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L'importance du contexte

Le 26/12/2020

Observer un groupe d’individus c’est prendre de la hauteur sur la situation, sur les interactions mais sans faire de focus sur une seule personne. 
Axer son observation sur une personne serait une erreur car l’acte intentionnel n’est qu’une partie du comportement, ce n’est pas la cause.

Il est donc nécessaire d’analyser l’environnement (symbolique, imposé, choisi de Bandura), le contexte pour apprendre à prévoir les comportements sur la base des informations qui fournissent le contexte et non à partir de l’intention inférée des individus.

C’est ce que fait d’ailleurs, de façon inconsciente, chaque membre d’un même groupe d’individus. Il analyse l’interaction (théorie triarchique de Sternberg) au regard des règles sociales induites de ce même groupe de façon à prévoir à très court terme de l’interaction le prochain mouvement, la prochaine parole, geste, réaction… Chacun vient donc avec sa propre histoire et en tant qu’analyste du comportement, il est primordial de l’avoir à l’esprit.

Une interaction ne se résume pas à un échange d’actions et de réactions entre deux ou plusieurs personnes, c’est aussi un moment d’échange de règles sociales et chacun vient avec les règles qu’il a apprises, avec toutes les différences que cela induit également (culturelles, statut socio-économique, familiales…). Ce moment d’échange revêt un aspect subliminal et “seule l’information de faits nouveaux fait l’objet d’un processus autoréflexif” (apprentissage vicariant).


Références : Goffman, Birdwhistell, Hymes, Bandura, Winkin16089838082731068744537623035563

 

L'empathie exactement (version améliorée)

Le 26/11/2022

L’empathie est cette capacité à se mettre à la place de l’autre afin de comprendre ce qu’il éprouve. Elle se distingue de la sympathie, de la contagion émotionnelle et de la simulation d’autrui.

La contagion émotionnelle est un phénomène de propagation d’une émotion d’une personne à une autre.

La sympathie suppose que nous prenions part à l’émotion éprouvée par l’autre, que nous partagions sa souffrance ou plus généralement son expérience affective. Ce qui induit que dans l’empathie, on comprend l’émotion de l’autre parce qu’on la connaît mais on ne l’éprouve pas au même moment. Il n’y a pas d’établissement de lien affectif.

Je récapitule : j’éprouve de l’empathie pour vous si…

  • Je constate une émotion chez vous que je connais grâce à mon expérience. J’en connais les manifestations physiques, physiologiques et psychologiques.

Le cas échéant, il me serait quand même possible de connaître votre état émotionnel, ce serait une analyse dite “froide”. Je sais ce que vous éprouvez, mais sans l’éprouver moi-même dans la mesure où je n’ai pas l’expérience de cette émotion (exemple : le vertige). Je n’ai alors qu’une compréhension purement conceptuelle de votre état. On parle alors de « théorie de l’esprit » ou d’« empathie cognitive », par opposition à l’empathie émotionnelle (Blair, 2008 ; Preston et de Waal, 2002).

  • Je partage le même état émotionnel que vous d’autrui sur certains aspects pertinents. Par exemple, vous pouvez être jaloux et moi me sentir triste pour vous, mais je ne partage pas votre jalousie, sinon ce serait de la sympathie.
  • Ce que je ressens est induit par ce que vous ressentez. Nous pourrions ressentir la même émotion devant un même événement, un même match, une même œuvre… mais je n’éprouve pas pour autant de l’empathie pour vous, puisque je peux totalement ignorer votre existence et continuer à ressentir la même émotion.

(Source : https://www.cairn.info/revue-le-journal-des-psychologues-2011-3-page-16.html)

Quelle est la composante évaluative de l’empathie ?

Une situation donnée provoque une réponse émotionnelle pour autant qu’elle représente un potentiel émotionnel pour la personne qui vit la situation. C'est-à-dire que la situation doit  générer chez elle une recherche de satisfaction, ou la nécessité de s’y soustraire.

Nous avons d’un côté des raisons d’agir, et de l’autre le déclenchement d’émotion lorsque ces raisons d’agir sont frustrées ou satisfaites. 

Ces dispositions sont bien sûr conscientes (manifestes) ou inconscientes (latentes).

Quelle est la pertinence de la situation ? 

Si la situation ne nous apparaît pas pertinente par rapport aux motivations, alors elle ne déclenche pas d’émotion et le processus s’arrête.

Si au contraire elle est pertinente par rapport aux motivations, elle déclenche une émotion positive ou négative. Se pose alors la question de savoir ce que la personne peut faire ou ne pas faire pour répondre à cette situation.

Enfin, le degré d’urgence, la dangerosité et la difficulté de la situation sont des facteurs qui sont évalués sur la base d’informations récoltées précédemment. Cette dernière étape aura une incidence quant à l’intensité de l’émotion ressentie, sur la rapidité de la réaction émotionnelle et du passage à l’acte.

Perception-action processes are accordingly the driving force in the evolution of empathy. With the more recent evolutionary expansion of prefrontal functioning, these basic processes have been augmented to support more cognitive forms of empathy. (...) A Perception-action model of empathy specifically states that attended perception of the subject’s representations of the state, situation, and object, and that activation of these representations automatically primes or generates the associated autonomic and somatic responses, unless inhibited.》

Avec ce model Perception-Action, il n’y a pas d’empathie sans projection liée à nos propres représentations pour comprendre l’état émotionnel de l’autre. 

(source : E. Pacherie, “L’empathie et ses degrés”. A Berthoz & G. Jorland. 2004 ; Preston, Stéphanie D and De Waal, Frans B, 2001, 《Empathy : its ultimate and proximate bases》)

 

Empathie

La Firme et Meghan Markle

Le 13/11/2022

Après la mort de la reine Elisabeth II et le couronnement du roi Charles III, c’est l’avenir de la Firme qui se joue actuellement. Avec l’autobiographie de Harry, une série documentaire qui permettra de suivre Meghan et Harry dans les coulisses des Invictus Game prochainement diffusée sur Netflix : “Heart of Invictus”. Et également la saison 5 de la série “The Crown” qui vient de sortir, dont l’intrigue évoque le mariage désastreux entre Charles et Diana, et fait polémique en Angleterre.

Au-delà de ça, c’est le pouvoir inquantifiable de l’influence de la Firme qui représente un réel atout financier.

Sources : Le documentaire Netflix de Meghan et Harry sortira-t-il un jour ? | Point de Vue

Quel avenir pour la monarchie britannique après le décès de la Reine Elisabeth ? | Illustré (illustre.ch)

Comment s’inscrit l’avenir du couple Meghan et Harry dans ce contexte, alors que Meghan est la cible récurrente des critiques ? Quel est le rapport entre les frères ? 

Le couple Harry et Meghan

Meghan a fait des études universitaires “relations internationales” et du théâtre, elle a travaillé à l’Ambassade américaine en Argentine et a joué dans quelques séries. Elle a appris à “être” devant une caméra, elle est en permanence dans la séduction en ramenant très souvent ses cheveux en avant, côté gauche avec sa main gauche. Elle est dans la relation avec l’autre, son hémi visage droit est donc plus ouvert que le gauche qui semble plus contracté. Meghan a besoin du regard que le public porte sur elle pour nourrir son ego mais sans s’investir émotionnellement. Elle apparaît comme un produit marketé, superficielle.

Harry quant à lui à l’hémi visage gauche plus expressif, il est plus investi émotionnellement, il ne sait pas faire semblant. C’est le rebel qui veut faire différemment pour échapper aux impératifs liés à son rang. Il apparaît protecteur avec Meghan et n’hésite pas à se mettre en retrait pour lui laisser le devant de la scène. C’est un instinctif, un émotif qui sait que ça peut le desservir, donc il tend à ne pas montrer ses émotions. Sa bouche se ferme à chaque fin de phrase contrairement à Meghan. Il est pudique et perçoit l’environnement comme défavorable, comme risqué.

Le couple William et Kate

Kate est anglaise, elle s’inscrit plus naturellement dans l’avenir de la Firme. Elle fait naturellement partie du groupe “Angleterre” et part ainsi avec un avantage a priori. Elle semble afficher une image plus lisse qui colle davantage avec ses obligations, tout en retenue. Elle se montre très souriante, que ce soit des sourires authentiques ou sociaux, elle détient les codes. De ce fait, son hémi visage gauche est plus ouvert, son œil gauche est plus grand que le droit. Elle paraît ainsi plus authentique, plus dans la relation.

C’est William qui fait le lien entre la Firme et son frère. Il est avenant, patient, plein d’humour. Il se montre prévenant envers sa femme (main sur le dos à Windsor notamment) mais aussi envers Meghan si vous regarder la fin de la marche à Windsor, juste avant que chacun reparte en voiture.

“Windsor walkabout”

Liens :

William, Kate, Harry and Meghan Reunite for Windsor Walkabout - YouTube

Harry and Meghan Make Surprise Appearance with William and Kate at Windsor - YouTube

William, Kate, Harry & Meghan reunite to mourn the Queen - YouTube

Meghan et Harry marchent main dans la main, montrant un attachement, un lien affectif. C’est un geste, qu’il soit conscient ou non, qui montre qu’ils sont unis. C’est dans leur intérêt  de susciter une image positive de leur couple et de leurs intentions. Sur une des premières poignées de main que Meghan a avec le public, il y a un temps long entre le moment où elle tend sa main à la personne et le moment où celle-ci la prend effectivement. C’est une question de timing qui illustre symboliquement que Meghan peine à trouver le bon tempo, les bons codes.

Meghan a sa tête inclinée sur sa gauche avec sa longue chevelure devant son épaule gauche, la gestuelle de la séduction activée mais il s’agit pour elle d’une ritournelle gestuelle. C’est systématique, systémique pourrait-on dire. Le couple semble emprunté, lui a une posture droite, il replace souvent son pan de veste avec sa main pour lui conférer de la prestance, c’est un geste mi-conscient.

Lorsque Meghan prend la jeune femme dans ses bras, son geste est contrit, il y a peu d’amplitude dans le geste alors que la jeune femme lui fait un vrai “hug”. Encore une fois, cela montre une certaine maladresse à “être”hors caméra. 
 

Kate et William quant à eux marchent l’un à côté de l’autre mais pas main dans la main. C’est l’apanage des “vieux couples” pleins de connivences, sans tension, ils ont l’habitude d’être ensemble en toute décontraction et surtout, ils possèdent les codes. Kate se montre très souriante, que ce soit des sourires sociaux ou authentiques. Seule sa main droite est active, un geste nous indique qu’elle est dans le contrôle alors que William a ses deux mains en mouvement. Il se montre déférent en inclinant sa tête lorsqu’il salue une femme du public. Il a le même geste que son frère lorsqu’il replace son pan de veste de costume, c’est un geste de micro traction qui symbolise l’autorité, un geste qu’ils font fréquemment. 

Contrairement à Meghan, les cheveux de Kate sont positionnés de façon naturelle. Le seul geste que Kate fait régulièrement est de se replacer une mèche de cheveux derrière son oreille gauche pour se recadrer, pour bien se centrer sur son sujet. 

Avant de remonter en voiture, on voit bien l’aisance du couple Kate et William par rapport à Meghan et Harry qui semble plus empruntés. On voit que c’est William qui donne le “la” en montrant à Meghan où regarder et à quel moment remercier la foule.

Pourquoi pleurer et montrer que nous pleurons ?

Lien : Meghan Markle Cries at The Queen's Funeral: The Perfect Photo Op - YouTube

De quel côté du visage la main intervient-elle pour essuyer les larmes ? Côté droit, la personne ne se sent pas responsable de ce qui se passe. Elle est triste mais elle n’aurait pas pu éviter la situation. Côté gauche, la personne se sent pleinement responsable et pleinement impliquée dans la situation. Si la personne s’essuie la larme de la main du même côté, c’est un geste sincère. Croiser serait mettre en œuvre davantage une stratégie.

Une étude menée par Wagner et ses associés (1993) et une autre plus ancienne par Hall (1984) ont montré que les femmes sont plus précises dans leur jugement des indices émotionnels que les hommes - expressions faciales et comportements non verbaux. Elles sont donc meilleures que les hommes pour distinguer les faux pleurs des vrais. Les hommes sont quant à eux plus sensibles aux indices émotionnels négatifs des autres hommes, comme la colère. 

Nous sommes plus enclins à porter secours à une personne en larmes, elle nous renvoie à notre impuissance. Une étude hollandaise de Von Royen et ses collègues (Van Roeyen I, Riem MME, Toncic M and Vingerhoets AJJM (2020) The Damaging Effects of Perceived Crocodile Tears for a Crier’s Image. Front. Psychol. 11:172. doi: 10.3389/fpsyg.2020.00172), nous indique que les personnes qui pleurent sont perçues comme étant plus fiables et honnêtes.

Reconnaître de fausses larmes versées par l’autre a de vraies conséquences sur la perception que nous avons de la personne a posterioriLes personnes qui sont perçues comme faisant semblant de pleurer sont perçues comme étant moins fiables, moins chaleureuses, moins compétentes. Elles sont moins bien intégrées dans un cercle d’amis, de collègues… Que les pleurs soient faux ou authentiques, la personne sera disqualifiée du point de vue de son image. 

De prime abord, on voit immédiatement l’intérêt de savoir faire semblant de pleurer pour une personne qui monétise son image sur les réseaux sociaux entre autres… il faut simplement bien le faire pour ne pas être pris à son propre jeu.

Pour en revenir à la “vraie fausse larme” de Meghan Markle, j’émets quelques doutes sur l’authenticité de l’émotion qui n’aurait aucune connection avec la situation immédiate. Meghan bénéficie de sa formation d'actrice pour se remémorer un souvenir triste et personnellement impactant pour verser une larme bien venue.

Ouverture

Meghan est victime d’un biais où les hommes et les femmes manifestent un traitement préférentiel pour les personnes de leur famille, ou d’un même groupe dans lequel les membres sont jugés plus favorablement (Hamilton, 1975 "innate social aptitude of man" ; Schaller, 1992 "endogroupe favoritism and statistical reasoning in social inference" ; Goodall 1986 "the chimpanzee of Gombe : patterns of behavior"). Mais également du fait qu’elle a une formation d’actrice qui lui confère la possibilité de travestir ses émotions.

Selon la Théorie de l'Identité Sociale  (Tajfel & Turner, 1979), les individus sont attachés à certaines appartenances groupales et sont capables de comportements liés à cet attachement au groupe qui véhicule ses propres croyances. Lorsqu'un individu appartient à un groupe social désavantagé, en résulte pour lui une identité sociale négative (Tajfel & Turner, 1979). Pour inverser cette perception et la rendre plus positive, diverses stratégies peuvent être mises en œuvre (van Knippenberg, 1989) comme la mobilité individuelle, la créativité sociale et la compétition sociale (Tajfel & Turner, 1979). Dès 1974, Turner développe la notion de “compétition sociale”. 

Selon la théorie de l’auto-catégorisation (Turner, 1987 ; Turner et al., 1987 ; qui s'est développée à la suite de la Théorie de l'Identité Sociale), “quand les individus se catégorisent en tant que membres d’un groupe, le soi est vu comme un exemplaire du groupe, plutôt que comme un être unique. Les différences interpersonnelles deviennent non pertinentes, et les affinités entre soi et les autres membres du groupe d’appartenance viennent à l’avant-plan. Quand un individu se définit comme une individualité, il est motivé à améliorer son identité personnelle. Mais quand il se définit en tant que membre d’un groupe, il perçoit ses buts, besoins et valeurs comme interchangeables avec les autres membres ; dès lors il est motivé à améliorer le sort commun.” 

Meghan souhaite-t-elle appartenir à la Firme ou se définit-elle en tant qu’individualité ?

 

La firme

Que cache la barbe ?

Le 13/10/2022

Voici quelques idées préconçues à propos de la barbe sur lesquelles je ne vais absolument pas m'appesantir tellement ça n’a aucun intérêt - hormis celui de rechercher du clic :

- la barbe ça fait sale (je nettoie la mienne chaque jour avec un shampoing dédié…),

- la barbe ça n’est pas présentable (vous auriez dû me voir à mon mariage…),

- la barbe ça fait peur (quelle mauvaise expérience avez-vous eu avec un barbu ?),

- la barbe c’est incompatible avec le travail (peignée elle passe très bien),

- la barbe ça prend du temps à entretenir (le temps est une donnée relative),

- la barbe ça n’attire pas (l’attirance ne se commande pas).

 

Ce qui est plus intéressant en revanche, c’est d’analyser les aspects plus sociaux, psycho et psycho évo !

Pour ce qui est de son rôle social, la barbe est essentiellement un élément fort d’inclusion, c'est-à-dire du désir d’appartenance à un groupe, à une communauté.

Si le groupe de référence auquel je souhaite appartenir et m’identifier se différencie par le port de la barbe, je vais vouloir également la porter pour être reconnu et intégré à ce groupe. Je vais personnifier ce groupe, j’en serai un digne représentant et mes valeurs seront alors visibles au premier coup d'œil.

Par exemple, les beatniks (seconde moitié des années 1960) étaient des jeunes anticonformistes qui s’opposaient au pouvoir bourgeois de l’époque et à la société de consommation. Le port de la barbe était un élément de révolte.

Un peu plus tard, les hippies (1970) qui s’opposaient également à la société de consommation, prônant la liberté des mœurs et la non-violence, portaient des barbes bien fournies. L’image de la marguerite dans la barbe s’impose à votre cerveau.

Je peux évoquer également la mode hipster qui reprend des codes vestimentaires des années 30/40, anticonformistes (a priori) également, les hipsters ont démocratisé sérieusement le port de la barbe sous toutes ses formes. Là où dans les années 90 la barbe était mal perçue, sournoise, l’adopter devient alors très tendance et c’est encore le cas aujourd’hui. C’est la cool attitude. 

Enfin, le port de barbe concerne également les communautés religieuses. Quelque soit les religions, les différents styles de barbes portés donnent des indications sur la tendance adoptée. Si je suis simple sympathisant, ma barbe pourra être moins fournie que si j’étais rigoriste voire ultra conservateur.

Donc si nous raisonnons par rapport à l’impact que nous souhaitons avoir auprès des autres, d’un groupe, le port de barbe est un indicateur important et fiable d’inclusion et d’appartenance.

 

Maintenant, la barbe (fournie ou non) cache une bonne partie du visage et en particulier la bouche. La bouche est très importante pour communiquer des intentions, même si la personne ne parle pas. Elle s’étire, se crispe, ses lèvres rentrent dans la bouche, se mordillent, s’entrouvrent… Elle nous en dit long. 

Porter la barbe sert à cacher au premier abord des intentions. Je dis au premier abord car pour les plus téméraires ou les plus curieux, l’obstacle de la barbe passé, l’échange peut s’avérer très fructueux, plaisant, amusant… la barbe sert à faire un tri a priori des personnes qui ne nous semblent sans intérêts. 

Ainsi, la barbe sert à cacher une énergie psychologique que la personne qui la porte n’assume pas réellement mais qui représente une valeur importante ou au contraire qui souhaite l’amplifier.

Par exemple, si je suis une personne très timide mais que physiquement je suis athlétique, pour équilibrer mon état d’esprit et ce que mon corps renvoie comme image, la barbe peut être un bon moyen pour moi, une aide, pour me sentir plus assuré.

A contrario, si je suis doté d’un caractère assertif mais que je suis une personne physiquement frêle ou en surpoids, la barbe peut être un moyen pour me doter d’une image plus représentative de mon caractère.

Ce ne sont que des exemples et tous les cas sont imaginables bien entendu.

 

En psychologie évolutionniste, la barbe est un caractère sexuel secondaire jouant un rôle majeur dans la compétition sexuelle (intra et inter).

“La sélection sexuelle est reconnue pour opérer principalement de deux façons. D’une part, avec la sélection intersexuelle, les femelles et les mâles cherchent le partenaire aux attributs les plus attirants. Cet attribut peut être physique (la queue du paon) ou comportemental (les danses nuptiales). 

Et d’autre part, la sélection intrasexuelle qui favorise une compétition entre les individus de même sexe. Ce sont par exemple les mâles qui vont se battre entre eux pour l’obtention d’une femelle. C’est aussi les hiérarchies de dominance qui s’établissent chez plusieurs espèces et qui donnent un accès prioritaire aux individus du sexe opposé.”

 

En conclusion, le port de la barbe est un outil d’aide pour améliorer, renforcer, notre posture, notre assurance, notre charisme, notre inclusion mais elle sert également à véhiculer des valeurs et à attirer la gente féminine (Capsule outil: La sélection sexuelle et la théorie de l’investissement parental (mcgill.ca).

 

Barbu

 

Isolation sociale : théorie du commérage

Le 02/10/2022

Robin Dunbar, dans sa théorie du “gossip”, (psychologue évolutionniste, anthropologue - Oxford University) considère les commérages comme un instrument d'ordre social et de cohésion, comme le toilettage chez les primates (théorie du “gossip”).

Le toilettage n'est pas tant une question d'hygiène qu’une façon de maintenir et de renforcer les liens entre individus et d'influencer d'autres primates. Mais pour les premiers humains, le toilettage posait un problème : compte tenu de leurs grands groupes sociaux d'environ 150 personnes, cette tâche fut impossible.

Les recherches de Robin Dunbar suggèrent que les humains ont développé le langage pour servir le même objectif, mais beaucoup plus efficacement. Il semble qu'il n'y ait rien d'oisif dans le bavardage, qui maintient ensemble un groupe diversifié et dynamique - qu'il s'agisse de chasseurs-cueilleurs, de soldats ou de collègues de travail.

Selon la parution de Danilo Bzdok et Robin  Dunbar du 2 juin 2020, © 2020 Elsevier Ltd. All rights reserved :

"Des bébés aux personnes âgées, l'intégration sociale dans les relations interpersonnelles est cruciale pour la survie. Une stimulation sociale insuffisante affecte les performances de raisonnement et de mémoire. Les sentiments de solitude peuvent provoquer une perception sociale biaisée négativement, augmentant la morbidité et la mortalité, provoquant dépression et renfermement sur soi.

Jamais auparavant nous n'avions connu un isolement social à une échelle aussi massive que celui que nous avons connu en réponse à la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19). Cependant, nous savons que l'environnement social a un impact dramatique sur notre sentiment de satisfaction de vivre et de bien-être. En période de détresse, de crise ou de catastrophe, la résilience humaine dépend de la richesse et de la force des liens sociaux, ainsi que de l'engagement actif dans les groupes et les communautés. Au cours des dernières années, les preuves issues de diverses disciplines ont été très claires : l'isolement social perçu (c'est-à-dire la solitude) peut être la menace la plus puissante pour la survie et la longévité.

Les humains, comme tous les singes, sont intensément sociaux. La plupart d'entre nous trouvent la privation sociale stressante. L'isolement social, ou le manque d'opportunités d’interactions sociales, donne lieu à un sentiment de solitude qui peut avoir de multiples conséquences sur notre bien-être psychologique, notre santé physique et notre longévité. La solitude tue les gens. 

En 2019, l'Organisation mondiale de la santé a déclaré que la solitude était un problème de santé majeur dans le monde. Dans de nombreuses villes métropolitaines du monde, plus de 50 % des personnes vivent déjà dans des ménages d'une seule personne. Le sentiment de solitude se propage  d'une personne à l'autre par le biais des réseaux sociaux. Une fois seule, une personne peut se retrouver piégée dans un cycle psychologique descendant auquel il peut être difficile d'échapper. Ceci est en partie renforcé par une perception biaisée des signaux négatifs et de la menace sociale des autres, ou par l'attente d'être socialement exclu par les autres. Une vision du monde biaisée conduit à une escalade des taux de suicide, entre autres conséquences. Cette « impuissance sociale apprise » peut être dangereuse car, parmi toutes les espèces existantes, nous dépendons le plus longtemps des autres individus.

Une analyse longitudinale d'environ 6 500 hommes et femmes britanniques âgés de 50 à 59 ans a révélé que l'isolement social augmente le risque de mourir au cours de la prochaine décennie d'environ 25 %. L'analyse quantitative de près de ~400 000 couples mariés dans la base de données américaine Medicare a révélé que, pour les hommes, le décès de leur conjointe augmentait de 18 % leurs propres chances de mourir dans un avenir immédiat. Le décès du mari augmente à son tour le risque de décès de la femme de 16 %.

Les personnes qui appartiennent à plusieurs groupes sont moins susceptibles de connaître des épisodes de dépression. De tels résultats ont émergé de l'étude longitudinale britannique sur le vieillissement (ELSA) qui a dressé le profil à plusieurs reprises d'environ 5 000 personnes à partir de l'âge de 50 ans. Des recherches antérieures ont montré que les personnes déprimées réduisent leur risque de dépression ultérieurement de près d'un quart si elles rejoignent un groupe social tel qu'un club de sport, une église, un parti politique, un groupe de loisirs ou une association caritative. En effet, rejoindre trois groupes réduisait le risque de dépression de près des deux tiers.

Le fait que les amis puissent avoir des effets aussi dramatiques sur notre santé et notre bien-être peut nous amener à supposer que plus nous avons d'amis, mieux c'est. Cependant, le nombre d'amis et de relations familiales que nous pouvons gérer à un moment donné est limité par des contraintes cognitives à environ 150. Il existe cependant des variations individuelles considérables, et la taille des réseaux sociaux varie approximativement entre 100 et 250. Plusieurs facteurs assez classiques sont responsables de cette variation : l'âge (les jeunes ont généralement des réseaux sociaux plus étendus que les personnes plus âgées), le sexe (les femmes ont généralement des réseaux sociaux plus étendus que les hommes, bien que cela varie avec l'âge), la personnalité (les extravertis ont des réseaux sociaux plus étendus que les introvertis ; les femmes qui obtiennent un score élevé sur la personnalité de névrosisme dimension ont moins de connaissances que ceux qui obtiennent un score inférieur dans ce trait.

Les amitiés, cependant, nécessitent l'investissement d'un temps considérable pour se créer et se maintenir. La qualité émotionnelle d'une amitié dépend directement du temps investi dans un lien social donné. Une étude prospective a estimé qu'il faut environ 200 heures de contact en face à face sur une période de 3 mois pour transformer un étranger en un bon ami. À l'inverse, la qualité émotionnelle d'une relation décline rapidement si les taux de contact tombent en dessous de ceux appropriés à la qualité de la relation.

Les ressources en temps sont cependant naturellement limitées : nous ne consacrons qu'environ 20 % de notre journée aux interactions sociales directes (hors interactions professionnelles), ce qui équivaut à environ 3,5 h par jour. Étant donné que nos relations n'ont pas toutes la même valeur pour nous (les amis remplissent une variété de fonctions différentes), nous répartissons notre temps précieux sur notre réseau social de manière à maximiser les différents avantages que les amis de qualité différente fournissent. Cette dynamique se traduit par une empreinte sociale spécifique qui est propre à chacun de nous.

Néanmoins, il existe des schémas globalement cohérents : une part de 40 % de notre temps est consacrée à nos cinq amis et à notre famille les plus proches, et 20 % supplémentaires aux 10 personnes les plus proches suivantes. En d'autres termes, 60 % des 3,5 heures que nous passons par jour en interaction sociale sont consacrées à seulement 15 personnes. Les partenaires sociaux des couches les plus externes du réseau social ne reçoivent chacun en moyenne que 30s de notre temps par jour. 

Cela donne lieu à une superposition de couches très distinctives de nos réseaux sociaux : une petite paryie d' amis les plus proches, peu nombreux (généralement 5 personnes) mais les plus actifs et une partie avec les plus éloignés (~150), très grande mais moins intimes. C'est ce cercle restreint de 5 amis les plus proches (qui peut être de la famille) qui semble le plus important en termes de modération de la solitude et de la maladie."

Les processus socio-affectifs en présence des autres prennent une forme différente qu'en leur absence physique. Déjà dans une crèche, si un bébé se met à pleurer, d'autres bébés à proximité entendent le signal de détresse et se mettent généralement aussi à pleurer par simple contagion émotionnelle. En plus des énoncés et de la prosodie, les humains ont tendance à aligner leur communication les uns sur les autres en imitant le vocabulaire, la grammaire, les mimiques et les gestes. Par exemple, les humains ont tendance à synchroniser inconsciemment leurs expressions faciales même avec des personnes qui dirigent leur regard vers quelqu'un d'autre.

Lire les visages des autres peut être un moyen conservé au cours de l'évolution pour échanger des informations essentielles qui ont co évolué avec la machinerie de décodage correspondante dans les réponses cérébrales et comportementales. Les visages offrent beaucoup d'informations sociales sur le sexe, l'âge, l'ethnie et les expressions émotionnelles d'un individu, et potentiellement sur ses intentions et son état mental. Tout au long du développement, l'apprentissage et la maturation dépendent de l'attention conjointe de deux individus sur le même objet. De tels processus de mentalisation et de regard oculaire ont été liés à plusieurs reprises aux circuits de récompense associatifs. Certains auteurs soutiennent même que l'importance de ces facettes de l'échange interpersonnel peut expliquer pourquoi les humains ont développé une sclère large et blanche dans les yeux - qui sont plus facilement visibles que chez la plupart des animaux. Ce qui peut conduire à une plus grande vulnérabilité aux prédateurs pour certaines espèces (en rendant l'individu et ses intentions plus apparents et donc exploitables) et peut avoir stimulé l'apprentissage et la coopération chez les primates humains.

Lien : The Neurobiology of Social Distance: Trends in Cognitive Sciences (cell.com)

DOI : https://doi.org/10.1016/j.tics.2020.05.016

http://dx.doi.org/10.1037/1089-2680.8.2.100

Gossip
 

La pyramide de l'esprit critique

Le 19/09/2022

 

A plus d’un titre, il est intéressant d’identifier le profil d’une personne, de savoir comment elle fonctionne. Est-elle active ? Est-elle réfléchie ? A-t-elle confiance en elle ? Est-t-elle créative, sociale, dominante ou analytique ? Quelles sont ses forces et ses limites et ainsi ajuster sa communication et faire en sorte que la personne puisse donner le meilleur d’elle-même que ce soit en individuel ou au sein d’une équipe.

Identifier comment une personne fonctionne cognitivement peut permettre également de connaître son degré de compétence en termes d’esprit critique.

Pour le Larousse, l’esprit critique se définit comme étant une méthode qui a pour objet de discerner les qualités et les défauts d’une œuvre, la valeur, l’exactitude ou l’authenticité d’un texte, d’une déclaration, d’un fait, etc…

Avoir cette compétence permet de s’extraire de tous les complots faciles, d’être factuel, pragmatique et de ne pas être dans la réaction. A coup sûr, notre décision est biaisée par nos croyances, nos projections et encore plus par les innombrables biais cognitifs qui existent.

Pour y voir plus clair, John A. List (Université de Chicago et économiste américain spécialiste d’économie expérimentale, chercheur associé au National Bureau of Economic Research) a créé une classification très simple mais logique inspirée de la pyramide de Maslow.

Cette classification aide clairement à structurer notre analyse et la voici :  

Au 4ème degré, le plus abouti, les grands penseurs : des penseurs de haut niveau qui comprennent et corrigent leurs propres préjugés et lacunes ainsi que ceux des autres ; l’égocentrisme est complètement mis à l’écart et ils ont une théorie de l’esprit supérieure ; ils réexaminent constamment les hypothèses de pensées et de méthodes pour détecter les faiblesses de la logique ou les préjugés ; ils ne se soucient pas et ils apprécient même la confrontation intellectuelle parce qu’ils sont leur pire critique.

Au 3ème degré, les penseurs habiles : ils commencent à remettre en question de manière critique ; ils comprennent que leur propre pensée a des angles morts et développent des compétences pour y remédier ; ils mettent la plupart de l’égocentrisme sur la touche ; ils comprennent la causalité et divers biais cognitifs et essayent de les éviter ; comprennent la théorie de l’esprit mais ils font quelques erreurs dans son application et ils cherchent à améliorer leur propre théorie de l’esprit.

Au 2nd degré, les penseurs néophytes : ils comprennent l’importance de la pensée mais ils remettent en question les incohérences les plus évidentes ; ils commencent à apprécier la valeur de l’empirisme mais confondent souvent corrélation et causalité ; ils restent largement égocentriques, sujets à divers biais de recherche et de pensée, ils ont peu ou pas de théorie de l’esprit.

Au 1er degré, les penseurs modal : ils font des choix et ils ont des opinions basés sur des idées préconçues, des préjugés, non basés sur la raison ou des faits. Les préjugés et leurs croyances imprègnent leurs recherches (biais du statu quo, biais de confirmation…) car ils acceptent volontiers ce qui est conforme à leurs idées fausses sans poser de questions. 

Mais comment passer d’un état mental à un autre ? Pour certain(e) ça ne se fera jamais parce qu’il faut une bonne dose de remise en question et avoir un ego bien placé. 

Pour les autres, il est nécessaire de procéder de manière “scientifique”.

Kahneman décrit dans son livre “Thinking fast and slow” l’importance de prendre le temps de penser. Nous évitons ainsi les nombreux biais cognitifs qui se glissent dans nos prises de décisions.

John A. List a créé une formation dans laquelle il a listé 6 principes de bases à appliquer pour privilégier une pensée plus efficiente. Il dispense ces principes à ses étudiants afin qu’ils développent leur esprit critique :

  1. Énoncer, expliquer et clarifier la ou les questions,
  2. Réfléchir à la ou aux questions à partir de plusieurs points de vue, en exprimant leurs propres a priori et en utilisant la pensée logique,
  3. Rassembler, organiser, assimiler des informations et des données,
  4. Identifier les hypothèses, les lacunes et les implications du processus de génération de données,
  5. Mettre à jour les priorités et considérer comment les différents points de vue des autres pourraient changer,
  6. Expliquer et appliquer ce qu’ils apprennent, en reliant ce qu’ils viennent d’apprendre à d’autres concepts et/ou à leur vie quotidienne.

Pour info, la théorie de l’esprit est la capacité cognitive qui permet de se représenter les états mentaux d’autres personnes et d’utiliser ces représentations afin d’expliquer ou de prédire leurs comportements. L’émotion n’entre pas en jeu, sinon ce serait de l’empathie.

 

Critical thinking hierarchy

Source : “Enhancing Critical Thinking Skill Formation : Getting Fast Thinkers to Slow Down”, John A. List, 2021.

 

Jeffrey Dahmer : la recherche pathologique de contrôle

Le 19/08/2022

Jeffrey Dahmer - "le cannibale de Milwaukee" - est l’un des pires serial killers de l’histoire des États-Unis. Il a avoué avoir assassiné 17 jeunes hommes entre 1978 et 1991. Arrêté en 1991, puis condamné à 957 ans de prison, Dahmer a été assassiné dans sa cellule en 1994.

Issu d’une famille bourgeoise, évoluant dans un environnement aseptisé, Dahmer a déménagé à sept ans pour la ville de Bath Township (Ohio). Sa mère était névrosée et toujours énervée. Son père était pharmacien et passait beaucoup de temps à son travail. Aucun d’entre eux ne s’occupaient réellement de lui, ce qui l’a poussé à avoir des jeux solitaires et des “amis imaginaires”. Ses camarades d’école avaient peur de lui. 

C’était un élève intelligent, brillant mais il agissait de façon impulsive. Vers l’âge de huit, la peur des autres et le manque de confiance en lui ont commencé à le perturber suffisamment pour qu’il ne veuille plus aller à l’école. Vers l’âge de 10 ans, son intérêt se porte sur les animaux morts. A 13 ans, il découvre son homosexualité. Sa vie fantasmatique se développe, s’enrichit et prend une tournure pathologique. Dahmer avait un frère plus jeune que lui, David, qui fut l’enjeu du divorce de ses parents, chacun s’en disputant la garde sans se préoccuper de Jeffrey (1978). Sa mère quitta le foyer avec David.

Dahmer a fait face à plusieurs situations potentiellement traumatisantes dans son enfance. L’une d’elles a été son opération d’une double hernie, alors qu’il avait 4 ans. Il était terrifié que son pénis ait été sectionné. 

Jeffrey Dahmer : “(...) I wanted to have the person under my complete control.

Dans cette interview, Dahmer évoque sa volonté de contrôle total sur l’autre. Au moment où il dit cela, il effectue un retrait de sa tête comme pour l’éloigner de ses propres propos. Ce geste traduit une volonté qu’il sait ne pouvoir satisfaire, qui lui échappe, donc qui est hors de contrôle et qui est du ressort psychologique de la pulsion.

Il y a trois principes à la pulsion : un principe de recherche de plaisir (et donc évitement de déplaisir) alors que ce plaisir est toujours satisfait dans le ventre de la mère. Un principe de réalité qui nécessite de s’ajuster au monde extérieur. Il s’agit donc de satisfaire cette pulsion par des voies détournées. Enfin, un principe de constance dans le sens où l’appareil psychique réduit toute excitation au seuil minima (homéostasie), ce qui entraîne par conséquent un passage à l’acte quel qu’il soit. Ce passage à l’acte est ainsi une décharge d’énergie qui va faire baisser la tension psychologique qui vient de l’intérieur de notre organisme (excitation endogène). 

L’interviewer : “d’où vient ce besoin de contrôle ?
Jeffrey Dahmer : “je sentais n’avoir aucun contrôle quand j’étais enfant ou adolescent et ça s’est mélangé à ma sexualité et j’ai fini par faire ce que je faisais, c’était ma façon de me sentir en contrôle total, au moins dans ce cas-là, en créant mon propre monde dans lequel j’avais le dernier mot.

Cette réponse illustre parfaitement son besoin irrépressible du passage à l’acte, sa motivation. Il aurait pu faire du sport qui, par la technicité nécessaire le mette en confiance et ainsi lui faire apprécier qu’il pouvait avoir un contrôle sur un acte. Cependant, Dahmer n’a pas bénéficié d’une attention sécurisante de la part de ses parents, sa mère en particulier à qui revient en tout premier lieu la mise en sécurité et le réconfort de l’enfant.

Au cours de l’interview, Dahmer évoque à plusieurs reprises ce désir de contrôle et systématiquement, ses propos se terminent par une bouche en huître. C'est-à-dire que ses lèvres sont rentrées dans sa bouche illustrant une volonté de garder ses propos pour lui. 
Cette bouche en huître et la façon dont son regard se défocalise consciemment de la relation, c’est-à-dire qu’il y a une rupture volontaire du lien avec l’autre, montrent qu’il se replonge dans ses souvenirs, dans ses actes et qu’il trie/choisit ses mots parce qu’il en a conscience.

0:15 - Bouche en huître lorsqu’il évoque son premier meurtre en 1978 : “j’ai eu l’impression de contrôler ma vie.
0:33 - Position du buste sur la chaise dans une position de fuite (buste en arrière et penché sur sa gauche). Dahmer fait encore une bouche en huître à l’évocation de son second meurtre en 1984.
2:13 - Dahmer se mord la lèvre inférieure après avoir dit “j’avais l’impression que c’était incontrôlable.” 
2:50 - “(...) Leur ethnie n’avait aucune importance, seule leur beauté comptait” dit-il en terminant à nouveau par une bouche en huître.

Lors de l’interview, Dahmer s’exprime essentiellement de sa main gauche, ce qui traduit une certaine spontanéité, une réactivité qui confirme qu’il ne sait pas se contrôler :

0:41 - Dahmer s’exprime avec sa main gauche tandis que sa main droite est simplement posée sur son genou, tenant un gobelet.
1:38 - Micro démangeaison avec son pouce gauche qui vient gratter sa narine droite. Le bras gauche vient donc en travers de son corps, c’est une forme de protection inconsciente. Le fait qu’il ait cette micro démangeaison montre que quelque chose le gêne soit chez son interviewer, soit dans le fait qu’il doive aborder certains évènements et ainsi se dévoiler.
2:23 - Sa main gauche s’active lorsqu’il évoque la place du sexe dans ses passages à l’acte. Ses doigts sont tendus, dressés, bien écartés les uns des autres. Il y a une certaine tension dans ce geste, une tension qui peut aussi s’apparenter à de l’excitation. 

Immaturité sexuelle, sexualité perverse, frustration, passivité, la solitude, la peur de ne pas être acceptée par un monde hostile et un mélange de détachement émotionnel sont rencontrés dans la psychopathologie de la personnalité d'un tueur en série. 
Souvent, comme dans le cas de Jeffrey Dahmer, son ambivalence quant à sa propre sexualité confuse et ses sentiments de rejet provoquent un comportement sexuel sadique, compulsif et destructeur de l'objet de son attention pseudo-sexuelle, la source détestable de son attirance et de son besoin de pouvoir et de contrôle. 

Jeffrey Dahmer était un solitaire dans son enfance, grandissant dans une famille «dysfonctionnelle » en raison de fréquentes disputes entre sa mère et son père conduisant à
sentiments hostiles envers eux. Une mère névrosée et déprimée et un père souvent absent, absorbé par sa carrière, ne lui permettait pas d’identification masculine complète.

Son comportement destructeur et ses souvenirs fétichistes sont l'expression évidente de sa profonde ambivalence vis-à-vis de son propre homosexualité et de sa profonde hostilité/amour mêlés envers les objets de son intérêt. Indépendamment de ses sentiments d'amour exprimés pour elles, ses victimes n'étaient pas traitées comme des personnes mais comme des objets. Il en disposait comme un enfant le fait avec ses jouets, en les démontant pour voir comment ils sont faits mais également pour montrer qui avait le pouvoir, le contrôle de la situation. 

Un ultime acte d'affirmation destructrice !
 


Liens :
(1) Jeffrey Dhamer Interview sous titres FR - YouTube
Jeffrey Dahmer - TUEURS EN SERIE.org
Jeffrey Dahmer: Psychopathy and Neglect (regis.edu)
Destructive Hostility: The Jeffrey Dahmer Case: A Psychiatric and Forensic Study of a Serial Killer (marquette.edu)

 

Jeffrey dahmer

Le port du masque et la lecture des émotions

Le 11/08/2022

Le port de masques faciaux a été l'un des moyens essentiels pour prévenir la transmission du COVID. Il est évident que ça a affecté nos interactions sociales que ce soit dans le cercle privé, public et professionnel. Tout comme il a affecté les enfants qui ont eu du mal à lire les émotions sur le visage de leurs parents.

Nos visages fournissent des informations clés de notre identité, des informations socialement importantes comme la fiabilité, l'attractivité, l'âge et le sexe, des informations qui soutiennent la compréhension du discours, ainsi que des informations détaillées qui permettent de lire l'état émotionnel de l'autre via l'analyse de l'expression. La qualification des émotions par la lecture des expressions faciales est prépondérante pour pouvoir ajuster sa communication. C’est particulièrement vrai en entretien de recrutement en face à face, pire en visio, tout comme c’était le cas en réunion d’équipe où chacun doit redoubler d’attention et de concentration afin de ne pas faire de mauvaises interprétations. 

 

Des chercheurs de l’Université de Bamberg (Allemagne) ont mené une expérience pour tester l'impact des masques faciaux sur la lisibilité des émotions. Les participants (N=41, calculé par un test de puissance a priori ; échantillon aléatoire ; personnes en bonne santé d'âges différents, 18-87 ans) ont évalué les expressions émotionnelles affichées par 12 visages différents. Chaque visage a été présenté au hasard avec six expressions différentes (en colère, dégoûté, craintif, heureux, neutre et triste) tout en étant entièrement visible ou partiellement couvert par un masque facial. Les résultats ont fait ressortir une précision moindre et une confiance moindre dans sa propre évaluation des émotions affichées. 

 

La  lecture émotionnelle était rendue très compliquée à cause de la présence du  masque. Les chercheurs ont en outre identifié des schémas de confusion spécifiques, principalement dans le cas de l’expression du dégoût, de la colère, de la tristesse à l’exception des visages craintifs ou neutres.

 

Déjà que nous ne sommes pas forcément très bons pour qualifier correctement les émotions…

 

“En ce qui concerne l'analyse de l'expression, différentes études ont montré que nous sommes loin d'être parfaits dans l'évaluation de l'état émotionnel de notre vis-à-vis. C'est particulièrement le cas lorsque nous nous appuyons uniquement sur des informations faciales pures sans connaître le contexte d'une scène. Un autre facteur qui diminue notre performance à lire correctement les émotions des visages est la vue statique sur les visages sans aucune information sur la progression dynamique de l'expression vue ou une occlusion partielle du visage.”

 

Mais alors quelles actions compensatoires peuvent maintenir l'interaction sociale efficace (par exemple, le langage corporel, les gestes et la communication verbale), même lorsque les informations visuelles pertinentes sont considérablement réduites ?

 

C’est oublier un peu vite que nous disposons d’autres options tout à fait efficaces, comme observer le langage corporel… la personne a-t-elle recours inconsciemment à des micro démangeaisons, sur quelle zone ? La posture, les épaules sont-elles voûtées, tombantes, l’une plus haute que l’autre ? Le ton de la voix, l’inclinaison de la tête, vers la droite qui trahirait une certaine rigidité dans l’écoute, vers la gauche qui indiquerait une certaine confiance ? La gestuelle des mains qui accompagne le discours est-elle ample, contenue au niveau du tronc, inexistante, rigide, souple ? Est-ce que les mains tiennent un stylo, sont-elles posées sur la table, se raccrochent-elles à la table ?

 

Tous ces marqueurs gestuels (mi)-conscients permettent de qualifier l’état émotionnel de la personne. Votre expérience et la connaissance du contexte viendront valider votre analyse.  



Visage masque

Frontiers | Wearing Face Masks Strongly Confuses Counterparts in Reading Emotions (frontiersin.org)

Bruce, V., and Young, A. (1986). Understanding face recognition. Br. J. Psychol. 77, 305–327. doi: 10.1111/j.2044-8295.1986.tb02199.x

Derntl, B., Seidel, E. M., Kainz, E., and Carbon, C. C. (2009). Recognition of emotional expressions is affected by inversion and presentation time. Perception 38, 1849–1862. doi: 10.1068/P6448

Aviezer, H., Hassin, R. R., Ryan, J., Grady, C., Susskind, J., Anderson, A., et al. (2008). Angry, disgusted, or afraid? Studies on the malleability of emotion perception. Psychol. Sci. 19, 724–732. doi: 10.1111/j.1467-9280.2008.02148.x

Bassili, J. N. (1979). Emotion recognition: the role of facial movement and the relative importance of upper and lower areas of the face. J. Pers. Soc. Psychol. 37, 2049–2058. doi: 10.1037/0022-3514.37.11.2049

Blais, C., Roy, C., Fiset, D., Arguin, M., and Gosselin, F. (2012). The eyes are not the window to basic emotions. Neuropsychologia 50, 2830–2838. doi: 10.1016/j.neuropsychologia.2012.08.010

Blais, C., Fiset, D., Roy, C., Saumure Régimbald, C., and Gosselin, F. (2017). Eye fixation patterns for categorizing static and dynamic facial expressions. Emotion 17, 1107–1119. doi: 10.1037/emo0000283

Do Masks Impair Children's Social and Emotional Development? | Psychology Today