violence

Margaux Pinot, Alain Schmitt : analyse des conférences de presse

Par Le 05/12/2021

Je souhaitais vivement analyser ce fait de violences conjugales qui a eu lieu le week end dernier, entre Margaux Pinot et Alain Schmitt, tous deux en couple et judokas.

Un fait d’une violence inouïe dont a fait preuve Alain Schmitt à l’encontre de Margaux Pinot. Les stigmates impressionnants sur le visage de Margaux Pinot et son ITT de 10 jours témoignent sans équivoque du déferlement de violence.

Cependant, Alain Schmitt a été relaxé au grand étonnement de tous. Chacun a donné une conférence de presse pour relater sa version des faits. Occasion qui m’est offerte pour observer et analyser les deux stratégies de communication et quels sont les gestes qui pourraient être non congruents avec le discours.

Alain Schmitt apparaît avec un hématome sous l'œil droit. Ce qui me questionne, c’est son discours dissocié avec l’emploi du pronom “on”, formulation très impersonnelle. Il s’extrait, en tant que personne, de l’action. Dans le cadre d’une stratégie où le partage en responsabilité est visé, il a raison mais risqué car pas très fin. Son sourcil gauche est fréquemment surélevé par rapport à celui de droite, ce qui va dans le sens de la dissociation. 

Egalement, il ne cligne que peu des paupières alors que nous pourrions nous attendre à un minimum d’émotion… de type tristesse, peur… mais comme nous le verrons plus loin, l’émotion ressentie est toute autre.

Puisqu’il n’est pas dans l’émotion, il est dans le contrôle pour en dire le moins possible bien sûr, juste ce qu’il faut pour ne pas trop s’incriminer. Le geste qui illustre fort bien cela, c’est sa main droite (l’analyse) qui vient se poser sur son poignet gauche (la spontanéité) pour rester dans le paraître.

Ses lèvres sont contractées, ce qui traduit une colère contenue. Certains gestes sont quand même cohérents, lorsqu’il dit “je suis redescendu dans la voiture” (57sec), sa main droite illustre bien cela. 

Certains éléments semblent anachroniques comme lorsqu’il évoque sa lettre de démission… que vient faire ce détail dans une description des faits qui devraient traduire de l’émotion ? Alain Schmitt fait également des défocalisations actives, c'est-à-dire que son regard vient fixer un point devant lui lorsqu’il relate une action. Mais cela est fait en toute conscience, ce qui l’extrait encore un peu plus de l’action dont il souhaite se soustraire (1 min 16 sec). Cette façon de fixer son interlocuteur avec les sourcils hauts illustre un désir de voir si l’autre est sensible à ses mots. “Tu me crois quand je dis ça”... c’est ce que veut dire cet item.

Le point très important dans ce témoignage, et que je retrouve dans celui de Margaux Pinot, est à 1 minute 33 secondes : “je me retrouve dans le lit”, avec sa main droite qui vient gratter le côté droit de son nez. C’est un item qui indique que ce qu’il dit à ce moment-là le dérange. Et c’est précisément à ce moment-là que tout dérape.  Qu’a-t-il fait pour que Margaux Pinot le rejette et lui fasse perdre son sang froid ? 

Alain Schmitt montre malgré lui qu’il est très sensible à l’humiliation, “je me suis senti humilié”, (3 minutes 05 sec) dit-il en se pinçant le nez avec sa main gauche. C’est lui dans sa chair, alors est-ce que cela lui a rappelé des souvenirs traumatisants subis à l’adolescence ?  

Je peux également le constater lorsqu’il dit : “elle m’a agrippé le col” en se mordant la lèvre inférieure (3 minutes 26 sec), un item de colère contenue ou encore à 6 minutes 14 et 6 minutes 30 lorsqu’il laisse apparaître - dans ce qu’on appelle dans notre jargon de synergologue - une lèvre de chien. La partie droite de la lèvre supérieure se réhausse, laissant apparaître les dents.

Enfin, Alain Schmitt termine cette conférence de presse par un “voilà” qui marque la fin d’une séquence qui aurait très bien pu être un discours de départ en retraite.

La stratégie de Margaux Pinot est toute autre. Elle fait montre de détails et de pronoms personnels, “je”, “il”. Elle cligne des paupières plus qu’à la normale, ce qui montre une forte émotion. Son regard se défocalise passivement dans son discours, c’est-à-dire que son regard se perd mais inconsciemment parce qu'elle se met dans sa bulle pour revoir la scène. Elle s’y associe. Elle s’y revoit.

Les commissures de sa bouche sont tombantes, illustrant de la tristesse sur le mot “alcoolisé”. Malheureusement, cet item induit aussi une récurrence. 

Chaque fait qu’elle relate est ponctué par sa langue qui sort rapidement, symbole qu’elle ne souhaite pas forcément évoquer cela publiquement. 

A 2 minutes 11 secondes, lorsque Margaux Pinot évoque les nombreux propos dévalorisant qu’elle subit, son buste (pour la seule fois de la vidéo) part en arrière. Elle veut fuir ces propos qu’elle a entendu trop souvent et qui, non seulement la blesse, mais lui fait perdre toute confiance en elle. 

A 2 minutes 34 secondes : “il s’est approché du lit, il a fait un geste et je l’ai repoussé”. Cette phrase aurait pu être anodine si le déferlement de violence n’avait pas suivi. Ce geste de rejet qu’elle a eu a été le déclencheur du passage à l’acte. Par ce geste, elle prend l’ascendant sur lui et il ne le supporte pas. 

Mais quel geste a fait Alain Schmitt que Margaux Pinot a repoussé ? Quelle était l’intention d’Alain Schmitt ? Vouloir coucher avec elle et il se serait fait repousser ? Pour une personne qui souhaite avoir l’ascendant sur l’autre, pour quelqu’un qui se considère être un “bonhomme”, un “mec” dans tout le symbolisme du mâle viril, c’est insultant de se faire repousser, c’est intolérable. Si l’envie de lui faire perdre ses gonds était là, voici un levier tout trouvé !

Le geste d’amour qu’il aurait pu avoir eut été de la laisser partir. Mais dans notre société aux comportements violents, que ce soit dans l’éducation, dans la vie sociale, professionnelle, dans l’attitude de certains politiciens, dans les mots employés au quotidien, comment cela pourrait en être autrement ?

Lorsqu’un parent traite son jeune enfant d’idiot, d’imbécile voire de con parce qu’il n’a pas fait quelque chose qui apparaît logique pour le parent, c’est déjà de la violence qui s’imprime dans l’inconscient. C’est déjà le dévaloriser. Le soumettre. Le placer en position d’infériorité. La question est de savoir comment l’enfant va traiter cette information pour faire qu’elle ne l’affecte pas…

 

Les liens vers les vidéos :

Alain Schmitt, conférence de presse : L'ancien judoka Alain Schmitt donne sa version des faits - YouTube

Margaux Pinot, conférence de presse : Violences conjugales: le témoignage de Margaux Pinot en intégralité - YouTube

 

Alain schmitt Margaux pinot

Economie du sadisme ordinaire

Par Le 15/08/2021

En lien avec mon dernier article, il m’apparaît intéressant d’aborder sommairement la façon de fonctionner d’un sadique ordinaire. L’éducation et la préoccupation parentale peuvent ne pas suffire à l’adaptation efficiente et morale de l’enfant à son environnement. Certaines caractéristiques comportementales sont innées et sont très bien expliquées par la médecine (structures corticales, systèmes neurophysiologiques).

Blair (1995) éclaire les mécanismes d’inhibition de la violence par son modèle neurocognitif. Ces mécanismes seraient la base du développement de la moralité et de l’empathie. Ils trouvent écho dans l’éthologie canine et la psychologie évolutionniste et ils passent par la reconnaissance faciale des expressions émotionnelles. 

La reconnaissance des expressions faciales a pour rôle d’être un déclencheur à s’engager dans certains comportements, consécutivement à un passage à l’acte, à la défense d’une ressource ou d’un espace.

Par exemple, 2 chiens qui se battent pour un os ou pour un jouet. Lorsque l’un des deux adopte une position de soumission, cela entraîne l’arrêt immédiat du combat.

De même lorsque vous souhaitez faire savoir à votre chien qu’il n’est pas bien de vous sauter dessus pour vous accueillir, tournez-vous afin de lui présenter votre dos… 

Dans ce cas, qui peut être translaté à l’homme, la reconnaissance de l’émotion de peur et de tristesse opère comme un stimulus positif de renforcement aversif et enclenche l’inhibition du comportement agressif. Plus particulièrement, la peur indique à l’observateur qu’un comportement doit être évité alors que la tristesse entraîne/incite au développement de comportements prosociaux/réparateurs.

Cependant, dans certains cas, ce mécanisme évolutif ne fonctionne pas à cause d’un dysfonctionnement du développement de l’empathie et d’un développement de comportements antisociaux.

Le modèle de Newman et de Lorenz (2003) suggère qu’en plus, la modulation de la réponse doit se faire en prenant en compte les différents éléments contextuels et environnementaux.

Ce qui pourrait sembler contre intuitif, c’est que les traits de sadisme ont une capacité d’empathie intacte.

“Les recherches contemporaines se sont intéressées à la nature même du phénomène d’empathie, tentant d’identifier les mécanismes perceptifs, émotionnels et cognitifs impliqués. Certains auteurs se sont focalisés sur les mécanismes émotionnels, (...) d’autres auteurs se sont focalisés, comme Piaget , sur le processus cognitif de décentration : pour comprendre les émotions d’autrui, l’observateur se met à la place, il adopte son point de vue. Cette dernière conception n’est pas sans rappeler la définition de la théorie de l’esprit, capacité à comprendre les actions d’autrui en inférant ses états mentaux. 

(...) L’empathie implique à la fois des composants émotionnels et cognitifs : l’empathie émotionnelle désignant les réponses affectives de l’observateur face à l’émotion d’autrui ; l’empathie cognitive référant à la capacité d’adopter la perspective d’autrui ainsi qu’à des processus de régulation” (Cairn).

La capacité d’empathie cognitive doit effectivement être intacte pour permettre au sadique de prendre du plaisir à faire souffrir les autres (Baumeister, 1997 ; O’Meara et al., 2011). Les déficits affectifs associés au sadisme se situeraient au niveau de la réponse émotionnelle inadéquate à la souffrance des autres (Bateson et al., 1987 ; Kirsch et Becker, 2007). Les sadiques possèdent une capacité émotionnelle similaire à un individu normal, mais ils seraient incapables de ressentir des émotions négatives à la souffrance des autres versus aux leurs. Les signaux de détresse perçus chez les autres agissent comme des renforçateurs positifs pour les sadiques. 



Sadisme

Réf. : 

“Sadisme commun et traits psychopathiques : Leur association avec la reconnaissance émotionnelle faciale”, V. Germain Chartrand, 2020, mémoire École de criminologie - Faculté des arts et des sciences

Narme Pauline, Mouras Harold, Loas Gwénolé et al., « Vers une approche neuropsychologique de l'empathie », Revue de neuropsychologie, 2010/4 (Volume 2), p. 292-298. DOI : 10.3917/rne.024.0292. URL : https://www.cairn.info/revue-de-neuropsychologie-2010-4-page-292.htm

 

Monde virtuel, hyper nihiliste et violences urbaines

Par Le 23/08/2020

Le constat quotidien depuis des années est éloquent : des actes de violences sont de plus en plus commis contre les personnes, les institutions avec cette espèce d’impunité et d’irrespect qui semblent animer leurs auteurs. 

Comment, dans une société laïque et démocratique, une telle situation s’impose et semble faire tâche d’huile ?

 

Statistiques selon l’INSEE (source : “les statistiques de la délinquance”, Aubusson-Lalam-Padieu-Zamora, France, Portrait social 2002/2003)

Tout d’abord, les “infractions avec victimes sans violence” (vols sans violence) reculent pour passer de 87% en 1975 à 82% en 2000. Cependant, les “faits constatés” étaient de 1 300 000 en 1975 et sont de 3 000 000 en 2000. En nombre, ils restent significatifs.

Les “majeurs mis en cause” étaient 200 000 en 1975 et sont 250 000 en 2000. L’augmentation n’est pas énorme.

Les “mineurs mis en cause” étaient 60 000 en 1975 puis 100 000 en 2000 avec une nette augmentation en 1993… nous y reviendrons plus loin.

Ensuite, les “victimes directes avec violence” (atteintes physiques caractérisées, agressions sexuelles, vol avec violence) sont passées de 6% du total des faits constatés en 1975 à 10% en 2000 avec une augmentation significative en 1988, et encore plus sensible pour les “mineurs mis en cause” à partir de 1995… Ils étaient 15 000 en 1975 sur 240 000 faits constatés contre 40 000 (+37%) en 2000 sur 400 000 faits constatés (+60%). L’INSEE donne une interprétation en page 8/18.

Enfin, les victimes les plus exposées sont les plus jeunes et celles qui habitent dans les grands ensembles ou un tissu urbain composé d’immeubles collectifs. Près d’1 victime sur 2 a subi au moins 1 agression durant les 2 années précédentes et 1 sur 3 au moins 2 autres (survictimisation). 

Sur 4 600 000 affaires traitées par les Parquets, seules 28% réunissent une infraction constituée et un auteur présumé dont 19% feront l’objet de mesures alternatives aux poursuites (médiation, réparation, rappel à la loi).

Sur les 9 premiers mois de 2019, 14% d’augmentation des violences faites à l’encontre des policiers, une centaine de faits par jour (source : France Info, 4/11/2019, “violences : hausse des agressions contre les policiers”).

“Au sein du couple en 2018 : 121 femmes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire, 28 hommes ont été tués par leur partenaire ou ex-partenaire, 21 enfants mineurs sont décédés, tués par un de leurs parents dans un contexte de violences au sein du couple.

81 % des morts au sein du couple sont des femmes. Parmi les femmes tuées par leur conjoint, 39 % étaient victimes de violences antérieures de la part de leur compagnon. Par ailleurs, parmi les 31 femmes auteures d’homicide, 15 d’entre elles avaient déjà été victimes de violences de la part de leur partenaire, soit 48 %.” (Source : « Etude nationale sur les morts violentes au sein du couple. Année 2018 », ministère de l’Intérieur, Délégation aux victimes)

 

Impatience + éducation sans cadre = violence potentielle

L’équation paraît simpliste mais regardons quand même un peu plus dans le détail.

L’impatience aujourd’hui est générée par internet, l’immédiateté, une intelligence émotionnelle faible ainsi qu’une faible tolérance à la frustration.

L’éducation sans cadre tient de l’échec de la mixité sociale, d’un regroupement ethnique avec une différenciation entre pratiquant et non-pratiquant d’une religion, d’un mode d’éducation parallèle et non formel dont les résultats ne sont pas ceux escomptés, avec un abandon prématuré de la scolarité qui débouche sur une éducation non formelle, l’école de la rue (source : unilim.fr).

Il y a un regroupement entre ethnies parce qu’elles partagent des facteurs de cohésion qui ne sont pas sans rappeler celles des tribus. Facteurs socio affectifs parce qu’elles confèrent au groupe toute son attractivité, ses valeurs, ses motivations, ses émotions, ses valeurs communes. Facteurs opératoires et fonctionnels parce qu’ils permettent au groupe de satisfaire ses propres besoins et de poursuivre ses buts (source : “la dynamique des groupes”, Jean Maisonneuve).

 

Que dit l'évolution des jeux FPS aujourd’hui TPS (third person shooter) ?

Pour mémoire, voyons quelques dates du jeu vidéo dans lequel une personne a la possibilité d’en tuer une autre :

1973, 1er first shoot person (fps) “Maze War”,

1983, “3 demons”,

1991, “Catacomb 3D”,

1992, “Wolfenstein 3D”,

1993, “Doom” avec un mode multijoueurs type deathmatch qui permettait à chacun d’affronter 3 autres joueurs (source : dailygeekshow.com),

1994, internet est utilisé par le grand public en France… vous pouvez relire maintenant les statistiques concernant les mineurs impliqués dans les faits d’agressions avec violence…

1997, le fameux “Grand Theft Auto” (littéralement : vol de voitures) dans lequel le personnage principal peut tout se permettre, même tuer un policier.

Cette évolution montre qu’il y a une perméabilité entre l’utilisation du monde virtuel et le monde réel. Il y a un rapport évident entre l’Avatarisation© (cf. Nadine Touzeau), la zone transverse© (cf. Nadine Touzeau) et ce qu’il se passe dans le monde réel. 

L’Avatarisation© c’est la personne qui se crée un profil sur n’importe quel site internet. Vous et moi, mais aussi biensûr l’auteur de faits de violences et c’est bien lui qui nous intéresse. Il n’assume pas qui il est dans la vie réelle mais il assume son avatar parce qu’il ressemble à l’image qu’il se fait de lui-même. C’est une transposition de son Moi idéal, il a développé un faux self hyper puissant et il est incapable de la moindre remise en question. Il le rend réel  au travers de son avatar, ce qui va aussi modifier son comportement dans le monde réel en fonction de ce qu’il va vivre dans son espace virtuel. Augmentation de sa confiance, de son assurance suite à la reconnaissance par l’objet de son avatar et par l’échange avec sa communauté qui va le conforter dans ses actes et ses comportements.

 

La Zone transverse© est ce qui correspond à la sphère d’intimité selon Edward T. Hall et sa théorie de la proxémie. La transposition des actes de violences effectués dans la sphère virtuelle dans la vie réelle est une importation des comportements liés à l’avatar. Ce qui est novateur, c’est que cette zone transverse© se transpose dans la réalité dès lors qu’il y a utilisation d’un objet connecté. Cela induit une importation des comportements relatifs à la zone virtuelle dans la vie sociale réelle. Comportements que les personnes n’avaient pas sans l’utilisation d’objets connectés. Comportements plus osés, plus risqués issus d’une zone virtuelle hors du temps, malléable, modifiable, adaptable et mobile, répétés dans une zone réelle, sociale, régie par des lois et donc par essence : pouvant générer des frustrations.

 

Il faut considérer le monde réel en lien étroit avec le monde virtuel. Dans le monde réel, nous avons pu observer une éducation permissive de toute une génération d’enfants roi, immatures, incapables de gérer la frustration, impatients et égoïstes dans les relations professionnelles et sociales, ne sachant absolument pas accepter qu’on leur dise “non”, mais sachant parfaitement le dire. Ils sont revendicatifs et sûrs de leur bon droit.

 

Concomitamment, la société est régie par un ensemble de règles, de lois qui apparaît comme un carcan institutionnel à l’opposé de l’éducation reçue qui elle, trouve écho dans le monde virtuel régi par aucune règle. Dans celui-ci, les auteurs de faits de violence volontaire, imbus de leur avatar, retrouvent un comportement hyper nihiliste dans un environnement créé pour eux.

 

Ainsi, l’éducation permissive, l’éducation non formelle (de la rue), le regroupement tribal et le caractère immature vont être le terreau des comportements virtuels répétés dans le monde réel, en toute occasion. Le clivage entre ces avatars-hyper-nihilistes-importés (des fakes en vrai) et les citoyens dits classiques ne cesse de se creuser… jusqu’où ?

 

Anonymous

Relation de causalité entre la frustration et l'agression

Par Le 30/12/2018

L’agression. Une des réponses possibles à la frustration qui prend toutes sortes de formes, de l’homicide à l’insulte. Active ou passive, physique ou verbale, directe ou indirecte, elle est un « comportement destiné à blesser intentionnellement un autre individu, ce dernier étant motivé à en éviter les effets supposés aversifs (Barn et Richardson, 1994). » Elle peut être déplacée d’un objet à un autre, dans le sens psychanalytique du terme, c’est-à-dire qu’elle vise une personne en particulier mais elle est produite sur une autre.

Sa fonction est double. Hostile, donc impulsive, ou instrumentale, donc réfléchie. Hostile dans la mesure où elle est destinée à faire du mal sous l’émotion de la colère. Instrumentale parce qu’elle est produite sur une personne mais dans l’unique but d’acquérir un objet, un bien ou un gain.

Dès la petite enfance, les enfants agresseurs sont rejetés par les autres enfants (Kupersmidt, Burchinal et Patterson, 1995). Ce rejet anticipe de futurs comportements hostiles qui nuiraient à la cohésion du groupe. Malheureusement, ce n’est pas sans conséquences pour les tumultueux parce qu’en les ostracisant, cela va renforcer leurs frustrations et nourrir leur colère (prophétie auto réalisatrice).

De surcroît, ce comportement agressif, s’il vient à perdurer, aura un impact sur l’implication éducative des parents. Ils se montreront moins attachés (Patterson, Capaldi et Bank, 1991). Ce qui aura également pour effet de renforcer le caractère agressif de leur progéniture (Rohner, 1975). La renonciation des parents dans l’éducation de leurs rejetons est aussi la conséquence de faits de vie et de facteurs socio-économiques (chômage, décès, dépendance à l’alcool, à la drogue…).

Ensuite, dans une optique d’inclusion et de reconnaissance, les enfants agressifs vont se rapprocher d’autres qui auront un profil semblable, chacun s’influençant. Ils finiront par constituer un groupe dont la dynamique ne sera pas développée ici, mais leur individualité se perdra au profit de l’identité du groupe.

L’explication de ce comportement agressif est à trouver dans l’intensité proportionnelle de la relation de cause à effet, entre la frustration et l’agression. Plus la frustration est grande, plus l’agression le sera. La frustration est nécessaire à la vie en société. Robert Merton (1957) a établi que le comportement d’agression est la conséquence d’expériences sociales frustrantes. Il y a eu un écart significatif entre l’envie, le désir et le but qui n’a pas été atteint. Cela tient aux barrières psychologiques (manque de ressource), aux barrières physiques (mauvaise auto régulation des émotions), au manque de reconnaissance, aux échecs subis, aux humiliations ou encore à la confrontation à des facteurs environnementaux (comme le bruit, vétusté de l’habitat, pauvreté…). Des chercheurs ont également montré que des personnes qui jouent à un jeu vidéo violent, avec un faux pistolet au lieu d’une simple manette, sont plus agressives par la suite (Barlett, 2008).

Quelles solutions alors ? J’en vois 3…

Tout d’abord le renforcement positif par des félicitations, des récompenses, de la motivation, de l’accompagnement.

Mais c’est également punir quand cela est nécessaire afin d’inhiber le comportement agressif. La punition doit être expliquée, mesurée, avec une date de fin. Elle ne doit pas mettre en jeu l’intégrité de l’enfant, elle ne doit pas être avilissante ni humiliante.

Il est aussi fondamental de développer les fonctions exécutives de l’enfant afin de développer sa capacité d’attention, de concentration, de curiosité et de créativité tout en veillant - autant que possible - d’éviter l’injustice.

Cette guidance va contribuer à mettre en place et développer l’autorégulation émotionnelle nécessaire à une bonne socialisation, une bonne estime de soi, une meilleure perception de soi et l’empathie. Avant Dolto, l’enfant n’était pas considéré, il devait s’adapter. Après Dolto, nous avons compris que l’enfant était une personne à part entière mais nous sommes tombés dans l’excès inverse en termes d’éducation. A trop laisser l’enfant faire, il est devenu un roi incapable de gérer ses frustrations. L’immédiateté, l’instantanéité peuvent être une bonne chose pour autant qu’elles ne soient pas systématiques. Tout est une question de curseur.  

Mais gardons bien à l’esprit qu’en tant qu’agresseur, victime, parent ou tierce personne, c’est la personnalité qui domine la situation, le choix existe mais il peut être gourmand en énergie psychologique, cognitive et émotionnelle.

 

Kid with gun

Réf. :

"L'agression humaine", L. Bègue, éd. Dunod

"L'éthologie humaine", JD de Lannoy, éd. PUF

"Pulsions et destins des pulsions", S. Freud, éd. PBP classiques

Crédit photo : inconnu