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Evoluer grâce à l'analyse comportementale

Par Le 30/07/2021

L’éducation et la préoccupation parentale ne sont jamais mises sur le devant de la scène depuis Dolto et son “enfant est un sujet à part entière.” Malheureusement, les parents post 1968 ont gardé ce qui les arrangeait dans la théorie novatrice de Dolto. Ils ont omis la partie “l’enfant est un être en construction, mais qui ne peut pas se développer sans l’éducation des adultes - donc sans leur autorité” mais ont gardé la partie “enfant roi.” 

Ce qui vaut pour les parents post 1968 vaut également pour les familles qui ont un fonctionnement de type clanique. “Le projet parental a une importance majeure pour la construction du destin d’un enfant. Il passe par une attention prêtée aux devoirs et aux résultats scolaires même si les parents n’ont pas pu faire d’étude (Rapport Dr M. Berger, 2021).” Ce défaut éducatif va avoir des conséquences importantes sur le développement psychologique de l’enfant. Absence d’empathie, construction d’un monde où il se voit omnipotent, pauvreté imaginaire, insensibilité, impulsivité, absence de sens critique.

Dans le profiling - l’analyse comportementale - cet aspect environnemental est très important à analyser parce que c’est dans la petite enfance que se construit le faux-self (faux-soi). Selon D. Winnicott, le vrai self désigne l’image que le sujet se fait de lui-même et qui correspond effectivement à ce qu’il est et perçoit à travers une réaction adaptée.

Le faux-self désigne une instance psychologique et comportementale qui se sont constituées pour s’adapter à une situation plus ou moins contraignante. L’image de soi est alors défensive et fonction des réactions inadaptées de l’environnement (Wikipedia). 

Comprenez que nous avons tous développé un vrai et un faux-self et que c’est ce dernier qui est mis en avant dans nos relations (amicale, professionnelle…). Sous la pression sociale d’un groupe, d’un clan ou d’une personne particulièrement influente, nous tendons à vouloir faire correspondre notre image à ce qui est attendu de nous.

Cette construction de la personnalité fait partie des facteurs de régulation de nos actes grâce à la causalité cognitive descendante (Sperry, 1993).

De plus, selon Daniel Riesman, depuis le milieu du 20ème siècle les référents qui structurent le développement personnel ont changé. Ce n’est pas en regardant en soi (introspection) que l’on se fixe des buts dans la vie, mais en cherchant dans le regard des autres. Les sources de l’estime de soi et de l’identité ont glissé de l’intro-détermination vers une plus grande extro-détermination. C’est dans les jugements extérieurs que l’individu d’aujourd’hui trouve les sources de l’estime de soi. Notre Moi numérique prend également sa part dans l’équation.

L’analyse comportementale guidée par ma grille de lecture et d’analyse peut être aisément et efficacement couplée à l’ennéagramme. Tous deux ont comme objectifs d’identifier, de comprendre les schémas comportementaux et de les ajuster. Ils permettent ainsi de se rapprocher de notre vrai-self pour tendre à maîtriser nos compulsions, nos peurs et exister par et pour nos qualités intrinsèques. 

Cette identification, cette analyse se fait grâce à un (ou plusieurs) entretien(s) exploratoire(s) et le passage d’un test rapide d’ennéagramme dans le cadre d'un accompagnement individuel, un projet de reconversion, ou en découvrir plus sur soi, en complément d’un bilan de compétences ou non. 

L'ennéagramme est un outil précis qui permet d'identifier les motivations, le profil type d'une personne et les caractéristiques de sa personnalité.

Il affirme que nous avons une orientation dominante, parmi neuf, qui a un impact majeur sur tous les contextes de notre vie. Cette orientation est à la fois notre principal don et notre principale limitation.

L'outil référence 9 profils qui font références à trois centres d'intelligences distincts : l'émotionnel, l'instinctif et le mental.

On y retrouve pour chaque profil ses peurs, ses compulsions, ses mécanismes de défense, ses vertus et encore ses principales forces.

Il me semble primordial, avant d’entamer toute démarche de développement personnel, de faire un point précis de ce que vous êtes. Un arrêt sur image qui va vous éclairer sur ce que vous êtes aujourd’hui et pourquoi vous vous comportez de telle ou telle façon dans différents contextes. Ce point doit être fait dans un cadre neutre, bienveillant et surtout sans aucun jugement. Un cadre qui met en avant l’assertivité, la réflexivité et l’empathie. Une fois cette base établie, vous pourrez faire le premier pas vers votre objectif de changement en toute sérénité. 

 

Who are you


 

Rencontre entre E. Macron, Mc Fly et Carlito

Par Le 12/06/2021

Analyse de la communication non verbale entre Emmanuel Macron, Mc Fly et Carlito.

L’exercice est bon enfant, détendu entre le Président de la République et les 2 Youtubers. 

Pour rappel, il s’agit d’un concours d’anecdotes entre EM et les Youtubers. L’enjeu est une photo des Youtubers visible lors de la fête nationale du 14 juillet prochain et le vol avec la patrouille de France pour les Youtubers. 

Je ne connais pas du tout leur baseline respective, c’est à dire que ne les ayant jamais regardés, ni analysés, je ne connais pas leurs “gimmick”, leurs “tics” d’expression non verbale. J’ai regardé la vidéo en une seule fois, m’autorisant uniquement des pauses sur image. Pas de ralenti, pas de visualisation image par image. Du live, uniquement du live.

Voyons ça…

Tout d’abord, EM affiche un sourire narquois, railleur devant Mc Fly et Carlito. C’est le côté droit de la bouche du Président qui sourit, Dominique Strauss-Kahn est aussi adepte de cet item. Comprenons qu’il s’agit d’une émotion positive liée à l’autre mais travestie car non verbalisée. 

EM est moqueur, en témoigne sa “langue de vipère” qui sort subrepticement à 2 min. 57 de la vidéo. Il se réjouit d’avance de l’exercice et c’est une attitude authentique, non feinte.

Anecdote EM : je ne m’attarde pas, Kilian M’Bappé ne signera jamais à l’Olympique de Marseille, trop évident, point facile.

Anecdote Mc Fly : les gestes sont amples, ils miment et illustrent le discours. Le Youtuber  Mc Fly s’associe à ce qu’il relate, l’anecdote est vraie.

Anecdote EM : la main droite du Président est active, il se dissocie du discours qui se veut analytique, descriptif. L’environnement dépeint est très formel. La paume de sa main est tournée vers son corps lorsqu’EM évoque la culture de l’afrobeat à Lagos. Il semble bien connaître et apprécier. EM a souvent ce geste du poing avec la paume tournée vers lui. Une mauvaise gestuelle apprise mais trop systématique qu’elle en perd tout son sens.

2 items retiennent mon attention : EM se mordille la joue et ses mains sont jointes, les index tendus dans un axe descendant, en “pistolet”. 

Le mordillement de la joue se fait normalement dans un contexte négatif et les mains en “pistolet” pour prévenir que la personne a un argument qui, s’il est utilisé, va faire mouche. 

Seulement, EM se mordille très souvent l’intérieur de la bouche dans un contexte autre qu’un discours récité. Il ne faut donc pas en tenir compte pour l’analyse. 

De plus, il a très souvent les mains basses en "pistolet" lors de cette demi heure. Il ne faut pas en tenir compte, je pense qu'EM est un compétiteur.

En revanche, il faut être attentif à son regard qui se porte vers le bas, sur sa droite. C’est un item qui nous indique qu’il est en construction de ce qu’il va dire.

Anecdote Carlito : les gestes effectués miment, reproduisent la scène. La main droite de Carlito vient frotter son genoux exprimant une envie de fuir la scène remémorée. 

Cependant, Carlito a mélangé des faits réels à son discours, ce qui pollue la gestuelle. Les menteurs invétérés utilisent le même procédé et ça fonctionne très bien. S’il avait dit la vérité, les 2 mains voire uniquement la gauche auraient été en mouvement. 

Anecdote EM : encore une fois ses mains sont en “pistolets” descendants, sa main droite est active, les 2 miment les tenues de sport et illustrent le chemin qui monte, elles nous montrent la grandeur de la Commanderie. Son anecdote est vraie.

Anecdote Mc Fly : il pose la question directement en effectuant un mouvement de tête vertical qui part immédiatement vers le bas. Il n’y a pas de pré-mouvement vers le haut. Le mouvement est franc, direct, ce qui contribue à la véracité du discours. 

Anecdote EM : peu de gestes qui illustrent le propos, ceux qui sont effectués sont rectilignes sauf lorsqu’il évoque son bureau. Normal, il s’agit d’un lieu qui connaît parfaitement et qu’il peut décrire sans problème. Main gauche active lorsqu’il dit que Trump a raccroché, il a déjà vécu ce type de scène. Cependant, son regard est soit dans les yeux de Carlito pour tenter de lui faire croire à ce qu’il dit, soit dirigé vers le bas, devant lui pour construire son discours.  L’anecdote est fausse. 

Anecdote Carlito : très court, “vrai” ou “faux” avec main droite active… mais elle n’illustre pas le propos de façon analytique ou descriptive, elle situe où se trouve le groupe de Métal, elle nous montre où il est : dans le jardin de l’Elysée ! 

Lien vers la vidéo : (1) CONCOURS D'ANECDOTES vs LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE - YouTube

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Forcenés par imitation !

Par Le 03/06/2021

La “décharge à violence” ne cesse de se remplir. Forcenés, violences conjugales, féminicides… Comment expliquer cette violence au quotidien ? L’Etat régalien est-il impuissant ? La France s’ensauvage-t-elle ?

Le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales définit le forcené comme un trait physique ou psychologique qui rend une personne très violente. Selon M Réty, patron du GIGN, le profil des forcenés est bien connu et fait apparaître des problèmes familiaux, financiers, sociaux, d’addiction, passage à l’acte lié à l’impact de la crise du COVID-19 qui crée de l’anxiété dû au confinement. Le passage à l’acte ferait suite à une décompensation qui est une rupture de la structure physique. C’est une désorganisation d’un système qui n’arrive plus à rester en équilibre, à s’autoréguler par ses modes habituels de défense. 

Je ne partage pas cet avis pour l’ensemble de ces violences abjectes qui ne cessent de s’additionner sans montrer de signe de faiblesse, d'infléchissement, pour la simple raison que tous ces individus qui passent à l’acte sont déjà dans un système personnel violent, depuis des années. Il n’y a pas à proprement parler d'événement déclencheur, c’est leur trait de caractère, leur fonctionnement. Ce sont des récidivistes de fait ! 

Le profil de ces individus est simple : ils aiment les armes (quelles qu’elles soient), sont peu empathiques, ils ont une faible résistance à la frustration, leurs valeurs sont très manichéennes, simplifiées, sans nuance et évidemment patriarcales jusqu’à l’excès ! Ils agissent par opportunisme et ne sont jamais sortis des clivages que fait vivre l'adolescence.

La faute à qui ?

Je vais tenter de simplifier ma vision des choses : violences intrafamiliales dans l’enfance (dans toute l’acception du terme) + intolérance à la frustration + immaturité + mauvaise gestion des émotions + manque de confiance en soi + environnement direct en vase clos + réactance + contribution des médias mainstream = passage à l’acte violent probable.

Je m’arrête sur la réactance

“On suppose que si la liberté de comportement d’une personne est restreinte ou réduite, cela déclenche une réactivité émotionnelle. Celle-ci va engendrer une motivation à défendre sa liberté. La peur de perdre de nouvelles libertés peut déclencher cette réactivité et motiver la personne à transgresser l’interdit pour rétablir sa liberté. Cet état de révolte comportemental est appelé “réactance psychologique”. (...) La théorie de la réactance suppose qu’il existe des “comportements libres” que les individus perçoivent et auxquels ils peuvent prendre part à tout moment. Pour qu’un comportement soit libre, l’individu doit avoir les capacités physiques et psychologiques pertinentes pour y participer et doit savoir qu’il peut s’y engager en ce moment ou dans un avenir proche. Le “comportement” comprend tout action, et inclut les comportements cognitifs (prises de décisions internes, et planification).

Il n’est pas toujours clair, pour un observateur ou pour les individus eux-mêmes, s’ils détiennent une liberté particulière de s’engager dans un comportement donné. Lorsqu’une personne souhaite accomplir un comportement perçu comme libre, elle est susceptible de ressentir une réactance chaque fois que ce comportement est restreint, éliminé ou interdit avec élimination. Plus un comportement libre est important pour un certain individu, plus l’amplitude de la réactance sera grande. La suppression d’une liberté pouvant déclencher la peur de perdre d’autres libertés, c’est la perte de liberté imaginée (et non réelle) qui prédit le degré de réactance de l’individu.”

La réactance est donc une tendance à se rebeller qui peut se poursuivre tout au long de la vie, même si c’est bien à l’adolescence que cette tendance est la plus marquée. Lorsqu’une séparation se passe difficilement et que l’un des deux ex-conjoints a refait sa vie, l’autre ne peut intégrer ni accepter cette nouvelle situation. Il va nourrir du ressentiment et considérer qu’il est privé de sa liberté de disposer de l’autre, voire de ses enfants. Chaque élément qui viendra renforcer cette impression sera un biais de confirmation pour l’individu qui nourrira cette passion destructrice. Plus il y a de pression autour d’une séparation, d’un divorce, plus ce ressentiment, cette réactance grossie. 

Quand la liberté se trouve limitée dans un certain domaine, l’individu ressent un désir accru d’obtenir les objets qui lui sont devenus inaccessibles. On peut retrouver cette défense en éthologie canine où la protection des ressources est une importante source de motivation - nourriture, progéniture, reproduction, groupe. L’attention est tellement concentrée sur cette ressource que la conscience, le champ de vision s’en trouve étriqué. Lorsque le psychisme est emprunt à une agitation, à une préoccupation, à une frustration, il doit trouver une voie de décharge qui passera par un passage à l’acte. Alors au lieu d’aller taper dans un ballon ou dans un sac de frappe, ces individus immatures et incapables de gérer leurs débordements vont s’en prendre à l’objet (dans son acception psychologique) perdu.

 

Le rôle des médias

Je reprends un article de Bollen en 1974, qui a donné lieu à différentes études à propos des vagues de suicides qui font toujours suite, jusqu’à 10 jours après, à ceux rapportés par les médias. Cette étude appelle ces passages à l’acte : suicides par imitation. 

Aujourd’hui, le parallèle avec notre actualité semble évident. Les histoires bien viriles - selon les radicalisés - relayées par les médias fournissent des exemples, un élan, une dynamique motivant les individus au bord de la rupture. Ils ne sont que des opportunistes et agissent comme tels.

Est-il possible de modifier l’approche de l’actualité dans les médias ?

Le profil de ces individus violents, criminels, est le même que les radicalisés islamistes, sauf qu’on ne traite la radicalisation en France que du point de vue de l’islamisme… 

En prenant enfin en compte les violences sur conjoint - sur les femmes clairement - nous pourrions anticiper des passages à l’acte quels qu’ils soient.

Si en plus une autre solution plus restrictive, et plus sérieuse, que celle des bracelets électroniques était mise en œuvre...


 

Gign

Références : 

cnrtl.fr

The behavioural immune system and the psychology of human sociality - Mark Schaller - Published :12 December 2011https://doi.org/10.1098/rstb.2011.0029

Cévennes, Dordogne: pourquoi les faits divers impliquant des forcenés se multiplient en France (bfmtv.com)

Déconfinement : le spectre d’une décompensation individuelle et sociétale – Libération (liberation.fr)

Théorie de la réactance - Institut Pi|Psy (pi-psy.org)

Brehm, J. W. (1966). A theory of psychological reactance. Academic Press.

Brehm, S. S., & Brehm, J. W. (1981). Psychological Reactance: A Theory of Freedom and Control. Academic Press.

Driscoll et al. (1972).

Imitative Suicides: A National Study of the Effects of Television News Stories - Kenneth A. Bollen and David P. Phillips, American Sociological Review, Vol. 47, No. 6 (Dec., 1982), pp. 802-809 (8 pages), Published By: American Sociological Association

 

Comment ça marche l'influence sociale ?

Par Le 24/04/2021

L’influence sociale est composée par l’influence normative, le conformisme et l’influence informationnelle. 

  • L’influence informationnelle est une forme d’influence basée sur la prise en compte de la réponse des autres à titre informatif. L’individu est influencé par les autres suite à un conflit cognitif.
  • Le conformisme est une attitude qui correspond à un comportement attendu d’un individu ou d’un groupe dans une situation donnée.

Qu’en est-il de l’influence normative ? 

Lorsque nous prenons un engagement, nous faisons le maximum pour conserver notre position afin d’être perçu comme cohérent, rationnel et digne de confiance au regard des autres. 

Cependant, lorsque notre prise de position est publique et qu’une incohérence dans notre discours apparaît, nous réfléchissons à deux fois avant de nous désavouer. C’est ce qu’on appelle l’influence normative. 

Voici quelques points abordés par Deutsch et Gérard (1955) suite à l'expérience de Asch sur le conformisme qu’ils ont quelque peu modifiée (Expérience de Asch — Wikipédia (wikipedia.org)). 

L'influence normative se définit comme « l’influence de se conformer aux attentes positives de quelqu’un d’autre (individu ou groupe) ». Le groupe peut décider de punir un membre qui n’adhère pas à ses valeurs, ce qui induit l’importance de l’image sociale.

L’influence sociale normative sur les jugements individuels sera plus grande parmi les individus formant un groupe que parmi une agrégation de personnes qui ne compose pas un groupe.

L’influence sociale normative sur le jugement individuel sera réduite lorsque l’individu perçoit que son jugement ne peut être identifié ou, plus généralement, lorsque l'individu ne perçoit aucune pression pour se plier à l’avis du groupe.

L'influence sociale normative de soi-même pour se conformer à son propre jugement peut être considérée comme un processus social intériorisé dans lequel l'individu a des attentes en ce qui concerne son propre comportement.

Plus l'individu est incertain de la justesse de son jugement, plus il est susceptible d'être sensible à la fois aux influences sociales normatives et informationnelles dans la formulation de son jugement.

Plus l'individu est incertain de la justesse du jugement d'autrui, moins il est susceptible d'être sensible à l'influence sociale informationnelle dans la formulation de son jugement.

Les résultats expérimentaux de l’étude de Deutsch et Gerard indiquent que lorsqu'une situation de groupe est créée, les influences sociales normatives sont grossièrement augmentées, produisant considérablement plus d'erreurs dans le jugement individuel.

"Au cours de cette expérience, les expérimentateurs montraient à des étudiants plusieurs lignes dont ils devaient évaluer la longueur. Après quoi, un groupe d’étudiants devait, pour que leur évaluation représente un engagement public, l’inscrire sur une feuille de papier, signée de leur nom, qu’ils remettaient aux expérimentateurs. Les étudiants d’un deuxième groupe devaient également s’engager sur leur première estimation, ce qu’ils faisaient en l’écrivant sur une ardoise magique, en effaçant ensuite sans que personne ait pu lire ce qu’ils avaient écrit. Un troisième groupe d’étudiants ne s’engageaient pas du tout sur leurs premières estimations ; ils se contentaient de garder les chiffres en tête. Par ce procédé, certains étudiants s’engageaient ainsi publiquement, d’autres secrètement et d’autres pas du tout vis - à -vis de leurs choix initiaux. (...) On leur donna de nouvelles indications, leur permettant de se rendre compte que leurs premières estimations étaient inexactes, et on leur laissa la possibilité de réviser leur réponse. Les résultats furent très clairs. Les étudiants qui n’avaient pas écrit leur réponse furent les moins fidèles à leur décision, ceux qui avaient écrit leur décision l’espace d’un moment sur l’ardoise changeaient d’avis moins volontiers, bien qu’ils se soient compromis que de façon totalement anonyme, et les étudiants qui avaient exprimé publiquement leur position refusaient le plus résolument de les renier par la suite (R. Cialdini, “Influence et manipulation”, pocket 2014)”.

Deutsch, M., & Gerard, H. B. (1955). A study of normative and informational social influences upon individual judgment. The Journal of Abnormal and Social Psychology, 51(3), 629–636. social-conformity.pdf (motamem.org)

 

Reseaux sociaux


 

L'heure de naissance influence-t-elle le rythme quotidien ?

Par Le 24/04/2021

Quelle influence l’heure de naissance a-t-elle sur le rythme quotidien d’une personne ?
Contribuez en répondant de façon anonyme à ce court questionnaire. Pas de genre, pas de limite d’âge.

Lien ci-dessous :

https://forms.gle/gua6x7TkNPrK2AcE6

 

Confiance et inclusion

Par Le 12/04/2021

Pour certaines personnes, les relations sociales ne sont pas choses faciles. Nous n’avons pas tous la même expérience, nous ne recevons pas non plus la même éducation et surtout, nous ne développons pas les mêmes stratégies adaptatives.

Lorsque nous devons intégrer une nouvelle équipe (sportive, professionnelle, amis…), nous devons faire des efforts cognitifs mi-conscients pour identifier et communiquer sur les mêmes codes de communication. Les individus de caractère bienveillant et sensible peuvent surréagir en positif ou en négatif s’ils pensent que leur intégration est difficile. Surtout si les autres individus ne se montrent pas très coopératifs et qu’ils ne verbalisent pas sincèrement leurs reproches. 

Surréagir en négatif est tout simplement adopter une attitude de confrontation, sans consensus, sans vouloir dialoguer. C’est aussi amplifier les traits qui sont identifiés comme différents du groupe ou au contraire singer les comportements reconnus par le groupe.

Surréagir en positif est au contraire vouloir se dévoiler en toute transparence en misant sur la bonne intention du groupe.

Cependant, aujourd’hui, la société se trouve dans une logique où la confrontation bienveillante de points de vue différents est impossible. C’est une société d’égo, d’hyper narcissisme, de défiance envers celui qui ne partage pas les mêmes valeurs.

“Quand le déclin paraît inéluctable, la résignation prend le pas sur l’espérance. Lorsqu’on ne croit plus le progrès possible, chaque changement prend la direction du pire, chaque compromis est forcément une dépossession, et ce que gagnent les uns est nécessairement pris aux autres. (...) Un groupe social peut vouloir faire perdurer le conflit et refuser toute tentative de résolution, notamment parce que l’identification d’un ennemi lui permet de renforcer son identité” (Chloé Morin, “Le populisme au secours de la démocratie ?”).

 

Qu’est-ce qui fait l’inclusion ?

Il m’apparaît important d’éviter de confondre familiarité et confiance décidée. La familiarité est un haut degré de simplicité, d’intimité, dans les relations sociales ou dans les rapports particuliers qui unissent des personnes non apparentées (cnrtl - centre national de ressources textuelles et lexicales). La confiance décidée est une solution aux problèmes spécifiques posés par le risque (cairn).

Lorsque nous sommes enfants, nous débarquons dans un monde dans lequel nous devons faire des distinctions. Ce qui induit que nous devons nous situer par rapport à cette distinction. De quel côté nous situons-nous ? Pour indiquer ce que nous voulons dire, nous poussons la distinction, nous la développons, nous l’affinons pour distinguer ce qui est familier et ce qui ne l’est pas.

 

Quelle est la distinction entre une confiance assurée et une confiance décidée ?

Les deux concepts font référence à des attentes qui peuvent être déçues. 

Pour la confiance assurée, vous pariez que vos attentes ne seront pas déçues, que la voiture que vous venez d’acheter ne tombera pas en panne, que la télévision 4K a la meilleure définition du marché. Au cas où vous seriez déçu, vous en attribueriez la cause à des éléments extérieurs. L’alternative est de vivre dans un état d’incertitude permanente et de renoncer à vos attentes sans avoir rien d’autre à mettre à leur place. Vivre sans risque.

Pour la confiance décidée, elle requiert un engagement préalable et l’évaluation d’un risque réel avec des dommages possibles plus importants que l’avantage recherché (Deutsch, 1958 ; 1962, p. 302 sq.). Par exemple, je décide de confier un secret intime à une personne sans être certain qu’elle tienne sa langue ; j’achète une voiture bon marché à un particulier sans être certain que le kilométrage affiché est le bon. Si vous êtes déçu, vous en serez la cause.

La distinction entre confiance assurée et confiance décidée dépend ainsi de la perception et de l’attribution. “Si vous n’envisagez pas d’alternatives, vous êtes dans une situation de confiance assurée. Si vous choisissez une action de préférence à d’autres, en dépit de la possibilité d’être déçu par l’action des autres, vous définissez la situation comme une situation de confiance décidée” (cairn). 

Le développement de ce type de confiance (et de méfiance) dépend de l’environnement, de l'état physique, des ressources attentionnelles (disponibilité cognitives), de l’éducation ou encore de l’expérience personnelle. C'est également le cas lorsque nous choisissons un type de réaction plutôt qu'un autre. Le choix dépend de la façon dont nous percevons notre positionnement et ce que nous imaginons être le plus à même de protéger nos ressources.

 

L’inclusion grâce au symbole ?

“Les symboles présupposent la différence entre le familier et le non familier et ils opèrent de façon telle qu’ils permettent à cette différence de rentrer dans le familier. En d’autres termes, les symboles représentent la distinction entre le familier et le non familier à l’intérieur du monde familier. Ils sont les formes de l’autoréférence utilisant celle de la forme” (cairn).

Le malheureux exemple de Candice - cf Koh Lanta 2021 - qui a voulu établir une relation de confiance avec deux de ses coéquipiers, en leur dévoilant sa trouvaille : le collier d’immunité. Se sentant en difficulté au sein de son inclusion dans le groupe, elle a  misé sur les risques encourus si elle confiait son secret. Loupé ! Pourquoi ? Parce qu’elle a abattu ses cartes sans préalable, de façon tout à fait candide, voire naïve. Elle a mal évalué les options qui pouvaient la rapprocher du groupe. Peut-être aurait-elle dû faire une introspection, une analyse des différentes situations et certainement qu’elle aurait ajusté certains de ses comportements. Alors, elle ne se serait pas fait éliminer du jeu, trahie par ses deux coéquipiers...

 

Candice koh lanta 2021

Réf. : “Confiance et inclusion” (Confiance et familiarite | Cairn.info)

 

Un geste pas si anodin !

Par Le 28/02/2021

J’ai souhaité faire un focus sur ce geste que j’ai souvent vu, effectué par un homme sur une femme, dans la rue. J’ai souvenir d’avoir observé un couple, il y a quelques années, qui marchait dans la rue. J’ai eu le sentiment, l’intuition très forte que l’homme avait une relation d’emprise sur sa femme. La main de l’homme maintenait fermement le bras de sa compagne qui semblait apeurée et ça m’a tellement interpellé que j’ai voulu aller en savoir davantage… sauf que sans événement, sans heurt, sans incident, c'eût été un non sens voire dangereux.

Sauf que cette intuition - selon laquelle la préhension plus ou moins ferme transmet un message négatif, une relation d’emprise - ne m’a jamais quitté. Ainsi, lorsque j’ai vu cette photo, il m’a semblé évident d’aller au bout de ma démarche et d’en avoir le cœur net. Pas seulement dans l’objectif de confirmer mon intuition, mais pour pouvoir avertir les femmes qu’un homme qui vous maintient de la sorte peut être violent selon les circonstances. 

Si vous avez cela en tête, vous pouvez agir sur votre relation suffisamment en amont pour annihiler toute velléité de violence. Un ton qui monte, un mot injurieux, un geste violent mais non dirigé contre vous, une volonté de tout maîtriser, de vous placer dans une position d’infériorité… sont des signes précurseurs.

 

Mais qui sont ces hommes ?

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je cite Holtzworth-Munroe & Stuart (“typologie of males batterers : three subtypes and the differences among them” - Psychological bulletin 116 (3), 476, 1994) : “la première [des 3 catégories d’hommes] identifie des hommes violents seulement dans leur famille, soit envers la conjointe ou les enfants. On y observe une variation de la fréquence et de la sévérité et l’abus psychologique est le plus souvent rencontré. Ces hommes ont très rarement des antécédents judiciaires, ils peuvent éprouver des problèmes d’adaptation se manifestant par des difficultés à gérer leur colère, des symptômes dépressifs, des problèmes de consommation d’alcool ou de drogue et ils peuvent avoir une personnalité passive ou dépendante.”

Le rapport Coutanceau de 2006 (p10) se fait plus précis et technique en exposant les 3 profils suivants :

  • le 1er est immature et névrotique dans le spectre de la normalité,
  • le 2nd est mal structuré avec des fragilités diverses : instabilité, agressivité, aspect dysharmonique du caractère, problématique de jalousie ou de peur de la perte,
  • Le 3ème est plutôt paranoïaque et mégalomaniaque.

On ne choisit pas son conjoint par hasard. “Le phénomène de violences conjugales interroge plus largement les places et positions prises par les partenaires du couple. Le couple est en effet le résultat de deux parcours de vie singuliers et l’union des deux individus témoigne toujours d’une succession de choix en lien avec l’histoire et la situation de chaque partenaire” (“Etude des dynamiques violentes conjugales et de la trajectoire de vie du couple auteur/victime de violence conjugale”, Université de Toulouse Jean-Jaurès). 

Que ce soit pour l’auteur ou la victime, leur parcours de vie est toujours teinté de violence traumatique, qu’elle soit intrafamiliale, carence affective et éducative… 

Les auteurs de violence ont un défaut de reconnaissance de l’altérité, de responsabilisation et une méconnaissance de leurs propres émotions : terrain fertile pour la frustration qu’ils ne savent pas gérer. 

 

Voici le profil à différents degrés :

- Conso quotidienne d'alcool (même 1 seul verre),

- Difficultées à gérer la frustration,

- Impulsivité,

- Histoire familiale des 6 premières années (voire au-delà),

- Pensée construite sur l'hyper possession,

- Individu qui veut tout contrôler, gérer (sauf les taches dévolue à la femme),

- Egocentrique,

- Dévalorise l'autre,

- Dénigre,

- Absence d'empathie,

- Absence de réflexivité,

- Absence de remise en question quelque soit le sujet,

- Gestes intra familiaux de préhension avec force.

 

Les formes de violences conjugales (réf. Institut National de Santé Publique du Québec)

La violence conjugale revêt plusieurs formes : violence psychologique, verbale, physique, sexuelle et économique. Toutes ces formes sont utilisées pour contrôler la victime.

Violence psychologique : dévalorisation de l'autre, attitudes et propos méprisants, chantages et menaces implicites ou explicites, contrôle des sorties et des fréquentations, violence sur les objets et les animaux.

Violence verbale : sarcasmes, insultes, hurlements, propos dégradants et humiliants, ordres intimés brutalement.

Violence physique : coups et bousculades, exercer une contrainte physique.

Violence sexuelle : agressions et attouchements, imposition d'actes dégradants ou de pratiques sexuelles non désirées, harcèlement, intimidation, manipulation ou brutalité en vue d'une relation sexuelle non consentie, dénigrement sexuel.

Violence économique : privation ou contrôle des ressources financières et matérielles, contrôle et surveillance des activités, dépense excessive qui met en péril le budget familial.

 

Et ce geste alors ?

Il s’agit d’une main (masculine presqu’exclusivement !) qui vient se poser avec plus ou moins de pression, de fermeté contre le haut du bras du partenaire (biceps et triceps), de telle sorte que ce geste crée une sorte de coercition inconsciente voire consciente. 

63 personnes ont eu la gentillesse de répondre au questionnaire. Je vous remercie grandement pour cela.

60% des personnes rapportent que leur conjoint a déjà eu ce geste avec elle ou une autre personne, dans un contexte familial ou intime. Ce geste s’avère être donc commun à une majorité de couple. 

Ce geste est qualifié de protecteur à 40% et de possessif à 38%. C’est intéressant de constater cette difficulté à caractériser le geste. “Protecteur” est une notion positive, “possessif” est tout l’inverse.

Cette difficulté se vérifie avec la question suivante, puisque 65% des personnes ne considèrent pas leur conjoint comme jaloux. 

Cependant, les deux dernières questions viennent rappeler à quel point ce geste peut être évocateur d’un profil.

En effet, si 65% disent que leur conjoint n’a jamais été violent, 27% avouent qu’il a déjà été agressif, 3% violent et 8% agressif et violent. Cela veut dire que 24 personnes sur 62 ont déjà connu un contexte violent et/ou agressif avec leur conjoint… 38% des personnes interrogées !

Enfin, cette agressivité et/ou cette violence a/ont été verbale pour 22%, physique pour 2%, physique et verbale pour 13%. 

En communication non verbale, ce geste est ce qu’on appelle une microtraction. Il est fait pour établir son autorité qui semble être en jeu. 

Le geste semble protecteur car il flatte l'ego, il rassure donc il ne peut illustrer la jalousie. Mais il y a ici un biais de confirmation. N'est-ce pas une mauvaise interprétation due à l'ego justement ? Si toutefois le conjoint émetteur du geste s'avère être jaloux, il pourrait finalement faire tomber le masque du chevalier blanc et passer à l'acte verbalement et/ou physiquement si différents éléments du  contexte sont réunis. Mais alors il ne serait pas celui espéré, la relation reposerait sur une erreur d'interprétation, d'où la nécessité de se voiler la face… Les stéréotypes ont la vie dure ! 

 

Comment anticiper ?

Il est essentiel de faire la différence entre une scène de ménage que tout couple connaît, et  une scène de violence. Les différents exemples repris plus haut aident à clarifier ce qu’est une violence/agression.

Le positionnement des partenaires est important dans la mesure où chaque individu doit se percevoir et être reconnu comme l’égal de l’autre. Cette égalité est légitimée par les actes du quotidien qui permettent tour à tour à chacun de s’exprimer librement, de se positionner, sans contrainte ni influence, de communiquer et d’agir sans entrave. Y a t il une vraie communication dans le couple ? Y a t il une intention de valoriser l’autre ? Dès que l’un des partenaires assoit son pouvoir sur l’autre en le plaçant et le maintenant dans une position d’infériorité constante, la liberté d’expression et la négociation n’existent plus. La bascule est faite.

La peur est également un point essentiel pour identifier si la relation est altérée. Une peur sourde qui vous place perpétuellement dans un état d’alerte. Cela veut dire qu’il y a une intentionnalité persistante ou récurrente de l’autre à vouloir instrumentaliser et soumettre son partenaire. 

Comment faire ? L'aider dans la tempérance si la personne est à l'écoute.

Etre attentive à tout ce qui peut paraître contrôlant (gestes, paroles) car derrière chaque geste contrôlant il y a un désir d'affirmer son autorité.

L’homme violent/agressif a peur d'être seul, de l'abandon donc il rabaisse sa conjointe pour ne pas qu’elle aille voir ailleurs... c'est différent de la jalousie.

"Comme tu n'es plus qu'une moins que rien, un autre ne peut pas s'intéresser à toi, donc pas besoin d'exprimer une quelconque jalousie."

Les gestes sont ainsi importants à observer dans la mesure où s’ils contraignent, s’ils sont effectués avec force ou tension, c’est qu’il y a là nécessité à rééquilibrer la relation en parlant ensemble. Si la communication est acceptée comme étant la pierre angulaire du lien entre 2 personnes, elle doit être entretenue quelque soit le sujet.

Si ce n'est pas le cas…



Main gauche en prise sur le bras 1



 

Le corps parle... confirme... affirme... : Richard Malka

Par Le 19/02/2021

Richard Malka est avocat, enseignant à Paris Nanterre, spécialiste des questions de liberté d’expression et de laïcité. Il était l’invité d’Eli Chouraqui le 19/02 (aujourd’hui en fait…) sur i24 News dans son émission “Eli sans interdit.”

Richard Malka aborde la question de la situation aux USA, au sujet justement de la liberté d’expression et certains items non verbaux étaient tellement congruents avec son discours que je ne pouvais que partager mon analyse avec vous.

 

Voici la vidéo que j'ai enregistrée : Richard malkarichard-malka.avi (9.13 Mo)

 

Ce qui frappe, lorsque l’avocat parle, c’est qu’il le fait avec la tête qui penche à droite… et qu’en plus il regarde avec son œil droit… alors qu’est ce que tout ça veut bien dire ? Finalement, c’est une posture que vous-même pouvez voir pour autant que vous vouliez le voir. Avec un peu de concentration, tout le monde y arrive. 

Richard Malka semble d’une nature assez vigilante, alors il ne peut que classer les informations qui lui arrivent de l’autre et ainsi montrer de la rigidité. C’est ce que traduisent ces axes de tête.

 

Ils veulent nous imposer ça”, dit-il à la 14ème seconde de la vidéo avec son index droit pointé face à lui, désignant le “ça” qui part de sa gauche vers sa droite.

En faisant cela, il place à l’extérieur de son monde et de ses valeurs ces USA qui veulent imposer au monde leur vision de la culture alors que la leur est en train d’exploser.

C’est le pays de la liberté d’expression qui est en train d’y renoncer,” poursuit-il.

Juste après avoir prononcé le mot “renoncer”, à la 21ème seconde, Richard Malka pointe sa langue de vipère, satisfait de sa pique. Il insiste sur son point de vue, pour que chacun puisse l’intégrer et y réfléchir. D’ailleurs, son regard vient prendre à témoin le téléspectateur.

 

Enfin, un dernier geste vient réaffirmer sa position et confirmer son total désaccord avec cette culture américaine que certains importent, copient, singent, c’est à la 25ème seconde lorsque son index droit vient effectuer quelques va et vient sous son nez.

 

Preuve en est, le corps parle bien à notre insu !

 

Crédit photo : JF Paga

Richard malka

 

Un geste peut-il sous-tendre un passage à l'acte passé ou futur ?

Par Le 07/02/2021

Participer de façon anonyme à ce questionnaire rapide dont l'objectif est d'identifier s'il existe un lien entre le geste illustré sur l'image ci-dessous et un passage à l'acte ?

Pour cela, il vous suffit de cliquer ou copier/coller le lien ci-dessous :

https://forms.gle/GeuestVG5TsmcYrm9

 

Main gauche en prise sur le bras

Vers la tempérance...

Par Le 17/01/2021

La tempérance. 

Peu en parle mais grande est cette vertue. C’est l’aptitude à contenir les émotions excessives. 

Dans le prolongement de Darwin, pour être efficace il est nécessaire d’adapter son comportement au contexte, et non le contraire. Mais ça ne se fait pas aisément, c’est selon la capacité de chaque personne. 

L’intelligence émotionnelle, entre autres formes d’intelligences (8 selon Gardner), permet de développer cette capacité d’adaptation.

Solvay (1990) la définit comme suit :

  • La connaissance des émotions. Elle se développe grâce à la granularité. Bien identifier ses émotions aide à les maîtriser et à comprendre les répercussions de ses propres décisions.
  • La maîtrise de ses émotions permet d’abaisser sa charge émotionnelle à un niveau acceptable pour faire face aux évènements.
  • L’automotivation parce que savoir canaliser ses émotions permet de mieux se concentrer.
  • La perception des émotions des autres, c’est l’empathie, qu’elle soit cognitive ou émotionnelle.
  • La maîtrise des relations humaines c’est cette capacité de savoir entretenir de bonnes relations, c’est savoir gérer les émotions des autres.

Lorsque vous ressentez de la colère suite à un événement, à une dispute ou une critique, vous pouvez l’apaiser en rompant le contact, en sortant, en vous extrayant de la situation. 

Ensuite vous pouvez vous distraire mais je vous recommande d’aller marcher quelques minutes. L’action permet de relativiser, de trouver des solutions et de faire redescendre l’émotion à un niveau satisfaisant. 

Tout en marchant, prenez le temps de bien respirer. Inspirez sur 4 temps, expirez sur 6 temps. Votre rythme cardiaque va retrouver très rapidement son niveau habituel. 

Enfin, une étude de Dolf Zillman a montré que coucher sur papier les pensées hostiles au moment où elles apparaissent permet de les capter, de les identifier, de les contester et de les évaluer.



 

Références : 

“L’intelligence émotionnelle (intégrale)”, Daniel Goleman, éd. J’ai Lu

“Mental Control of Angry Aggression”, Dolf Zillman, in Daniel Wegner et James Pennebaker, Handbook of Mental Control, op; cit.

  

 

Maintenir sa dignité, si possible...

Par Le 13/01/2021

Julia Minkowski, avocate pénaliste, s’est exprimée lors de l’émission “C à Vous” sur l’affaire qui avait provoquée le retrait de la scène politique de son compagnon Benjamin Grivaux.

Ce qui est terrible de mon point de vue, c’est qu’elle sort un livre sur la condition des femmes avocates et que sa participation à l’émission est suspendue à l’obligation de répondre à quelques questions qui relèvent de la sphère privée.

Voyons comment Julia Minkowski a tout fait pour masquer son dépit et rester digne :

A 11 sec. de la vidéo (lien ci-dessous), nous observons une certaine tension dans les lèvres de l’avocate, ce qui montre de la rigidité. Son port de tête témoigne d’une écoute attentive à l’argumentation et dans ces conditions, il est primordial de rester concentré. Nous ne savons pas comment les propos seront repris, déformés, décontextualisés.

“Je comprends tout à fait que des questions puissent se poser”, dit-elle en replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille gauche, avec sa main droite, tout en baissant son regard vers sa gauche. De ce simple geste lourd de sens, non seulement Julia Minkowski se donne du temps pour se recentrer, mais elle se protège également en plaçant son bras en travers de son buste tout en se replongeant malgré elle dans la situation passée.

“Au-delà de ma propre épreuve”, fit-elle à 1 minute passée, début de phrase qui transpire la tristesse et le dépit. Pour preuve, cette lèvre inférieure côté gauche qui semble s’affaisser en laissant apparaître ses dents inférieures. Pas si simple de gérer cette histoire de façon banale, comme tout couple traversant ce genre de mauvaise passe.

Elle tente ensuite de donner plus de hauteur à son témoignage, un autre angle de vue, à la sauce américaine. Cette tentative se ponctue d’une belle langue de vipère à 1 minute 18 sec. Peine perdue puisqu’elle aura le droit à une dernière question, non sans avoir été rappelée à l’ordre sur le principe de sa participation à l’émission. Intervention d’E. Lemoine qui se fait recadrante, tellement mal approprié. 

L’agacement de Julia Minkowski se traduit aussi par ce regard vers la caméra qui tente de prendre à témoin le téléspectateur à 1 minute 23 sec. Mi sourire également 20 sec. plus tard avec cette bouche qui remonte sur sa gauche, émotion travestie bien sûr. 

Finalement, déshonneur et humiliation publique exprimés d’une main gauche très moïque à 2 minutes de la vidéo. 

Comment rester digne lorsque nous sommes dépassés par la violence de la surexposition médiatique ? Tant que nous aurons une télévision, un média et des téléspectateurs pour ce genre d’interview, l’intelligence collective n’en sortira pas grandie.

 

(1) Affaire Benjamin Griveaux : Julia Minkowski, son épouse, sort du silence - C à Vous - 07/01/2020 - YouTube

 

Julia minkowskiJulia Minkowski, à Paris, le 6 janvier. Photo Samuel Kirzenbaum pour Libération

L'importance du contexte

Par Le 26/12/2020

Observer un groupe d’individus c’est prendre de la hauteur sur la situation, sur les interactions mais sans faire de focus sur une seule personne. 
Axer son observation sur une personne serait une erreur car l’acte intentionnel n’est qu’une partie du comportement, ce n’est pas la cause.

Il est donc nécessaire d’analyser l’environnement (symbolique, imposé, choisi de Bandura), le contexte pour apprendre à prévoir les comportements sur la base des informations qui fournissent le contexte et non à partir de l’intention inférée des individus.

C’est ce que fait d’ailleurs, de façon inconsciente, chaque membre d’un même groupe d’individus. Il analyse l’interaction (théorie triarchique de Sternberg) au regard des règles sociales induites de ce même groupe de façon à prévoir à très court terme de l’interaction le prochain mouvement, la prochaine parole, geste, réaction… Chacun vient donc avec sa propre histoire et en tant qu’analyste du comportement, il est primordial de l’avoir à l’esprit.

Une interaction ne se résume pas à un échange d’actions et de réactions entre deux ou plusieurs personnes, c’est aussi un moment d’échange de règles sociales et chacun vient avec les règles qu’il a apprises, avec toutes les différences que cela induit également (culturelles, statut socio-économique, familiales…). Ce moment d’échange revêt un aspect subliminal et “seule l’information de faits nouveaux fait l’objet d’un processus autoréflexif” (apprentissage vicariant).


Références : Goffman, Birdwhistell, Hymes, Bandura, Winkin16089838082731068744537623035563

 

Violences policières ou débat tronqué ?

Par Le 22/11/2020

La cristallisation médiatique d’une part, et d’une partie de la population d’autre part sur les violences policières, n’est-elle pas une forme de fascination ?

Comment expliquer une contestation si significative, une remise en question des méthodes employées par la police pour rétablir l’ordre social ? Pourquoi une telle ambiguïté entre le “je t’aime moi non plus” alors que les forces de l’ordre ont œuvré non sans mal pour déjouer les attentats de Paris ? Pourquoi certains individus en viennent-ils à scander, lors de manifestations sur les Champs Elysées : “suicidez-vous !” ? Entre amour et haine, soutien aux forces de l’ordre et contestation, pourquoi une telle fascination ? Pourquoi une telle passion ? Cela ne dépend-il pas d’un certain point de vue ?

C’est le même processus psychologique qui se produit lorsqu’un accident de la route survient et que les automobilistes ralentissent par curiosité. Lorsqu’un fait saillant survient mais qu’il ne concerne en réalité que peu de personnes, d’autres individus viennent forcément se greffer pour observer voire y participer d’une quelconque façon que ce soit. Bien évidemment, que ce soit avec leur téléphone ou avec leur voix, ces mêmes individus vont rapporter leur propre vision de l’évènement à leurs proches, à leurs amis, à leur groupe social, et la diffuser sur les réseaux sociaux avec les conséquences qui peuvent être désastreuses. Leur réalité est-elle d’ailleurs partagée par d’autres qui ont également assisté à la scène ? 

Les contes de Perrault exploitent ce processus psychologique de fascination, de même que les séries à succès The Walking Dead, Viking, The Punisher et autres… C’est cette notion de plaisir/déplaisir , identification/différenciation qui entre en jeu simultanément dans votre psychisme qui est exploitée. Ces contes et ces séries sont produits par l’inconscient collectif et contiennent des images très fortes en sensations comme peuvent l’être les images volées d’une manifestation. Les contes évoquent des histoires qui peuvent arriver à n’importe qui, n’importe quand et n’importe où. Ils n’indiquent aucune date, il n’y a pas de repère temporel et les protagonistes n’ont pas de nom.

Face à l’horreur, nous ressentons de l’empathie ou de l’antipathie (théorie de l’esprit) cependant, nous sommes extérieurs à la situation, ce qui contribue à emprunter une voie de décharge pour les angoisses générées. Parler de la situation, de ce qu’on a vu, de ce qu’on a ressenti, échanger des images nous permet de nous rassurer. Pour certains, il y a là un feedback possible de leur groupe social qui va exciter leur point de vue, leurs valeurs et les renforcer. Ces mêmes personnes peuvent ensuite vouloir rechercher des sensations identiques en participant à nouveau à ce même type d’évènements. En échangeant encore et encore sur les faits, nous renforçons notre sentiment d’appartenance à notre communauté, notre inclusion, nous nous rassurons sur notre normalité et peut être convertissons-nous des esprits dont l’adhésion est encore trop hésitante.

Regarder des faits violents et trouver des coupables, sans se remettre en question nous aide à comprendre et à maîtriser nos angoisses.

Cependant, ce qui est gênant dans ces images diffusées sans recontextualisation, c’est le point de vue qui se veut être celui de l’observateur. Il est généralement à charge. Force est de constater que même ceux qui devraient se positionner en tant qu’observateur sont surtout à l'affût d’un dérapage parce que cela va générer un certain public, une audience, de la publicité, des milliers d’euros à la clé… c’est le nerf de la guerre ! Pour d’autres, cela renforcera leur rôle social, leur ego, leur narcissisme.

Ainsi, ces observateurs vont traiter l’image avec un angle de vue biaisé. 

Violences policieres

Comme l’a démontré Yannick Bressan (“La particule fondamentale de l'Être", 2019,  MJW-Fédition) les personnes qui vont visionner ces images vont en avoir une certaine perception qui correspond ou pas à leurs valeurs (empathie ou antipathie). Des images mentales vont être introjectées, c’est-à-dire que la perception de la situation va “créer une représentation mentale de la réalité à laquelle (l’individu) a immédiatement accès par ses sens et qui est ponctuée par son éducation, ses souvenirs et affects. Ce processus transforme une réalité objective en une réalité subjective”. 

Ces images mentales peuvent également induire une dissonance cognitive, d’autant plus si la source de ces images a été manipulée, tronquée, scénarisée. Il s’agira alors d’une réalité fantasmée induite et prosélyte. Cette nouvelle réalité émergente va ainsi remplacer, se substituer à la réalité de l’individu. Celui-ci va l’intégrer si profondément que son attitude et ses valeurs actualisées en seront modifiées, qu’il adhère ou qu’il n’adhère pas à la situation perçue, pour retrouver enfin son homéostasie.

Selon le rapport de 2019 de l’IGPN, il y a eu +23% d’enquêtes judiciaires entre 2018 et 2019, +38 000 plaintes uniquement liées aux violences volontaires. Le Parquet de Paris ayant demandé à l’IGPN d’enquêter pour toutes plaintes relatives à l’usage de la force, quelque soit la gravité des faits (je n’ai pas réussi à obtenir le nombre de plaintes déposées par les policiers à l’encontre de citoyens, cependant elles existent).

En 2018, il y a eu 10 790 policiers et gendarmes blessés en mission (+15%), selon l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales, 25 morts soit 10 de plus qu’en 2017, 54 suicides dans la Police Nationale en 2019, 33 militaires en 2018 (source : Sicop et Sirpa).

N’est-il pas possible d’adopter un point de vue de réel observateur afin de relayer les violences de l’une et l’autre des parties, pour que la réponse judiciaire soit transparente et le débat dépassionné ?




 

Affaire DAVAL : rappel de mon analyse comportementale

Par Le 20/11/2020

Je pense qu'il est intéressant de reposter mon article qui date de l'époque des faits. Article dans lequel j'analysais la gestuelle de l'accusé en mettant en exergue certains items non verbaux. Mon analyse était complétée par des éléments psychologiques qui aujourd'hui trouvent un fort écho par les révélations de l'accusé.

Je poste également les derniers échanges entre JD et sa belle-mère, Isabelle Fouillot, fait rarissime dans un procès. JD confirme la détresse psychologique dans laquelle il était, la force de caractère d'Alexia, la situation conflictuelle autour d'un couple en perdition, un enfant désiré par l'une et non par l'autre et malheureusement, la cocotte minute qui explose.

 

Le gendre idéal : Jonathann Daval !

 Le 03/02/2018

Comment le gendre idéal a-t-il pu berner tout le monde ?

La question aurait pu se poser autrement : comment Jonathann Daval a-t-il pu mentir à tout le monde ? Mais d’ailleurs, a-t-il vraiment menti ? A-t-il caché une partie de la vérité ? A-t-il joué une sombre et cynique comédie ?

Se pose alors la question de l’authenticité et des signes qui permettent de la reconnaître. Lorsqu’une personne montre une émotion qu’elle ressent réellement, on s’attend à voir des épaules hypotoniques ou hypertoniques comme dans la tristesse ou la colère. On s’attend à une augmentation des clignements des paupières, des mouvements de bouche mais également à des gestes effectués avec les mains plus ou moins proches du corps.

Dans le cas de JD, seul le visage (d’après les vidéos que j’ai visionnées) nous apporte des éléments de réponse. Et au final, et évidemment renforcé par ses aveux, il s’agit d’un « mensonge vigilant », c’est-à-dire que JD doit en dire le moins possible afin que le peu d’informations verbales et non verbales extériorisées ne puissent lui être retournées. Il est donc confronté à une double contrainte : laisser s’extérioriser sa tristesse mais en en montrant le moins possible.

Avant d’analyser la vidéo et de vérifier s’il y a une émotion sous-jacente, il est important de rappeler les éléments connus.

 

Quels sont les éléments contextuels ?

D’abord JD affiche un physique petit, fluet, quelques rides sur le front, des sourcils peu mobiles, une coiffure branchée. JD apparaît comme une personne timide voire introvertie, il est informaticien, il est supporté par le père de sa femme lors des différentes sorties filmées. Il est à mille lieux d’un physique à la Charlton Heston et apparaît même efféminé…

JD a rencontré sa femme au lycée et il dit qu’ « elle a changé sa vie (…), qu’elle est une complice délicieuse » (Ouest-France). Elle avait 29 ans, était employée de banque, joggeuse donc active et énergique.

L’enquête a révélé une relation conflictuelle depuis quelques temps, avec des disputes que les voisins qualifient de crises hystériques, puis des échanges de SMS qui révèlent des propos violents de la part d’Alexia et enfin, une difficulté à concevoir un enfant (ce qui ne manque pas de créer des tensions, voire de les exacerber si elles étaient déjà existantes).

 

Meurtrier et triste à la fois ?

A l’analyse de la vidéo, il n’est vraiment pas aisé de se rendre compte que JD est l’auteur de ce crime sordide, cependant, quelques items peuvent être sujets à caution.

JD est authentique parce qu’il ne feint pas la tristesse. Elle est lisible sur toutes les images quand son hémi visage gauche est plus crispé que le droit (4 min. 05), avec les bords extérieurs de la bouche tombants, le menton qui se « froisse », ce ne sont pas des mimiques que l’on peut feindre facilement. Ses larmes sont bien là aussi. Les épaules sont hypotoniques, aucune des deux épaules n’est plus haute que l’autre donc il n’y a pas d’enjeu personnel, pas d’envie de performer. Les clignements d’yeux sont biens présents et même très (trop ?) appuyés, le chagrin éprouvé nécessite même l’ouverture de la bouche pour une meilleure oxygénation, on voit JD souffler souvent pour évacuer cette profonde tristesse. Son regard défocalise souvent mais de manière passive (4 min. 17 ; 4 min. 40 ; 5 min. 32), ce qui va dans le sens d’une authenticité. Par contre, nous ne voyons jamais de mouvement ni des bras, ni des mains, aucune micro démangeaison… mais JD est une personnalité timide et introvertie, voyez sa bouche souvent fermée (4 min. 17), son regard se baisse pour rentrer dans sa bulle (4 min. 44) ce qui est cohérent avec sa gestuelle économe.

 

Cependant, quelques items viennent parasiter le message…

A 4 min. 41, la bouche de JD se ferme en « huître » signifiant que des propos sont retenus, ce qui semble anachronique, d’autant que la langue sort pour rentrer immédiatement confirmant cette envie de ne pas dire.

A 5 min. 47, JD a une déglutition marquée alors que je n’en ai pas vu précédemment et à nouveau sa langue qui sort pour rentrer immédiatement.

Enfin, et c’est pour moi le moment « clé » de ces items, à 5 min. 48, JD a une moue d’agacement, de circonspection avec une mise à distance des autres sur la phrase prononcée par sa belle-mère : « cette marche que nous souhaitons silencieuse… ».

 

Comment expliquer ce hiatus ?

Je me permets une ou deux remarques qui pourront jouer un rôle dans l’explication. Le couple formé par JD et AD ressemble fortement à celui des parents d’AD. La mère est sur le devant de la scène, c’est elle qui parle, elle occupe une fonction de conseillère municipale, c’est donc une femme de pouvoir, alors que le père ne parle pas, il est effacé et soutient physiquement son gendre.

Le couple JD / AD habite dans la maison des grands-parents d’AD, ce n’est pas un bien acquis en commun (et alors me direz-vous ? J’y viens…).

JD a connu sa femme très jeune, au lycée, il dit qu’elle a changé sa vie, il est ainsi entré dans un processus d’idéalisation de sa femme, objet de son surinvestissement émotionnel. Le but étant de réparer évidemment un ego en berne, non valorisé et une faible estime de soi.

Cette idéalisation permet d’éviter la dépression mais qu’en est-il lorsque l’objet idéalisé souhaite vous quitter ? Si cela se réalisait, JD se serait retrouvé sans maison, sans femme, sans enfant promis et surtout, seul face à son narcissisme blessé et donc anéanti dans le sens le plus complet.

Malheureusement statistiquement, les hommes ont une fâcheuse tendance à passer à l’acte contre celle qui les menace de partir.

 

L’idéalisation fixe le couple dans un système non viable à terme, qui ne peut qu’imploser dès lors qu’un élément perturbateur vient mettre son grain de sable dans la machine d’un équilibre précaire. En particulier ici, le désir d’avoir un enfant est une difficulté dont, on peut facilement l’imaginer, chacun peut reprocher le tort à l’autre (je vous rappelle que AD est plutôt affirmée alors que JD est efféminé) et là, à chacun sa méthode… c’est ce qu’attestent les crises d’hystérie relatées par les voisins.

 

A mon humble avis, et là où JD ne pourra pas faire croire à la thèse de l’accident (un étranglement ne prend rarement que quelques secondes…), c’est qu’il avait conscience de ses actes et que le déni affiché lors de la conférence de presse et lors de la marche blanche n’a pas tenu face à la cruelle et sordide réalité.

 

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Lien vers l'article du Figaro : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/tu-ne-l-entendras-plus-tu-as-gagne-elle-s-est-tue-a-jamais-le-dialogue-surrealiste-entre-jonathann-daval-et-la-mere-d-alexia-20201120?utm_source=CRM&utm_medium=email&utm_campaign

 

«Je te souhaite un bon séjour en prison. Adieu» : les mots de la mère d'Alexia à Jonathann Daval

SUIVI D'AUDIENCE - Le président de la cour d'assises a laissé Isabelle Fouillot s'adresser directement à l'accusé.

Par Aude Bariéty

 

Le Figaro retranscrit le dialogue qui a eu lieu ce vendredi 20 novembre devant la cour d'assises de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort, qui juge Jonathann Daval pour le meurtre de son épouse. Isabelle Fouillot, la mère d'Alexia, a longuement questionné son gendre. Un moment rarissime, les parties civiles ne s'adressant normalement pas directement à l'accusé lors d'une audience.

Isabelle Fouillot : Tu as regardé les images [de la confrontation, NDLR] ?

Jonathann Daval : Pas tout le temps.

Isabelle Fouillot : Pourquoi tu ne les as pas regardées ?

Jonathann Daval : Ça fait très mal.

Isabelle Fouillot :Tu as dit que tu as tout perdu, c'est quoi «tout perdu» ?

Jonathann Daval : Alexia, vous, mes parents, ma vie…

Isabelle Fouillot : T'avais peur qu'Alexia te quitte ?

Jonathann Daval : Non.

Isabelle Fouillot : Alors pourquoi t'es pas venu nous voir nous dire «Ça va pas» ? On aurait pu faire quelque chose, on n'était au courant de rien.

Jonathann Daval : J'en ai parlé à personne. On ne pouvait pas parler de nos problèmes de couple.

Isabelle Fouillot : On était là pour vous deux de toute façon, j'arrive pas à comprendre encore aujourd'hui. On a encore que des bribes de vérité, s'il te plaît aujourd'hui lâche toi, s'il te plaît, tu sais que c'est la dernière fois que je te vois, qu'on se parle tous les deux. Écris-le moi si tu veux, mais j'ai besoin de savoir, tu peux comprendre ça, j'ai besoin d'avoir la vérité.

Jonathann Daval : C'est une dispute, la dispute de trop, les mots de trop… Les reproches, tout ce qui est accumulé…

Isabelle Fouillot : Alexia te demandait de revenir vers elle, c'était des appels au secours qu'elle te lançait.

Jonathann Daval : J'ai pas compris tous ses messages.

Isabelle Fouillot : On a l'impression que tu veux tout mettre sur Alexia!

Jonathann Daval : Non j'ai eu mes torts aussi.

Isabelle Fouillot : Dis nous la vérité !

Jonathann Daval : Eviter les conflits, éviter les disputes…

Isabelle Fouillot : Elle te demandait juste de parler !

Jonathann Daval : Il y avait des reproches, plein de choses.

Isabelle Fouillot : Tu te rends compte que tu nous as pris Alexia, que nous on t'a donné notre amour, on t'a toujours aimé et tu nous as tout pris, tu nous as accusés de meurtre. Pourquoi ? Pourquoi t'as fait ça ?

Jonathann Daval : Je voulais fuir la situation, encore fuir.

Isabelle Fouillot : Tu te fichais d'Alexia ?

Jonathann Daval : Non on s'aimait, je l'aimais...

Isabelle Fouillot : Ne me dis pas que tu l'as tuée pour quelques mots, c'est pas possible ?

Jonathann Daval : Elle m'a retenu, j'ai pas pu partir, j'ai pas pu m'enfuir, j'ai perdu pied.

Isabelle Fouillot : Un être raisonné aurait repris ses esprits après un premier coup…

Jonathann Daval : Tout est ressorti, ces années de colère, tout ce que j'ai emmagasiné...

Isabelle Fouillot : C'était quoi la finalité de la tuer ?

Jonathann Daval : Qu'elle se taise.

Isabelle Fouillot : T'es heureux maintenant qu'elle se soit tue ?

Jonathann Daval : Non.

Isabelle Fouillot : Tu ne l'entendras plus, tu as gagné. Elle s'est tue à jamais. Il y a une petite fille dans la famille maintenant, qui ne connaîtra jamais sa tata. Quel gâchis...

Jonathann Daval : J'ai tout détruit.

Isabelle Fouillot : Je voudrais la raison!

Jonathann Daval : C'est une dispute Isabelle, il faut le croire.

Isabelle Fouillot : Pourquoi vous avez pas divorcé?

Jonathann Daval : C'était pas concevable, on n'en a jamais parlé.

Isabelle Fouillot : Est ce que t'as quelque chose à me dire?

Jonathann Daval : Je suis désolé pour tout.

Isabelle Fouillot : C'est bien peu, Jonathann, j'en attendais plus... Je te souhaite un bon séjour en prison. Adieu.

 

Affaire daval

J'ai le pouvoir sur ma vie ! Ou pas... ?

Par Le 07/11/2020

Les Théories de l’Action Raisonnée et du Comportement Planifié (Fishbein et Ajzen 1975 ; Ajzen 1991) sont des théories dominantes dans l’étude de la relation entre les attitudes et les comportements sociaux. Elles permettent à la fois d’expliquer, de prédire et de modifier les comportements des individus. 

La TAR postule que le comportement dépend de l’intention qui elle même dépend de l’attitude envers le comportement et de la norme subjective. Cette dernière représente la pression sociale perçue par l’individu à effectuer ou non le comportement. 

La TCP y ajoute un élément : le control comportemental perçu. Celui-ci n’est pas sans rappeler le “locus of control” de Julian Rotter (1954) et le “sentiment d’efficacité personnel” d’Albert Bandura. 

L’intention, c’est l’évaluation d’un individu qui considère les implications que pourrait avoir son action avant d’adopter ou non un comportement (théorie de l’attente-valeur de Martin Fishbein, 1970). L’intentionnalité, point de départ de l’agir, rejoint l’agentivité issue de la théorie sociale cognitive de Bandura.

Avec l’intentionnalité et la norme subjective, nous retrouvons les espaces intime et social de l’individu et par extension, l’endogroupe et l’exogroupe lorsqu’elles s’appliquent à un groupe restreint de personnes partageant les mêmes valeurs. Cette notion est importante pour l’analyse de la communication non verbale (Synergologie, P. Turchet).

Dans la TCP, la réalisation ou non du comportement dépend également de facteurs non motivationnels l’opportunité ou les ressources à disposition. 

Dans le prolongement de ces quelques lignes sur la prédictivité des comportements, l’application de ces théories sur des évènements qui nous touchent tous est très intéressante. 

C’est le cas pour la COVID-19 avec cet article que je vous invite à lire : aspects médico-psychologiques relatifs à l’épidémie de coronavirus : l’apport de la théorie de la détection du signal et du concept de lieu de contrôle.

Lien internet : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7270071/

Cit. : Naviaux, A. F., Janne, P., & Gourdin, M. (2020). Aspects médico-psychologiques relatifs à l’épidémie de coronavirus (Covid-19) : l’apport de la théorie de la détection du signal et du concept de lieu de contrôle [Medico-psychological aspects relating to the coronavirus epidemic (Covid-19): The contribution of the theory of signal detection and the concept of place of control]. Annales medico-psychologiques, 178(3), 223–225. https://doi.org/10.1016/j.amp.2020.03.001

 

Locus of control

 

Importer un comportement virtuel dans la vie réelle ?

Par Le 03/10/2020

L’utilisation quotidienne d’internet, que ce soit depuis un ordinateur, un téléphone ou une tablette, fait que nous avons tous créés des identifiants personnels sur des sites marchands, des blogs… Notre navigation dans ce monde virtuel met en lumière des comportements récurrents que nous n’avons pas forcément dans la vie réelle. 

Pour certaines personnes, la navigation, l’utilisation d’internet se fait dans un objectif de développement personnel et pour d’autres dans un but malveillant voire criminel. Pour tous, notre comportement dans la vie réelle est affecté par celui du monde virtuel, à différents degrés et cela peut également modifier certains traits de caractère.

Comment est-il possible d’importer un comportement virtuel dans la vie réelle ?

Si nous considérons internet comme un monde parallèle à part entière, alors la création d’avatars est symboliquement une nouvelle naissance.

Dans la vie réelle, Henri Wallon a théorisé le stade du miroir qui est le stade formateur de l’identité pour l’enfant âgé de 6 à 18 mois. 

“L’image du corps passe par celle imaginée dans le regard de l’autre.” Le regard de l’autre est donc capital pour le narcissisme de chacun et c’est la capture de son image spéculaire dans le miroir qui permet à l’enfant d’appréhender ce qu’il pense être.

Cette perception se maintiendra si la mère/le groupe/l’autre confirme l’enfant dans cette reconnaissance imaginaire. Ainsi, notre comportement virtuel est perçu par les autres internautes qui interagissent avec nous. Leurs feedbacks vont renforcer ou affaiblir  certains de nos comportements virtuels.

Pour Françoise Dolto, la surface du miroir est une surface psychique omni réfléchissante faisant du miroir une image mais aussi possiblement la voix ou tout autre forme sensible comme peut l’être le comportement. 

Également, dans son concept d’image inconsciente du corps, “le stade du miroir est un structurant symbolique, réel et imaginaire, mais il est surtout l’inscription définitive du sujet dans son corps biologique, une fin et non un début.”

C’est l’autre qui vous reconnaît et c’est la relation avec l’autre qui va faire que nous allons nous exprimer, nous isoler, nous faire sentir confortable, développer notre confiance. Et c’est possible parce que l’autre se projette en nous dans ce qu’il est, ce qu’il n’est pas et ce qu’il voudrait être.

Charles Horton Cooley a développé le concept de “looking-glass self” par lequel les individus construisent leur “self” (leur façon d’être - qui peut être authentique ou feint, dans ce cas nous parlons de “faux self”) en observant comment ils sont perçus par les autres. 

Cooley met en ainsi en avant le côté social de notre construction psychologique en 3 étapes : dans une situation sociale, l’individu imagine comment les autres le voit, comment ils jugent son apparence et comment ce même individu développe des sensations en fonction et répond aux sollicitations.

Mais la multiplicité des surfaces réfléchissantes peut poser question quant au développement du “self”. Être renforcé dans son comportement virtuel par les autres permet de se voir plus confiant, plus fort, de développer son estime de soi et nécessité faisant loi, ces nouveaux traits de caractère sont testés dans le monde réel, que ce soit pour faire le bien... ou le mal.

 

Crapaud boeuf

Jeffrey Epstein : portrait d'un prédateur

Par Le 22/09/2020

Jeffrey Epstein est né le 20/01/1953 à Brooklyn, New-York et il a été retrouvé pendu dans sa cellule le 10/08/2019. Issu d’une famille juive de classe moyenne, son père était agent municipal des espaces verts. Je n’ai pas trouvé d’information relative à sa mère. Son enfance s’est déroulée à Sea Gate, le quartier de la classe ouvrière à Coney Island. 

Après des études à l’Université Courant Institute of Mathematical Sciences de New York, dont il est ressorti sans diplôme, il est néanmoins devenu professeur à la Dalton School de Manhattan (1973-1975) après avoir menti sur l’obtention de son diplôme. 

Il a fondé son entreprise de gestion d’actifs basé sur le modèle pyramidal de Ponsi. Après une longue enquête, il fut inculpé pour trafic sexuel en bande organisée de mineures. 

Epstein avait mis en place une structure pyramidale d’abus sexuels sur mineures. Environs 80 jeunes filles victimes, entre 2001 et 2006, furent agressées sexuellement ou forcées à avoir des rapports sexuels avec des hommes influants selon plusieurs témoignages, dont celui de Virginia Roberts Giuffre, 17 ans à l’époque des faits.  

Jeffrey Epstein était un self-made-man intelligent, vif d’esprit, sérieux mais un vrai manipulateur charismatique. C’était un introverti dénué d’empathie, incapable de gérer la colère et intolérant à l’angoisse. Il avait du mal à situer la frontière entre le bien et le mal. Sûr de lui, il savait aussi se faire craindre. 

 

Sur cette vidéo : www.youtube.com/watch?v=I6cDF9nSYaU on peut voir Jeffrey Epstein se gratter la mâchoire inférieure avec sa main droite, après avoir jurer de dire la vérité. Avec ce geste effectué sur “yes I do”, il masque son agressivité. 

Sur “is it true sir that…”, il affiche un mépris (à 20 sec.) avec son regard qui s’abaisse, le coin extérieur droit de sa bouche remonte alors que sa main droite vient gratter sa gorge côté droit. Ce geste traduit une envie de ne pas trop en dire.

 

Sur cette vidéo : www.youtube.com/watch?v=PeGMzQ1bRyo après avoir invoqué notamment le 5ème amendement (à 3 min. 28) pour ne pas répondre à la question “avez-vous été abusé sexuellement lorsque vous étiez enfant ?”, Jeffrey Epstein se pince les narines de la main droite et passe son index sous son nez. C’est certainement un moment important dans la mesure où l’on sait que bon nombre de pervers narcissiques ont eux-même été abusés durant leur enfance. Mais Jeffrey Epstein ne veut pas répondre.

 

Du point de vue de la dynamique psychologique, Jeffrey Epstein avait un profil typique du pervers narcissique, du prédateur sexuel. 

Un individu qui n’a pas accès à la symbolisation ira chercher ceux qui sauront nourrir son narcissisme blessé. Que ce soit par la prédation, l’effraction ou l’intimidation.

Dans des conditions normales, la mère attentionnée vient rassurer son nourrisson des agressions extérieures qui le persécutent. Sa mère lui permet de distinguer le bon du mauvais. Le pervers est à l’origine un enfant insécure qui n’a pas la capacité à créer des représentations psychiques, à symboliser, à fantasmer. 

Afin de gérer/diminuer son angoisse d’anéantissement, il va se doter de “prothèses fétichiques”. L’autre est utilisé comme un fétiche et participe à l’auto-érotisme du pervers. Il est donc le garant de l’intégrité narcissique du pervers à condition qu’il soit inanimé et immuable (“objet non objet”, Racamier). 

Le prédateur sexuel a un manque de contrôle pulsionnel, une pauvreté du monde fantasmatique, il se croit omnipotent avec un fantasme de toute puissance et une recherche de contrôle sur l’autre (emprise). Il a également un sens du grandiose, absorbé par des désirs de pouvoir et de grandeur, il a un besoin excessif d’être admiré et il est certain que tout lui est dû. Peu, voire pas d’empathie, il fait preuve d’un comportement hautain, arrogant, noyé dans son égocentrisme.

 

Jeffrey Epstein s’est donc a priori pendu avec des draps dans sa cellule, l’os hyoïde brisé, ce qui est rare dans le suicide par pendaison, moins pour l’étranglement.

Ses dizaine de victimes (connues) doivent survivre et se reconstruire en faisant le deuil d'un procès qui aurait été le premier pas vers la résilience.


Jeffrey epstein

Monde virtuel, hyper nihiliste et violences urbaines

Par Le 23/08/2020

Le constat quotidien depuis des années est éloquent : des actes de violences sont de plus en plus commis contre les personnes, les institutions avec cette espèce d’impunité et d’irrespect qui semblent animer leurs auteurs. 

Comment, dans une société laïque et démocratique, une telle situation s’impose et semble faire tâche d’huile ?

 

Statistiques selon l’INSEE (source : “les statistiques de la délinquance”, Aubusson-Lalam-Padieu-Zamora, France, Portrait social 2002/2003)

Tout d’abord, les “infractions avec victimes sans violence” (vols sans violence) reculent pour passer de 87% en 1975 à 82% en 2000. Cependant, les “faits constatés” étaient de 1 300 000 en 1975 et sont de 3 000 000 en 2000. En nombre, ils restent significatifs.

Les “majeurs mis en cause” étaient 200 000 en 1975 et sont 250 000 en 2000. L’augmentation n’est pas énorme.

Les “mineurs mis en cause” étaient 60 000 en 1975 puis 100 000 en 2000 avec une nette augmentation en 1993… nous y reviendrons plus loin.

Ensuite, les “victimes directes avec violence” (atteintes physiques caractérisées, agressions sexuelles, vol avec violence) sont passées de 6% du total des faits constatés en 1975 à 10% en 2000 avec une augmentation significative en 1988, et encore plus sensible pour les “mineurs mis en cause” à partir de 1995… Ils étaient 15 000 en 1975 sur 240 000 faits constatés contre 40 000 (+37%) en 2000 sur 400 000 faits constatés (+60%). L’INSEE donne une interprétation en page 8/18.

Enfin, les victimes les plus exposées sont les plus jeunes et celles qui habitent dans les grands ensembles ou un tissu urbain composé d’immeubles collectifs. Près d’1 victime sur 2 a subi au moins 1 agression durant les 2 années précédentes et 1 sur 3 au moins 2 autres (survictimisation). 

Sur 4 600 000 affaires traitées par les Parquets, seules 28% réunissent une infraction constituée et un auteur présumé dont 19% feront l’objet de mesures alternatives aux poursuites (médiation, réparation, rappel à la loi).

Sur les 9 premiers mois de 2019, 14% d’augmentation des violences faites à l’encontre des policiers, une centaine de faits par jour (source : France Info, 4/11/2019, “violences : hausse des agressions contre les policiers”).

“Au sein du couple en 2018 : 121 femmes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire, 28 hommes ont été tués par leur partenaire ou ex-partenaire, 21 enfants mineurs sont décédés, tués par un de leurs parents dans un contexte de violences au sein du couple.

81 % des morts au sein du couple sont des femmes. Parmi les femmes tuées par leur conjoint, 39 % étaient victimes de violences antérieures de la part de leur compagnon. Par ailleurs, parmi les 31 femmes auteures d’homicide, 15 d’entre elles avaient déjà été victimes de violences de la part de leur partenaire, soit 48 %.” (Source : « Etude nationale sur les morts violentes au sein du couple. Année 2018 », ministère de l’Intérieur, Délégation aux victimes)

 

Impatience + éducation sans cadre = violence potentielle

L’équation paraît simpliste mais regardons quand même un peu plus dans le détail.

L’impatience aujourd’hui est générée par internet, l’immédiateté, une intelligence émotionnelle faible ainsi qu’une faible tolérance à la frustration.

L’éducation sans cadre tient de l’échec de la mixité sociale, d’un regroupement ethnique avec une différenciation entre pratiquant et non-pratiquant d’une religion, d’un mode d’éducation parallèle et non formel dont les résultats ne sont pas ceux escomptés, avec un abandon prématuré de la scolarité qui débouche sur une éducation non formelle, l’école de la rue (source : unilim.fr).

Il y a un regroupement entre ethnies parce qu’elles partagent des facteurs de cohésion qui ne sont pas sans rappeler celles des tribus. Facteurs socio affectifs parce qu’elles confèrent au groupe toute son attractivité, ses valeurs, ses motivations, ses émotions, ses valeurs communes. Facteurs opératoires et fonctionnels parce qu’ils permettent au groupe de satisfaire ses propres besoins et de poursuivre ses buts (source : “la dynamique des groupes”, Jean Maisonneuve).

 

Que dit l'évolution des jeux FPS aujourd’hui TPS (third person shooter) ?

Pour mémoire, voyons quelques dates du jeu vidéo dans lequel une personne a la possibilité d’en tuer une autre :

1973, 1er first shoot person (fps) “Maze War”,

1983, “3 demons”,

1991, “Catacomb 3D”,

1992, “Wolfenstein 3D”,

1993, “Doom” avec un mode multijoueurs type deathmatch qui permettait à chacun d’affronter 3 autres joueurs (source : dailygeekshow.com),

1994, internet est utilisé par le grand public en France… vous pouvez relire maintenant les statistiques concernant les mineurs impliqués dans les faits d’agressions avec violence…

1997, le fameux “Grand Theft Auto” (littéralement : vol de voitures) dans lequel le personnage principal peut tout se permettre, même tuer un policier.

Cette évolution montre qu’il y a une perméabilité entre l’utilisation du monde virtuel et le monde réel. Il y a un rapport évident entre l’Avatarisation© (cf. Nadine Touzeau), la zone transverse© (cf. Nadine Touzeau) et ce qu’il se passe dans le monde réel. 

L’Avatarisation© c’est la personne qui se crée un profil sur n’importe quel site internet. Vous et moi, mais aussi biensûr l’auteur de faits de violences et c’est bien lui qui nous intéresse. Il n’assume pas qui il est dans la vie réelle mais il assume son avatar parce qu’il ressemble à l’image qu’il se fait de lui-même. C’est une transposition de son Moi idéal, il a développé un faux self hyper puissant et il est incapable de la moindre remise en question. Il le rend réel  au travers de son avatar, ce qui va aussi modifier son comportement dans le monde réel en fonction de ce qu’il va vivre dans son espace virtuel. Augmentation de sa confiance, de son assurance suite à la reconnaissance par l’objet de son avatar et par l’échange avec sa communauté qui va le conforter dans ses actes et ses comportements.

 

La Zone transverse© est ce qui correspond à la sphère d’intimité selon Edward T. Hall et sa théorie de la proxémie. La transposition des actes de violences effectués dans la sphère virtuelle dans la vie réelle est une importation des comportements liés à l’avatar. Ce qui est novateur, c’est que cette zone transverse© se transpose dans la réalité dès lors qu’il y a utilisation d’un objet connecté. Cela induit une importation des comportements relatifs à la zone virtuelle dans la vie sociale réelle. Comportements que les personnes n’avaient pas sans l’utilisation d’objets connectés. Comportements plus osés, plus risqués issus d’une zone virtuelle hors du temps, malléable, modifiable, adaptable et mobile, répétés dans une zone réelle, sociale, régie par des lois et donc par essence : pouvant générer des frustrations.

 

Il faut considérer le monde réel en lien étroit avec le monde virtuel. Dans le monde réel, nous avons pu observer une éducation permissive de toute une génération d’enfants roi, immatures, incapables de gérer la frustration, impatients et égoïstes dans les relations professionnelles et sociales, ne sachant absolument pas accepter qu’on leur dise “non”, mais sachant parfaitement le dire. Ils sont revendicatifs et sûrs de leur bon droit.

 

Concomitamment, la société est régie par un ensemble de règles, de lois qui apparaît comme un carcan institutionnel à l’opposé de l’éducation reçue qui elle, trouve écho dans le monde virtuel régi par aucune règle. Dans celui-ci, les auteurs de faits de violence volontaire, imbus de leur avatar, retrouvent un comportement hyper nihiliste dans un environnement créé pour eux.

 

Ainsi, l’éducation permissive, l’éducation non formelle (de la rue), le regroupement tribal et le caractère immature vont être le terreau des comportements virtuels répétés dans le monde réel, en toute occasion. Le clivage entre ces avatars-hyper-nihilistes-importés (des fakes en vrai) et les citoyens dits classiques ne cesse de se creuser… jusqu’où ?

 

Anonymous

Redouane Faïd condamné à 28 ans de réclusion : retour sur mon analyse

Par Le 14/08/2020

Le vendredi 13 mars dernier, le braqueur multirécidiviste Redouane Faïd a été condamné à 28 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises du Pas de Calais. L’occasion pour moi aujourd’hui de revenir sur l’analyse que j’avais faite en 07/2018, dans laquelle je pointais quelques marqueurs gestuels révélants son caractère manipulateur. 

Ce même mois de juillet, Redouane Faïd s’était évadé de façon spectaculaire de la prison de Réau (77) par hélicoptère. Il ne fut arrêté qu’en octobre suivant.

 

Rappel de mon analyse du 05/07/2018 :

Analyse Flash : Redouane Faïd, braqueur un jour, braqueur toujours !

 

3 images simples pour illustrer qui est Redouane Faid, l’enfant qu’il a été et le braqueur qu’il sera toujours.

« Je me suis toujours gardé de véhiculer une aura et une légende en disant que c’est bien de faire ça… »

Il le scande comme un mantra mais il énonce simplement le symbole qui le guide lui, et vers ce à quoi il veut tendre : être plus le plus reconnu de tous les braqueurs !

Les propos sont dits posément, sans agressivité qui elle, est lisible sur son corps. Sa langue sort de sa bouche pour y rentrer rapidement, une image presque imperceptible mais dont le sens est : je ravale mes propos.

Axe de tête latéral droit ajouté à un axe de tête rotatif droit, lesquels sont renforcés par un axe sagital supérieur. Il se croit et se place au-dessus des autres, guidé par l’ambition et la quête de reconnaissance : il se voit comme un rebelle et le dit avec le sourire.

La position du buste en arrière et vers sa droite montre qu’il est dans une posture analytique, réfléchie. Son sourcil gauche est relevé par rapport au droit, ce qui le met à distance des autres. Il se veut à part, différent.

« Quand vous grandissez dans une cité, on fait pas attention à vous… »

Le voilà son point de départ d’adaptation sociale, son T0 qui motive son ambition. C’est ce que je tente de clamer, de relayer haut et fort que l’enfant a besoin d’attention, de bienveillance et d’inclusion. Le cas échéant, nul ne peut prédire les voies créatives qu’il peut emprunter pour arriver à exister.

Son menton est froncé en une moue de regret, de dépit qui transmet au fond une tristesse ressentie et contrebalancé par un sourire ironique qui revient très souvent tout au long de ses interviews. Il nous rit au nez ! Sa tristesse est domestiquée et surmontée à grand renfort de clivage bien versus mal, vision pour le moins binaire et enfantine du monde vu par un petit gars de la cité (rien de péjoratif dans mes propos, je vous rassure). C’est malheureusement trop souvent la loi de la débrouillardise et du plus fort qui l’emporte dans cet environnement.

« Je me suis fait arrêter et ça m’a servi à stopper tout ça… »

Aller, pour un peu on pourrait y croire… Non ? Non, pas une once de vérité dans tout cela. Comment serait-ce possible lorsque la tête se désaxe tellement pour venir se placer à l’opposé de ce que les yeux regardent ?! Ses paroles vont dans un sens, ce qu’il pense réellement va dans l’autre sens.

Criminel un jour, criminel toujours !

 

Redouane faid

Liens :

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/13/le-braqueur-multirecidiviste-redoine-faid-condamne-en-appel-a-vingt-huit-ans-de-reclusion_6033004_3224.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9doine_Fa%C3%AFd

https://www.youtube.com/watch?v=_WJytJmlOqs

http://www.ds2c.fr/blog/analyse-flash-redouane-faid-braqueur-un-jour-braqueur-toujours.html

Crédit photo : Redoine Faïd - Brightcove

Ely-Killeuse : analyse des gestes 2 ans après

Par Le 05/08/2020

 

En août 2018, j’analysais une vidéo d’Ely Killeuse : “la force d’un témoignage investi et authentique”. Ely Killeuse est une blogueuse ambassadrice du Body Positive.

L’objectif de mon analyse était d’identifier les marqueurs gestuels qui illustrent la véracité d’un témoignage. En l’occurrence, la blogueuse s’exprimait pour un trouble du comportement alimentaire. Au cours de ce témoignage, j’ai mis en évidence l’évocation inconsciente d’une information connexe : le lien mère-fille dans l’enfance.

Dans sa gestuelle, la blogueuse montrait une certaine rigidité liée à elle, à son histoire mais également une gêne, un mélange de peur et de dégoût que j’interprétais comme une répulsion ressentie face à sa maladie et un sentiment de culpabilité qui imposait de ne pas en dire davantage.

Aujourd’hui, Ely Killeuse témoigne pour Brut des tabous autour de la grossesse. 

 

Depuis 2 ans, quel a été son parcours personnel ? Est-ce que son cheminement a été bénéfique ? Est-elle parvenue à passer outre son sentiment de culpabilité ?

Globalement et sans rentrer dans les détails, la blogueuse est toujours aussi authentique, le regard alternant entre passé et futur émotionnel, les sourcils sont mobiles et viennent ponctuer certains mots ou phrases. Ely Killeuse est dans le lien mais avec un esprit analytique, son axe de tête en témoigne et c’est tout à fait logique vu le contexte.

Cela étant, ce qui est intéressant à l’analyse de cette nouvelle vidéo ce sont les gestes parasites et les “non” qu’elle fait de la tête alors que les propos qu’elle tient ne sont pas négatifs. Pourquoi son corps dit “non” alors que ses propos parlent de choses positives ? Pourquoi des gestes qui viennent contrarier son discours ?

 

“La question que tout le monde te pose quand tu es enceinte : combien t’as pris ?” ; “on va se peser : sujet qui fâche”

A 1 min. 51, son index gauche vient micro-démanger l’arc de Cupidon : “la Yasmine d’avant, j’ai eu beaucoup de témoignages, elle n’aurait jamais voulu être enceinte en étant grosse.” Ce geste illustre la relation de dépendance qui existe entre elle et ses followers. Une relation d’influence sans laquelle elle n’aurait pu faire ce travail sur elle. Mais comme toute influence, c’est aussi un signe d’addiction à l’autre dont on se sert pour nourrir son narcissisme blessé.

A 3 min. 04, “(mon corps) il est juste en train de remplir sa fonction” et sa tête fait “non”. Cette sentence n’implique pas de forme négative pourtant...

A 3 min. 10, “j’ai fait une fausse couche avant cette grossesse et aujourd’hui tout ce qui m’importe, c’est que mon bébé aille bien” et sa tête fait “non”. Là non plus, aucune raison pour que son corps dise “non”. 

A 3 min. 36, son index gauche vient micro-démanger sa narine gauche, ce qui illustre que quelque chose dans son image lui est encore dérangeante. Il s’agit bien évidemment de son rapport à son corps et par extension, l’image qu’elle véhicule auprès des autres et celle qu’ils lui renvoient. Il y a bel et bien une distorsion dont elle semble toujours sensible.

La question aurait mérité d’être posée au moment même où elle a fait ces gestes. A quoi pensait-elle à ce moment là ? Ce qui se passe réellement mais dont elle n’a pas conscience, c’est que son corps réagit à ces 2 propos précédents : “combien t’as pris ?” et “Sujet qui fâche !”

Finalement, le corps d’Ely Killeuse ne fait que répondre à ces 2 questions qui ont été posées 2 minutes avant. Son esprit conscient verbalise et construit un discours pour la caméra, il est bien présent alors que son corps ne l’est plus depuis qu’il est resté bloqué sur ces 2 sujets. 

Pourquoi ? Parce que ça la dérange toujours, parce qu’elle n’est pas d’accord, parce que ça la touche encore, parce que c’est un sujet… tabou. Un parallèle est possible entre les troubles des conduites alimentaires (qu’Ely Killeuse a vécu) et le sadomasochisme qui ont de nombreux points communs. Notamment dans la description symptomatique du recours à un rituel avec investissement du geste et de l’objet. Toutes les étapes du rituel doivent être respectées pour se dégager de la tension créée par l’angoisse et l’excitation. Ce sont des rituels obsessionnels et immuables qui revêtent une nécessité pour accéder à un plaisir dominé par l’autoérotisme et la relation d’emprise sous-jacente. Le corps devient le fétiche mais la compulsion de répétition perd ses effets de maîtrise et de réparation narcissique. Le corps est vu comme un objet d’excitation et persécuteur et à ce titre, il doit être puni. L’objet est la cible des attaques et dans le cas des troubles du comportement alimentaire, c’est le corps lui-même et c’est en cela qu’il y a une analogie avec la structure perverse et la destruction de l’autre comme sujet désirant.

Tout cela a construit et façonné Ely Killeuse, ça fait partie de son histoire. Donc, la blogueuse a fait et elle a réussi en partie un travail personnel de longue haleine mais elle n’en a pas tout à fait terminé avec l’image d’elle-même et celle que les autres lui renvoient. Image dont le symbole, le vecteur est son corps. Le jugement de cette image ne devrait plus lui importer mais on ne se débarrasse pas d’une addiction comme ça, surtout lorsqu’on ne l’a pas supprimé totalement de sa vie, de sa façon de fonctionner… le rituel se perpétue par la proxémie créée et entretenue avec son public.

 

Pour conclure, le corps d'une femme ne devrait être un sujet pour personne. Personne ne devrait poser une main sur le ventre d'une femme enceinte sans son approbation.

Tout le monde devrait faire montre d'un peu de psychologie, d'empathie mais malheureusement, l'empathie (cognitive et émotionnelle) a été mise au second plan depuis très/trop longtemps. Mais ça, c'est un autre débat...

 

Ely killeuse 1

 

Le lien vers la vidéo pour cette nouvelle analyse : https://www.brut.media/fr/health/elykilleuse-brise-les-tabous-autour-de-la-grossesse-205b0c2b-0c3a-4f95-89df-78e1b40eaaf8

Lien vers le site d’Ely Killeuse : http://elykilleuse.fr/ (dernière mise à jour en 12/2018)

Lien vers mon analyse : http://www.ds2c.fr/blog/la-force-d-un-temoignage-investi-et-authentique.html

Photo : profil instagram ely-killeuse