stratégie de communication

Pourquoi je mens ?

Par Le 23/06/2022

Sherri papini

 

 

Le 24 novembre 2016, dans la nuit, Sherri Papini est retrouvée au bord d’une route de Californie. Cette jeune femme est portée disparue depuis plus de 20 jours. Nez cassé, cheveux coupés, marquée par des brûlures, portant une camisole de force. Sherri Papini dit avoir été enfermée dans un placard durant tout ce temps et battue quotidiennement par deux femmes de type sud américain. 

On est à Redding, Californie, USA.

Au cours de l’enquête, des doutes apparaissent dans le récit de la jeune femme. Mère de famille, mariée, deux enfants, elle part faire un jogging le 2 novembre et disparaît. Son mari, parti à sa recherche, ne retrouve que son téléphone avec ses oreillettes, des cheveux posés à côté. 

Les enquêteurs ont l’intime conviction qu’il s’agit d’une mise en scène. 

Une cagnotte en ligne est ouverte pour aider à trouver une piste qui permettrait de mener jusqu’à la jeune femme. Un site internet est ouvert et 24h après sa fermeture, Sherri Papini réapparaît. Elle ne donnera pas l’ombre d’une explication ce qui augmentera la suspicion. 

Internet est un outil puissant et il existe une grande communauté d’internautes qui savent en tirer partie pour creuser, pour enquêter bien plus rapidement que les autorités. 

Certains éléments vont desservir la jeune femme comme le fait que statistiquement, les enlèvements réalisés par des femmes sont rarissimes. On apprend que la mère de Sherri a décrit sa fille, lors d’un appel passé aux autorités en 2003, comme une mythomane qui a besoin d’être hospitalisée. A l’époque, elle se mutilait pour faire chanter sa mère. 

En 2017, une nouvelle analyse ADN sur ses vêtements portées lors de l’enlèvement révèle un profil masculin, qui  s’avèrera être le complice de Sherri Papini. 

Le scénario machiavélique est avoué par la jeune femme, ses blessures elle se les ait infligées avec son complice... Son procès se tiendra cet été. 

Après investigation auprès d’un expert psychiatrique - Dr Ian Lamoureux - Sherri Papini s’avère souffrir d’un désordre de la personnalité narcissique.

Pourquoi inventer des mensonges aussi énormes ? Le mensonge est un signe de détresse qu’envoie le menteur à celui qu’il veut berner. Mais pour quelles raisons ? 

Le mensonge participe à l’organisation psychologique de l’enfant, ça le structure et il contribue (c’est contre intuitif) à faire le lien entre l’enfant et l’autre. Selon Winnicott, les enfants qui s’attendent à être persécutés tentent de résoudre leur problème par un mensonge subtil consistant à se plaindre sans que cette plainte soit l’objectif réel. 

Lorsque l’enfant n’a pas pleinement profité du stade transitionnel, c’est-à-dire qu’il n’a pas su construire efficacement un espace psychique entre le dedans et le dehors. Cet espace transitionnel est là pour rappeler à l’enfant que la personne qui prend soin de lui est près de lui, quelque part, et ça le rassure. Ça fonctionne très bien avec le fameux ours en peluche, le doudou…

Sans cet espace transitionnel efficient, l’enfant conçoit le mensonge comme un facteur d’espoir. En mentant, il oblige l’environnement à le prendre en main pour le rassurer, lui montrer tout l’amour qu’il en attend, dont il a besoin impérieusement. Le mensonge a pour objectif de reconstruire l’aire transitionnelle. Le fait que l’autre tombe dans le panneau va créer le lien narcissique réparateur, ça va rassurer l’enfant menteur (ou l’adulte).

En réalité, c’est un jeu très enfantin comme Winnicott le décrit. C’est la nécessité paradoxale de se cacher pour être trouvé. 

La question qui reste en suspens pour ma part est : quelle enfance Sherri Papini a-t-elle eue ?

 

Macron vraiment méprisant ?

Par Le 24/04/2022

“Posture familière, (...) surprenante, très sage du bon élève, (...) son attitude révèle un certain mépris pour la candidate, (...) cette position se mue en celle d’un professeur, (...) l’index sur sa bouche intime l’ordre de se taire, (...) désinvolture” sont autant de qualificatifs qui teintent, qui confèrent à l’analyse de la gestuelle d’Emmanuel Macron une certaine subjectivité.

Les quelques analyses que j’ai lues et entendues à propos de la gestuelle d’Emmanuel Macron, suite à son débat face à Marine Le Pen, m’interpellent. Soit elles sont très évasives, dans le ressenti, soit elles vont dans le sens du ressenti commun et retranscrites par les médias c’est-à-dire qu’Emmanuel Macron affichait une attitude méprisante. Mais c’est omettre un peu facilement le contexte, le profil et l’histoire de chacun. Il est nécessaire de qualifier les gestes avec des mots suffisamment précis et neutres pour ne pas céder au ressenti.

Dans ce que j’ai vu durant les trois heures de débat et en tenant compte du contexte… Emmanuel Macron a de l’expérience dans l’exercice du pouvoir. Il a du gérer la crise des gilets jaunes, le COVID, la guerre en Ukraine. Il connaît donc très bien les rouages et la technicité de son statut, que ce soit au niveau national qu’à l’international. Qu’il ait été très précis et très technique dans ses propos ne peut être qu’une évidence. Emmanuel Macron a un profil de dominant, analytique, pragmatique. Il a largement démontré qu’il aimait les échanges avec des personnes partageant ses opinions mais également ceux qui viennent l’interpeller de façon plus âpre. C’est un lettré, il connaît très bien l’économie, il aime expliquer, démontrer, convaincre. Il a été l’ami et l’assistant de Paul Ricoeur (!) ce qui lui donne une assise intellectuelle qui n’est pas à omettre.

Marine Le Pen quant à elle vient avec toute la charge psychologique qu’à imprimé son précédent débat avec Emmanuel Macron. Elle a envie de plaire, elle a un profil plus politique, elle est influente, démonstrative, instinctive, expansive mais elle est aussi la fille de Jean-Marie Le Pen… une personne dominante, imposante, envahissante, impulsive, égotique avec laquelle Marine Le Pen a dû se construire. Il est évident qu’elle ne possède pas les mêmes connaissances opérationnelles qu’Emmanuel Macron. Donc il est aussi normal qu’elle fut plus hésitante, plus approximative.

Durant le débat, le retrait du buste d’Emmanuel Macron avec les bras croisés et les gestes d’auto-contacts ont été largement commentés et phantasmés alors qu’ils participaient à une gestuelle analytique. Il écoutait et analysait les propos de Marine Le Pen et avancait à nouveau son buste pour contre-argumenter. 

Je rejoins l’analyse d’Elodie Mielczarek (cf interview d’Apolline de Malherbe) pour qui, Marine Le Pen était comme prostrée face au danger, incapable de réagir. Elle avait une gestuelle de stress de fuite, bougeant beaucoup sur sa chaise, coupant la parole avec une voix montant dans les aigus. Elle a subi à la fois au niveau de la posture mais également dans la syntaxe de ses phrases. 

L’arrogance est brandie en accusation devant l’impossibilité de réfuter des arguments difficilement opposables par la raison. Il y a un glissement sémantique de la réflexion vers l’émotion. Le contexte et l’histoire de chacun sont des éléments sur lesquels il faut compter et à ne surtout pas oublier tant ils sont la base d’une interprétation plus froide et plus juste.

 

Lepen macron 2
Crédits : Charles Platiau, Julien de Rosa - AFP

L'effet IKEA pour le management

Par Le 13/03/2022

Une série de 4 études menées avec des personnes qui devaient construire des objets en Lego, faire des origamis ou encore assembler des boîtes Ikea et donner de la valeur à leur réalisation, a permis de montrer ce qu'est l'"effet IKEA". Plus les personnes consacrent du temps et de l'énergie à faire eux-mêmes, plus ils y accordent de la valeur.

Pour que cela fonctionne, il est nécessaire que les personnes participent activement et qu'ils puissent constater le résultat fini (Shapiro, 2004) grâce à l'effort déployé, couplé au sentiment positif et bénéfique du travail achevé et du feedback positif (Dittmar 1992, Furby 1991), sans oublier la croyance d'efficacité personnelle (Rotter, 1954 ; Bandura, 2003). L'effet Ikea est supprimé par la destruction et réduit si la tâche est partiellement remplie.

Les implications pour les managers sont importantes dans un objectif d'inclusion, de développement du sentiment d'appartenance ou encore de l'intentionnalité parce que nous donnons plus d'importance à ce que l'on fait. Donc co-construire un projet d'équipe avec un objectif subdivisé en sous-objectifs fixés dans le temps et atteignables (objectifs proximaux - Galand et Vanlede, 2004) ; communiquer aux autres sur ce projet et exposer les résultats obtenus permet de stimuler la créativité, le processus attentionnel (Moray, 1967 ; Wickens 1984) et motivationnel (Fenouillet, 2003), de renforcer le sentiment d'appartenance et de valoriser la personne et son sentiment d'efficacité (Thill, 1989), la prise d'initiative et l'échange.

CITATION : 

Norton, Michael I., Daniel Mochon, and Dan Ariely. "The IKEA Effect: When Labor Leads to Love." Journal of Consumer Psychology 22, no. 3 (July 2012): 453–460.

 

Effet ikea

 

Qui est Vladimir Poutine ?

Par Le 11/03/2022

Vladimir Poutine n’est pas un autiste - sa fréquence de clignements d’yeux est conventionnelle, il n’est pas non plus un psychopathe - son corps est mobile et en lien avec l'autre.

Il a un corps qui traduit une personnalité antisociale, assurément, et un fonctionnement comportemental de type “conquérant”. Sa tête est peu mobile lors des interviews et il affiche une posture assez rigide. Il fait peu de gestes inutiles. 

Entre 2002 et 2022, en visionnant plusieurs interviews, on peut se rendre compte que sa posture ne varie pas. Son axe de tête est irrémédiablement le même, sur un axe latéral neutre, ou bien penché sur sa gauche avec son hémi visage gauche souvent plus visible que celui de droite laissant entrer les informations, à l’écoute, il fait preuve d’empathie cognitive. Il est dans une logique froide.

Ses coudes sont très souvent posés sur la table, le buste en avant illustre sa présence au niveau du discours et du lien, l’ego s’avance vers l’autre par intérêt.
Sa main gauche est posée sur sa main droite montrant ainsi qu’il se retient mais qu’il pourrait faire preuve de plus de spontanéité. 
Souvent son sourcil gauche le place à distance des autres en s’élevant. D’ailleurs, on s’aperçoit qu’en 2002 le corps de Vladimir Poutine était plus mobile qu’aujourd’hui, plus souriant se prêtant au jeu social. Ce qui n’est plus le cas depuis quelques années.

VP ne fait pas preuve d'empathie émotionnelle, il est intransigeant, déterminé et n’affiche aucune culpabilité, aucun remord. Le mensonge fait bien sûr partie de son mode de communication tout comme l’intimidation. Il affiche une totale cohérence dans sa façon de faire, de gérer les conflits depuis qu'il est au pouvoir (exemple la prise d’otages dans un théâtre en 2002). 

Le trouble de la personnalité antisociale se caractérise par un motif persistant de mépris pour les conséquences et les droits des autres. 
Je trouve assez léger que certains semblent ne le découvrir qu'aujourd'hui.

Science décalée : on peut détecter un psychopathe grâce aux mouvements de sa tête (futura-sciences.com)
Trouble de la personnalité antisociale - Troubles psychiatriques - Édition professionnelle du Manuel MSD (msdmanuals.com)

 

Vladimir poutine

De l''intentionnalité, s'il vous plaît.

Par Le 07/03/2022

Lorsque j'ai modélisé mon process d'analyse comportementale il y a quelques années, je l'avais développé autour d'un axe pluridisciplinaire.

J'y abordais l'agentivité, les défenses archaïques, les théories qui portent l'auto réflexion et la construction de la pensée. 

Dans mon management au quotidien et l'animation de mon équipe, les deux valeurs totems que je porte sont l'esprit d'équipe qui doit prévaloir, et l'intentionnalité qui permet de travailler sur l'individu et ses motivations. Ces deux valeurs sont développées dans la contruction de la pensée de mon modèle mais je dois m'arrêter un instant sur cette notion d'intentionnalité qu'Husserl a porté avec la phénoménologie. C'est une pierre angulaire de l'Etre conscient et pour vous définir ce qu'est ce totem, je dois emprunter à Christine Leroy ("La phénoménologie", Ellipses).

"L'acte du sensible et celui du sens sont un seul et même acte, mais leur quiddité n'est pas la même."

Lorsque je perçois un objet, cet objet existe bien sur le plan physique et matériel, mais la sensation que j'en ai n'est pas l'objet lui-même. Ce que j'éprouve de ma sensation de l'objet n'est pas l'objet, c'est ma perception que j'ai de celui-ci en faisant appel à mes sens.

Lorsque nous "intelligeons" un objet, lorsque nous l'intégrons intellectuellement, psychologiquement, nous en saisissons la forme de tel sorte que nous pouvons toujours penser cet objet même en son absence. C'est l'aire transitionnelle de Donald Winnicott, c'est le "noème" de Husserl, qui est l'objet tel qu'on le pense et le phénomène, la forme de l'objet tel qu'il nous apparaît.

Le mot intentionnalité signifie que la conscience est toujours dirigée vers une chose (au sens psychologique, philosophique), elle donne accès à l'objet pour soi.

"En faisant varier, ne serait-ce qu'en imagination, les diverses manières qu'à l'objet de se donner sous la forme de phénomènes, c'est à dire en le considérant sous différentes perspectives, (...) on cherche le dévoilement progressif du processus intentionnel de la conscience" : c'est la variation déictique.

L'intentionnalité de la conscience semble atteindre sa forme la plus élaborée dans le concept de volonté par son faisceau spécifique d'intentionnalités fondé en raison et engageant corporellement autant que moralement. 

Vouloir c'est décider en raison, se mouvoir physiquement et consentir moralement.

L'intentionnalité c'est donc penser la chose, l'objet, dans son entièreté et l'ensemble des sensations/images qu'elle suscite en nous et surtout, c'est être conscient de ce processus.

 

Infographie analyse comportementale

 

 

Les clignements de paupières : un élément gestuel important

Par Le 01/02/2022

En 1965, Jeremiah Denton, officier dans la Navy, est capturé par les nord-vietnamiens. Un an plus tard, il est forcé de participer à une interview de propagande destinée à être diffusée aux Etats-Unis.

Lors de cette interview, il prétexte les lumières aveuglantes pour cligner des paupières de façon anormale. Lors de la diffusion, la Navy comprend rapidement que ses prisonniers détenus au Vietnam sont torturés. Jeremiah Denton, par ses clignements de paupières, avait transmis un message en morse : T.O.R.T.U.R.E. 

Le clignement des paupières est un élément essentiel pour confirmer qu'une personne ressent effectivement une émotion, positive ou négative. Son intensité sera plus grande encore si l'émotion est spontanée que celle liée à un souvenir.

Il a plusieurs fonctions :

Spontané, la fermeture est fugace et ne gène pas la vision. Elle assure la redistribution du film lacrymal et débarasse le film des impuretés.

- Réflexe, il s'agit de protéger l'oeil. On distingue le réflexe sensitif, à la percussion, optico-palpébral, auriculo-palpébral.

- Volontaire, plus long que le clignement réflexe, les causes sont variables selon les personnes et le contexte (A. Faucher - Univ. Sherbrooke).

Ce dernier est intéressant à observer. Dans un environnement relativement neutre, dénué de toute charge émotionnelle, il est admis qu'une personne cligne en moyenne 15 à 20 fois par minute (Univ. College of London - Current Biology, 2005).

Etre attentif à cet élément gestuel permet d'adapter notre communication pour apaiser l'interlocuteur, lui permettre de se recentrer pour retrouver ses moyens. Cela peut également nous permettre de postuler que notre interlocuteur masque ou modifie une partie de la véracité de son discours. Dans ce cas, il clignera moins parce que cela nécessite beaucoup de ressources cognitives. La personne sera donc concentrée à travestir son discours et l'absence, ou une baisse du nombre de clignements, l'isole du monde extérieur lui permettant ainsi de se focaliser sur son discours.

Lien : 

Jeremiah Denton — Wikipédia (wikipedia.org)

Le saviez-vous ? Un prisonnier a transmis un message codé en morse lors d’une interview (dailygeekshow.com)

Jeremiah denton

 

 

Margaux Pinot, Alain Schmitt : analyse des conférences de presse

Par Le 05/12/2021

Je souhaitais vivement analyser ce fait de violences conjugales qui a eu lieu le week end dernier, entre Margaux Pinot et Alain Schmitt, tous deux en couple et judokas.

Un fait d’une violence inouïe dont a fait preuve Alain Schmitt à l’encontre de Margaux Pinot. Les stigmates impressionnants sur le visage de Margaux Pinot et son ITT de 10 jours témoignent sans équivoque du déferlement de violence.

Cependant, Alain Schmitt a été relaxé au grand étonnement de tous. Chacun a donné une conférence de presse pour relater sa version des faits. Occasion qui m’est offerte pour observer et analyser les deux stratégies de communication et quels sont les gestes qui pourraient être non congruents avec le discours.

Alain Schmitt apparaît avec un hématome sous l'œil droit. Ce qui me questionne, c’est son discours dissocié avec l’emploi du pronom “on”, formulation très impersonnelle. Il s’extrait, en tant que personne, de l’action. Dans le cadre d’une stratégie où le partage en responsabilité est visé, il a raison mais risqué car pas très fin. Son sourcil gauche est fréquemment surélevé par rapport à celui de droite, ce qui va dans le sens de la dissociation. 

Egalement, il ne cligne que peu des paupières alors que nous pourrions nous attendre à un minimum d’émotion… de type tristesse, peur… mais comme nous le verrons plus loin, l’émotion ressentie est toute autre.

Puisqu’il n’est pas dans l’émotion, il est dans le contrôle pour en dire le moins possible bien sûr, juste ce qu’il faut pour ne pas trop s’incriminer. Le geste qui illustre fort bien cela, c’est sa main droite (l’analyse) qui vient se poser sur son poignet gauche (la spontanéité) pour rester dans le paraître.

Ses lèvres sont contractées, ce qui traduit une colère contenue. Certains gestes sont quand même cohérents, lorsqu’il dit “je suis redescendu dans la voiture” (57sec), sa main droite illustre bien cela. 

Certains éléments semblent anachroniques comme lorsqu’il évoque sa lettre de démission… que vient faire ce détail dans une description des faits qui devraient traduire de l’émotion ? Alain Schmitt fait également des défocalisations actives, c'est-à-dire que son regard vient fixer un point devant lui lorsqu’il relate une action. Mais cela est fait en toute conscience, ce qui l’extrait encore un peu plus de l’action dont il souhaite se soustraire (1 min 16 sec). Cette façon de fixer son interlocuteur avec les sourcils hauts illustre un désir de voir si l’autre est sensible à ses mots. “Tu me crois quand je dis ça”... c’est ce que veut dire cet item.

Le point très important dans ce témoignage, et que je retrouve dans celui de Margaux Pinot, est à 1 minute 33 secondes : “je me retrouve dans le lit”, avec sa main droite qui vient gratter le côté droit de son nez. C’est un item qui indique que ce qu’il dit à ce moment-là le dérange. Et c’est précisément à ce moment-là que tout dérape.  Qu’a-t-il fait pour que Margaux Pinot le rejette et lui fasse perdre son sang froid ? 

Alain Schmitt montre malgré lui qu’il est très sensible à l’humiliation, “je me suis senti humilié”, (3 minutes 05 sec) dit-il en se pinçant le nez avec sa main gauche. C’est lui dans sa chair, alors est-ce que cela lui a rappelé des souvenirs traumatisants subis à l’adolescence ?  

Je peux également le constater lorsqu’il dit : “elle m’a agrippé le col” en se mordant la lèvre inférieure (3 minutes 26 sec), un item de colère contenue ou encore à 6 minutes 14 et 6 minutes 30 lorsqu’il laisse apparaître - dans ce qu’on appelle dans notre jargon de synergologue - une lèvre de chien. La partie droite de la lèvre supérieure se réhausse, laissant apparaître les dents.

Enfin, Alain Schmitt termine cette conférence de presse par un “voilà” qui marque la fin d’une séquence qui aurait très bien pu être un discours de départ en retraite.

La stratégie de Margaux Pinot est toute autre. Elle fait montre de détails et de pronoms personnels, “je”, “il”. Elle cligne des paupières plus qu’à la normale, ce qui montre une forte émotion. Son regard se défocalise passivement dans son discours, c’est-à-dire que son regard se perd mais inconsciemment parce qu'elle se met dans sa bulle pour revoir la scène. Elle s’y associe. Elle s’y revoit.

Les commissures de sa bouche sont tombantes, illustrant de la tristesse sur le mot “alcoolisé”. Malheureusement, cet item induit aussi une récurrence. 

Chaque fait qu’elle relate est ponctué par sa langue qui sort rapidement, symbole qu’elle ne souhaite pas forcément évoquer cela publiquement. 

A 2 minutes 11 secondes, lorsque Margaux Pinot évoque les nombreux propos dévalorisant qu’elle subit, son buste (pour la seule fois de la vidéo) part en arrière. Elle veut fuir ces propos qu’elle a entendu trop souvent et qui, non seulement la blesse, mais lui fait perdre toute confiance en elle. 

A 2 minutes 34 secondes : “il s’est approché du lit, il a fait un geste et je l’ai repoussé”. Cette phrase aurait pu être anodine si le déferlement de violence n’avait pas suivi. Ce geste de rejet qu’elle a eu a été le déclencheur du passage à l’acte. Par ce geste, elle prend l’ascendant sur lui et il ne le supporte pas. 

Mais quel geste a fait Alain Schmitt que Margaux Pinot a repoussé ? Quelle était l’intention d’Alain Schmitt ? Vouloir coucher avec elle et il se serait fait repousser ? Pour une personne qui souhaite avoir l’ascendant sur l’autre, pour quelqu’un qui se considère être un “bonhomme”, un “mec” dans tout le symbolisme du mâle viril, c’est insultant de se faire repousser, c’est intolérable. Si l’envie de lui faire perdre ses gonds était là, voici un levier tout trouvé !

Le geste d’amour qu’il aurait pu avoir eut été de la laisser partir. Mais dans notre société aux comportements violents, que ce soit dans l’éducation, dans la vie sociale, professionnelle, dans l’attitude de certains politiciens, dans les mots employés au quotidien, comment cela pourrait en être autrement ?

Lorsqu’un parent traite son jeune enfant d’idiot, d’imbécile voire de con parce qu’il n’a pas fait quelque chose qui apparaît logique pour le parent, c’est déjà de la violence qui s’imprime dans l’inconscient. C’est déjà le dévaloriser. Le soumettre. Le placer en position d’infériorité. La question est de savoir comment l’enfant va traiter cette information pour faire qu’elle ne l’affecte pas…

 

Les liens vers les vidéos :

Alain Schmitt, conférence de presse : L'ancien judoka Alain Schmitt donne sa version des faits - YouTube

Margaux Pinot, conférence de presse : Violences conjugales: le témoignage de Margaux Pinot en intégralité - YouTube

 

Alain schmitt Margaux pinot

Inhibition Divine...

Par Le 19/10/2021

Dans les pays anglo-saxons, la part du religieux occupe une place importante que ce soit dans la sphère privée que dans la sphère professionnelle. Ainsi, les croyants passent un temps certain à penser à leur Dieu pendant qu’ils s’affairent.  

Est-ce que pour autant, cela influe sur leur créativité ?

Les recherches actuelles suggèrent qu’effectivement les croyants partent avec un désavantage - par rapport aux non-croyants - dans les tâches qui demandent de la créativité et que cela est nettement renforcé lorsque les croyants pensent activement à leur Dieu et s’en remettent à Lui. Se faisant, les croyants adoptent un état d’esprit passif qui inhibe leur capacité à trouver des solutions novatrices. 

Parce que les adeptes acceptent l’influence de leur Dieu, son omniscience, son omnipotence, cela induit qu’ils s’en remettent totalement à Lui. Les croyants, qui ont une foi profonde, partent donc du principe que leur Dieu seul détient le savoir, la connaissance et l’expertise.

Les croyants construisent socialement leurs rôles en fonction de la vision qu'ils ont quant aux responsabilités inhérentes du rôle de “suiveur” et sur la meilleure façon de les assumer efficacement. L'hypothèse sous-jacente est que les différences de rôles hiérarchiques sont légitimés et justifiées par des différences de connaissances, d'expertises et d'aptitudes. 

Les suggestions qu’ils pourraient faire sont donc auto censurées, même s’ils ont l’opportunité de les verbaliser. Pour eux, ce serait se montrer irrespectueux envers leur Dieu. 

Le fait de suivre passivement leur Dieu ne décourage pas seulement la pensée indépendante, elle donne également la priorité à une vision d’un monde global déjà établi et pétri de certitudes.

S’il y a des croyants passifs, il y a logiquement des croyants actifs.

Pour ces derniers, ils se voient actifs dans leur foi comme producteurs et partenaires dans le process de décision. S’ils acceptent l'influence de leur Dieu, ils soulignent également l'importance de s'exprimer, d'offrir des opinions et de contester de manière constructive les orientations de leur leader. 

 

Divine inhibition: Does thinking about God make monotheistic believers less creative? - ScienceDirect

In god we trust


 

Pourquoi feindre d'être une victime ?

Par Le 11/10/2021

La victimisation suscite généralement l'empathie/la sympathie des personnes. Dans une stratégie comportementale consciente, jouer les victimes peut s'avérer être d'une efficacité redoutable pour obtenir certaines ressources : financières ou psychologiques en s'octroyant une certaine légitimité et ainsi l'impunité morale.

La plupart des victimes renonceraient à ce "pouvoir" si elles pouvaient se débarrasser de cet état. Mais lorsque le statut de victime apporte certains avantages, cela peut inciter certains manipulateurs à exagérer voire à simuler totalement cet état.

https://quillette.com/2021/02/27/the-evolutionary-advantages-of-playing-victim/

 

Victimisation

Economie du sadisme ordinaire

Par Le 15/08/2021

En lien avec mon dernier article, il m’apparaît intéressant d’aborder sommairement la façon de fonctionner d’un sadique ordinaire. L’éducation et la préoccupation parentale peuvent ne pas suffire à l’adaptation efficiente et morale de l’enfant à son environnement. Certaines caractéristiques comportementales sont innées et sont très bien expliquées par la médecine (structures corticales, systèmes neurophysiologiques).

Blair (1995) éclaire les mécanismes d’inhibition de la violence par son modèle neurocognitif. Ces mécanismes seraient la base du développement de la moralité et de l’empathie. Ils trouvent écho dans l’éthologie canine et la psychologie évolutionniste et ils passent par la reconnaissance faciale des expressions émotionnelles. 

La reconnaissance des expressions faciales a pour rôle d’être un déclencheur à s’engager dans certains comportements, consécutivement à un passage à l’acte, à la défense d’une ressource ou d’un espace.

Par exemple, 2 chiens qui se battent pour un os ou pour un jouet. Lorsque l’un des deux adopte une position de soumission, cela entraîne l’arrêt immédiat du combat.

De même lorsque vous souhaitez faire savoir à votre chien qu’il n’est pas bien de vous sauter dessus pour vous accueillir, tournez-vous afin de lui présenter votre dos… 

Dans ce cas, qui peut être translaté à l’homme, la reconnaissance de l’émotion de peur et de tristesse opère comme un stimulus positif de renforcement aversif et enclenche l’inhibition du comportement agressif. Plus particulièrement, la peur indique à l’observateur qu’un comportement doit être évité alors que la tristesse entraîne/incite au développement de comportements prosociaux/réparateurs.

Cependant, dans certains cas, ce mécanisme évolutif ne fonctionne pas à cause d’un dysfonctionnement du développement de l’empathie et d’un développement de comportements antisociaux.

Le modèle de Newman et de Lorenz (2003) suggère qu’en plus, la modulation de la réponse doit se faire en prenant en compte les différents éléments contextuels et environnementaux.

Ce qui pourrait sembler contre intuitif, c’est que les traits de sadisme ont une capacité d’empathie intacte.

“Les recherches contemporaines se sont intéressées à la nature même du phénomène d’empathie, tentant d’identifier les mécanismes perceptifs, émotionnels et cognitifs impliqués. Certains auteurs se sont focalisés sur les mécanismes émotionnels, (...) d’autres auteurs se sont focalisés, comme Piaget , sur le processus cognitif de décentration : pour comprendre les émotions d’autrui, l’observateur se met à la place, il adopte son point de vue. Cette dernière conception n’est pas sans rappeler la définition de la théorie de l’esprit, capacité à comprendre les actions d’autrui en inférant ses états mentaux. 

(...) L’empathie implique à la fois des composants émotionnels et cognitifs : l’empathie émotionnelle désignant les réponses affectives de l’observateur face à l’émotion d’autrui ; l’empathie cognitive référant à la capacité d’adopter la perspective d’autrui ainsi qu’à des processus de régulation” (Cairn).

La capacité d’empathie cognitive doit effectivement être intacte pour permettre au sadique de prendre du plaisir à faire souffrir les autres (Baumeister, 1997 ; O’Meara et al., 2011). Les déficits affectifs associés au sadisme se situeraient au niveau de la réponse émotionnelle inadéquate à la souffrance des autres (Bateson et al., 1987 ; Kirsch et Becker, 2007). Les sadiques possèdent une capacité émotionnelle similaire à un individu normal, mais ils seraient incapables de ressentir des émotions négatives à la souffrance des autres versus aux leurs. Les signaux de détresse perçus chez les autres agissent comme des renforçateurs positifs pour les sadiques. 



Sadisme

Réf. : 

“Sadisme commun et traits psychopathiques : Leur association avec la reconnaissance émotionnelle faciale”, V. Germain Chartrand, 2020, mémoire École de criminologie - Faculté des arts et des sciences

Narme Pauline, Mouras Harold, Loas Gwénolé et al., « Vers une approche neuropsychologique de l'empathie », Revue de neuropsychologie, 2010/4 (Volume 2), p. 292-298. DOI : 10.3917/rne.024.0292. URL : https://www.cairn.info/revue-de-neuropsychologie-2010-4-page-292.htm

 

Confiance et inclusion

Par Le 12/04/2021

Pour certaines personnes, les relations sociales ne sont pas choses faciles. Nous n’avons pas tous la même expérience, nous ne recevons pas non plus la même éducation et surtout, nous ne développons pas les mêmes stratégies adaptatives.

Lorsque nous devons intégrer une nouvelle équipe (sportive, professionnelle, amis…), nous devons faire des efforts cognitifs mi-conscients pour identifier et communiquer sur les mêmes codes de communication. Les individus de caractère bienveillant et sensible peuvent surréagir en positif ou en négatif s’ils pensent que leur intégration est difficile. Surtout si les autres individus ne se montrent pas très coopératifs et qu’ils ne verbalisent pas sincèrement leurs reproches. 

Surréagir en négatif est tout simplement adopter une attitude de confrontation, sans consensus, sans vouloir dialoguer. C’est aussi amplifier les traits qui sont identifiés comme différents du groupe ou au contraire singer les comportements reconnus par le groupe.

Surréagir en positif est au contraire vouloir se dévoiler en toute transparence en misant sur la bonne intention du groupe.

Cependant, aujourd’hui, la société se trouve dans une logique où la confrontation bienveillante de points de vue différents est impossible. C’est une société d’égo, d’hyper narcissisme, de défiance envers celui qui ne partage pas les mêmes valeurs.

“Quand le déclin paraît inéluctable, la résignation prend le pas sur l’espérance. Lorsqu’on ne croit plus le progrès possible, chaque changement prend la direction du pire, chaque compromis est forcément une dépossession, et ce que gagnent les uns est nécessairement pris aux autres. (...) Un groupe social peut vouloir faire perdurer le conflit et refuser toute tentative de résolution, notamment parce que l’identification d’un ennemi lui permet de renforcer son identité” (Chloé Morin, “Le populisme au secours de la démocratie ?”).

 

Qu’est-ce qui fait l’inclusion ?

Il m’apparaît important d’éviter de confondre familiarité et confiance décidée. La familiarité est un haut degré de simplicité, d’intimité, dans les relations sociales ou dans les rapports particuliers qui unissent des personnes non apparentées (cnrtl - centre national de ressources textuelles et lexicales). La confiance décidée est une solution aux problèmes spécifiques posés par le risque (cairn).

Lorsque nous sommes enfants, nous débarquons dans un monde dans lequel nous devons faire des distinctions. Ce qui induit que nous devons nous situer par rapport à cette distinction. De quel côté nous situons-nous ? Pour indiquer ce que nous voulons dire, nous poussons la distinction, nous la développons, nous l’affinons pour distinguer ce qui est familier et ce qui ne l’est pas.

 

Quelle est la distinction entre une confiance assurée et une confiance décidée ?

Les deux concepts font référence à des attentes qui peuvent être déçues. 

Pour la confiance assurée, vous pariez que vos attentes ne seront pas déçues, que la voiture que vous venez d’acheter ne tombera pas en panne, que la télévision 4K a la meilleure définition du marché. Au cas où vous seriez déçu, vous en attribueriez la cause à des éléments extérieurs. L’alternative est de vivre dans un état d’incertitude permanente et de renoncer à vos attentes sans avoir rien d’autre à mettre à leur place. Vivre sans risque.

Pour la confiance décidée, elle requiert un engagement préalable et l’évaluation d’un risque réel avec des dommages possibles plus importants que l’avantage recherché (Deutsch, 1958 ; 1962, p. 302 sq.). Par exemple, je décide de confier un secret intime à une personne sans être certain qu’elle tienne sa langue ; j’achète une voiture bon marché à un particulier sans être certain que le kilométrage affiché est le bon. Si vous êtes déçu, vous en serez la cause.

La distinction entre confiance assurée et confiance décidée dépend ainsi de la perception et de l’attribution. “Si vous n’envisagez pas d’alternatives, vous êtes dans une situation de confiance assurée. Si vous choisissez une action de préférence à d’autres, en dépit de la possibilité d’être déçu par l’action des autres, vous définissez la situation comme une situation de confiance décidée” (cairn). 

Le développement de ce type de confiance (et de méfiance) dépend de l’environnement, de l'état physique, des ressources attentionnelles (disponibilité cognitives), de l’éducation ou encore de l’expérience personnelle. C'est également le cas lorsque nous choisissons un type de réaction plutôt qu'un autre. Le choix dépend de la façon dont nous percevons notre positionnement et ce que nous imaginons être le plus à même de protéger nos ressources.

 

L’inclusion grâce au symbole ?

“Les symboles présupposent la différence entre le familier et le non familier et ils opèrent de façon telle qu’ils permettent à cette différence de rentrer dans le familier. En d’autres termes, les symboles représentent la distinction entre le familier et le non familier à l’intérieur du monde familier. Ils sont les formes de l’autoréférence utilisant celle de la forme” (cairn).

Le malheureux exemple de Candice - cf Koh Lanta 2021 - qui a voulu établir une relation de confiance avec deux de ses coéquipiers, en leur dévoilant sa trouvaille : le collier d’immunité. Se sentant en difficulté au sein de son inclusion dans le groupe, elle a  misé sur les risques encourus si elle confiait son secret. Loupé ! Pourquoi ? Parce qu’elle a abattu ses cartes sans préalable, de façon tout à fait candide, voire naïve. Elle a mal évalué les options qui pouvaient la rapprocher du groupe. Peut-être aurait-elle dû faire une introspection, une analyse des différentes situations et certainement qu’elle aurait ajusté certains de ses comportements. Alors, elle ne se serait pas fait éliminer du jeu, trahie par ses deux coéquipiers...

 

Candice koh lanta 2021

Réf. : “Confiance et inclusion” (Confiance et familiarite | Cairn.info)

 

Le corps parle... confirme... affirme... : Richard Malka

Par Le 19/02/2021

Richard Malka est avocat, enseignant à Paris Nanterre, spécialiste des questions de liberté d’expression et de laïcité. Il était l’invité d’Eli Chouraqui le 19/02 (aujourd’hui en fait…) sur i24 News dans son émission “Eli sans interdit.”

Richard Malka aborde la question de la situation aux USA, au sujet justement de la liberté d’expression et certains items non verbaux étaient tellement congruents avec son discours que je ne pouvais que partager mon analyse avec vous.

 

Voici la vidéo que j'ai enregistrée : Richard malkarichard-malka.avi (9.13 Mo)

 

Ce qui frappe, lorsque l’avocat parle, c’est qu’il le fait avec la tête qui penche à droite… et qu’en plus il regarde avec son œil droit… alors qu’est ce que tout ça veut bien dire ? Finalement, c’est une posture que vous-même pouvez voir pour autant que vous vouliez le voir. Avec un peu de concentration, tout le monde y arrive. 

Richard Malka semble d’une nature assez vigilante, alors il ne peut que classer les informations qui lui arrivent de l’autre et ainsi montrer de la rigidité. C’est ce que traduisent ces axes de tête.

 

Ils veulent nous imposer ça”, dit-il à la 14ème seconde de la vidéo avec son index droit pointé face à lui, désignant le “ça” qui part de sa gauche vers sa droite.

En faisant cela, il place à l’extérieur de son monde et de ses valeurs ces USA qui veulent imposer au monde leur vision de la culture alors que la leur est en train d’exploser.

C’est le pays de la liberté d’expression qui est en train d’y renoncer,” poursuit-il.

Juste après avoir prononcé le mot “renoncer”, à la 21ème seconde, Richard Malka pointe sa langue de vipère, satisfait de sa pique. Il insiste sur son point de vue, pour que chacun puisse l’intégrer et y réfléchir. D’ailleurs, son regard vient prendre à témoin le téléspectateur.

 

Enfin, un dernier geste vient réaffirmer sa position et confirmer son total désaccord avec cette culture américaine que certains importent, copient, singent, c’est à la 25ème seconde lorsque son index droit vient effectuer quelques va et vient sous son nez.

 

Preuve en est, le corps parle bien à notre insu !

 

Crédit photo : JF Paga

Richard malka

 

Un geste peut-il sous-tendre un passage à l'acte passé ou futur ?

Par Le 07/02/2021

Participer de façon anonyme à ce questionnaire rapide dont l'objectif est d'identifier s'il existe un lien entre le geste illustré sur l'image ci-dessous et un passage à l'acte ?

Pour cela, il vous suffit de cliquer ou copier/coller le lien ci-dessous :

https://forms.gle/GeuestVG5TsmcYrm9

 

Main gauche en prise sur le bras

Vers la tempérance...

Par Le 17/01/2021

La tempérance. 

Peu en parle mais grande est cette vertue. C’est l’aptitude à contenir les émotions excessives. 

Dans le prolongement de Darwin, pour être efficace il est nécessaire d’adapter son comportement au contexte, et non le contraire. Mais ça ne se fait pas aisément, c’est selon la capacité de chaque personne. 

L’intelligence émotionnelle, entre autres formes d’intelligences (8 selon Gardner), permet de développer cette capacité d’adaptation.

Solvay (1990) la définit comme suit :

  • La connaissance des émotions. Elle se développe grâce à la granularité. Bien identifier ses émotions aide à les maîtriser et à comprendre les répercussions de ses propres décisions.
  • La maîtrise de ses émotions permet d’abaisser sa charge émotionnelle à un niveau acceptable pour faire face aux évènements.
  • L’automotivation parce que savoir canaliser ses émotions permet de mieux se concentrer.
  • La perception des émotions des autres, c’est l’empathie, qu’elle soit cognitive ou émotionnelle.
  • La maîtrise des relations humaines c’est cette capacité de savoir entretenir de bonnes relations, c’est savoir gérer les émotions des autres.

Lorsque vous ressentez de la colère suite à un événement, à une dispute ou une critique, vous pouvez l’apaiser en rompant le contact, en sortant, en vous extrayant de la situation. 

Ensuite vous pouvez vous distraire mais je vous recommande d’aller marcher quelques minutes. L’action permet de relativiser, de trouver des solutions et de faire redescendre l’émotion à un niveau satisfaisant. 

Tout en marchant, prenez le temps de bien respirer. Inspirez sur 4 temps, expirez sur 6 temps. Votre rythme cardiaque va retrouver très rapidement son niveau habituel. 

Enfin, une étude de Dolf Zillman a montré que coucher sur papier les pensées hostiles au moment où elles apparaissent permet de les capter, de les identifier, de les contester et de les évaluer.



 

Références : 

“L’intelligence émotionnelle (intégrale)”, Daniel Goleman, éd. J’ai Lu

“Mental Control of Angry Aggression”, Dolf Zillman, in Daniel Wegner et James Pennebaker, Handbook of Mental Control, op; cit.

  

 

Violences policières ou débat tronqué ?

Par Le 22/11/2020

La cristallisation médiatique d’une part, et d’une partie de la population d’autre part sur les violences policières, n’est-elle pas une forme de fascination ?

Comment expliquer une contestation si significative, une remise en question des méthodes employées par la police pour rétablir l’ordre social ? Pourquoi une telle ambiguïté entre le “je t’aime moi non plus” alors que les forces de l’ordre ont œuvré non sans mal pour déjouer les attentats de Paris ? Pourquoi certains individus en viennent-ils à scander, lors de manifestations sur les Champs Elysées : “suicidez-vous !” ? Entre amour et haine, soutien aux forces de l’ordre et contestation, pourquoi une telle fascination ? Pourquoi une telle passion ? Cela ne dépend-il pas d’un certain point de vue ?

C’est le même processus psychologique qui se produit lorsqu’un accident de la route survient et que les automobilistes ralentissent par curiosité. Lorsqu’un fait saillant survient mais qu’il ne concerne en réalité que peu de personnes, d’autres individus viennent forcément se greffer pour observer voire y participer d’une quelconque façon que ce soit. Bien évidemment, que ce soit avec leur téléphone ou avec leur voix, ces mêmes individus vont rapporter leur propre vision de l’évènement à leurs proches, à leurs amis, à leur groupe social, et la diffuser sur les réseaux sociaux avec les conséquences qui peuvent être désastreuses. Leur réalité est-elle d’ailleurs partagée par d’autres qui ont également assisté à la scène ? 

Les contes de Perrault exploitent ce processus psychologique de fascination, de même que les séries à succès The Walking Dead, Viking, The Punisher et autres… C’est cette notion de plaisir/déplaisir , identification/différenciation qui entre en jeu simultanément dans votre psychisme qui est exploitée. Ces contes et ces séries sont produits par l’inconscient collectif et contiennent des images très fortes en sensations comme peuvent l’être les images volées d’une manifestation. Les contes évoquent des histoires qui peuvent arriver à n’importe qui, n’importe quand et n’importe où. Ils n’indiquent aucune date, il n’y a pas de repère temporel et les protagonistes n’ont pas de nom.

Face à l’horreur, nous ressentons de l’empathie ou de l’antipathie (théorie de l’esprit) cependant, nous sommes extérieurs à la situation, ce qui contribue à emprunter une voie de décharge pour les angoisses générées. Parler de la situation, de ce qu’on a vu, de ce qu’on a ressenti, échanger des images nous permet de nous rassurer. Pour certains, il y a là un feedback possible de leur groupe social qui va exciter leur point de vue, leurs valeurs et les renforcer. Ces mêmes personnes peuvent ensuite vouloir rechercher des sensations identiques en participant à nouveau à ce même type d’évènements. En échangeant encore et encore sur les faits, nous renforçons notre sentiment d’appartenance à notre communauté, notre inclusion, nous nous rassurons sur notre normalité et peut être convertissons-nous des esprits dont l’adhésion est encore trop hésitante.

Regarder des faits violents et trouver des coupables, sans se remettre en question nous aide à comprendre et à maîtriser nos angoisses.

Cependant, ce qui est gênant dans ces images diffusées sans recontextualisation, c’est le point de vue qui se veut être celui de l’observateur. Il est généralement à charge. Force est de constater que même ceux qui devraient se positionner en tant qu’observateur sont surtout à l'affût d’un dérapage parce que cela va générer un certain public, une audience, de la publicité, des milliers d’euros à la clé… c’est le nerf de la guerre ! Pour d’autres, cela renforcera leur rôle social, leur ego, leur narcissisme.

Ainsi, ces observateurs vont traiter l’image avec un angle de vue biaisé. 

Violences policieres

Comme l’a démontré Yannick Bressan (“La particule fondamentale de l'Être", 2019,  MJW-Fédition) les personnes qui vont visionner ces images vont en avoir une certaine perception qui correspond ou pas à leurs valeurs (empathie ou antipathie). Des images mentales vont être introjectées, c’est-à-dire que la perception de la situation va “créer une représentation mentale de la réalité à laquelle (l’individu) a immédiatement accès par ses sens et qui est ponctuée par son éducation, ses souvenirs et affects. Ce processus transforme une réalité objective en une réalité subjective”. 

Ces images mentales peuvent également induire une dissonance cognitive, d’autant plus si la source de ces images a été manipulée, tronquée, scénarisée. Il s’agira alors d’une réalité fantasmée induite et prosélyte. Cette nouvelle réalité émergente va ainsi remplacer, se substituer à la réalité de l’individu. Celui-ci va l’intégrer si profondément que son attitude et ses valeurs actualisées en seront modifiées, qu’il adhère ou qu’il n’adhère pas à la situation perçue, pour retrouver enfin son homéostasie.

Selon le rapport de 2019 de l’IGPN, il y a eu +23% d’enquêtes judiciaires entre 2018 et 2019, +38 000 plaintes uniquement liées aux violences volontaires. Le Parquet de Paris ayant demandé à l’IGPN d’enquêter pour toutes plaintes relatives à l’usage de la force, quelque soit la gravité des faits (je n’ai pas réussi à obtenir le nombre de plaintes déposées par les policiers à l’encontre de citoyens, cependant elles existent).

En 2018, il y a eu 10 790 policiers et gendarmes blessés en mission (+15%), selon l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales, 25 morts soit 10 de plus qu’en 2017, 54 suicides dans la Police Nationale en 2019, 33 militaires en 2018 (source : Sicop et Sirpa).

N’est-il pas possible d’adopter un point de vue de réel observateur afin de relayer les violences de l’une et l’autre des parties, pour que la réponse judiciaire soit transparente et le débat dépassionné ?




 

Importer un comportement virtuel dans la vie réelle ?

Par Le 03/10/2020

L’utilisation quotidienne d’internet, que ce soit depuis un ordinateur, un téléphone ou une tablette, fait que nous avons tous créés des identifiants personnels sur des sites marchands, des blogs… Notre navigation dans ce monde virtuel met en lumière des comportements récurrents que nous n’avons pas forcément dans la vie réelle. 

Pour certaines personnes, la navigation, l’utilisation d’internet se fait dans un objectif de développement personnel et pour d’autres dans un but malveillant voire criminel. Pour tous, notre comportement dans la vie réelle est affecté par celui du monde virtuel, à différents degrés et cela peut également modifier certains traits de caractère.

Comment est-il possible d’importer un comportement virtuel dans la vie réelle ?

Si nous considérons internet comme un monde parallèle à part entière, alors la création d’avatars est symboliquement une nouvelle naissance.

Dans la vie réelle, Henri Wallon a théorisé le stade du miroir qui est le stade formateur de l’identité pour l’enfant âgé de 6 à 18 mois. 

“L’image du corps passe par celle imaginée dans le regard de l’autre.” Le regard de l’autre est donc capital pour le narcissisme de chacun et c’est la capture de son image spéculaire dans le miroir qui permet à l’enfant d’appréhender ce qu’il pense être.

Cette perception se maintiendra si la mère/le groupe/l’autre confirme l’enfant dans cette reconnaissance imaginaire. Ainsi, notre comportement virtuel est perçu par les autres internautes qui interagissent avec nous. Leurs feedbacks vont renforcer ou affaiblir  certains de nos comportements virtuels.

Pour Françoise Dolto, la surface du miroir est une surface psychique omni réfléchissante faisant du miroir une image mais aussi possiblement la voix ou tout autre forme sensible comme peut l’être le comportement. 

Également, dans son concept d’image inconsciente du corps, “le stade du miroir est un structurant symbolique, réel et imaginaire, mais il est surtout l’inscription définitive du sujet dans son corps biologique, une fin et non un début.”

C’est l’autre qui vous reconnaît et c’est la relation avec l’autre qui va faire que nous allons nous exprimer, nous isoler, nous faire sentir confortable, développer notre confiance. Et c’est possible parce que l’autre se projette en nous dans ce qu’il est, ce qu’il n’est pas et ce qu’il voudrait être.

Charles Horton Cooley a développé le concept de “looking-glass self” par lequel les individus construisent leur “self” (leur façon d’être - qui peut être authentique ou feint, dans ce cas nous parlons de “faux self”) en observant comment ils sont perçus par les autres. 

Cooley met en ainsi en avant le côté social de notre construction psychologique en 3 étapes : dans une situation sociale, l’individu imagine comment les autres le voit, comment ils jugent son apparence et comment ce même individu développe des sensations en fonction et répond aux sollicitations.

Mais la multiplicité des surfaces réfléchissantes peut poser question quant au développement du “self”. Être renforcé dans son comportement virtuel par les autres permet de se voir plus confiant, plus fort, de développer son estime de soi et nécessité faisant loi, ces nouveaux traits de caractère sont testés dans le monde réel, que ce soit pour faire le bien... ou le mal.

 

Crapaud boeuf

Jeffrey Epstein : portrait d'un prédateur

Par Le 22/09/2020

Jeffrey Epstein est né le 20/01/1953 à Brooklyn, New-York et il a été retrouvé pendu dans sa cellule le 10/08/2019. Issu d’une famille juive de classe moyenne, son père était agent municipal des espaces verts. Je n’ai pas trouvé d’information relative à sa mère. Son enfance s’est déroulée à Sea Gate, le quartier de la classe ouvrière à Coney Island. 

Après des études à l’Université Courant Institute of Mathematical Sciences de New York, dont il est ressorti sans diplôme, il est néanmoins devenu professeur à la Dalton School de Manhattan (1973-1975) après avoir menti sur l’obtention de son diplôme. 

Il a fondé son entreprise de gestion d’actifs basé sur le modèle pyramidal de Ponsi. Après une longue enquête, il fut inculpé pour trafic sexuel en bande organisée de mineures. 

Epstein avait mis en place une structure pyramidale d’abus sexuels sur mineures. Environs 80 jeunes filles victimes, entre 2001 et 2006, furent agressées sexuellement ou forcées à avoir des rapports sexuels avec des hommes influants selon plusieurs témoignages, dont celui de Virginia Roberts Giuffre, 17 ans à l’époque des faits.  

Jeffrey Epstein était un self-made-man intelligent, vif d’esprit, sérieux mais un vrai manipulateur charismatique. C’était un introverti dénué d’empathie, incapable de gérer la colère et intolérant à l’angoisse. Il avait du mal à situer la frontière entre le bien et le mal. Sûr de lui, il savait aussi se faire craindre. 

 

Sur cette vidéo : www.youtube.com/watch?v=I6cDF9nSYaU on peut voir Jeffrey Epstein se gratter la mâchoire inférieure avec sa main droite, après avoir jurer de dire la vérité. Avec ce geste effectué sur “yes I do”, il masque son agressivité. 

Sur “is it true sir that…”, il affiche un mépris (à 20 sec.) avec son regard qui s’abaisse, le coin extérieur droit de sa bouche remonte alors que sa main droite vient gratter sa gorge côté droit. Ce geste traduit une envie de ne pas trop en dire.

 

Sur cette vidéo : www.youtube.com/watch?v=PeGMzQ1bRyo après avoir invoqué notamment le 5ème amendement (à 3 min. 28) pour ne pas répondre à la question “avez-vous été abusé sexuellement lorsque vous étiez enfant ?”, Jeffrey Epstein se pince les narines de la main droite et passe son index sous son nez. C’est certainement un moment important dans la mesure où l’on sait que bon nombre de pervers narcissiques ont eux-même été abusés durant leur enfance. Mais Jeffrey Epstein ne veut pas répondre.

 

Du point de vue de la dynamique psychologique, Jeffrey Epstein avait un profil typique du pervers narcissique, du prédateur sexuel. 

Un individu qui n’a pas accès à la symbolisation ira chercher ceux qui sauront nourrir son narcissisme blessé. Que ce soit par la prédation, l’effraction ou l’intimidation.

Dans des conditions normales, la mère attentionnée vient rassurer son nourrisson des agressions extérieures qui le persécutent. Sa mère lui permet de distinguer le bon du mauvais. Le pervers est à l’origine un enfant insécure qui n’a pas la capacité à créer des représentations psychiques, à symboliser, à fantasmer. 

Afin de gérer/diminuer son angoisse d’anéantissement, il va se doter de “prothèses fétichiques”. L’autre est utilisé comme un fétiche et participe à l’auto-érotisme du pervers. Il est donc le garant de l’intégrité narcissique du pervers à condition qu’il soit inanimé et immuable (“objet non objet”, Racamier). 

Le prédateur sexuel a un manque de contrôle pulsionnel, une pauvreté du monde fantasmatique, il se croit omnipotent avec un fantasme de toute puissance et une recherche de contrôle sur l’autre (emprise). Il a également un sens du grandiose, absorbé par des désirs de pouvoir et de grandeur, il a un besoin excessif d’être admiré et il est certain que tout lui est dû. Peu, voire pas d’empathie, il fait preuve d’un comportement hautain, arrogant, noyé dans son égocentrisme.

 

Jeffrey Epstein s’est donc a priori pendu avec des draps dans sa cellule, l’os hyoïde brisé, ce qui est rare dans le suicide par pendaison, moins pour l’étranglement.

Ses dizaine de victimes (connues) doivent survivre et se reconstruire en faisant le deuil d'un procès qui aurait été le premier pas vers la résilience.


Jeffrey epstein

Redouane Faïd condamné à 28 ans de réclusion : retour sur mon analyse

Par Le 14/08/2020

Le vendredi 13 mars dernier, le braqueur multirécidiviste Redouane Faïd a été condamné à 28 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises du Pas de Calais. L’occasion pour moi aujourd’hui de revenir sur l’analyse que j’avais faite en 07/2018, dans laquelle je pointais quelques marqueurs gestuels révélants son caractère manipulateur. 

Ce même mois de juillet, Redouane Faïd s’était évadé de façon spectaculaire de la prison de Réau (77) par hélicoptère. Il ne fut arrêté qu’en octobre suivant.

 

Rappel de mon analyse du 05/07/2018 :

Analyse Flash : Redouane Faïd, braqueur un jour, braqueur toujours !

 

3 images simples pour illustrer qui est Redouane Faid, l’enfant qu’il a été et le braqueur qu’il sera toujours.

« Je me suis toujours gardé de véhiculer une aura et une légende en disant que c’est bien de faire ça… »

Il le scande comme un mantra mais il énonce simplement le symbole qui le guide lui, et vers ce à quoi il veut tendre : être plus le plus reconnu de tous les braqueurs !

Les propos sont dits posément, sans agressivité qui elle, est lisible sur son corps. Sa langue sort de sa bouche pour y rentrer rapidement, une image presque imperceptible mais dont le sens est : je ravale mes propos.

Axe de tête latéral droit ajouté à un axe de tête rotatif droit, lesquels sont renforcés par un axe sagital supérieur. Il se croit et se place au-dessus des autres, guidé par l’ambition et la quête de reconnaissance : il se voit comme un rebelle et le dit avec le sourire.

La position du buste en arrière et vers sa droite montre qu’il est dans une posture analytique, réfléchie. Son sourcil gauche est relevé par rapport au droit, ce qui le met à distance des autres. Il se veut à part, différent.

« Quand vous grandissez dans une cité, on fait pas attention à vous… »

Le voilà son point de départ d’adaptation sociale, son T0 qui motive son ambition. C’est ce que je tente de clamer, de relayer haut et fort que l’enfant a besoin d’attention, de bienveillance et d’inclusion. Le cas échéant, nul ne peut prédire les voies créatives qu’il peut emprunter pour arriver à exister.

Son menton est froncé en une moue de regret, de dépit qui transmet au fond une tristesse ressentie et contrebalancé par un sourire ironique qui revient très souvent tout au long de ses interviews. Il nous rit au nez ! Sa tristesse est domestiquée et surmontée à grand renfort de clivage bien versus mal, vision pour le moins binaire et enfantine du monde vu par un petit gars de la cité (rien de péjoratif dans mes propos, je vous rassure). C’est malheureusement trop souvent la loi de la débrouillardise et du plus fort qui l’emporte dans cet environnement.

« Je me suis fait arrêter et ça m’a servi à stopper tout ça… »

Aller, pour un peu on pourrait y croire… Non ? Non, pas une once de vérité dans tout cela. Comment serait-ce possible lorsque la tête se désaxe tellement pour venir se placer à l’opposé de ce que les yeux regardent ?! Ses paroles vont dans un sens, ce qu’il pense réellement va dans l’autre sens.

Criminel un jour, criminel toujours !

 

Redouane faid

Liens :

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/13/le-braqueur-multirecidiviste-redoine-faid-condamne-en-appel-a-vingt-huit-ans-de-reclusion_6033004_3224.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9doine_Fa%C3%AFd

https://www.youtube.com/watch?v=_WJytJmlOqs

http://www.ds2c.fr/blog/analyse-flash-redouane-faid-braqueur-un-jour-braqueur-toujours.html

Crédit photo : Redoine Faïd - Brightcove

Comment identifier la couleur d'un échange ?

Par Le 18/05/2020

Comment identifier la couleur d’une conversation ?

 

L’appel à l’aide de Thierry Beccaro pour les enfants victimes de violences

Lien vers la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=PNiXy_uCDLM&t=18s

Le sujet de la communication est passionnant et il concerne chacun d’entre nous. Que ce soit dans la sphère professionnelle ou personnelle, nous sommes amenés à échanger avec des personnes avec lesquelles nous avons des intérêts communs, des sentiments, des liens.

Lorsque nous devons prendre une décision, nous pouvons nous montrés rationnels ou instinctifs. Une prise de décision rationnelle est un processus lent, cognitif, abstrait et déconnecté des émotions alors qu’une prise de décision instinctive est un processus rapide, non conscient et qui repose sur sa propre expérience, les feed back et ses émotions (https://www.cairn.info/revue-management-2009-2-page-118.htm).

En communication non verbale, il y a un item très intéressant et très rapide à s’approprier pour percevoir l’état émotionnel d’une personne. Cet item identifié sur l’instant est déterminant pour pouvoir adapter sa communication. Selon sa juste interprétation, le manager qui reçoit un collaborateur pourra questionner de façon plus précise, le thérapeute pourra utiliser plus volontier l’écoute active, le négociateur saura si l’autre s’inscrit dans la bonne dynamique, ou encore si nous plaisons à la femme que l’on aimerait séduire.

Cet item est l’axe de tête. Je devrais d’ailleurs dire LES axes de tête puisqu’il y en a 3 : 

  • l’axe sagittal représente symboliquement la hiérarchie selon que nous nous situons au dessus de l’autre ou en dessous de l’autre. Nous montrons ainsi un visage qui se dresse au dessus de l’autre, au même niveau ou en dessous du visage de notre vis à vis.

  • l’axe rotatif nous permet de comprendre avec quel oeil l’autre nous regarde. S’il nous regarde avec son oeil droit, alors notre interlocuteur fait entrer l’information pour l’intégrer, l’analyser, la classer. Il n’est pas dans le lien, il est dans le contrôle, il y a une distance. S’il nous regarde avec son oeil gauche, il établit un lien émotionnel avec nous.

  • l’axe latéral, est l’axe empathique et s’apprécie à la manière dont la tête penche à droite ou à gauche. Si c’est à droite, la personne est dans le contrôle alors qu’à gauche, elle est plutôt dans l’instinctif.

Vous avez bien compris que ces axes de tête permettent instantanément de percevoir de façon claire, la couleur de l’échange. Leur lecture nous donne l’occasion d’ajuster notre communication en fonction de notre objectif final. 

Un exemple simple, pratique et touchant est le témoignage de Thierry Beccaro en faveurs des enfants victimes de violences familiales. Nous savons aujourd’hui que l’animateur fut lui-même victime de son père. Durant la crise sanitaire, les violences familiales ont augmenté : 

https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/confinement/confinement-et-delinquance-moins-de-vols-et-de-cambriolages-plus-de-violences-familiales-6821122

Le témoignage de Thierry Beccaro nous permet d’identifier les moments où il se place en contrôle, à distance et le moment où il crée du lien. 

Dès les 10 premières secondes nous pouvons constater sa tristesse et son dépit lorsqu’il nous montre sa photo de lui, enfant (sourcils relevés au centre et descendants à leur extrémité, coin extérieur gauche de la bouche descendant).

A la 18ème seconde, l’animateur a du mal à verbaliser des propos difficiles, il les retient avec une bouche dite “en huître”. Ses lèvres rentrent dans sa bouche. 

Lorsqu’il établit un pont entre lui et les enfants qu’il souhaite toucher par cette vidéo, son axe de tête penche sur sa gauche : “... je pouvais m’évader…”, “... c’est parce que je suis passé par là…”, “... je sais qu’il faut faire les devoirs, qu’il faut faire du télétravail…”.

Mais lorsque la maltraitance est verbalisée, lorsqu’il aborde le risque de violence, alors sa tête penche sur sa droite : “... je suis passé par cette phase de maltraitance…”, “... mais là, les enfants ne peuvent pas s’évader…”

Vous pouvez regarder à nouveau cette vidéo en prêtant une attention spécifique à son regard, notamment en vous demandant avec quel oeil l’animateur nous regarde/parle. Vous saurez ainsi si Thierry Beccaro renforce le lien émotionnel qu’il essaie de créer, ou s’il accentue la distance qu’il place inconsciemment entre lui et la violence faite aux enfants.

En cette période difficile psychologiquement, même si le déconfinement se fait, il est important de faire attention aux violences familiales, sur un adulte (une femme dans la majeure partie des cas) ou sur un enfant.

Voici le process mis en place par le gouvernement, au cas où… :

https://www.interieur.gouv.fr/Actualites/Police-de-securite-du-quotidien/Covid-19-La-PSQ-en-periode-de-crise-sanitaire/Mobilisation-contre-les-violences-conjugales-et-intrafamiliales

 

 

 

Photo : https://unmuseepourlemime.com/2019/04/23/corps-parle-compagnie-mouvement-yves-marc/

Axe de tete mouvement

La personnalité selon Robert J. Sternberg

Par Le 21/03/2020

Etude de la personnalité - Les styles de pensées (Robert J. Sternberg)


 

Robert J. Sternberg est psychologue et professeur de psychologie cognitive à l’université privée de Cornell (Etat de New York, USA).

Ses recherches portent sur les différentes formes d’intelligence humaine.

 

La théorie de la personnalité auto-gouvernée (ma traduction certainement impropre) soutient que les styles de pensée peuvent être compris en termes de constructions à partir de nos notions de gouvernement. 

 

Qu’est ce qu’un style pensée ?

Un style de pensée est une façon spécifique et propre de raisonner, d’apprendre et d'engranger des informations. Ce n’est pas une aptitude mais plutôt une façon dont nous utilisons nos aptitudes. Nous n’avons pas un seul style de pensée mais un profil spécifique.

 

  1. Les fonctions : législative, exécutive et judiciaire

 

Législatif : l’individu orienté vers la législation a une prédilection pour les tâches, les projets et les situations qui nécessitent la création, la formulation, la planification d'idées, de stratégies, de produits, etc... 

Il aime décider quoi faire et comment le faire, plutôt que d'être informé.

 

Exécutif : l’individu orienté vers l'exécutif a une prédilection pour les tâches, les projets et les situations qui fournissent une structure, des procédures ou des règles avec lesquelles travailler, et qui, bien que modifiables, peuvent servir de lignes directrices pour mesurer les progrès. 

Il préfère qu'on lui dise quoi faire.

 

Judiciaire : l'individu à orientation judiciaire a une prédilection pour les tâches, les projets et les situations qui nécessitent une évaluation, une analyse, une comparaison-contraste et un jugement des idées, stratégies, projets et autres. 

Il a tendance à évaluer les autres, parfois sur la base d'informations minimales.

 

  1. Les formes : monarchique, hiérarchique, oligarchique et anarchique

 

Monarchique : l'individu monarchique a une prédilection pour les tâches, les projets et les situations qui permettent de se concentrer complètement sur une chose ou un aspect à la fois jusqu'à ce qu'il soit terminé. 

Il est déterminé et souvent conduit, et aime terminer une chose avant de passer à la suivante.

 

Hiérarchique : l'individu hiérarchique a une prédilection pour les tâches, les projets et les situations qui permettent la création d'une hiérarchie d'objectifs à remplir. Il  aime faire plusieurs choses dans un laps de temps donné. 

Il sait prioriser et s'adapter dans de nombreux contextes. 

 

Oligarchique : l'individu oligarchique a une prédilection pour les tâches, les projets et les situations qui permettent de travailler avec des approches concurrentes, avec de multiples aspects ou objectifs qui sont tout aussi importants. Il aime faire plusieurs choses dans un laps de temps donné, mais a du mal à définir des priorités. 

Il s'adapte si les demandes concurrentes ont une priorité à peu près égale, mais il a plus de mal si les choses sont de priorités différentes.

 

Anarchique : l'individu anarchique a une prédilection pour les tâches, les projets et les situations qui se prêtent à une grande flexibilité d'approches et à tout essayer quand, où et comment il le souhaite. Cet individu a tendance à être asystématique ou même antisystématique. 

Il a tendance à adopter une approche aléatoire des problèmes et il est parfois difficile à comprendre pour les autres.

 

  1. Les niveaux : local et mondial

 

Local : l'individu local a une prédilection pour les tâches, les projets et les situations qui nécessitent un engagement avec des détails spécifiques et concrets. Il aime les détails mais il peut perdre de vue la forêt en ne se concentrant que sur les arbres. Les individus affichant ce style ont tendance à apprécier les tâches qui les obligent à garder une trace des détails et à se concentrer sur les spécificités concrètes d'une situation.

 

Global : l'individu global a une prédilection pour les tâches, les projets et les situations qui nécessitent un engagement avec de grandes idées globales et abstraites. Cette personne aime faire face aux grandes idées, mais peut parfois perdre le contact avec les détails - elle peut voir la forêt mais perdre de vue les arbres. 

Les personnes employant ce style apprécient les tâches qui les encouragent à réfléchir aux idées principales et à ne pas avoir à se soucier des détails.

 

  1. Portée : interne et externe

 

Interne : l'individu interne a une prédilection pour les tâches, les projets et les situations qui nécessitent des activités qui permettent de travailler indépendamment des autres. Il préfère travailler seul, il est généralement introverti et souvent mal à l'aise en groupe.

 

Externe : l'individu externe a une prédilection pour les tâches, les projets et les situations qui permettent de travailler avec d'autres dans un groupe ou d'interagir avec d'autres à différents stades de progression. Il préfère travailler avec les autres, il est généralement extraverti et très à l'aise en groupe.

 

  1. Penchants : libérale et conservatrice

 

Libéral : l'individu libéral a une prédilection pour les tâches, les projets et les situations qui impliquent une méconnaissance, allant au-delà des règles ou procédures existantes et maximisant le changement. Parfois, il peut préférer le changement simplement pour le plaisir, même s'il n'est pas idéal. 

Il aime les nouveaux défis et prospèrent dans l'ambiguïté.

 

Conservateur : l'individu conservateur a une prédilection pour les tâches, les projets et les situations qui nécessitent le respect des règles et procédures existantes. 

Il aime minimiser les changements et éviter toute ambiguïté.


 

Ce qui est très intéressant avec la théorie de Sternberg, c’est sa simplicité, sa logique et son pragmatisme. Sa mise en oeuvre s’avère simple pour appréhender une personnalité. 

Si je me pose en tant que manager, qualifier une personnalité me permettra d’assigner des tâches en rapport avec le type de fonctionnement de la personne, ce qui maximisera sa bonne réalisation. La personne s’en trouvera valorisée et elle pourra développer ses compétences, professionnelles et même personnelles.

 

Source : Thinking styles, Robert J. Sternberg - Cambridge University Press (1997)