Attentat de Nice : quel témoin croire ?

Témoignages de l’attentat de Nice : qui croire ? Quel est le vrai héro ?

 

Après l’attentat de Nice du 14 juillet dernier, les différentes rédactions de presse écrites et télévisées se sont lancées dans une course féroce pour interviewer des témoins. Certains sont authentiques alors que d’autres sont sujets à caution.

 

Certains gestes sont propres à un échange authentique, alors que d’autres correspondent à une stratégie consciente de vouloir travestir la vérité, de l’enjoliver pour se donner plus d’importance et dont le seul but est d’être reconnu (l’inclusion).

 

Voici 2 vidéos de témoins de cet attentat, qui illustrent parfaitement ce schéma. 2 liens YouTube avec mon analyse non-exhaustive qui vous permet de vous faire une idée.

 

Témoignage n°1 : https://www.youtube.com/watch?v=Sl9MQ-Pl6Hg

 

L’émotion qui transpire de cette interview est la peur (1 min. 42, 2 min. 23, 2 min. 27, 3 min. 35).

Elle est toujours présente sur le visage du témoin et elle peut prendre plusieurs formes.

Voyez les yeux dans lesquels nous distinguons le blanc entre l’iris et la paupière inférieure en fin d’interview (sanpaku à 4 min. 12, 4 min. 17, 4 min. 38).

Les dents du bas sont très souvent visibles, également de nombreux clignements de paupières : ce sont des items de peur.

Voyez à 1 min. 24, lorsque le témoin dit : « il devait rouler à 90 km/h », les paupières se ferment de façon appuyée et plus longtemps qu’à la normale.

C’est un retour sur soi dans un contexte difficile.

Les sourcils participent activement à l’échange et viennent appuyer les propos (24 sec., 30 sec., 39 sec., etc…).

Le plus marquant, de mon point de vue, c’est ce fréquent petit mordillement de l’intérieur de la joue droite. Ce type de mordillement est fait lorsqu’est évoqué un évènement négatif (25 sec., 40 sec., 57 sec., 1 min. 15, 1 min. 32, 2 min. 33, 2 min. 54, 3 min. 13, 3 min. 30, 4 min, 4 min. 27).

 

Le corps est souple, il n’y a pas de tension dans les épaules et la tête est mobile. Vous devez vous dire que vu ce qu’il a vécu, ce stress devrait se lire sur son corps, les muscles devraient être rigides. Sauf que ce stress était palpable sur le moment, lors de l'attentat. La réaction à la peur fut l’attaque et son corps fut « paramétré » pour frapper. L’action terminée, le corps a en quelque sorte décompensé et il n’a plus à être en mode « guerrier », il est rassuré. De plus, le témoin n’a pas à inventer, ni à édulcorer la vérité, ainsi il n’a pas d’effort cognitif à faire pour livrer son témoignage.

 

Enfin, l’interviewé lève souvent le regard vers le haut (par exemple à 1 min. 28 et à 2 min. 27), ce qui est propre à l’évocation de la vérité.

 

Témoignage n°2 : https://www.youtube.com/watch?v=sVvkjPETTvU

 

La peur est beaucoup moins prégnante, moins évidente, moins dévoilée, dans cette interview parce qu’elle « flirte » avec de la colère retenue.

Sur certaines images arrêtées, nous pouvons distinguer cette colère (2 min. 04) avec les dents du haut apparentes dans un rictus typique.

L’hémi visage gauche est également plus expressif que le droit, plus ouvert traduisant une envie de se mettre en avant.

L’interviewé cligne peu des paupières, il n’est pas dans la relation mais dans son monde.

 

Sa langue sort plusieurs fois. Droit devant lorsque des propos négatifs ou ironiques sont verbalisés (à 11 sec. « j’ai vu une personne se faire écraser… » et à 1 min. 05, lorsqu’il dit en regardant de face la caméra « si cette personne est toujours en vie, j’aimerais bien la rencontrer »).

Elle sort aussi du coin gauche de la bouche pour rentrer au centre (2 min.27), pour traduire ici l’envie de nous faire compatir au fait qu’il n’a pas dormie depuis 36h.

 

Nous pouvons également observer des défocalisations actives du regard. C’est-à-dire que ses yeux vont s’arrêter sur différents points inexistants dans l’espace (défocalisation car son regard n’est plus dans celui de l’autre) mais de façon consciente, donc « calculée ». Ce n’est pas de la concentration qui permet de rappeler des souvenirs mais plutôt une construction consciente d’images où se mêlent réalité et fiction.

 

L’interviewé va aussi focaliser son regard dans celui du journaliste, par exemple à 1 min. 22, lorsqu’il dit avoir entendu le conducteur du scooter taper le camion. Il regarde le journaliste dans les yeux alors que la logique voudrait qu’il ait le regard tourné vers la gauche, plutôt dirigé vers le bas. Là, il cherche l’effet produit de son histoire dans le regard du journaliste pour pouvoir s’y adapter ensuite.

 

Enfin, en augmentant significativement la vitesse de lecture de la vidéo, vous vous apercevez que ses mouvements de tête sont stéréotypés, répondant à un rythme régulier qui est propre au « corps de bois » (cf Elodie Mielczarek, www.leblogdelasemio.com).

 

Pour conclure, le 1er témoignage est évident en termes d’authenticité parce qu’il ne soulève aucune question, même pour un néophyte.

 

Le 2nd en revanche est sujet à caution, tant la réalité vécue et évoquée se mélange dans des souvenirs qui semblent construits. La communication est moins fluide. Cette 2nde interview aurait mérité des questions plus précises de la part du journaliste.

 

Nice 14 juillet 2016

 

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