Bachar El-Hassad interviewé par D. Pujadas : Décryptage

Bien loin de la polémique que suscite cette interview, son analyse relève pour moi d’un double objectif :

  1. Constater si Bachar El-Hassad est bien aussi inébranlable qu’on le dit,
  2. Constater si sa communication non verbale est cohérente avec sa langue de bois (corps de bois).

Bien loin de moi l’envie de mener cette analyse à charge ou à décharge, je procède à une analyse factuelle.

Au cours de cette interview, Bachar El-Hassad soutient que la France a armé la frange de syriens qui s’est levée contre lui. Ces membres de l’opposition modérée seraient aujourd’hui des terroristes du Groupe Etat Islamique. Ainsi, la France soutiendrait les terroristes contre lesquels le régime Syrien se bat. Cependant, le président syrien se dit ouvert à renouer le dialogue avec la France, entre autre.

2 sec – Le président syrien est assis en position neutre, droit, pieds à plats avec l’épaule gauche légèrement plus haute que la droite, ce qui traduit un stress de performance. Ce stress se confirme par les mains jointes, doigts tendus.

41 sec – « les terroristes se sont infiltrés en Syrie avec l’appui d’Etats Occidentaux (…) », et voici un mouvement de tête que Bachard El-Hassad fait très souvent au cours de l’interview : un déplacement de la tête vers l’extérieur droit, c’est-à-dire à l’opposé de son interlocuteur. C’est une mise à distance dans le but de « fuir ». C’est exactement le même mouvement que vous faites lorsque vous sentez une odeur qui vous répugne.

56 sec – là il faut que vous soyez très attentifs parce que le mouvement de lèvres à observer est fugace. Nous appelons ça la « lèvre de chien ». C’est la lèvre supérieure droite ou gauche qui se lève et qui traduit une agressivité renvoyant à soi (lèvre supérieure gauche), ou lié à l’autre (lèvre supérieure droite). En l’occurrence, ici il s’agit de la gauche et c’est cohérent dans la mesure où David Pujadas attaque bille en tête Bachar El-Hassad en lui assénant que pour les français, il est LE responsable de la situation en Syrie.

1 min. 13 – « (…) tuer ses concitoyens » est placé à gauche avec ses mains alors que « affronter les forces politiques les plus puissantes » est placé à droite. Ainsi, Bachar El-Hassad aime ses concitoyens, contrairement aux forces politiques étrangères.

Vous pouvez également remarquer les nombreux haussements du sourcil gauche, pour se mettre à distance des autres.

1 min. 41 – les talons se soulèvent très régulièrement, en rythme, et cela tout au long de l’interview. Au-delà d’une manifestation de stress, il s’agit également d’un désir de se situer au-dessus de l’autre. Vous pouvez également constater que les mains de Bachar El-Hassad vont de pairs… elles se déplacent en même temps, en rythme, dans le même sens.

Toute cette première partie confirme le corps de bois ainsi qu’une situation stressante pour le président syrien.

2 min. 21 – l’hémi visage gauche est bien plus expressif que le droit qui lui, est très figé. La partie gauche du visage est le reflet du « moi », par opposition à « l’extérieur », « les autres ».

3 min. 13 – à nouveau le visage qui part vers l’extérieur droit lorsque Bachar El-Hassad dit ne pas avoir favorisé l’émergence du Groupe Etat Islamique. Vous y ajoutez les mains qui se déplacent en rythme, le buste qui part en arrière sur la gauche trahissant une envie de fuir ainsi que des gestes figuratifs (aucune projection personnelle). Dans cette situation, comment moi je me comporterais ? Si David Pujadas me pointait du doigt publiquement et me disait que j’aidais les terroristes, je pense que mon buste se pencherait vers l’avant et mes gestes seraient plus saccadés… Force est de constater que Bachar n’est pas du tout à l’aise, déstabilisé peut être ? Pris la main dans le sac ? Sinon, pourquoi voudrait-il fuir ?

4 min. 11 – Lorsque Bachar dit que le gouvernement français favorise l’émergence des terroristes, son buste est à nouveau en position de fuite sur son siège.

6 min. 24 – pris au dépourvu par les 2 photos de Pujadas, le président syrien réagit spontanément avec sa main gauche. Cependant, il pose une question au journaliste qui lui permet de se reprendre (main droite active) puis d’interpeller vivement Pujadas en pointant 2 doigts « pistolets » vers lui.

7 min. 26 – toujours déstabilisé, Bachar El-Hassad est en position de fuite sur son siège, l’épaule gauche bien plus basse et en arrière par rapport à l’épaule droite.

11 min. 34 – « les terroristes » sont placés à droite, ce qui amène à penser qu’il ne les apprécie pas…

(Là il y aurait plein de question à lui poser à M El-Hassad !)

12 min. 07 – à propos des contacts entre les services de renseignements français et les syriens, le regard est dirigé vers le bas à droite à la recherche d’un vocable précis, mesuré dans un désir de traduire exactement sa pensée, avec l’objectif de séduire (le mot recherché est « coopération »).

14 min. 35 – « nous sommes prêts à tout dialogue » assène-t-il avec la main droite tendue vers Pujadas.

Cette envie de renouer avec le dialogue est confirmée lorsque David Pujadas lui dit : « vous n’êtes pas intéressé par un dialogue », et Bachar El-Hassad l’arrête de sa main gauche, paume dirigée vers lui.

Globalement, Bachar El-Hassad a fait preuve d’une écoute attentive sans se laisser toutefois aller. S’il peut donner le change en paraissant contrôler la situation, son corps trahit un sentiment de stress, de malaise. Cependant, le président syrien manifeste une envie de renouer le dialogue avec la France, mais en défendant fermement sa position.  

 

Voici le lien vers la vidéo : www.youtube.com/watch?v=eCpaiBTcpnE

Pour de plus amples informations sur le corps de bois, vous pouvez vous rendre sur le site très intéressant d’Elodie Milczarek, sémiologue et synergologue : www.corpsdebois.com

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