Psychologie Evolutionnaire et DS2C

Le 04/01/2026 0

Psychologie évolutionnaire : pourquoi l'évolution explique nos pulsions (sans les excuser) ?

Temps de lecture : 8 minutes

Pourquoi ressentons-nous de la jalousie ? Pourquoi l'abandon nous terrifie-t-il ? Pourquoi certaines situations déclenchent-elles une rage incontrôlable, même chez des personnes habituellement calmes ? Pourquoi tombons-nous amoureux, parfois contre toute logique rationnelle ?

Ces questions hantent la psychologie depuis ses origines. La psychanalyse y répond en explorant l'inconscient, les traumatismes infantiles, les mécanismes de défense. La psychologie cognitive analyse nos biais, nos schémas mentaux, nos stratégies de régulation émotionnelle. La psychologie sociale étudie l'influence du groupe, des normes culturelles, des contextes situationnels.

Mais il existe une autre réponse, souvent négligée en France, parfois mal comprise, fréquemment rejetée : la psychologie évolutionnaire. Elle propose une explication dérangeante, mais puissante : nous ressentons ces émotions parce que nos ancêtres qui les ressentaient ont mieux survécu, mieux transmis leurs gènes. Nous sommes les descendants de ceux qui étaient jaloux, agressifs, attachés, amoureux.

Cette réponse met peut-être mal à l'aise. Elle semble réduire l'humain à ses gènes, nier la liberté, excuser les comportements violents (« C'est dans ma nature, je ne peux rien y faire »). D'où le rejet massif de la psychologie évolutionnaire par une partie du milieu psychanalytique, féministe, progressiste : trop « biologisante », trop « déterministe », trop « réactionnaire ».

Pourtant, rejeter la psychologie évolutionnaire, c'est se priver d'un outil puissant pour comprendre pourquoi certaines pulsions sont universelles. À condition de ne pas tomber dans le piège du déterminisme biologique. À condition de l'articuler avec d'autres niveaux d'analyse : la psychanalyse (structure psychique avec Freud, Bergeret notamment), la caractérologie (tempérament avec René Le Senne), l’analyse systémique (contexte avec Watzlawick).

C'est précisément ce que je propose dans le modèle DS2C (Décrypter les Stratégies Comportementales de Communication) : intégrer la psychologie évolutionnaire comme premier niveau d'analyse — la phylogenèse — sans en faire une explication totale. L'évolution explique pourquoi la pulsion existe mais elle n'explique pas pourquoi certains passent à l'acte et d'autres non.

Qu'est-ce que la psychologie évolutionnaire ? Que nous apporte-t-elle vraiment ? Et comment l'articuler avec la psychanalyse pour comprendre le passage à l'acte criminel ?

La psychologie évolutionnaire étudie comment la sélection naturelle a façonné nos comportements, nos émotions, nos mécanismes psychologiques. Elle postule que notre cerveau, comme notre corps, est le produit de millions d'années d'évolution. Nos ancêtres qui possédaient certains traits psychologiques (peur des prédateurs, attachement aux enfants, jalousie sexuelle, agressivité défensive) ont mieux survécu et mieux transmis leurs gènes que ceux qui ne les possédaient pas. Nous héritons de ces traits.

Contrairement à ce que certains pensent, la psychologie évolutionnaire ne dit pas que « tout est dans les gènes ». Elle dit que les gènes créent des prédispositions, des tendances statistiques universelles, qui s'expriment différemment selon les contextes culturels, éducatifs, psychologiques. Un homme peut ressentir de la jalousie (prédisposition évolutive) sans pour autant tuer sa compagne (comportement). Entre la pulsion (universelle) et l'acte (singulier), il y a la culture, l'éducation, la structure psychique.

 

Principe clé : les adaptations évolutives

Le concept central de la psychologie évolutionnaire est celui d'adaptation évolutive : un trait (physique ou psychologique) qui a conféré un avantage reproductif dans l'environnement ancestral de l'espèce humaine.

Exemple physique : nous avons des yeux pour voir, des oreilles pour entendre. Ces organes sont des adaptations évolutives : nos ancêtres qui voyaient et entendaient mieux ont mieux détecté les prédateurs, mieux trouvé de la nourriture, mieux survécu.

Exemple psychologique : nous avons peur des serpents, des araignées, du vide, de l'obscurité. Ces peurs sont des adaptations évolutives : nos ancêtres qui avaient peur de ces dangers ancestraux ont mieux survécu que ceux qui n'avaient pas peur. Mais nous n'avons pas peur « naturellement » des voitures, des prises électriques, des armes à feu (dangers récents). Notre cerveau est « câblé » pour les dangers ancestraux, pas pour les dangers modernes. Steven Pinker l'explique brillamment dans « Comment fonctionne l'esprit » (1997) : « Nous vivons au XXIe siècle, mais notre cerveau date du Pléistocène. »

 

Exemples classiques : jalousie, attachement, agressivité

Jalousie sexuelle (David Buss)

Pourquoi la jalousie est-elle universelle ? Pourquoi est-elle si douloureuse, si envahissante, parfois si destructrice ?

David Buss, psychologue évolutionniste américain, a mené des études transculturelles (37 cultures, 6 continents) montrant que la jalousie sexuelle suit des patterns évolutifs prédictibles.

Les hommes sont plus jaloux de l'infidélité sexuelle de leur partenaire (« A-t-elle couché avec un autre ? »). Pourquoi ? Parce que, dans l'environnement ancestral, un homme trompé sexuellement risquait d'investir des ressources (nourriture, protection) dans un enfant qui n'était pas le sien (paternité incertaine). Les hommes qui ne ressentaient pas de jalousie sexuelle ont moins bien transmis leurs gènes (ils élevaient des enfants qui n'étaient pas les leurs, c’est encore le cas aujourd’hui).

Les femmes sont plus jalouses de l'infidélité émotionnelle de leur partenaire (« Est-il amoureux d'une autre ? Va-t-il m'abandonner ? »). Pourquoi ? Parce que, dans l'environnement ancestral, une femme abandonnée par son compagnon perdait les ressources nécessaires pour élever ses enfants (nourriture, protection). Les femmes qui ne ressentaient pas de jalousie émotionnelle ont moins bien protégé leurs enfants, donc moins bien transmis leurs gènes.

Ces patterns sont transculturels : on les retrouve dans des sociétés aussi différentes que les États-Unis, le Japon, la Zambie, l'Inde. Ce n'est pas (seulement) une construction sociale, c'est une prédisposition évolutive.

Important : cela n'excuse pas le meurtre passionnel. Ressentir de la jalousie est universel. Tuer par jalousie ne l'est pas. L'évolution explique la jalousie, pas le crime.

Attachement parent-enfant

Pourquoi les parents investissent-ils massivement dans leurs enfants (temps, énergie, ressources) ? Pourquoi est-ce universel ?

Réponse évolutionniste : les parents qui investissaient dans leurs enfants (protection, nourriture, éducation) ont mieux transmis leurs gènes que ceux qui négligeaient leurs enfants. Un enfant protégé survit mieux, grandit mieux, transmet mieux les gènes de ses parents. C'est ce que les évolutionnistes appellent l'investissement parental (Robert Trivers, 1972).

Conséquence observable : l'attachement parent-enfant est universel (Bowlby et Ainsworth). On le retrouve dans toutes les cultures, à toutes les époques. Ce n'est pas (seulement) une construction sociale (« On apprend à aimer ses enfants »), c'est une prédisposition évolutive profonde.

Agressivité défensive

Pourquoi ressentons-nous de la colère, de la rage, parfois une envie de violence, face à une menace, une humiliation, une injustice ?

Réponse évolutionniste : l'agressivité est une adaptation évolutive pour se défendre, protéger ses ressources, dissuader les agressions. Nos ancêtres qui réagissaient agressivement face à une menace ont mieux survécu que ceux qui restaient passifs. La colère mobilise le corps (augmentation du rythme cardiaque, libération d'adrénaline), prépare à l'attaque ou à la fuite (fight or flight, on peut aussi ajouter freeze), signale aux autres : « Ne me menace pas, je suis dangereux. »

Tous les humains ressentent de la colère. C'est universel, transculturel, transhistorique. Ce n'est pas une pathologie, c'est une adaptation évolutive.

Mais tous les humains ne tuent pas. Entre ressentir de la colère (universel) et commettre un meurtre (rare, pathologique), il y a une différence immense. L'évolution explique la colère, pas le meurtre. Ce qui distingue ceux qui passent à l'acte de ceux qui ne passent pas, ce n'est pas la présence de la pulsion (universelle), c'est la capacité de régulation (structure psychique, éducation, contexte).

 

Ce que la psychologie évolutionnaire apporte (vraiment)

Apport 1 : Comprendre l'universel

La psychologie évolutionnaire explique pourquoi certaines émotions, certains comportements sont universels (transculturels, transhistoriques). La jalousie existe dans toutes les cultures. L'attachement parent-enfant existe partout. L'agressivité face à une menace existe chez tous les humains. La peur des serpents, des araignées, du vide existe dans toutes les sociétés (même celles où ces dangers sont rares ou absents).

Ce n'est pas une construction sociale pure. Si c'était le cas, on observerait des variations culturelles massives : des cultures sans jalousie, des cultures sans attachement parent-enfant, des cultures sans peur des serpents. Or, ce n'est pas le cas. Ces émotions sont universelles parce qu'elles sont ancrées dans notre biologie évolutive.

Cela ne signifie pas que la culture n'a aucun rôle. La culture module, oriente, régule ces émotions universelles. Mais elle ne les crée pas ex nihilo. L'évolution fournit le socle universel, la culture fournit les variations.

Apport 2 : Distinguer l'universel du culturel

Une fois qu'on sait ce qui est universel (pulsions évolutives), on peut identifier ce qui est culturel (modalités d'expression de ces pulsions).

Exemple : la jalousie

Universel (évolutif) : ressentir de la jalousie face à l'infidélité (réelle ou supposée) du partenaire.

Culturel : comment on exprime cette jalousie.

Dans certaines cultures, un homme jaloux tue sa femme (crime d'honneur, toléré ou peu sanctionné).

Dans d'autres cultures, il divorce (procédure légale, socialement acceptée).

Dans d'autres encore, il consulte un thérapeute de couple (régulation par la parole, médiation symbolique).

L'évolution explique pourquoi la jalousie existe. La culture explique comment elle se manifeste. Confondre les deux, c'est soit tomber dans le déterminisme biologique naïf (« Tous les hommes jaloux tuent, c'est dans leur nature »), soit tomber dans le constructivisme social naïf (« La jalousie est une pure invention culturelle, elle n'existe pas "naturellement" »).

Les deux sont faux. La vérité est intermédiaire : la jalousie est une prédisposition évolutive universelle, mais son expression dépend de la culture, de l'éducation, de la structure psychique individuelle.

Apport 3 : Comprendre pourquoi certaines situations sont universellement déclenchantes

La psychologie évolutionnaire permet d'identifier les situations qui activent universellement des pulsions dangereuses : abandon, humiliation, perte de contrôle, menace de mort, privation de ressources, rivalité sexuelle.

Pourquoi ces situations sont-elles si déclenchantes ? Parce que, dans l'environnement ancestral, elles menaçaient directement la survie ou la reproduction. Nos ancêtres qui ne réagissaient pas fortement à ces menaces (abandon = mort probable, humiliation = perte de statut = moins d'accès aux ressources et aux partenaires sexuels) ont moins bien survécu.

Conséquence pratique : si on sait que certaines situations activent universellement des pulsions dangereuses, on peut concevoir des interventions préventives :

Accompagnement intensifié des couples en période de rupture (risque accru de violence conjugale).

Médiation familiale en cas de conflit d'héritage (situation de rivalité fraternelle, réactivation de conflits archaïques).

Soutien psychologique pour les personnes en situation de perte de contrôle (licenciement, maladie grave, ruine financière).

On ne prédit pas individuellement qui va tuer. Mais on identifie des populations à risque (personnes en situation d'abandon, d'humiliation, de perte de contrôle), et on propose des accompagnements pour réduire globalement le risque.

Apport 4 : Réconcilier biologie et psychologie

Pendant des décennies, la psychologie a rejeté la biologie. « Tout est construit socialement, rien n'est inné. » Ce constructivisme radical (dominant dans les années 1970-1990, notamment en France) a eu des effets positifs (lutte contre les stéréotypes de genre, reconnaissance de la plasticité humaine), mais aussi des effets négatifs : déni de la biologie, refus d'admettre que certains traits sont universels, hostilité envers la génétique comportementale et les neurosciences.

La psychologie évolutionnaire permet de dépasser cette opposition stérile (inné vs acquis, biologie vs culture). Elle montre que biologie et culture ne s'opposent pas, elles interagissent :

  • La biologie fournit des prédispositions universelles (pulsions, émotions de base, mécanismes cognitifs).
  • La culture oriente, module, régule ces prédispositions (éducation, normes sociales, rituels, lois).

Exemple : tous les humains naissent avec la capacité d'apprendre un langage (prédisposition biologique universelle, Chomsky). Mais le langage spécifique qu'ils parlent (français, chinois, swahili) dépend de la culture dans laquelle ils grandissent. La biologie fournit la capacité, la culture fournit le contenu.

Idem pour les pulsions : tous les humains naissent avec des pulsions agressives et sexuelles (prédisposition biologique universelle, Darwin, Freud). Mais comment ils régulent ces pulsions (sublimation, refoulement, passage à l'acte) dépend de leur structure psychique (Bergeret), de leur tempérament (Le Senne), de leur éducation, de leur contexte culturel.

 

Psychologie évolutionnaire et DS2C : une convergence nécessaire

DS2C : un modèle à quatre niveaux

Dans le modèle DS2C (Décrypter les Stratégies Comportementales de Communication) que je développe, l'analyse du passage à l'acte criminel articule quatre niveaux :

1. Phylogenèse (Darwin) : substrat pulsionnel universel (agressivité, sexualité, attachement). Tous les humains partagent ce socle évolutif. C'est le niveau de la psychologie évolutionnaire.

2. Tempérament (Le Senne) : modalité individuelle de réactivité émotionnelle (émotivité, activité, retentissement). Deux personnes avec la même structure psychique réagissent différemment selon leur tempérament : un colérique (émotif-actif-primaire) passe à l'acte rapidement, un flegmatique (non-émotif-non-actif-secondaire) accumule pendant des années avant d'exploser.

3. Structure de personnalité (Bergeret) : organisation psychique issue de l'histoire libidinale, des identifications primaires, des traumatismes précoces. Trois grandes structures : névrotique (refoulement, Surmoi rigide), psychotique (forclusion, clivage massif), limite (clivage partiel, impulsivité). La structure détermine comment le sujet régule (ou échoue à réguler) ses pulsions.

4. Situation (Watzlawick) : contexte interactionnel déclencheur (escalade symétrique, double contrainte, rupture d'homéostasie, humiliation). La situation active la pulsion, met en échec les défenses, précipite le passage à l'acte.

Le passage à l'acte résulte de la convergence de ces quatre niveaux : phylogenèse + tempérament + structure + situation.

Pourquoi la phylogenèse est le premier niveau (mais pas le seul) ?

La psychologie évolutionnaire explique pourquoi la pulsion existe. Tous les humains ont des pulsions agressives (adaptation évolutive pour se défendre). Tous les humains ont des pulsions sexuelles (adaptation évolutive pour se reproduire). Tous les humains ont des pulsions d'attachement (adaptation évolutive pour protéger leur descendance).

Mais la phylogenèse ne suffit pas à expliquer le passage à l'acte criminel. Sinon, tous les humains tueraient (puisque tous ont des pulsions agressives). Or, la majorité des humains ne tuent pas. Ce qui distingue ceux qui passent à l'acte de ceux qui ne passent pas, ce n'est pas la présence de la pulsion (universelle), c'est la capacité de régulation.

C'est là qu'interviennent les trois autres niveaux :

Tempérament : un sujet impulsif (colérique, émotif-actif-primaire) a plus de mal à différer, à réguler, à symboliser. Il passe à l'acte plus rapidement qu'un sujet secondaire (sentimental, flegmatique) qui accumule, contient, refoule.

Structure : un sujet limite (clivage, angoisse d'abandon) décharge impulsivement face à une menace d'abandon. Un sujet névrotique (refoulement, Surmoi rigide) contient pendant des années, puis explose brutalement (retour du refoulé). Un sujet psychotique (forclusion, impossibilité de symboliser la perte) passe à l'acte de manière répétée, compulsive, sans culpabilité.

Situation : un déclencheur spécifique (abandon pour le limite, humiliation pour le névrotique, effraction du Moi pour le psychotique) active la pulsion, met en échec les défenses, précipite la décharge.

Sans phylogenèse, on ne comprend pas pourquoi la pulsion existe. Mais sans tempérament, structure, situation, on ne comprend pas pourquoi ce sujet-là, dans ce contexte-là, a basculé dans l'acte.

C'est la convergence des quatre niveaux qui explique le passage à l'acte.

Psychologie évolutionnaire + psychanalyse : complémentaires, non contradictoires

Certains opposent Darwin et Freud, biologie et psychanalyse, évolutionnisme et inconscient. C'est une erreur.

Freud lui-même, dans « Totem et Tabou » (1913), évoque la phylogenèse de l'Œdipe : l'interdit de l'inceste serait universel parce qu'il a une fonction évolutive (éviter la consanguinité, favoriser les alliances entre groupes). Les pulsions freudiennes (agressivité, sexualité) sont précisément ce que Darwin appelle des adaptations évolutives.

La différence : Darwin explique pourquoi ces pulsions existent (sélection naturelle, avantage reproductif). Freud explique comment le sujet les régule (refoulement, sublimation, symptôme, passage à l'acte).

Les deux sont complémentaires :

Darwin (phylogenèse) : « Tous les humains ont des pulsions agressives parce que leurs ancêtres qui en avaient ont mieux survécu. »

Freud (structure) : « Oui, mais tous les humains ne tuent pas. Certains refoulent (névrose), d'autres clivent (psychose, limite), d'autres subliment (création artistique, sport). Ce qui compte, c'est la régulation, pas la pulsion elle-même. »

Le modèle DS2C réconcilie les deux : la phylogenèse (Darwin) fournit le substrat universel, la structure (Bergeret, héritier de Freud) explique les modalités individuelles de régulation.

 

Conclusion

La psychologie évolutionnaire n'est ni une menace pour la liberté humaine, ni une excuse pour les comportements violents. C'est un outil pour comprendre pourquoi certaines pulsions sont universelles, pourquoi certaines situations déclenchent des réactions intenses.

Elle explique pourquoi la jalousie existe (adaptation évolutive contre l'infidélité), pourquoi l'attachement parent-enfant est universel (adaptation évolutive pour protéger sa descendance), pourquoi l'agressivité surgit face à une menace (adaptation évolutive pour se défendre). Elle explique le substrat universel, pas le comportement individuel.

Entre la pulsion (universelle) et l'acte (singulier), il y a la psychologie individuelle : le tempérament (Le Senne), la structure de personnalité (Bergeret), la situation (Watzlawick). C'est cette articulation — phylogenèse + tempérament + structure + situation — que je développe dans le modèle DS2C.

Accepter que l'évolution façonne nos comportements, ce n'est pas renoncer à la responsabilité. C'est comprendre d'où viennent nos pulsions, pour mieux les réguler. Tous les humains ressentent de la colère, de la jalousie, de la peur. La majorité ne tue pas, ne viole pas, ne torture pas. Ce qui nous distingue, ce n'est pas l'absence de pulsions (elles sont universelles), c'est notre capacité à les réguler : par la parole (symbolisation), par la culture (normes, lois, rituels), par la thérapie (élaboration psychique).

Comprendre n'est pas excuser. Expliquer que l'agressivité est une adaptation évolutive ne justifie pas le meurtre. Expliquer que la jalousie est universelle ne justifie pas le crime passionnel. Comprendre, c'est la condition pour agir : identifier les situations à risque, accompagner les personnes vulnérables, proposer des alternatives symboliques au passage à l'acte.

C'est en articulant biologie et psychologie, phylogenèse et structure, universel et singulier, que nous pouvons comprendre — sans prétendre prédire — le passage à l'acte humain, dans toute sa complexité tragique.

 

Pour aller plus loin :

Si vous souhaitez approfondir ces questions (articulation psychanalyse/évolutionnisme, analyse structurelle du passage à l'acte, limites de l'expertise comportementale), n'hésitez pas à consulter mes autres articles ou à me contacter.

Frantz BAGOE – DS2C

Analyste Comportemental spécialisé dans l'analyse du passage à l'acte criminel.

 

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