DS2C sur le terrain

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DS2C sur le terrain : comment ça s'opère, concrètement

Je veux répondre à cette question très pragmatique, opérationnelle : « très bien, quatre niveaux, Darwin, Le Senne, Freud/Bergeret et Watzlawick mais concrètement, vous faites quoi ? »

Question légitime. Une méthode qui ne répond pas à ça reste un exercice de style pour colloque. Voici donc, sans fioritures, l'outillage réel derrière chaque niveau, et surtout l'ordre dans lequel on s'en sert (qui n'est jamais celui de l'exposé théorique).

 

L'outil par niveau

  • Niveau 1 (Darwin). Ce n'est pas un recueil de données, c'est une grille de lecture. Six critères permettent de qualifier la fonction adaptative d'un comportement, aussi dysfonctionnel soit-il en apparence :
    • Nature de la ressource en jeu,
    • Rapport coût/bénéfice net,
    • Degré d'automaticité,
    • Universalité transculturelle du pattern,
    • Rapport à la parenté ou au groupe,
    • Seuil et intensité du déclencheur.

On ne l'utilise jamais en ouverture d'une intervention, on n'a rien à y faire tant qu'on n'a pas de matériau à interpréter.

  • Niveau 2 (Le Senne). Il dispose d'un outil léger et standardisé : un questionnaire d'une cinquantaine d'items qui situe le sujet sur les trois axes caractérologiques (émotivité, activité, retentissement). Administrable en une session, sur base volontaire (j'insiste sur ce dernier point, on y revient).
  • Niveau 3 (Freud/Bergeret). C’est le plus mal compris, et c'est là que la plupart des vulgarisateurs de la psychanalyse appliquée se plantent. Ce n'est pas « une ou deux séances de psychanalyse », la cure et le diagnostic structural sont deux dispositifs différents, avec des objectifs différents. L'outil pertinent ici est l'entretien structural au sens de Bergeret, éventuellement complété par une approche projective. Un ou deux entretiens ciblés, pas un divan sur plusieurs années. Et surtout : ce niveau est conditionnel. Il suppose un consentement, un cadre clinique, un temps que l'institution mandante n'a pas toujours envie de vous donner. Il faut le dire au client avant, pas s'en excuser après.
  • Niveau 4 (Watzlawick). Il se lit avec une grille d'analyse factuelle, proche du QQQOCCP classique, mais augmentée de deux questions qu'aucun manuel de gestion de projet ne pose : quelle règle relationnelle implicite ce comportement vient-il rétablir ? Et, quelle est la ponctuation de la séquence (qui, selon qui, a « commencé »). Sans cet ajout, on décrit un incident. Avec, on identifie un système. On peut  ajouter l’entretien cognitif de Jacques Py (Professeur de psychologie sociale).

 

L'ordre change tout

Dans un exposé pédagogique, on va de Darwin à Watzlawick parce que c'est l'ordre logique de la convergence causale : le pulsionnel, filtré par le tempérament, régulé ou non par la structure, déclenché par le contexte. Mais sur le terrain, dans un mandat réel, cet ordre s'inverse presque toujours et ce, pour une raison triviale : c'est l'accessibilité des données qui commande, pas l'élégance du modèle.

Le niveau 4 est presque toujours le premier accessible : c'est ce que le mandant peut vous fournir dès le premier jour (faits, échanges, témoignages, historique). Le niveau 2 suit, parce qu'il ne demande qu'une coopération légère du sujet. Le niveau 1 vient en synthèse, pour donner du sens rétrospectif à ce qu'on a déjà observé. Le niveau 3, lui, reste la variable d'ajustement : on y accède quand on le peut, pas quand on le voudrait.

 

Trois terrains, trois cadres (mais il y en a tellement plus... perso... pro...)

En droit de la famille ?

Un cabinet d'avocats sollicite une évaluation avant une décision de garde, dans un contexte de dispute conjugale avec allégation de violence. On reconstruit d'abord le système relationnel à partir des pièces produites (messages, versions croisées, historique du conflit) pour identifier le pattern d'escalade. Le questionnaire caractérologique, proposé séparément à chaque partie, explique pourquoi un même différend produit des réponses radicalement différentes selon le tempérament de chacun. La lecture adaptative vient en dernier, pour qualifier ce qui était réellement en jeu derrière l'incident déclencheur. Le niveau structural, lui, n'entre en scène que si les deux parties y consentent sinon, ce n'est plus mon mandat, c'est celui d'une expertise psychiatrique judiciaire distincte.

 

En entreprise ?

Une DRH me contacte après la sortie de route publique d'un salarié (esclandre, sabotage, rupture ouverte). Le travail commence par la cartographie du système organisationnel : injonctions hiérarchiques, historique des signalements, doubles contraintes managériales éventuelles. Le questionnaire de tempérament peut être proposé, jamais imposé (le cadre RGPD et le consentement individuel priment). Quant à l'entretien structural individuel, il sort purement et simplement de mon périmètre : c'est le rôle de la médecine du travail, pas d'un consultant en comportement mandaté par les ressources humaines. Le livrable, dans ce cadre, est presque toujours un diagnostic organisationnel et c'est en général exactement ce que la DRH voulait, plus que le portrait psychologique d'un individu.

 

En matière pénale ?

Dans le cadre d'une expertise judiciaire (désignation par un juge d'instruction ou sollicitation par une défense) l'accès aux données change radicalement de nature : on travaille sur dossier (procès-verbaux, expertises déjà versées, témoignages), rarement en direct. Le niveau structural y redevient central, parce que c'est précisément la question posée par le magistrat : discernement aboli ou altéré au moment des faits. Un point de vigilance s'impose ici, et je le pose sans détour : comprendre la fonction adaptative d'un acte n'équivaut jamais à l'excuser. Ce niveau de lecture n'a de pertinence juridique que dans le cadre strict de l'article 122-1 du Code pénal, en dehors de ce cadre, il n'a rien à faire dans un rapport d'expertise.

 

Ce que ça change, en pratique ?

Une méthode qui prétend s'appliquer à tout, de la même façon, dans tous les contextes, n'est pas une méthode, c'est un slogan. La force de DS2C tient précisément à sa capacité à changer d'ordre, de granularité et de périmètre selon qui mandate et ce qu'il est légalement, déontologiquement et matériellement possible d'obtenir. C'est moins séduisant qu'une promesse de lecture universelle du comportement humain. C'est aussi la seule version qui résiste à un contre-interrogatoire.

 

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