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Pourquoi feindre d'être une victime ?

Le 11/10/2021

La victimisation suscite généralement l'empathie/la sympathie des personnes. Dans une stratégie comportementale consciente, jouer les victimes peut s'avérer être d'une efficacité redoutable pour obtenir certaines ressources : financières ou psychologiques en s'octroyant une certaine légitimité et ainsi l'impunité morale.

La plupart des victimes renonceraient à ce "pouvoir" si elles pouvaient se débarrasser de cet état. Mais lorsque le statut de victime apporte certains avantages, cela peut inciter certains manipulateurs à exagérer voire à simuler totalement cet état.

https://quillette.com/2021/02/27/the-evolutionary-advantages-of-playing-victim/

 

Victimisation

Dominance perçue sur le visage : un avantage ?

Le 14/09/2021

L'apparence, la structure d’un visage peut traduire de la dominance ou de la soumission (Collins & Zebrowitz 1995 ; Keating et al. 1981b ; Mazur et al. 1984 ; Mueller & Mazur 1996 ; Zebrowitz & Montepare 1992 ; Zebrowitz et al. 1993). Lorsqu’il est perçu comme dominant - je préfère l’adjectif “assertif” pour ma part - le visage est un prédicteur fiable et constant pour prédire la réussite d’une carrière. 

Dans une étude conduite par Mueller & Mazur sur une cohorte de cadets de la promotion d’officiers de 1950 de l’école militaire de West Point (USA, 1998 - “Facial dominance in homo sapiens as honest signaling of male quality”), il ressort que le sentiment de dominance véhiculé par le visage revêt une dimension cruciale du potentiel de statut élevé. Les chercheurs n’ont en revanche pas trouvé de corrélation avec le critère “beauté”.

Mueller et Mazur ont défini la dominance faciale comme “le degré auquel une personne est jugée en fonction de son apparence faciale en tant que dominant, autoritaire et leader, comme opposé  à quelqu’un qui est subordonné, obéissant et suiveur” (trad. P. Gouillou).

Le visage joue un rôle crucial dans la cognition sociale humaine (Morris et al. 1996). Chez tous les primates, les expressions faciales sont des signaux importants des états internes : émotions et intentions. C’est d’ailleurs également le cas dans l’éthologie canine.

Des relations positives ont été observées, dans cette étude, entre le statut élevé et les caractéristiques physiques ostensibles comme la taille, un physique athlétique et l’attractivité. 

L’assertivité dégagée par le visage peut signaler des intentions (Harper 1991 ; Maynard Smith & Harper 1988) ainsi qu'un potentiel d'action ; par exemple, des mâchoires fortes ou des pommettes larges - caractéristiques qui contribuent à la dominance faciale perçue (Cunningham et al. 1990) - peuvent indiquer une force physique supérieure (ex. : Sébastien Chabal). 

À l'inverse, les personnes ayant un visage poupin comme de grands yeux, des sourcils hauts et fins, un visage rond, de petites arêtes nasales sont perçues comme plus enjouées, plus faibles et plus soumises (Berry 1990) et se décrivent comme moins agressives (Berry 1991) (par exemple : Carlos pour ceux qui connaissent).

Il faut par ailleurs distinguer le comportement dominant, qui vise à obtenir et à maintenir un statut élevé d’un comportement qui vise à un plus grand contrôle des ressources sur un congénère. Le comportement dominant peut être utile pour quelqu'un qui aspire à une carrière dite “verticale” (en termes de motivation), cependant cet objectif n'est généralement atteint que si la personne possède d'autres compétences sociales et cognitives nécessaires  pour obtenir des autres une certaine forme d’aide. Sans ces compétences sociales, le comportement dominant sera perçu comme un comportement antisocial et contre-productif. C’est le cas pour les criminels, les pervers narcissiques, les manipulateurs, les harceleurs... Les synergologues reconnaîtront la posture “positive” et “négative” du profil “conquérant”.

Le comportement dominant, assertif, est une attitude sociale élémentaire et importante dans toutes les sociétés humaines et animales. Dans l’étude de Mueller & Mazur, si les personnes interrogées classent de manière fiable les visages selon une dimension de dominance-soumission, il faut bien avoir en tête que leurs réponses correspondent à leur expérience personnelle, individuelle (apprentissage vicariant de Bandura). 

Compte tenu des aptitudes cognitives, empathiques, sociales et sportives requises, la dominance faciale perçue semble être un facteur supplémentaire crucial pour la réussite professionnelle.

 

Carlos chabal

Un geste ordinaire

Le 04/09/2021

 

« Émettre l’hypothèse que la personne est curieuse lorsqu’elle applique sa main sur le haut de son nez pour le caresser ou le gratter, est l’explication la plus logique en l’état des connaissances. Dans la zone du nez, huit microdémangeaisons font ainsi l’objet d’horizons de sens différents ; chaque zone touchée, grattée ou caressée inconsciemment exprime un non-dit. Lorsque la personne se gratte à l’aide de la pince pouce-index sous le nez en l’obturant, ce mouvement traduirait un malaise :  il y a un problème.  Et bien évidemment ce geste est inconscient. La proposition consistant à comprendre qu’il y a un problème lorsque la personne effectue ce type de microdémangeaison, constitue aujourd’hui l’explication la plus plausible » (P. Turchet).

Ce mouvement peut s’observer assez fréquemment et ce qui est intéressant, c’est de le confronter aux propos de cette même personne, voire son sourire social…

Dans les vidéos suivantes, ce geste est effectué pour masquer l’émotion négative ressentie par son auteur. Un geste qui se veut fait en catimini, l’air de rien...

 

Economie du sadisme ordinaire

Le 15/08/2021

En lien avec mon dernier article, il m’apparaît intéressant d’aborder sommairement la façon de fonctionner d’un sadique ordinaire. L’éducation et la préoccupation parentale peuvent ne pas suffire à l’adaptation efficiente et morale de l’enfant à son environnement. Certaines caractéristiques comportementales sont innées et sont très bien expliquées par la médecine (structures corticales, systèmes neurophysiologiques).

Blair (1995) éclaire les mécanismes d’inhibition de la violence par son modèle neurocognitif. Ces mécanismes seraient la base du développement de la moralité et de l’empathie. Ils trouvent écho dans l’éthologie canine et la psychologie évolutionniste et ils passent par la reconnaissance faciale des expressions émotionnelles. 

La reconnaissance des expressions faciales a pour rôle d’être un déclencheur à s’engager dans certains comportements, consécutivement à un passage à l’acte, à la défense d’une ressource ou d’un espace.

Par exemple, 2 chiens qui se battent pour un os ou pour un jouet. Lorsque l’un des deux adopte une position de soumission, cela entraîne l’arrêt immédiat du combat.

De même lorsque vous souhaitez faire savoir à votre chien qu’il n’est pas bien de vous sauter dessus pour vous accueillir, tournez-vous afin de lui présenter votre dos… 

Dans ce cas, qui peut être translaté à l’homme, la reconnaissance de l’émotion de peur et de tristesse opère comme un stimulus positif de renforcement aversif et enclenche l’inhibition du comportement agressif. Plus particulièrement, la peur indique à l’observateur qu’un comportement doit être évité alors que la tristesse entraîne/incite au développement de comportements prosociaux/réparateurs.

Cependant, dans certains cas, ce mécanisme évolutif ne fonctionne pas à cause d’un dysfonctionnement du développement de l’empathie et d’un développement de comportements antisociaux.

Le modèle de Newman et de Lorenz (2003) suggère qu’en plus, la modulation de la réponse doit se faire en prenant en compte les différents éléments contextuels et environnementaux.

Ce qui pourrait sembler contre intuitif, c’est que les traits de sadisme ont une capacité d’empathie intacte.

“Les recherches contemporaines se sont intéressées à la nature même du phénomène d’empathie, tentant d’identifier les mécanismes perceptifs, émotionnels et cognitifs impliqués. Certains auteurs se sont focalisés sur les mécanismes émotionnels, (...) d’autres auteurs se sont focalisés, comme Piaget , sur le processus cognitif de décentration : pour comprendre les émotions d’autrui, l’observateur se met à la place, il adopte son point de vue. Cette dernière conception n’est pas sans rappeler la définition de la théorie de l’esprit, capacité à comprendre les actions d’autrui en inférant ses états mentaux. 

(...) L’empathie implique à la fois des composants émotionnels et cognitifs : l’empathie émotionnelle désignant les réponses affectives de l’observateur face à l’émotion d’autrui ; l’empathie cognitive référant à la capacité d’adopter la perspective d’autrui ainsi qu’à des processus de régulation” (Cairn).

La capacité d’empathie cognitive doit effectivement être intacte pour permettre au sadique de prendre du plaisir à faire souffrir les autres (Baumeister, 1997 ; O’Meara et al., 2011). Les déficits affectifs associés au sadisme se situeraient au niveau de la réponse émotionnelle inadéquate à la souffrance des autres (Bateson et al., 1987 ; Kirsch et Becker, 2007). Les sadiques possèdent une capacité émotionnelle similaire à un individu normal, mais ils seraient incapables de ressentir des émotions négatives à la souffrance des autres versus aux leurs. Les signaux de détresse perçus chez les autres agissent comme des renforçateurs positifs pour les sadiques. 



Sadisme

Réf. : 

“Sadisme commun et traits psychopathiques : Leur association avec la reconnaissance émotionnelle faciale”, V. Germain Chartrand, 2020, mémoire École de criminologie - Faculté des arts et des sciences

Narme Pauline, Mouras Harold, Loas Gwénolé et al., « Vers une approche neuropsychologique de l'empathie », Revue de neuropsychologie, 2010/4 (Volume 2), p. 292-298. DOI : 10.3917/rne.024.0292. URL : https://www.cairn.info/revue-de-neuropsychologie-2010-4-page-292.htm

 

Evoluer grâce à l'analyse comportementale

Le 30/07/2021

L’éducation et la préoccupation parentale ne sont jamais mises sur le devant de la scène depuis Dolto et son “enfant est un sujet à part entière.” Malheureusement, les parents post 1968 ont gardé ce qui les arrangeait dans la théorie novatrice de Dolto. Ils ont omis la partie “l’enfant est un être en construction, mais qui ne peut pas se développer sans l’éducation des adultes - donc sans leur autorité” mais ont gardé la partie “enfant roi.” 

Ce qui vaut pour les parents post 1968 vaut également pour les familles qui ont un fonctionnement de type clanique. “Le projet parental a une importance majeure pour la construction du destin d’un enfant. Il passe par une attention prêtée aux devoirs et aux résultats scolaires même si les parents n’ont pas pu faire d’étude (Rapport Dr M. Berger, 2021).” Ce défaut éducatif va avoir des conséquences importantes sur le développement psychologique de l’enfant. Absence d’empathie, construction d’un monde où il se voit omnipotent, pauvreté imaginaire, insensibilité, impulsivité, absence de sens critique.

Dans le profiling - l’analyse comportementale - cet aspect environnemental est très important à analyser parce que c’est dans la petite enfance que se construit le faux-self (faux-soi). Selon D. Winnicott, le vrai self désigne l’image que le sujet se fait de lui-même et qui correspond effectivement à ce qu’il est et perçoit à travers une réaction adaptée.

Le faux-self désigne une instance psychologique et comportementale qui se sont constituées pour s’adapter à une situation plus ou moins contraignante. L’image de soi est alors défensive et fonction des réactions inadaptées de l’environnement (Wikipedia). 

Comprenez que nous avons tous développé un vrai et un faux-self et que c’est ce dernier qui est mis en avant dans nos relations (amicale, professionnelle…). Sous la pression sociale d’un groupe, d’un clan ou d’une personne particulièrement influente, nous tendons à vouloir faire correspondre notre image à ce qui est attendu de nous.

Cette construction de la personnalité fait partie des facteurs de régulation de nos actes grâce à la causalité cognitive descendante (Sperry, 1993).

De plus, selon Daniel Riesman, depuis le milieu du 20ème siècle les référents qui structurent le développement personnel ont changé. Ce n’est pas en regardant en soi (introspection) que l’on se fixe des buts dans la vie, mais en cherchant dans le regard des autres. Les sources de l’estime de soi et de l’identité ont glissé de l’intro-détermination vers une plus grande extro-détermination. C’est dans les jugements extérieurs que l’individu d’aujourd’hui trouve les sources de l’estime de soi. Notre Moi numérique prend également sa part dans l’équation.

L’analyse comportementale guidée par ma grille de lecture et d’analyse peut être aisément et efficacement couplée à l’ennéagramme. Tous deux ont comme objectifs d’identifier, de comprendre les schémas comportementaux et de les ajuster. Ils permettent ainsi de se rapprocher de notre vrai-self pour tendre à maîtriser nos compulsions, nos peurs et exister par et pour nos qualités intrinsèques. 

Cette identification, cette analyse se fait grâce à un (ou plusieurs) entretien(s) exploratoire(s) et le passage d’un test rapide d’ennéagramme dans le cadre d'un accompagnement individuel, un projet de reconversion, ou en découvrir plus sur soi, en complément d’un bilan de compétences ou non. 

L'ennéagramme est un outil précis qui permet d'identifier les motivations, le profil type d'une personne et les caractéristiques de sa personnalité.

Il affirme que nous avons une orientation dominante, parmi neuf, qui a un impact majeur sur tous les contextes de notre vie. Cette orientation est à la fois notre principal don et notre principale limitation.

L'outil référence 9 profils qui font références à trois centres d'intelligences distincts : l'émotionnel, l'instinctif et le mental.

On y retrouve pour chaque profil ses peurs, ses compulsions, ses mécanismes de défense, ses vertus et encore ses principales forces.

Il me semble primordial, avant d’entamer toute démarche de développement personnel, de faire un point précis de ce que vous êtes. Un arrêt sur image qui va vous éclairer sur ce que vous êtes aujourd’hui et pourquoi vous vous comportez de telle ou telle façon dans différents contextes. Ce point doit être fait dans un cadre neutre, bienveillant et surtout sans aucun jugement. Un cadre qui met en avant l’assertivité, la réflexivité et l’empathie. Une fois cette base établie, vous pourrez faire le premier pas vers votre objectif de changement en toute sérénité. 

 

Who are you


 

Rencontre entre E. Macron, Mc Fly et Carlito

Le 12/06/2021

Analyse de la communication non verbale entre Emmanuel Macron, Mc Fly et Carlito.

L’exercice est bon enfant, détendu entre le Président de la République et les 2 Youtubers. 

Pour rappel, il s’agit d’un concours d’anecdotes entre EM et les Youtubers. L’enjeu est une photo des Youtubers visible lors de la fête nationale du 14 juillet prochain et le vol avec la patrouille de France pour les Youtubers. 

Je ne connais pas du tout leur baseline respective, c’est à dire que ne les ayant jamais regardés, ni analysés, je ne connais pas leurs “gimmick”, leurs “tics” d’expression non verbale. J’ai regardé la vidéo en une seule fois, m’autorisant uniquement des pauses sur image. Pas de ralenti, pas de visualisation image par image. Du live, uniquement du live.

Voyons ça…

Tout d’abord, EM affiche un sourire narquois, railleur devant Mc Fly et Carlito. C’est le côté droit de la bouche du Président qui sourit, Dominique Strauss-Kahn est aussi adepte de cet item. Comprenons qu’il s’agit d’une émotion positive liée à l’autre mais travestie car non verbalisée. 

EM est moqueur, en témoigne sa “langue de vipère” qui sort subrepticement à 2 min. 57 de la vidéo. Il se réjouit d’avance de l’exercice et c’est une attitude authentique, non feinte.

Anecdote EM : je ne m’attarde pas, Kilian M’Bappé ne signera jamais à l’Olympique de Marseille, trop évident, point facile.

Anecdote Mc Fly : les gestes sont amples, ils miment et illustrent le discours. Le Youtuber  Mc Fly s’associe à ce qu’il relate, l’anecdote est vraie.

Anecdote EM : la main droite du Président est active, il se dissocie du discours qui se veut analytique, descriptif. L’environnement dépeint est très formel. La paume de sa main est tournée vers son corps lorsqu’EM évoque la culture de l’afrobeat à Lagos. Il semble bien connaître et apprécier. EM a souvent ce geste du poing avec la paume tournée vers lui. Une mauvaise gestuelle apprise mais trop systématique qu’elle en perd tout son sens.

2 items retiennent mon attention : EM se mordille la joue et ses mains sont jointes, les index tendus dans un axe descendant, en “pistolet”. 

Le mordillement de la joue se fait normalement dans un contexte négatif et les mains en “pistolet” pour prévenir que la personne a un argument qui, s’il est utilisé, va faire mouche. 

Seulement, EM se mordille très souvent l’intérieur de la bouche dans un contexte autre qu’un discours récité. Il ne faut donc pas en tenir compte pour l’analyse. 

De plus, il a très souvent les mains basses en "pistolet" lors de cette demi heure. Il ne faut pas en tenir compte, je pense qu'EM est un compétiteur.

En revanche, il faut être attentif à son regard qui se porte vers le bas, sur sa droite. C’est un item qui nous indique qu’il est en construction de ce qu’il va dire.

Anecdote Carlito : les gestes effectués miment, reproduisent la scène. La main droite de Carlito vient frotter son genoux exprimant une envie de fuir la scène remémorée. 

Cependant, Carlito a mélangé des faits réels à son discours, ce qui pollue la gestuelle. Les menteurs invétérés utilisent le même procédé et ça fonctionne très bien. S’il avait dit la vérité, les 2 mains voire uniquement la gauche auraient été en mouvement. 

Anecdote EM : encore une fois ses mains sont en “pistolets” descendants, sa main droite est active, les 2 miment les tenues de sport et illustrent le chemin qui monte, elles nous montrent la grandeur de la Commanderie. Son anecdote est vraie.

Anecdote Mc Fly : il pose la question directement en effectuant un mouvement de tête vertical qui part immédiatement vers le bas. Il n’y a pas de pré-mouvement vers le haut. Le mouvement est franc, direct, ce qui contribue à la véracité du discours. 

Anecdote EM : peu de gestes qui illustrent le propos, ceux qui sont effectués sont rectilignes sauf lorsqu’il évoque son bureau. Normal, il s’agit d’un lieu qui connaît parfaitement et qu’il peut décrire sans problème. Main gauche active lorsqu’il dit que Trump a raccroché, il a déjà vécu ce type de scène. Cependant, son regard est soit dans les yeux de Carlito pour tenter de lui faire croire à ce qu’il dit, soit dirigé vers le bas, devant lui pour construire son discours.  L’anecdote est fausse. 

Anecdote Carlito : très court, “vrai” ou “faux” avec main droite active… mais elle n’illustre pas le propos de façon analytique ou descriptive, elle situe où se trouve le groupe de Métal, elle nous montre où il est : dans le jardin de l’Elysée ! 

Lien vers la vidéo : (1) CONCOURS D'ANECDOTES vs LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE - YouTube

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Forcenés par imitation !

Le 03/06/2021

La “décharge à violence” ne cesse de se remplir. Forcenés, violences conjugales, féminicides… Comment expliquer cette violence au quotidien ? L’Etat régalien est-il impuissant ? La France s’ensauvage-t-elle ?

Le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales définit le forcené comme un trait physique ou psychologique qui rend une personne très violente. Selon M Réty, patron du GIGN, le profil des forcenés est bien connu et fait apparaître des problèmes familiaux, financiers, sociaux, d’addiction, passage à l’acte lié à l’impact de la crise du COVID-19 qui crée de l’anxiété dû au confinement. Le passage à l’acte ferait suite à une décompensation qui est une rupture de la structure physique. C’est une désorganisation d’un système qui n’arrive plus à rester en équilibre, à s’autoréguler par ses modes habituels de défense. 

Je ne partage pas cet avis pour l’ensemble de ces violences abjectes qui ne cessent de s’additionner sans montrer de signe de faiblesse, d'infléchissement, pour la simple raison que tous ces individus qui passent à l’acte sont déjà dans un système personnel violent, depuis des années. Il n’y a pas à proprement parler d'événement déclencheur, c’est leur trait de caractère, leur fonctionnement. Ce sont des récidivistes de fait ! 

Le profil de ces individus est simple : ils aiment les armes (quelles qu’elles soient), sont peu empathiques, ils ont une faible résistance à la frustration, leurs valeurs sont très manichéennes, simplifiées, sans nuance et évidemment patriarcales jusqu’à l’excès ! Ils agissent par opportunisme et ne sont jamais sortis des clivages que fait vivre l'adolescence.

La faute à qui ?

Je vais tenter de simplifier ma vision des choses : violences intrafamiliales dans l’enfance (dans toute l’acception du terme) + intolérance à la frustration + immaturité + mauvaise gestion des émotions + manque de confiance en soi + environnement direct en vase clos + réactance + contribution des médias mainstream = passage à l’acte violent probable.

Je m’arrête sur la réactance

“On suppose que si la liberté de comportement d’une personne est restreinte ou réduite, cela déclenche une réactivité émotionnelle. Celle-ci va engendrer une motivation à défendre sa liberté. La peur de perdre de nouvelles libertés peut déclencher cette réactivité et motiver la personne à transgresser l’interdit pour rétablir sa liberté. Cet état de révolte comportemental est appelé “réactance psychologique”. (...) La théorie de la réactance suppose qu’il existe des “comportements libres” que les individus perçoivent et auxquels ils peuvent prendre part à tout moment. Pour qu’un comportement soit libre, l’individu doit avoir les capacités physiques et psychologiques pertinentes pour y participer et doit savoir qu’il peut s’y engager en ce moment ou dans un avenir proche. Le “comportement” comprend tout action, et inclut les comportements cognitifs (prises de décisions internes, et planification).

Il n’est pas toujours clair, pour un observateur ou pour les individus eux-mêmes, s’ils détiennent une liberté particulière de s’engager dans un comportement donné. Lorsqu’une personne souhaite accomplir un comportement perçu comme libre, elle est susceptible de ressentir une réactance chaque fois que ce comportement est restreint, éliminé ou interdit avec élimination. Plus un comportement libre est important pour un certain individu, plus l’amplitude de la réactance sera grande. La suppression d’une liberté pouvant déclencher la peur de perdre d’autres libertés, c’est la perte de liberté imaginée (et non réelle) qui prédit le degré de réactance de l’individu.”

La réactance est donc une tendance à se rebeller qui peut se poursuivre tout au long de la vie, même si c’est bien à l’adolescence que cette tendance est la plus marquée. Lorsqu’une séparation se passe difficilement et que l’un des deux ex-conjoints a refait sa vie, l’autre ne peut intégrer ni accepter cette nouvelle situation. Il va nourrir du ressentiment et considérer qu’il est privé de sa liberté de disposer de l’autre, voire de ses enfants. Chaque élément qui viendra renforcer cette impression sera un biais de confirmation pour l’individu qui nourrira cette passion destructrice. Plus il y a de pression autour d’une séparation, d’un divorce, plus ce ressentiment, cette réactance grossie. 

Quand la liberté se trouve limitée dans un certain domaine, l’individu ressent un désir accru d’obtenir les objets qui lui sont devenus inaccessibles. On peut retrouver cette défense en éthologie canine où la protection des ressources est une importante source de motivation - nourriture, progéniture, reproduction, groupe. L’attention est tellement concentrée sur cette ressource que la conscience, le champ de vision s’en trouve étriqué. Lorsque le psychisme est emprunt à une agitation, à une préoccupation, à une frustration, il doit trouver une voie de décharge qui passera par un passage à l’acte. Alors au lieu d’aller taper dans un ballon ou dans un sac de frappe, ces individus immatures et incapables de gérer leurs débordements vont s’en prendre à l’objet (dans son acception psychologique) perdu.

 

Le rôle des médias

Je reprends un article de Bollen en 1974, qui a donné lieu à différentes études à propos des vagues de suicides qui font toujours suite, jusqu’à 10 jours après, à ceux rapportés par les médias. Cette étude appelle ces passages à l’acte : suicides par imitation. 

Aujourd’hui, le parallèle avec notre actualité semble évident. Les histoires bien viriles - selon les radicalisés - relayées par les médias fournissent des exemples, un élan, une dynamique motivant les individus au bord de la rupture. Ils ne sont que des opportunistes et agissent comme tels.

Est-il possible de modifier l’approche de l’actualité dans les médias ?

Le profil de ces individus violents, criminels, est le même que les radicalisés islamistes, sauf qu’on ne traite la radicalisation en France que du point de vue de l’islamisme… 

En prenant enfin en compte les violences sur conjoint - sur les femmes clairement - nous pourrions anticiper des passages à l’acte quels qu’ils soient.

Si en plus une autre solution plus restrictive, et plus sérieuse, que celle des bracelets électroniques était mise en œuvre...


 

Gign

Références : 

cnrtl.fr

The behavioural immune system and the psychology of human sociality - Mark Schaller - Published :12 December 2011https://doi.org/10.1098/rstb.2011.0029

Cévennes, Dordogne: pourquoi les faits divers impliquant des forcenés se multiplient en France (bfmtv.com)

Déconfinement : le spectre d’une décompensation individuelle et sociétale – Libération (liberation.fr)

Théorie de la réactance - Institut Pi|Psy (pi-psy.org)

Brehm, J. W. (1966). A theory of psychological reactance. Academic Press.

Brehm, S. S., & Brehm, J. W. (1981). Psychological Reactance: A Theory of Freedom and Control. Academic Press.

Driscoll et al. (1972).

Imitative Suicides: A National Study of the Effects of Television News Stories - Kenneth A. Bollen and David P. Phillips, American Sociological Review, Vol. 47, No. 6 (Dec., 1982), pp. 802-809 (8 pages), Published By: American Sociological Association

 

Comment ça marche l'influence sociale ?

Le 24/04/2021

L’influence sociale est composée par l’influence normative, le conformisme et l’influence informationnelle. 

  • L’influence informationnelle est une forme d’influence basée sur la prise en compte de la réponse des autres à titre informatif. L’individu est influencé par les autres suite à un conflit cognitif.
  • Le conformisme est une attitude qui correspond à un comportement attendu d’un individu ou d’un groupe dans une situation donnée.

Qu’en est-il de l’influence normative ? 

Lorsque nous prenons un engagement, nous faisons le maximum pour conserver notre position afin d’être perçu comme cohérent, rationnel et digne de confiance au regard des autres. 

Cependant, lorsque notre prise de position est publique et qu’une incohérence dans notre discours apparaît, nous réfléchissons à deux fois avant de nous désavouer. C’est ce qu’on appelle l’influence normative. 

Voici quelques points abordés par Deutsch et Gérard (1955) suite à l'expérience de Asch sur le conformisme qu’ils ont quelque peu modifiée (Expérience de Asch — Wikipédia (wikipedia.org)). 

L'influence normative se définit comme « l’influence de se conformer aux attentes positives de quelqu’un d’autre (individu ou groupe) ». Le groupe peut décider de punir un membre qui n’adhère pas à ses valeurs, ce qui induit l’importance de l’image sociale.

L’influence sociale normative sur les jugements individuels sera plus grande parmi les individus formant un groupe que parmi une agrégation de personnes qui ne compose pas un groupe.

L’influence sociale normative sur le jugement individuel sera réduite lorsque l’individu perçoit que son jugement ne peut être identifié ou, plus généralement, lorsque l'individu ne perçoit aucune pression pour se plier à l’avis du groupe.

L'influence sociale normative de soi-même pour se conformer à son propre jugement peut être considérée comme un processus social intériorisé dans lequel l'individu a des attentes en ce qui concerne son propre comportement.

Plus l'individu est incertain de la justesse de son jugement, plus il est susceptible d'être sensible à la fois aux influences sociales normatives et informationnelles dans la formulation de son jugement.

Plus l'individu est incertain de la justesse du jugement d'autrui, moins il est susceptible d'être sensible à l'influence sociale informationnelle dans la formulation de son jugement.

Les résultats expérimentaux de l’étude de Deutsch et Gerard indiquent que lorsqu'une situation de groupe est créée, les influences sociales normatives sont grossièrement augmentées, produisant considérablement plus d'erreurs dans le jugement individuel.

"Au cours de cette expérience, les expérimentateurs montraient à des étudiants plusieurs lignes dont ils devaient évaluer la longueur. Après quoi, un groupe d’étudiants devait, pour que leur évaluation représente un engagement public, l’inscrire sur une feuille de papier, signée de leur nom, qu’ils remettaient aux expérimentateurs. Les étudiants d’un deuxième groupe devaient également s’engager sur leur première estimation, ce qu’ils faisaient en l’écrivant sur une ardoise magique, en effaçant ensuite sans que personne ait pu lire ce qu’ils avaient écrit. Un troisième groupe d’étudiants ne s’engageaient pas du tout sur leurs premières estimations ; ils se contentaient de garder les chiffres en tête. Par ce procédé, certains étudiants s’engageaient ainsi publiquement, d’autres secrètement et d’autres pas du tout vis - à -vis de leurs choix initiaux. (...) On leur donna de nouvelles indications, leur permettant de se rendre compte que leurs premières estimations étaient inexactes, et on leur laissa la possibilité de réviser leur réponse. Les résultats furent très clairs. Les étudiants qui n’avaient pas écrit leur réponse furent les moins fidèles à leur décision, ceux qui avaient écrit leur décision l’espace d’un moment sur l’ardoise changeaient d’avis moins volontiers, bien qu’ils se soient compromis que de façon totalement anonyme, et les étudiants qui avaient exprimé publiquement leur position refusaient le plus résolument de les renier par la suite (R. Cialdini, “Influence et manipulation”, pocket 2014)”.

Deutsch, M., & Gerard, H. B. (1955). A study of normative and informational social influences upon individual judgment. The Journal of Abnormal and Social Psychology, 51(3), 629–636. social-conformity.pdf (motamem.org)

 

Reseaux sociaux