Merveilleux Traumatisme !

Régulièrement, je lis le témoignage de personnes ayant vécu un évènement traumatisant survenu dans leur petite enfance, leur adolescence ou encore à l’âge adulte. Cette démarche de libération de la parole est nécessaire, je la respecte avec force.

Je ne peux m’empêcher de penser à celles qui n’arrivent pas à exprimer ce choc qu’elles ont vécu. Parler à la première personne n’est pas chose aisée, ni forcément souhaitée. C’est un passage à l’acte dont les conséquences sur l’entourage sont à prendre en considération.

Il est cependant possible d’utiliser d’autres moyens qui peuvent être créatifs, comme écrire, sculpter, dessiner, faire du sport, jouer au théâtre… tous moyens de sublimation qui, en apparence impersonnels, auront cette force d’extérioriser le trauma sans que quiconque ne puisse pointer du doigt cette personne comme étant une victime, sans la juger. La victime n’a pas forcément envie de passer comme telle parce qu’elle a pu développer des stratégies comportementales qui lui ont permis de s’en sortir jusqu’aujourd’hui, parce que son entourage ne comprendrait peut être pas, ni bien le vivre non plus, le plaçant face à leurs manques (ne pas s’être aperçu de…, avoir préféré le déni…).

Cependant, comme évoqué dans un précédent article, la verbalisation est salvatrice même si elle est dépersonnalisée et réalisée indirectement… « Le malheur n’est jamais pur, pas plus que le bonheur. Mais dès qu’on en fait un récit, on donne sens à nos souffrances. »

Un traumatisme est une effraction du psychisme suite à un évènement soudain qui porte atteinte à l’intégrité de la personne (guerre, maltraitance, violence…).

« Il semble exister un équilibre neurologique dans un système physiologique distinct qui permet à l’information d’être traitée en vue d’une résolution adaptative. (…) Quand quelqu’un fait l’expérience d’un trauma psychologique grave, un déséquilibre se produit dans le système nerveux. (…) Le système est incapable de fonctionner de façon optimale et l’information acquise au moment de l’évènement est maintenu dans son état perturbant. »

Le traumatisme sera plus difficile à surmonter si la victime s’est vue passive ou si l’action de l’agresseur était volontaire.

Il sera « moins impactant » si la victime a le sentiment de pouvoir, à l’avenir, éviter toutes situations similaires grâce à l’adoption d’un comportement différent comme une attitude corporelle plus affirmée.

Par exemple, nous savons que les criminels violents ciblent les femmes, les personnes âgées et sont à la recherche d’indicateurs de faiblesse ou de peur. En Synergologie, nous avons observé qu’un des signes précurseurs d’une agression physique est le « recentrage » de l’agresseur. Il replace ses vêtements sur lui juste avant de passer à l’acte et avant d’investir la distance « personnelle » puis « intime » de sa victime. Il ne montre aucune micro démangeaison avant l’attaque et ne cligne pas non plus des paupières !

Le traitement que la personne fait consciemment ou inconsciemment de l’évènement traumatique peut ainsi avoir des effets plus bénéfiques que d’autres.

« Nos souffrances ne sont pas vaines, une victoire est toujours possible. »

La résilience est un moyen qui permet de s’en sortir avec le moins de dommage, dans la mesure où la victime se sert de l’évènement pour ajuster sa façon de faire, de voir la vie, d’être. La résilience permet de rebondir pour être plus fort. Cette restructuration cognitive permet une certaine immunisation comportementale face aux évènements stresseurs, mais elle se fait au détriment de l’émotionnel puisqu’il y a surinvestissement dans le cognitif. « Presque tous ceux qui s’en sont sortis ont élaboré, très tôt, une « théorie de vie » qui associait le rêve et l’intellectualisation. (…) L’intellectualisation permet d’éviter l’affrontement qui nous impliquerait personnellement. » De mon point de vue, cette capacité cognitive est déjà ancrée dans l’individu dès son plus jeune âge et ne fait que se renforcer par la suite, au gré des évènements de la vie.

En revanche, une personne plus « émotionnelle » ou avec un sentiment d’efficacité personnelle moins affirmé, aura plus de difficultés parce qu’elle devra faire face à un flux extrêmement fort d’émotions qui ne pourra être dompté, noyant la victime dans un brouhaha émotionnel. Le traumatisme va faire voler en éclats les idéaux de la victime, ses croyances en un monde juste et prévisible et il peut conduire à un syndrome post traumatique.

Comment le thérapeute peut-il aider en identifiant la logique cérébrale ?

Ce n’est pas chose facile que de verbaliser un évènement traumatique, récent ou ancien. C’est se découvrir, se mettre à nu et dévoiler sa faille la plus béante. La crainte d’être jugé est prégnante. La relation thérapeute/patient est fondée sur la confiance, la bienveillance, l’assertivité et l’empathie. Quel est intérêt pour le thérapeute de savoir si son patient est plus cognitif qu’émotionnel ? Eh bien il saura si son patient s’exprime avec spontanéité ou avec des filtres. Il pourra ainsi orienter et affiner son questionnement de façon plus efficiente, plus pertinente.

Une personne qui a une préférence hémisphérique Gauche va présenter préférentiellement son hémi visage Droit ! Elle s’exprimera en contrôlant ses mots, en expliquant son discours et aura les mains plutôt en pronation alors qu’une personne ayant une préférence hémisphérique Droit, présentera plus naturellement son hémi visage Gauche avec toute sa spontanéité et aura les poignets plus ouverts en supination. La première privilégiera l’appui de son discours avec sa main droite, tandis que la seconde utilisera sa main gauche.

 

Alors, comment s’en sortir réellement ?

Il est nécessaire de multiplier les différentes approches thérapeutiques, c’est-à-dire la Thérapie Cognitive et Comportementale, l’EMDR mais également la psychothérapie.

  1. être informé sur la normalité des symptômes, sur leur évolution et les possibilités de traitement,
  2. être incité à visualiser à nouveau l’évènement mais bien sûr dans un environnement (cabinet de psy) sécure,
  3. utiliser ce pouvoir qu’offre la catharsis,
  4. réguler l’activité neurovégétative grâce aux méthodes de respiration, de training autogène de Schultz, de yoga, de méditation de pleine conscience…
  5. utiliser la restructuration cognitive grâce à une grille de traitement des ruminations,
  6. développer une qualité d’acceptation parce qu’on ne peut pas « effacer » ce qu’il s’est passé et améliorer l’affordance (« faculté qu’a l’organisme de se comporter en percevant ce que l’environnement lui offre en termes de possibilités d’actions »),
  7. devenir acteur de sa vie en s’impliquant avec créativité dans des relations sociales (associations, formations, loisirs, politique…).

Mais bien sûr, cela ne peut se faire qu’avec un accompagnement psychologique qui est nécessaire et primordial, je le réaffirme.

Aujourd’hui encore plus qu’hier, il est primordial de protéger la petite enfance, l’adolescence mais également les Droits des Femmes en luttant activement contre la violence scolaire, sociale, professionnelle... Oserais-je aller jusqu’à dire qu’il serait nécessaire de dispenser des cours d’éducation parentale concomitamment aux cours d’accouchement ? C’est une évidence…

 

Resilience 1

Réf. : Boris Cyrulnik (« un merveilleux malheur », Odile Jacob), Psychoweb, Jacques Van Rillaer (SPS n°294), Francine Shapiro (« manuel d’EMDR », InterEditions), Jacques Fradin, Inserm, Roger Sperry, Edward T. Hall (« la dimension cachée », Points), Nelly Boulassy (« anticiper une agression physique, étude des signes précurseurs »), slate.fr/life/79723/victime-agression-demarche, acrh.revues.org/7338

 

 

 

 

 

 

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