-fille au travers d’un témoignage relatif à un TCA », dans la mesure où ce dysfonctionnement est clairement désigné au travers d’un geste spécifique, à 2 moments uniques de cette interview. Nous verrons quel est ce geste un peu plus loin.

Double objectif aussi pour cette analyse qui pointera les marqueurs gestuels témoins de la véracité d’un témoignage, ici un trouble du comportement alimentaire, et l’évocation inconsciente d’une information connexe non prévue, ici le lien mère-fille dans l’enfance.

Rappelons que dans le mensonge, il est fréquent que l’individu regarde significativement son interlocuteur pour constater si son histoire est crue par l’autre. Il emploie plus volontiers des pronoms impersonnels et se dissocie de l’évènement qui est généralement une histoire peu complexe illustrée par des mots à teinte négative.

En revanche, dans la vérité l’emploi du « je » est fréquent, la personne assume sa responsabilité dans l’événement et le regard se défocalise involontairement (défocalisation passive) et fréquemment.

Ely Killeuse est bloggeuse et témoigne, pour le Huffington Post, de sa relation avec ses parents lorsqu’elle était en proie à un trouble du comportement alimentaire.

A noter qu’il n’y a pas d’image inversée si je me réfère au t-shirt en début de séquence et à son livre qu’elle tient devant elle.

« Quand ma mère s’est aperçue que je me faisais vomir… »

Nous constatons immédiatement cette défocalisation passive du regard, véritable témoin de la véracité du discours. A l’évocation de sa mère, la bloggeuse se démange nettement la base du nez (N20 à 36 sec.), marqueur gestuel spécifique qui signifie que tout n’est pas dit.

L’évènement est décrit tout d’abord avec la main gauche (40 sec.) puis ce sont les deux mains qui sont employées (cognition incarnée) ; main gauche qui nous indique que le sujet la touche particulièrement.

Ely Killeuse montre une certaine rigidité (liée à elle, à son histoire) par le côté extérieur gauche de sa bouche qui s’étire (40 sec.). Cette gêne liée à l’image renvoyée aux autres et à soi est aussi visible par la lèvre inférieure qui s’étire vers le bas, laissant apparaître les dents (45 sec. avec la vitesse réduite à 25%). Cette gêne ressentie est un mélange de peur et de dégoût que nous pourrions réinterpréter comme une révulsion ressentie face à sa maladie.

« Ensuite, j’allais me faire vomir et vu que mes parents travaillaient tard, ils ne s’en rendaient pas compte. »

A nouveau, Ely Killeuse défocalise son regard, témoin de son sentiment de culpabilité. Les sourcils se lèvent pour souligner les propos (53 sec.). A la fin de l’évocation de son souvenir, sa bouche se ferme avec une tension visible dans la mâchoire, ce qui indique qu’elle ne souhaite pas en dire davantage.

Lorsqu’elle parle des vomissements répétitifs et des conséquences sur la santé, sa bouche se ferme pour en dévoiler peu sur ce sujet et sa langue sort très rapidement en son centre (1 min. 14 sec.). Est-ce une langue de vipère ou une langue de délectation ? J’opte pour le fait qu’elle savait ce qu’elle encourait mais qu’elle n’en avait pas pris conscience. Sa langue sortie vient donc nous dire « oui je le savais mais je l’ai fait quand même, parce qu’à ce moment-là, j’en avais besoin pour mon équilibre psychologique.» Et c’est ce qu’elle nous confirme juste après lorsqu’elle dit que « l’envie d’être mince était plus intéressante que de prendre soin de ma santé. »

« Ce qui m’a vraiment aidée, c’est quand ma mère m’a emmenée faire du shopping… »

Voici le second moment important de l’interview, lorsqu’elle évoque sans en avoir conscience sa relation dyadique mère-fille. Ce qui est intéressant, c’est à nouveau cette micro démangeaison faite avec son index gauche (l’index est le « je » personnel, celui qu’on tend lorsqu’on veut prendre la parole) à la base du nez (N20) et qui nous indique des propose cachés, des non-dits. Elle déglutit, sa mâchoire se crispe quand elle avoue qu’elle se faisait mal autant qu’aux autres, ses yeux sont humides et sa bouche se ferme pour ne plus trop en dire (1 min. 34 sec.).

« Mon père rentre tard, ma mère, elle, elle a l’avantage de travailler en poste… »

Ce coup-ci, c’est son majeur droit qui vient gratter la base de son nez alors que ses propos font référence à son père ET à sa mère. Ce geste m’interroge, effectué de la main droite il induit l’environnement, le monde extérieur tandis que le majeur fait référence à la libido, au couple…

Pour ma part, je comprends qu’il y a une tension à la base dans la relation dyadique mère-fille, comme je l’ai précédemment dit, et que cette tension a grandi du fait du TCA de Ely. Ce geste traduit inconsciemment un reproche adressé à sa mère, un manque qui a été ressenti avec force et qui a été à l’origine du TCA. Le manque, qui fut source d’une grande angoisse pour la bloggeuse, a été redirigé vers le corps, vers une action (décharge pulsionnelle de l’agir) pour satisfaire son homéostasie.

Quelques dizaines de secondes après (2 min. 24 sec.), Ely se démange une partie du corps qu’on ne voit pas du fait du cadrage de la caméra, lorsqu’elle dit qu’il est nécessaire d’aller consulter un médecin bienveillant. Elle marque ainsi son regret de ne pas en avoir trouvé un, ou de ne pas l’avoir fait.

« Malheureusement, dès l’enfance on instruit un rapport compliqué à l’alimentation… »

C’est par ailleurs un autre moment important de cet entretien parce qu’il témoigne d’un vrai rejet. Le regard se détourne franchement à sa droite, semblant vouloir éviter son propos. Elle place ainsi de facto l’alimentation, qu’elle aime et qu’elle vante, sur sa gauche (côté cœur bien sûr).

Les mains s’activent à nouveau, paumes dirigées vers elle et formant ainsi une bulle imaginaire protectrice. Ainsi, elle s’associe à son discours.

Dans cette analyse, nous avons vu que les marqueurs gestuels mis en avant, de façon inconsciente, par la bloggeuse traduisent un discours vrai, un témoignage de son expérience personnelle mais dévoilent également de façon insidieuse l’origine de son TCA.

Ces marqueurs sont perceptibles à l’œil nu pour autant que nous soyons entraînés à y faire attention. Ils sont importants parce que leur appréciation permettra un meilleur questionnement du thérapeute, notamment sur les non-dits du patient, mais également dans un cadre judiciaire.

Pour information à propos des TCA, Irène Chatoor et l’école de Washington ont établi la classification nosographique la plus reconnue en France et à l’étranger des TCA, qui permet un meilleur diagnostic :

  • Le trouble alimentaire de la régulation des états,
  • Le trouble alimentaire associé à un manque de réciprocité mère-nourrisson,
  • Les aversions sensorielles alimentaires,
  • Le trouble alimentaire associé à des conditions médicales concurrentes,
  • Le trouble alimentaire post-traumatique.

Pour une bonne prise en charge, le thérapeute se doit de :

  • Ne pas exclure la possibilité d’une cause organique,
  • Evaluer l’intensité du trouble relationnel et les répercussions sur l’enfant de la personnalité des parents,
  • Proposer une guidance maternelle et la requalification des compétences paternelles.

Pour la suite me concernant, je serai en formation sur la prise en charge du trauma psy en septembre et dès novembre j’aurais l’honneur de participer à une certification à l’entretien cognitif (une première en France), dispensée par le Pr. Jacques Py. L’entretien cognitif a été récemment utilisé en France pour une affaire pédo criminelle et a déjà démontré sa très grande utilité outre atlantique.

 

Ely killeuse

Lien vers la vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=AjqKlyPHfow

Liens vers les articles connexes :

http://elykilleuse.fr/

https://projet.chu-besancon.fr/pmb/PMB_Ecoles/opac_css/doc_num.php?explnum_id=171

https://www.cairn.info/revue-perspectives-psy-2007-4-p-354.htm

https://recherche.univ-paris-diderot.fr/actualites/les-troubles-du-comportement-alimentaire-lies-la-relation-parentale

http://www.lemangeur-ocha.com/wp-content/uploads/2012/04/AlimAdos-Meryem-Sellami3.pdf

newman et al 2003 – Lying words : Predicting deception from linguistic styles

http://psychotemoins.inist.fr/?Ameliorer-la-qualite-des-portraits

Analyse Flash : Redouane Faïd, braqueur un jour, braqueur toujours !

3 images simples pour illustrer qui est Redouane Faid, l’enfant qu’il a été et le braqueur qu’il sera toujours.

 

Redouane faid 1

« Je me suis toujours gardé de véhiculer une aura et une légende en disant que c’est bien de faire ça… »

Il le scande comme un mantra mais il énonce simplement le symbole qui le guide lui, et vers ce à quoi il veut tendre : être plus le plus reconnu de tous les braqueurs !

Les propos sont dits posément, sans agressivité qui elle, est lisible sur son corps. Sa langue sort de sa bouche pour y rentrer rapidement, une image presque imperceptible mais dont le sens est : je ravale mes propos.

Axe de tête latéral droit ajouté à un axe de tête rotatif droit, lesquels sont renforcés par un axe sagital supérieur. Il se croit et se place au-dessus des autres, guidé par l’ambition et la quête de reconnaissance : il se voit comme un rebelle et le dit avec le sourire.

La position du buste en arrière et vers sa droite montre qu’il est dans une posture analytique, réfléchie. Son sourcil gauche est relevé par rapport au droit, ce qui le met à distance des autres. Il se veut à part, différent.

 

Redouane faid 2

« Quand vous grandissez dans une cité, on fait pas attention à vous… »

Le voilà son point de départ d’adaptation sociale, son T0 qui motive son ambition. C’est ce que je tente de clamer, de relayer haut et fort que l’enfant a besoin d’attention, de bienveillance et d’inclusion. Le cas échéant, nul ne peut prédire les voies créatives qu’il peut emprunter pour arriver à exister.

Son menton est froncé en une moue de regret, de dépit qui transmet au fond une tristesse ressentie et contre balancé par un sourire ironique qui revient très souvent tout au long de ses interviews. Il nous rit au nez ! Sa tristesse est domestiquée et surmontée à grand renfort de clivage bien versus mal, vision pour le moins binaire et enfantine du monde vu par un petit gars de la cité (rien de péjoratif dans mes propos, je vous rassure). C’est malheureusement trop souvent la loi de la débrouillardise et du plus fort qui l’emporte dans cet environnement.

 

Redouane faid 3

« Je me suis fait arrêter et ça m’a servi à stopper tout ça… »

Aller, pour un peu on pourrait y croire… Non ? Non, pas une once de vérité dans tout cela. Comment serait-ce possible lorsque la tête se désaxe tellement pour venir se placer à l’opposé de ce que les yeux regardent ?! Ses paroles vont dans un sens, ce qu’il pense réellement va dans l’autre sens.

 

Criminel un jour, criminel toujours !

 

Lien vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=_WJytJmlOqs

 

Affaire de 8 infanticides : Dominique Cottrez

Le fait divers criminel est toujours/souvent l’occasion d’un débat/intérêt passionné et fascinant. L’amour peut y côtoyer la mort et certains crimes peuvent rester incompris du grand public, à cause de la nature même du crime, du scénario joué ou encore de l’auteur(e) et des victimes.

C’est le cas de l’infanticide. C’est un crime à traiter à part des autres, qui eux, sont souvent la conséquence de frustration, de jalousie, de haine. Mais qu’en est-il lorsqu’il est la conséquence de l’amour sur fond de crypte ? Comment comprendre cet acte d’une mère à l’encontre de son nouveau-né ? Pour tenter de comprendre ce passage à l’acte, il faut faire preuve d’une profonde et réelle empathie cognitive (et non émotionnelle).

 

Rappel des faits

Les acquéreurs d’une maison découvrent, en réalisant des travaux dans leur nouveau jardin, deux sacs en plastiques contenants les cadavres de deux bébés. Cette maison appartenait au père de Dominique Cottrez, qui reconnaîtra être la mère des bébés, de même qu’elle reconnaîtra la présence de six autres corps dans son garage et sa chambre à coucher.

Aucun des corps ne porte de trace de violence. Dominique Cottrez (DC – je n’y peux rien…) explique au juge avoir été victime d’inceste pendant très longtemps (propos niés par la suite, cependant il ne faut pas oublier l’état de sidération que peut provoquer un traumatisme psychique, et donc la possibilité d’état de confusion dans lequel se trouve la victime, même des années après les faits) et avoir agi par crainte que les enfants ne soient de son propre père.

Après deux ans de détention provisoire, DC a été remise en liberté et placée sous contrôle judiciaire.

 

De l’économie psy

Chaque affaire d’infanticide ne doit pas faire appel à des statistiques, parce qu’elle est empreinte d’un contexte familial lourd et propre à chacun.

Ainsi, le profil de la mère infanticide (meurtre d’un bébé de moins de trois jours) concernerait des femmes jeunes, célibataires, sans antécédent psychiatrique et accouchant seules suite à un déni de grossesse. Le profil de la mère liberticide (meurtre d’un enfant âgé de un à onze ans) concernerait des femmes plus âgées, qui passent à l’acte dans un contexte pathologique dépressif sévère (Besnier, 2004).

Ces profils ne s’appliquent pas à DC. En premier lieu parce qu’il ne s’agit pas d’un déni de grossesse mais d’une dissimulation de grossesse. DC reconnaît et a conscience de ses grossesses mais elle est incapable d’en parler à quiconque. Dans le cas de DC, le passage à l’acte est un aveu de ne pas pouvoir établir de lien primaire, propre à la mère et à son nouveau-né. Elle aime trop ses enfants, même si cela semble paradoxal, pour les laisser exister/vivre en tant que conséquences de viols.

Au même titre qu’il existe des suicides altruistes, il existe (et c’est ici le cas) des meurtres altruistes. Ils sont la conséquence de carences affectives importantes et mortifères, d’un sentiment d’abandon profond et vraisemblablement de traumatismes qui datent de l’enfance et non traités. Traités suite à une résilience ou par une intervention extérieure. Il a été impossible à DC d’extérioriser/verbaliser ses épisodes traumatiques. La seule voie d’expression fut la somatisation dans le meurtre, somatisation paroxysmique des traumas subis.

Le refoulement peut avoir des effets délétères si l’évènement n’est pas pris en charge. Pour DC, accoucher et tuer ses enfants seraient comme taire ses mots/maux révélateurs du trauma. Elle est dans l’impossibilité de nommer ses enfants victimes parce qu’ils sont la représentation insupportable de la mauvaise mère, l’incarnation du mauvais sein, d’où une image de soi fortement dégradée, insupportable, confortée par un physique qui n’est plus une représentation féminine.

 

Le silence tue !

Garder les corps à proximité d’elle était comme se donner la possibilité de hurler ses mots/maux quand nécessaire, en posant simplement un regard sur les cadavres gardés à demeure et à l’insu (déni ?) de sa famille, son mari en particulier.

 

 

Dominique cottrez

 

Affaire Alexia DAVAL : Enquête Criminelle W9

 

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